Skip to main content

Full text of "Histoire du cheval chez tous les peuples de la terre depuis les temps les plus anciens jusqu'a nos jours"

See other formats


Digitized by Google 



Digitized by Google 



Digitized by Go 



Digitized by Google 



HISTOIRE 

DU CHEVAt 



Digitized by Google 



HISTOIRE 

DU CHEYIL 

CHEZ TOUS LES PEUPLES DE U T^WE 

DEPUIS LfiS TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A NOS JOURS 

paa 

EPHREHHOUÊL 



TOME PRëMIËR 



PARIS 

ËN V£NTË AU BUREAU DU JOURNAL DES HARAS 

RUE wmm, iâ 



Digitized by Google 



I 



I 

I 



Digitized by Google 



SOMMAIRES 



DES 



GBAPiTREà CONTENUS BANS LË TOMB PiifiUifift 



CHAPITBE PREMIER 

Création du cheval. — L'Édei». — Chute de l'homme. — Les Pasteurs 
Les Géaub. —Le cheval divinisé par tes [«reaùers hoiuiues. 

GHAPliaE II 

Dispersion des hommes. — Babel. — DilTérens noms du cheval dans 
les principales langues du, monde. — Les Patriarcbes. — • Les Rois. ~ 
Job et le cheval arabe.^ 

CHAPITRE III 

Chevaux de l'ancien Oiient. — Les Egyptiens. — Les Assyriens.— 
Les Mèdes. — Les Persans. — Les Parlbes. t- Les Israélites. 

CBAPITRE IV 

Temps héroïques et poétiques de la Grèce. — Création du cheval par 
Neptune — Le dieu ]\!ars.— Clievaux de l'Olympe. — Chevaux d'Achille. 
— Chevaux du Soleil. — Ca-ioi et Poilux.— Pégase. — Les Centaures 
Soins douoés aux chevaui.— Pélops.» Ui[>pol}ie. 



Digitized by Google 



cuAPixafiv. 

Temps lii-sloriques de la ijièoe — Noms grecs tirés du cheval. — Jeux 
ohuipiqucs — Deseripiion du clieval grec. — Chevaux de Phidias.— 
Alexandre ei Uucéphale. 

CHAPITRE YI 

ll^ntioiisda cheval. — Monde ancieo. Les Seyihes. — Les Sar- 
mateft.^ Les Germains.^ Les Gaulois.— Les Ibôrlens.— Les Nundâes. 

— Les Indtens. 

CHAPITRE Vil 

Borne. ~ Le Latimn. — Les Chevaliers. Les Coars^. — Les leux 
troyeos. — L*équitatioD. — Les épilaphes. — Le hanacheineoides che- 
Taux.— Yiigile.— Chevaux ftmsiix.— Attila. 

GHA7ITEB yUï 

Invasions dans les Gaules. — Les Franrf?. — Mérovée.— Cïovis.— Les 
BretoDs du coAtineol et les Bretoos iasalaires. RoUoa et les Kor- 

CHAPITRE IX 

llas-Bmpife. <— >Les peuples d'Orient. — Uabomet. — Les Arabos.— 
Le cheval ooniiand et le cheval arabe* 

* 

CHAPITRE X 

La Chevalerie. — Le Destrier. — Le Ronssio. — Le FaleflwtT ^ Lc^ 
Combats.— Les Tournois. — Les Carrousels. — Chevaux des lomaas. 

— Chevaux des iégeodes. 



Digitized by Google 



HiSÏOlftË Dli CHIVAL 



GHAPITRË PABMIER 



Création du cheval. — L'Eden. — Chute de rhoimue. — Les Pasieurs. 
— Les Géans. — Le cheval divinisé par les premiers hommes. 

Aprte avoir créé, par sa parole, le ciel et la terre, les 

poissons des eaux et les oiseaux des airs, Dieu trouva 
bon de donner à F homme une suprême marque de sa fa- 
veur : il créa le cheval. 

Dans la magnifique succession d'êtres où sa toute- 
puissance voulut, pour ainsi dire, s'essayer, la dernière 
place, celle de la perfection» était réservée à cette belle 
créature» 

Si le cheval eût été un de ces grossiers animaux qui 

rampaient dans la fange des premiers jours, avec les 
grands serpens, les monstres amphibies et les dragons 
volansvon retrouverait ses ossemens parmi ceux de ces 



Digitized by Google 



— 4 — 

animaux que la science a recomposés* Hippopotames, 
ours, éléphans, chameaux* se retrouvent dans les ter- 
rains de formations plus ou moins anciennes; mais le 
fossile du cheval, connne celui de i homme, ne se trouve 
nulle part. Ouvrages des derniers jours, fins de la créa- 
tion, dont la fenmie devait être le mot suprême, le cheval 
et l'hoinme entrèrent les derniers dans la vie, après les 
séries de merveilles, après les soleils et les mondes. 

Les inteUigences prirent dans leurs mains les moules 
des créations ; ils choisirent les plus charmans contours, 
les proportions les plus parfaites, Tensemble le plus mer- 
veilleux ; ils denuiiidèreiit au lion sa fierté, au tigre sa 
souplesse, au cerf sa légèreté; ils prirent l'œil de la ga- 
zelle, la fidélité du chien, la mémoire de l'éléphant; le 
cigne donna son cou d'argent, et Tonagre son pied de 
fer. 

Le Très-Haut octroya encore à l'être privilégié qu'il 
voulut former la gracieuse élégance des oiseaux qui se 
balancent dans l'azur des cieux. Puis il le revêtît d'une 
robe couleur du temps, c'est-à-dire changeante comme • 
lui ; tantôt elle est jaune comme l'or, tantôt elle est noire 
comme lanuit, tantôt toutes les nuances s'y jouent comme 
l'émail des fleurs dans les prairies. Quelle était la cou- 
leur de celui qui le premier eflltMu a de ses pieds les bos- 
quets de r£den? Sans doute, il était de cette nuance oér 
leste que nous retrouvons seulement aujourd'hui dans 
ces lieux où repose le berceau du monde; son poil était 
l)];iiic comme le lait de la chamelle et parsemé de légères 
marques rougeâtres, comme si les anges, en se jouant, 
eusseaat fait {deuvcôr sur som corps «ne grêle dé corail. 

Dieu avait accordé un don de sa main à chacmi des 



Digitized by Google 



aniœaoz qu'il avait créés : au cerf, la rosée des feuilles 
du taillis; au Uon, le sable chaud pour y faire sdn nid: 

il donna au cheval T espace pour s'y jouer, comme à l'ai- 
gle le chemin des airs, comme à lévialhan la route des 
* mers. Le cheval fut le roi de la vitesse; c'est le plus ra^ 
|Mde des quadropëdes ; il devance le cerf, bondit comme 
le chevreuil et fatigue le loup. Plus prompt que le vent, 
plus impétueux que le torrent des montagnes, il nele cède 
qu'à ronragan. L'homme entouré d'^mens qui conju* 
raient sa ruine, d'animaux dont la vitesse et la force dé^ 
passaient les «ennes, l'homme eût été esclave sui la 
terre; le cheval l'en a fait roi. 

Le cheval est, en effet, de tous les êtres créés, le plus 
utile à l'honmie. Dès rori§pne des peuples, il présida à 
la formation des empires, et maintenant encore, un état 
sans cavalerie et sans la vie que donne le cheval, serait 
à la merci du premier conquérant. On peut se peindre 
un monde sans animaux sauvages, un monde même sans 
aucun des animaux domestiques cpii y répandent le bon- . 
heur et la fertilité ; mais un monde sans chevaux est im- 
possiMe. Nous dirons plus tard comment la civilisation 
portée en Amérique par les premiers navigateurs qui 
peuplër^t cette terre, s'éteignit et aboutit à l'état sau- 
vage sous le plus beau ciel et au milieu de la plus belle 
nature du monde, parce que le cheval ne se trouvait p^ 
dans la cargaison du vaisseau qui y porta lé premier 
iiomme. Là où le cheval est en honneur, la civilisation 
croit et se développe; là où il s'abâtardit, la civilisation 
languit et meurt. Retranches le cheval de la création « 
vous enlevés de la terre le sentiment et la vie, vous en^ 
levea le grand ressort de la machine de Dieu. Aussi 



Digitized by Google 



— 6 — 

comme ce noble animal est bien fait pour sa haute mifl^- 
sion. Elégance, hannonie, force, courage, douceur, m- 

teîlip:cnce, le cheval réunit tout. Tous les climats lui sont 
bons, tous les alimens font sa nourriture, son pied mord 
sur le roc, effleure le sable et se pose en sûreté sur les 
glaces du Nord ; d'admirables jointures élèvent sur ses 
quatre bases un corps rayoniiant de grâce et de beauté; 
son rein supporte les poids les plus lourds, sa queue 
forme un éventail si riche que des rois puissans et des ' 
phalanges guerrières en ont fait un glorieux ornement; 
son cou porte sans plier le joug des chars, et sa tête est 
un poème vivant où toutes les passions éclatent et dont 
le langage sait se faire entendre à tout ce qui respire, 
soit qu'il caresse soit qu'il menace. Le mouvement de ses 
oreilles, Téclaîr de ses yeux, le hennissement doux ou 
terrible de ses ardentes narines répandent la joie ou la 
teiTour. 11 se plie à tout: sous le frein du guerrier, sa 
voix appelle les combats; et sous la main du laboureur, 
il trace un paisible sillon. 

Tant que durèrent les jours del'Ëden, le cheval ne fut 
d'aucun service à l'homme. Comme tous les autres ani- 
maux, il était seulement un de ces brillans jouets qui 
n'avaient d'autre destination que celle d'animer de leurs 
ébats 1 immense solitude du matin de l'univers. 11 pais- 
sait les vastes prairies qu'arrosait le fleuve aux quatre 
branches, et livrait sa chevelure soyeuse aux vents tièdes 
de l'heureux séjour. 

La chute de l'homme révéla au cheval sa noble mis- 
sion; il sortit avec lui de la douce patrie, il frémit en 
voyant sur la terre les cèdres déracinés par l'orage , les 
ravins creusés par les torrens ; il effleura d une dent dé- 



Digitized by Google 



< 



— 7 — 

daigneuae les prairies embaumée» qui s'étendent du. Ti- 
gre à riiupiiiate : elles lui senibUient amères comme le 
pain de l'exil. Ëfirayô par des bruits étrangles, pai* cette 
nature rade et sauvage à laquelle ne l'avait pas accou- 
tumé réternél printemps dont il avait joui jusqu'alors, 
emporté par l'instinct de son aventureux génie, pour la 
première fois, lui aussi fut ingrat ; il oublia son maître , 
il quitta l'homme, il franchit le désert en quatre bonds , 
il vit l'e^fiaoe et la liberté devant lui ! Mais bientôt il vint 
reprendre sa chaîne pour ne plus la quitter, et l'homme, 
à son premier réveil sur cette terre de misère, le trouva 
docile et soumis, prêt à partager ses dangers et sa gloire. 
U laissa l'espace pour un sentier rude et borné, la liberté 
pour un frein, et fut le premier être qui prit la devise: 
Je sers l qui plus tard honorera le front des rois. 

Le cheval fut de tout temps le serviteur de l'homme; 
avec le chien, la vache et la brebis, il forme ce noyau 
d'animaux domestiques qui suivirent l'homme dans son 
exil : le cheval sauvage est un animal dégradé ; c'est un 
fruit de nos misères, c'est le bandit qui fuit sur la mon- 
tagne, ou le.pauvre banni, relégué loin des si^is sur une 
terre de tristesse et d'abandon. 11 faut au cheval la com- 
pagnie de 1 homme : sa main pour lisser sa crinière, son 
c(Bur pour animer le sien , son génie pour ennoblir ses 
destins. L'homme, ditron, aurait conquis le cheval I Et 
où voit-on donc les marques de l'esclavage? S'il est es- 
clave, c est lorsque, soumis à ses besoins, livré aux sim- 
ples instincts de la brute , maigre, chétif, épuisé, il dis- 
pute aux élémens en fureur, aux animaux sauvages, une 
vie d'inquiétude et d'abstinence ; mais il est libre, quand 
il bondit sous la main du cavalier, quand il traiue un char 



Digitized by Google 



— b — 

de victoire, quand il triomplie aiiz jeux du Cirque, quand 

il combat et meurt aux jeux du dieu de la guerre : là est 
son règne et sa puissance , là est sa gloire et sa destinée. 
Quel iiit le sort de la race équestre, pendant cette jeu- 
nesse du monde où la terre produisait à l'enn les froite 
les plus savoureux, les fleurs les plus brillantes, où 
riierbe égalait en hauteur la tige des palmiers, où les 
palmiers des vallées caressaient le front des montagnes, 
où le roi du monde n'avait qu*à se laissar vivre au sein 
des prospérités que Dieu lui avait fûtes T 11 estfadle de 
le dire; elle rendit à rhonime tous les services qu'elle 
était destinée à lui rendre ; Adam, qui vécut 900 ans, 
qui vit passer sous ses yeux trois cents générations de 
chevaux ; Seth, le père êtes enfans de la Loi, Enos, Caï- 
nan , Malaléel , Jared , Enoch , qui , après 360 ans de 
vertu, fut enlevé au ciel, Mathusalem, dont la vie fut si 
longue, Lameth, p^ de Noé, tous ces hommes forts et 
intelligens qui sentaient encore dans leur âme bouillon- 
ner le souille divin, furent d'habiles éleveurs et du bons 
écuyers. Us devinaient ce que nous n'apprenons qu'avec 
peine ; chacun d'eux pouvait compter des siècles d'expé- 
rience, et cette expérience ne fut pas perdue pour eux ; 
elle leui' servit à mettre à profit les dons qu'ils avaient 
reçus. 

Le cheval fut d'abord l'ami de la famille, admis sous 
la tente du patriarche, caressé par les csifons, nourri 

par les mains des jeunes filles de l'ambroisie que distil- 
laient les plantes de l'ancien monde ; il passait les jours 
à gravir les hautes montagnes^ à franchir les torrens, ou 
les cratères encore chauds des volcans de la création ; il 
courait à travers les plaines du désert défiant la gazelle 



Digitized by Google 



- 9 — 

et Fantraelie, préhidimt ainai ain rudes travaux qm 
l'homme dsvait bientôt kd imposer. Le soir, couché an 

seuil de la tente, il prêtait parfois sou ilanc docile ao 
pasteur qui s'y étcadalt mollement, le coude sur l'en- 
cohire, ccHome plus tard tes "vohiptueiiz rois de TO- 
rient sur leurs soyeux coussins. Quelquefois, quand le 
groupe arrondi des enfans d'Adam écoutait les grands 
récits qu'il devait transmettre à la postérité, le cheval# 
appuyant s» tâts capricieuse sur Tépaule de Vxm d'eux ^ 
mêlait sa flottante crinière aux cheveux bruns des jeu- 
nes liommes, aux cheveux blancs des anciens de la 
tribu. 

Ce fut un beau momeot dans rbistoire du monde, un 
moment où les anges du del se penchèrent de leurs 8lé<< 

ges étoilés pour regarder la terre , celui où le premier 
cavalier enroula sa main dans la crinière de son coursier 
et s'élança sur son dos, trône de tant de gknres. Jeté sur 
u» coin de ce globe, qu'il devait mettre plus de dnq mille 
ans à connaître, le premier instinct de l'homine primitif 
fut la curiosité ; il avait soif de ce mystérieux infini qui 
fuyait devant ses pas et tourmentait son oiigueil ; il lui 
fallait un secours, un pied plus infatigable et plus rapide 
que le sien. Le clieval anima les \astcs solitudes du 
naissant univers ; il rapprocha des lieux inconnus et 
remplaça à lui seul, au sein delà famille et sous la tente 
mmnde, quarante siècles de civilisation» 

Un des premiers soins, un des plus importans à cette 
époque fut celui des troupeaux. La vie pastorale est la 
plus naturelle , la plus pure, la plus rapprochée d'une ori- 
gine divine. Le paissage des troupeaux fut Voccupaiion 
des premiers liommes, et plusieurs tribus s'y consacrèrent 



Digitized by Google 



— 10 — 

spécialeiiient TeUeiutGeUedeiabel^filBd'AdaetdeLar 

meth ; elle était composée de pastemrs, habitant sous des 
tentes et menant cette vie errante qui va si bien au climat 
de rOrient On lit dans Zonare : t qae Jabel avait de 
grands haras et fonse pouliùiis et cbevauz ak il pratak 
son plaisir, » Le cheval et le chien furent les auxiliaires 
des pasteurs : le chien servit à diriger les hordes vaga- ' 
bondes, le cheval à les suivre. Comment, en effet, diri- 
ger et rassembler ces immenses troupeaux, perdus dans 
la prodigieuse végétation d'un monde antédiluvien, sans 
avoir le secours de la vitesse du cheval? comment rap- 
procher des oasis séparées par des déserts? La vie hu- 
maine n'y eût point suffi. Semblables à ce berger d'un 
conte populaire, qui, s'il eût été roi, eût gardé ses mou- 
tons à cheval, les premiers pasteurs gardaient leurs 
troupeaux à cheval, le long des fleuves de TOrient, 
comme le firent plus tard les Centaures et les Lapythes, 
comme le font encore aujourd'hui les piccadores espa- 
gnols, les bergers de la campagne de Rome, les tabun- 
zeks des steppes de Tartarie, les pâtres de la Camargue 
et les Gauchos du Nouveau-Monde. 

Bientôt le cheval vint servir d'autres besoins, de plus 
impérieuses passions. Du jour où Caïn tua sun frère, la 
discorde avait pénétré sur la terre; des rivalités de toute 
nature germèrent au cœur de l'homme. Le cheval du pas- 
teur devint un cheval de guerre ; le cheval du labourem^ 
ravagea les champs ([u'il avait cultivés. De rbabitudede 
se servir de lances pour diriger leurs troupeaux et les 
défendre contre les attaques des bêtes féroces, à cdle de 
s'en servir pour combattre entre eux, il n'y eut qu'un 
pas à faire pour les premiers pa^teuis, et bientôt les es- 



Digitized by Google 



— 14 — 

cadrons se ruèrent Fuii sur raulre et la terre frémitsous 
Iràrs pas. ' 

Alors les tyrans se riiontrèrent, comme après l'orage 
le limon à la face des eaux. Quand les ûls de Dieu pri- 
rrat pour épouses les filles des hommes; ils eurent pour 
fils les géaas ; ceux-d étaient puissanspar le génie, puîs- 
sans par la ibrce de leurs bras ; leur cœur était intrépide ; 
mais ils vivaient loin de Dieu. Ils dirent les premiers : 
« Ce champ est à moi! » Les hommes les suivirent; ils 
fondèrent des colonies, des villes pour y cacher leurs 
crimes, y fuir les atteintes des bêtes sauvages et le cour- 
roux de leurs frères. Caïn leur avait donné cet exemple; 
il bâtit dans sa vieillesse la ville d'HénocMa, du nom de 
son fils Hénoch. Les géans bâtirent aussi cette ville de 
Sippary, ou ville du Soleil, en Mésopotamie, où Noé en- 
terra les tables de pierre qui contenaient les faits histo- 
riques et les principes des sciences. Ils élevèrent des pa- 
lais ; ils eurent des citadelles et des années ; le cheval 
leur vint en aide ; il porta les guerriers, il s'attela aux 
chars de guerre; son importance s' accrut du besom qu'on 
avait de lui ; il fut divinisé comme le cavalier. Les idoles 
des faux dieux adorés du temps de Noé étaient Ood, c'é- 
tait le ciel représenté sous la forme humaine ; Joa» qui 
avait la figure d'une femme; Irowt, celle d'un lion; 
Yaoue, celle d'un cheval» et Naser, celle d'un aigle. 
C'est la première fois que nous voyons le cheval pris 
pour emblème. Si, comme le pense le commentateur Jam- 
chascar, ces noms étaient ceux des grands hommes du 
temps, Yaouc était sans doute un fameux cavalier de 
l'époque antédiluvienne. Dès lors, les rois qui possé- 
daient le plus de chevaux et de cavaliers étaient les niaî- 



Digitized by Google 



— iX — 

ires de k terre; leur orgueil ne eonnat falentôt pliid de 

bornes : Nous monterons au ciel, disaient-ils, nous plor 
cerons nos trônes au-dessus des étoiks; nous serons sem- 

biabieê au Tréê^Hauil Dieu confondit leur insolence, il 
se vengea par le déluge : le cheval et le cavalier furent 

confondus dans sa colère; deux chevaux seulement, com- 
pagnons de Noé, s'aiTètèrent avec lui au sommet de 1 A- 
rarat. 



Digitized by Google 



GUAIUTIIË II 

: ' . .l'.i -.. > . 

tH àf ett M t éM homnies. ^ Btb«1. — DifiëreDs noms da cbemK — Le» 
f :f , Pattlaielies. — tes Rois. — Job et le clieval arabe. 

rl|eftftbefaux qui entrèrent dans Tarche avaient sans 
ânÂto dégénéré de celui qui courait en liberté dans 

IXden. Le sceau divin imprimé à tous les êtres qui sor- 
taient de la malu de Dieu s'était peu à peu effacé, et» 
oijMMPA k ces créatures lumineuses que d'anciennes 
Ifnâitiops nous représentent confondues au berceau du 
lîioiide avec les fils des hommes, ils conservaient encore 
le reflet de leur céleste origine, mais comme obscurci et 
vbilé par les ombres de la terre. Cependant cette dégé- 
BidBtlnin n'était rien en comparaison de celle qui atten^ 
dait la création après le déluge. C'est un fait attesté pai- 
les historiens et les savans, que la terre se refroi- 
#| 4^près cette grande catastrophe, qu'elle se soit ac- 
<XBÉlplîe successivement ou simultanément. La vie des 
Uommes ne fut plus que d'une courte durée j une vieil- 



44 — 

lesse précoce, des maladies inconnues en altérèrent le 
cours* Les végétaux perdirent leur vigueur, les fleurs 
furent moins éclatantes, leurs parfums moins délicieux, 

leurs tiges moins élevées. Les animaux déclmrent dans 
la même proportion. Ainsi, quand, après un demi-siècle, 
nous retrouvons autour des peuples naissans l'espèce 
chevaline déjà importante en nombre, elle a perdu de sa 
taille, de sa force et de sa poésie. C'est encore le pre- 
mier animai de la création ; mais ce n'est plus cet être 
puissant et magique que nous avons vu faire trembler 
sous ses pas le sable de l'ancien monde. 
,^ Le fait historique qui domiae cette époque est la for- 
mation des langues et la dispersion des hommes, ici 
l'histoire du cheval devient complexe, et nous aurons à 
le suivre dans les climats divers où s'égara le pied des 
premiers peuples; nous aurons à indiquer les variations, 
les dégradations qui s'opérèrent chez lui, à mesure qu'il 
s'éloigna de son berceau. Nous aurons ensuite à constSp- 
ter son influence sur la civilisation des peuples, la grande 
mission qu'il eut à remplir chez quelques uns, tandis 
que chez d'autres il était négligé ou même à peu prés in- 
GomiQ. Ënfm, nous aurons à signaler les pays qui con* 
viennent le mieux à sa constitution et qui réussirent à 
lui conserver à un plus haut degré ses qualités natives; 
mais d'abord constatons un fait, c'est que ce pays, où la 
Cîenèse place le berceau du monde, cette vaste contrée 
bornée au nord par le Pont-Emdn et la mer Caspienne, 
à l'occident par la ^Méditerranée et la mer Rouge , à 
l'orient par les déserts de THircanie, le golfe Persique 
<et la mer des Indes, au midi par l'Océan et la mer Ery- 
thrée, est la palne par exodlence du cheval. Il semble 



Digitized by Google 



— lô — 

que ce climat soit fait pour sa constitution, la terre pour 
son pied, les produits du sol pour sa bouche, Tair tiède 
qu on y respire pour ses ardentes narines. C'est là que, 
sous le nom générique de cheval arabe, il a été regardé 
par les hommes de tous les temps comme le type de la 
perfection, au point de vue de la poésie, des détails et de 
rbai'inutiie de l'ensemble. 

ËDviron cent ans après que les enfants de Noé furent 
sortis de Farcbe, ils se trouvèrent trop nombreux pour 
habiter ensemble T Arménie ; ils descendirent les deux 
fleuves de VEuphrate et du Tigœ et arrivèrent dans les 
plaines deSennaar ; là, ils s'arrêtèrent, et bâtirent une 
ville et une tour qui fut appelée Babel, et plus tard Ba- 
bylone. 

De cette époque, selon l'Ecriture, date la diversité 
des langues et la dispersion des hommes. Le nom du 
cheval se retrouve au berceau de tous les peuples an- 
ciens, exprimé par des sons qui n'ont entre eux aucune 
analogie, ce qui prouve que ce noble animal était d'un 
usage habituel. En ellbt, les langues anciennes, même 
les plus pauvres, celles qui n'expriment que les princi- 
pales sensations humaines et un petit nombre d'objets 
physiques, ont toutes un mot et en ont souvent plusieurs 
pour désigner le cheval, tandis que presque tous les au- 
tres animaux ont des noms dont les racines sont com- 
munes à plusieurs langues. 

Nous donnons ici les noms des chevaux chez les divers 
peuples. On verra ceux qui peuvent avoir entre eux de 
1* analogie, qui viennent nécessairement les uns des au- 
tres, 6t ceux qui supposent une origine ou un genre de 
langage tout dilïérent. 



Digitized by Google 



- 10 — 



DirFteBKTBS LE CUBVAL 
UMUES SB NOBMB 

Asiaiiques 

Un hébi'eu Sous. 

— arabe Vvtes. 

— syriaque Ralcscbo 

— cbaldéen Sous. 

— chinois Ma. 

— indien. ....... A ssouaoï. 

— persan Asp. 

— arménien Tsjn. 

— zend Aspo 

— turc A t. 

— cocliiiichiriois, Aiaa. 

— Iiébraïco- phé- 

nicien Parasii. 

— bindottslani. . . Ghora. 

— uialaib Koudo. 

^ suDscrit Açrva. 

Africaines 

— éffyplieo Hoçan,liausan 

— africain (aigri- 

lie) Mourda. 

— copte Hlor. 

ceUiiopieD.... Fan. 



UIPVâBENTES LIi CUM.\ AL 
LANCUBS SE MOBMB 

Eutojm/itu's 

Fugrec Ilippos. 

— cellique Maic'h. 

— latin. Equus. 

— italien — .... Cavailo. 

— espagnol Caballo. 

— aMcinaiid Ross. 

— anglais Ilorse. 

— prussien... ••• Ross, 

— russe ........ Locbad. 

— > roman Cavaib. 

— portugais Cabalbo. 

— Islandais HrOM. 

— suéd«>is Ha>t. 

— danois Hest. 

— saxon Hors. 

— polonais Kon. 

— iiiriiianien. ... A szwa. 

— bas-breton.... Marc'h,Gazec. 

— Ibculon Pfcrd. 

— hollandais . ... Pai^rd.Heng&l, 

— grec moderne. A logo. 

— gaélique KacQ. 



Il y aurait une curieuse recherche à faire sur l'origine 
des noms da cheval dans toutes les langues, à les com- 
parer et les combiner entre eux ; mais ce travail sortirait 
du cadre que nous nous sommes tracé; nous dirons seu- 
lement que la lecture de ces noms , presque tous mo- 
nosyllabiques, tels que eu, ma, asp, fars, pferd, ross, 
imptique, parleur brièveté» une idée de vitesse, qui, en 
effet, s'associe dans plusieurs langues aux noms d*atle, 
de flèche, hirondelle, etc. L'aspiration du grec hip -pos, 
semble se retrouver dans hip-tamai voler. Le mot etiuus 
sort de ce cercle d'idées ; il viendrait, pense-tr-on, d'u&- 
çiia/cVàcausedttdosuni et des proportions régulières 



Digitized by Google 



1 

— 17 — 

du cheval. Le mot français, cheval, est le plus riifieule de 

tous comme étymologie : il dérive du mot de la basse la- 
tinité cabaUus^ venant du grec xi6aXXy)ç , chameau , bête 
.de charge. En effet, Tantiquité avait fait du cheval un 
anhnal poétique et hrîllant , comparable par sa vitesse 
aux oiseaux des cieux, et les temps modernes n'en ont 
fait trop souvent qu'un lourd et grossier chameau. 

Deux grandes divisions s'opérèrent chez les nations à 
l'époque de la dispersion des hommes, et ces divisions 
sont trop importantes dans Thistoire du cheval, pour 
que nous ne nous y arrêtions pas un instant. 11 se forma 
des peuples pasteurs, qui habitaient sous des tentes 
qu'ils transportaient çà et là après un séjour plus ou 
moins lonpj. Les hommes qui gouvernaient ces peuplades 
s'appelaient patriarches ; tel était Abraham, cette grande 
figure qw remplit de son nom le vieil et le nouvel Orient. 
En outre, il se fonda des villes dont les habitaas fixes - 
cultivaient les champs, faisaient la guerre aux animaux 
sauvages et se livraient entre eux des combats sanglans. 
Tels furent ceux qui se symbolisèrent dans Nemrod, vUh- 
ient chasseur devant le Seigneur, qui apprit en tuant 
des bêles à tuer aussi des liomnus. 

Le cheval compte nécessairement pour peu de chose chez 
les patriarches. Ces hommes, qui vivaient simplement dn 
produit de leurs troupeaux, avaient surtout hesom du 
bœuf, de la vache, de la brebis et delà chèvre; il leur fal- 
lut aussi des chameaux pour transporter leurs bagages 
quand ils voyageaient; mais leur monture i»incipale 
était l'âne, frère de l'onagre indompté, robuste et patient 
animal, dont la civihsation se moque, parce qu'elle l'a 
d^radé. La garde des troupeaux de bœufs, les messages 

T. t. t ' 



Digitized by Google 



- 18 - 

• 

rapîdeK k ckiwe dans certakueB ooDtréeB, voilà seuie^ 
AeMt l'emploi de quelques chevaux parmi les peuples 

pasteurs. Le cheval n'était pas une nécessité pour eux; 
ils n'eu possédaieut donc qu'autant qu'en réclamaient 
ks aerviees les jUm indiqpensableB* 
Nous jugerais, par un coup d'crâl jeté sur k vie du 

j)ère des Hébreux, des habitudes et de la vie errante des 
pairiarclies. 

Abraham, né à Ur, vilk de IMésopotamk, k quitte 
pour aller s'établir à Haran ; après la mort de Tharé 

son père, il abandonne Haran pour Sichem, pénètre jus- 
qu'à la vallée de Manibré et delà à Bétliel, où il plante 
ses t^tes. La famine étant survenue dans ce pays, il se 
^tmi en Egypte; d^Egypte il revient au pays de Cbanaan 
et va iairr paître ses troupeaux entre Béthel et Haï. Ce 
•fut à cette époque qu'il se sépara de Loth, auquel il dit : 
« f^ûus V0f€z devant ^om iouie ia lerref si,vous alies à 
l^utkêfjé prendrmi k droUef si vous ekoiti§$ez ia draiie, 
je prendrai la gauche. » Abraluuji , par l'ordre du Sei- 
gneur, -parcourt la terre promise à ses descendans ; il s'é- 
labët d'abord près d'Hébron, sur les confins de k vallée 
de Hambré. Après la destruction de Sodéme, il pose de 
nouveau ses tentes vers Gérare, entre ( .idèset Sur, puis 
il reviejit en Palestine. Peu d'années après, il s'en re- 
tourne à Bersabée aik il demeure; à k mort de Sara, il 
était à HébroQ, puisqu'elle y moiurut. Enfin Abraham 
mourut lui-même à Bersabée, près de Gérare, et fut en- 
terré avec Sara dans la caverne d Epbrom» 

T^e était k vie des patriarches; telle fut celle de 
iMÛk et des autres. Us {dantaientkurs tentes yagaboades 
là où s'offraient les meilleurs pâturages, là où la terre 



Digitized by Google 



— 19 — 

i>e tour étati pas disputée; ils nvaîent du produit de 
touFSrtroupeauxt et du ecHnmerce qu'ils faisaient avec les 
habitans des villes , qui leur cédaient des vètemens, des 
meubles , des parures , pour prix de leur bétail. 

Vcttlà d'où vient l'opimcm que les aineieiis Arabes n'a- 
vaient point de chevaux, et nitoe que le ( lieval n'est 
point originaire de leur pays. Mais, quoique la vie 
nomade ne .nécessiat pas l'emploi fréquent du che- 
val , on ne peut croire que les patriarches eurent Tfm6^ 
. eUlité, suivant l'expression de saint Jérôme, de ne pas 
s*en servir. Toutefois , si chez les peuples pasteurs le 
cheval n était que d'une milité secondaire, il n'en fîit 
pas de mèioe ches ceux qui habitaient les villes : ceux-ci 
étaient chasseurs et guerriers ; or la chasse des bêtes fé- 
roces ne pouvait se faire qu'à cheval, et la première lois 
que l'Ecriture parle des guerres de ces tonps andens, 
elley fait apparaître le chevalet le cavalier. 
Après Nemrod, un des premiers bâtisseurs de villes 
. fut Assur, qui édifia cette cité prodigieuse plus tard ap- 
pelée Ninive, du nom de son restaurateur Ninua : on le 
regarde comme lefondateur de Roboboth,Rhesenet€aIé, 
dans r Assyrie. Nmive avait, dît-on , A20 stades de tour, 
ou 120 kilomètres; ses murailles avaient plus de ââ mè- 
tres de hauteur, et trois chars poizvûoit marcher de 
front sur leur sommet ; trois miUionscThabitans sortaient 
par ses portes magnifiques que défendaient 150 tours 
élevées. On se fait diiïicileiiient une idée de ces gigan- 
tesques nations, et on juge mal, à notre époque, la vie 
iateUig^ite et activa de ces liommes d'un autre âge. Uns, 
pour ne soulever qu'un coin du voile qm caclie a jamais 
dans la poussière leur civilisation inconnue , croitr-on que. 



Digitized by Go^Ie 



— 20 — 

sans la force , la vitesse et le secours du cheval, d'ausai 
prodigieux travaux eussent été entrepris, des pensée» 

aussi grandioses eussent pu naître et se réaliser? N'est- 
ce pas le cheval qui a fait concevoir que l'espace et le 
temps n'étaient rien? Peignez^vous donc Ninus à pied, 
traçant les contours de sa vifiel Oh I Vidée d'un circuit 
si colossal ne lui fût pas Tnême venue. Coinnicnr aller 
vaincre les Indes, quand, au rapport du prophète Jonas 
et de l'historien Strabon^, il fallait trcâs jours pour pai^ 
courir sa ville? 

Aussi les plus anciens historiens ne peignent-ils les 
rois des villes qu'entourés de chars et de cavaliers. Les 
monumens que l'on découvre chaque jour dans la vieille 
Egypte et sous les ruines de Ninive, représentent les 
dieux et les héros sur des chars traînés par des chevaux, 
comme pour symboliser leur puissance. 

Ainsi, dèsTorigine des peuples, il se trouva des na- 
tions chez lesquelles le cheval devint le compagnon insé- 
parable de r homme, et d'itutres où son usage lut moins 
habituel. 

Il serait fort difficile de déterminer d'une manière cer- 
taine quels furent les peuples hippiques de ces temps re- 

. culés; nous ne pouvons qu'indiquer les caractères géné- 
raux que les historiens ont attribués aux races chevalines 
du monde des anciens. 

Dieu n'avMt créé qn*un cheval, niMS il avait donné à 
l'espèce une prodigieuse facilité de se modifier, selon le 
gré et les besoins de Thomme ; il permit que des sols di- 
vers, des soins appropriés, une nourriture spéciale, des 
croisemens judideux, vinssent apporter dans Forganisa- 
tion, la taille, laforce, l'énergie, la vitesse de cet animal. 



Digitized by Google 



I 



— 21 — 

tous les changemens nécessaires aux travaux divers qui 
éeTaîent Mètre imposés^ Ainsi, dès Fépoque de la dis- 
persion des honunes, des races dÎTerses de chevaux se 
formèrent sur la terre. 

Les chevaux qui vinrent vers l'Afrique prirent diilô-r 
rentes formes, selon le climat; mais ils conservèrent en 
général les caractères principaux des chevaux méridio- 
naux, la légèreté, la grâce et l'énergie. Dans les champs 
iécouds qu'arrose le Nil, leur taille se développa, leurs 
muscles s'élargirent, et ils devinrent propres à traîner 
des chars de guerre. C'est en Egypte, en effet, qu*on les 
vit attelés pour la première fois à ces chars. 

Ceux qui furent conduits aux sources de l'Ëuphrate, 
prirent plus de taille, de grâce, de brillant; mais perdis» 
rent cette énergie et ce fonds inépuisable, caractère in-* 
délébile du cheval du désert. 

Ceux qu'on emmena en Europe acquirent peu à peu 
une taille plus élevée, des formes plus arrondies* Ici, ils 
conservèrent une brûlante énergie ; là, ils perdurent plus 
ou moins leur mérite et leur beauté. Il y eut des con-» 
trées humides et de lourdes atmosphères où ils finirent 
par ressembler au cheval des fleuves, à ce massif Hippo- 
potame, auquel ils prêtèrent leur nom. 

Ceux qui furent exilés sur les côtes de l'Inde furent 
bientôt privés de leur taille, de leur énergie, de leui* vi- 
gueur; ils devinrent peu^ peu inutiles à Thomme, qui 
s'accoutuma à les remplacer par les chameaux, les ânes 
et les élé|)Ijans. 

Ceux qui gagnèrent les plaines de la Tar tarie et de la 
Chme se divisèrent en deux grandes familles. La famille 
chinoise dégénéra comme celle de l'Inde, tandis que la, 



Digitized by Google 



— Î2 — 

famille tartare, tout en penknt sa grftoe et aon harmonie 
natives, conserva son âme, son poà de fer et son de 

feu. 

£âlm, ceux qui restèrent sous la teote des pasteurs 
4' Arabie conser vèr ent le sceau divin de la créadon. Os 
formèrent la raiee arabe, telleàpen près qu'elle s'est osn- 

senée iiisqii'à nos jours, uiaigié les dép^radations insé- 
parables de l'état précaire des peuples nomades qui ha- 
bitent l'Arabie, malgré les gueires, les invasions, et 
peat-ètre l'action dn temps, qui, s'il en finit cffmre de 
graves penseurs, tend a iiiiiier sourdement la créature, à 
mesure qu'elle s'éloigne de son premier jour. 

Qooi qu'il en soit, voici comment le livre de Job nous 
représente le cheval arabe : 

Bsuse toi qui is «kmoé la Jbnne au dieval , qui as liérissé «on «ou 
d*ooe crinière mouvante? 
Le feras-tu bondir comme la sautOTOlle? , 

Son soiiflle ri'pand la lerreur ! 

11 creuse du pied la terre; il s'élauce avec orgueil; il couii au-de- 
«nt <ies aimes. 

Il rit de la peur; il aUrouie le glaive ; sur lui le bruit du carquois 

retentit, la flamme de la lance et du javelot ^'tincelle ; il boiiiltonne, 
il frémit» il dévore la lerre. A-t-il cnionrlu la trompeltet C'est elle. Il 
dit r Allons ; t i de luia il respire Iccumbui, la voix tonnante des cbeis 
et le tracas des armes. 

Job était un roi pasteiu*, qui habitait la terre de Uuz, 
dans riduiiiée orientale, sur les frontières de l'Arabie. 
L'époque où il a vécu est contestée. Quelques-uns le font 
contenqx>raîn de Jacob ; d'autres de McSae^ Quoi qu'il en 
soit, ce fragment de son magnifique poème est la pre- 
mière et la plus belle description qu'on ait faite du 
cheval* 

. On voit aussi par là comluen était avancée la science 



Digitized by Google 



-r- 23 — 

équ^tre des premiers âges. Le cheval est monté, û est 
accoutume au l i t 'in, au choc des armes, au son des tri ju- 
pettes; il bondit, il vole, il liérisse sur son cou sa Ilot- 
tante crinière; il est le plus magnifique, comme 1q plus 
vaillant esclave derhomme ! QuVt-il gagné depuis cinq 
mille ans? 



Digitized by Google 



GHAPITBB ni 



CbeTaux de rancien Orient.— Les Egyptiens. — Les Assyriens. — Les 
Mèdes. ~ Les Penuis. — Les Partfaes — Les Israélites. 

Le plus ancien comme le plus authentique des livres, 
rScritiire, ne commence à mentionner le cheval qu'en 
parlant de l'entrée de Joseph et de ses frères en Egypte; 
d*on l'on a conclu que c'était en Egypte et chez les peu- 
ples voisins du Nil que le cheval avait d'abord été 
soumis à l'homme et façonné à ses besoins : c'est une er- 
reur. Gomme nous l'avons vu, le cheval a de tout temps 
été soumis à l'homme et a partout suivi ses destins. L'E- 
gypte a été une des plus anciennes nations civilisées, une 
des preiniéres où les fils de Noé ûent bâti des viUes« aient 
fondé des établissemens fixes, aient fait fleurir Tagri- 
culture. Il est tout naturel que le cheval se soit ressenti 
de cet état de choses. Les Egyptiens, en effet, ne se con- 
tentèrent pas des services ordinaires rendus par le che- 
val aux premiers hommes ; ils le dressèrent à toutes sortes 
d'usages; le firent servir aux plaisirs, à la guerre, aux 



Digitized by Google 



— â5 - 

affaires* 11 U's^ le char des guerriers, la charrue du la^ 
boureur, le chariot destiné aux promenades, aux triSmiphes 

et aux voyages. D'ailleurs le climat et les vallées que fer- 
tilise le Nil avaient, comme nous l'avons dit, développé 
la race chevaline, lui avaient donné une taiUe plus éle- 
vée* des formes plus amples et par conséquent plus 
d'aptitude pour le tirage que n'en a le cheval prinûtif, 
dont la conformation est ramassée et anguleuse. 

Voici d'ailleurs comment s'exprime l' Histoire-Sainte 
dans le passage «pie nous venons de rappeler : 

« Le roi le fit monter (Joseph) sur son char, précédé 
» d'un héros criant : Que tout le peuple fléchisse le ge^ 
» nou devant lui. » 

Vlvm tard, Joseph ordonna à ses frères « de prendre 
n des chars de la terre d'Egypte pour amener leurs pe^ 
» tits en fan s et leurs femmes. » 

Joseph lui-même a ût atteler son char et vint à la ren- 
» contre de son père. » 

Nou$ avons dit que les Israélites n'avaient que peu de 
chevaux, à cause de leurs habitudes pastorales; c'est ce 
que r Ecriture ne manque pas d'expliquer formellement 
en disant : a Ils sont pasteurs de brebis et ils ont soin de 
nourrir des troupeaux ; ils ont amené avec eux leurs bre- 
bis et leurs bœufs et tout ce qui leur appartenait. » Ce- 
pendant le cheval était loin de leur être étrauget ; car 
Joseph, quand ses frères eurent amené leurs troupeaux, 
leur fit donner dé la nourriture pour leurs chevatat, 
leui-s brebis, leurs bœufs et leurs ânes. 

Jacob avait l'habitude delà cbasse à cheval, puisqu'il 
fait cette belle comparaison : « Dao est un serpent près 
» de la voie, un serpent caché dans le sentier et qui 



Digitized by Google 



— 26 — 

1» mord le pied du ctieval, «fin que le cavalier toute m 
n arrière. » 

A la mort de Jacob, Joseph fit célébrer ses funérailles 
ea. la terre de Ciiaaaan» et il prit aveclui un grand mm- 
bce de cayaiiers. 

A répoque de lloise^ yen Faa du monde 2600, Védur 

cation du ciieval et fart de s'en servir étaient poi*tés au 
plus haut degré de perfection. 

Si, remontant de iM)00 ans, nous entrions un malin 

dans les murs géans de Thèbes ou de Memphis, peut-être 
senons-iious couibndus à la vue de ces habiles cochers, de 
ces Intrépides écuyers lançant sur le sable moelleux d'ar- 
dens coursiersà la narine de feu. lienèset Isis, qui sefai- 
saient des statues plus élevées que les cèdres ; les Pha- 
raons, qui se haussaient des toniheaux haut^ comme des 
montagnes ; llieris, qui se croisait un réservoir grand 
comme une mer \ tous ces hommes de ^gantesque pen- 
sée et de gigantesque pouvoir ne laissaient pas s'éteindre 
daus leurs mains le flambeau sacré de la science du cbe- 
vaL Parmi les coutumes de^ce peuple égyptûm, dont la 
sagesse est si vantée, figurent tous les exeroices publics 
capables de développer la force, le courage et l'adresse 
de l'homme, et parmi ces exercices se placent en première 
%ne, avec les courses à pied, les courae&de chevaux et 
de chars. Les hiéroglyphes nous représentant encore das 
épisodes curieux de ces jeux, dont malheureusement ies 
descriptions ne sont pas venues jusqu'à nous, mais que 
nous retrouvons au seuil de la nalionalUé grecque, bril- 
lant reflet de celle de l'Egypte. 
Lors du passage de la mer Roiige , vers Tan 2515 , 



Digitized by Google 



— — 

i'ttsage du cheval à la guerre était û fréquent^ uauel, 
que l'Ecrîtoie dit» en parlant de Pharaon: « Il fit atteler 
» aon char et prit tout son peuple avec lui, et il énuméra 
» six cents chariots d'éJite et tous les chars de FEgypte 
n et ka chefs de toute l'armée, et comme le» £g^>tieDa 
» les pouisuiTaient de j^s, Ils les virent campés près de 
» la mer ; toute la cavalerie et tous les chars de Pharaon 
» étaient à Phiiiahiroth, vis-à-vis de Béelséphon ; et les 
» Egyptiens, les poursuivant, entrèrent avec eux dans la 
» mer, et toute la cavalerie de Pharaon etsescharsetses 
» cavaliers. * 

» Alors Moïse et les enfans d'Israël chantèrent le can- 
n tique au Seigneur et dirent : Je chanterai le Seigneur, 
» parce qpHl a fait éclater sa glmre ; il a précipité dans 
» la mer le cheval et le cavalier. » 

Dans les temps postérieurs, l'Egypte possédait un si 
grand nombre de chevaux, qu'elle en fit l'objet d'un 
commmse considérahleavec les nations voiakies» Ces che- 
vaux étaient sortent renommés pour le tirage des chars. 
Le roi Salomon aimait à les faire servir à ses attelages 
et à ses cavaliers. 

Ce qoe nous avons dit d'ailleurs de la haute antiquité 
de la science hippique né- doit pas surprendre, quand on 
envisage le degré de perfection que cette science avait 
d^à atteint à une époque si reculée. 11 faut, en eifet, 
se rendre com^ du temps qu'il aMlu pour en arriver, 
après des essais répétés pendant des nècles, à faûpe un 
char de guerre, à y atteler un coursier, à diriger ce char 
et ce coursier sur un champ de bataille. Tout cela a de- 
mandé des milliers d'amaées à apprendre , et tout cela 
était connu avant Moïse. 



Digitizeci by Google 



— — 

Une des preuves les plus frappantes de l'antiquité des 
habitudes équestres se trouve dans l'histoire d'Osyman- 

drée. Ce roi d'Egypte vivait peu de temps après le d(''luge 
et près de huit siècles avant la guerre de Troio. Au rap- 
port de Diodore, ilfit la guerre aux peuples de la Bactriane 
à la tète d'une armée de quatre cent mille hommes d'in- 
fantene cl \ ingt mille chevaux. C/est, du reste, la confir- 
matiou de ce que nous avons dit des nations aguerries à 
l'époque des patriarches. 

Les bas^reliefs trouvés en Egypte offrent partout 
l'image du cheval employé soit à la guerre, soit aux 
fêtes religieuses» soit aux voyages, soit aux usages de 
l'agriculture. 

On voit, entre autres, dans les sculptures de llièhesv 

au temple de Kaiiiac, un cliar monté par un guerriur et 
son écuyer. Gelui-<:i a les rênes attachées autour des 
rems ; le* guerrier tient un arc ; les deux chevaux sont au 
galop, très enlevés et presque cabrés. 

Au palais de Kaniac, on trouve aussi un guerrier 
combattant sur un char ; les deux chevaux de son atte- 
lage sont ornés de plumets. 

On y aperçoit encore un roi assis dans son char. On 
amène des captifs à ce roi. Ses chevaux sont couronnés 
de plumets et enveloppés entièrement, à l'exception de 
la tète et des jambes, d'un vaste caparaçon. Leur allure 
est gracieuse et enlevée. Le port de queue est supert>e et 
la tête fort ramenée. 

Ces représentations se répètent à l'infini à Karnac, à 
Louqsor et dans tous lés monumens de l'Egypte. 

Un tableau que l'on remarque moins fréquemment 
dans ces monumens antiques, nous moutie un cavalier 



Digitized by Google 



— 29 — 

monté sur m cheval. Ce cheval eat au galop. Le ca- 
valier est blessé d'une flèche; il a un boucMer à la 

main. Le coursier est nu et bridé comme les chevaux 
des chars. 

On a pensé à tort que les hommes des temps qui nous 
occilpent faisaient moins usage de l'équitation que du 

char. Si l'on rencontre moins souvent l'image du cavalier 
en remontant i'histoiie de ces temps, c'est que les chefs 
des peuples» dans les batailles, ne combattaient point à 
cheval, mais en char, et que les chefs des peuples seuls 
ont eu le privilège d'être représentés dans des monumens. 
La Bible 'nous dit : « £t ils le transportèrent du char 
» où. il était dans un autre qui le suivait, mtvani la cou- 
n 4ume det roi», » 

Du reste, les historiens distinguent parfaitement les 
cavaliers et les chariots. Diodore, entre autres, nous en 
donne plusieurs fois la preuve. « Quand Sésostris ras-r 
» sembla sa gigantesque année pour la conquête de la 
» terre, il réunit, dit-il, six cent mille hommes de pied, 
» vingt-quatre mille chevaux et vingt>sept mille chariots 
» de guerre. » On lit aussi, en termes exprès, dans ÏE- 
tritore : uSiin ewnibui H hi in e^ncf. » 

Tandis que de vastes arènes se dessinaient à F ombre 
iWigiMiidn sphinx, autour des pyramides ou du colosse 
deMemnon; tandis que les quatre cent mille soldats de 
l'Egypte perfectionnaient chaque jour l'art de lancer un 
char dans la çanière, de l'acrèter court ou de le faire 
tourner autour des obélisques sans effleurer leur pied de 
marbre ; tandis que les cavaliers s'exerçaient à régler les 
mouvemens dociles d'un ou plusieurs chevaux lancés au 



— 30 - 

galop tur la plaine sanâ horuon, les antres nstioiis de 
rorientne restaient pas en arrière. 

Les Assyriens, les Babyloniens, et après eux les Mèdes 
et les Persans furent des peuples fiers et guerriers. Noua 
aivoiis va que Nemrod ^ah tout à la fois eliaaaeiir et 
guerrim'. L'usage du eheval attelé et monté ftit ftmiilier 
à Babylone, en Médie et en Perse. La Chaldée fut conime 
l'Egypte un des berceaux des arts et des sciences. On 
y cultiva les sciences, l'agriculture. Tari de la guerre* 
La diasse était aussi dans les mœurs de ces pays ; le soin 
et îa connaissance du chev al en étaient la conséquence 
n^^rcssairo. Lne curieuse remaïque que nous fournit 
M* Ëusèbe de Salverte, sur la compositiofi des noms pnn 
près, peut nous faire apprécier l'importance du réle que 
le cheval joue chez les peuples de toutes ces contrées. 
« Dans les vastes régions qui s'étendent, dit-il, duuord 
» de la Bactriane aux confins de TAssyrie, le mot Aêp 
» dominait jadis dans les noms propres d'homimes, de 
» peuples et de lieux. Cette obscr\ation s'applique au 
» nom des ancêtres de Zoroastre et à ceux de ses 
» contmporains du Bas-Empire, jusqu'au Jouf où les 
» guerriers de rislamisme vinrent changer la reli^on de 
» ces peuples, leur état politique, leurs usages et jusqu'à 
n leurs noms. Atipo en zend, asp en persan, signifient 
» ^w^al : quoi de plus naturel que de voir ce nom entrer 
» fréquemment dans la eompontion des noms, ehea des 
») nations belliqueuses paniii lesquelles le guerrier est 
■ n pour ainsi dire inséparable de son clieval. £n voici 
» quelques exemples : Hydaspe, Choaspe, fleuves ; Zih 
»> riaspe, ancien nom de la capitale de la Bactriane ; As- 
») padan, ancien nom d'Ispaliau ; Gorochasp, Hetchidasp, 



Digitized by Google 



31 

» ^é^tm^ père ^ ancôtf e& à» Zoroastpa; CSuMasp» foi ; 
« Hysta^» père de Darius; Ariaspe» fils d'Artexerce- 

» Memnon ; Sytbes Aspasiaques, près de l'Oxus ; Aspé- 
» bade, aïeul maternel de Gosroës ; Amasaspe, Perse- 
ii> Arménien, mis à mort sans jugement par ordre de 
» JuBtiâieii; Aie^ète» Armtoien de la raee ^ Arsaddes^; 
inaârû\ ce mm dont la fauese interprétation avait fait 
» rejeter parmi les êtres fabiileiix les hommes qid le por- 
» taient, le nomdes Arismaspes. » 
iJOans rancienne Arménie, le chef des cavaliers était 
âj^pelé Asbled de A^, ekevat ; c'était le titre de la plus 
haute noblesse : on ne le donna d aboi d qu au comman- 
dant en chef des arotées ; il devint peu à peu common à 
^ÊBé tes grands (Aciers de la couronne. On voira plus 
lem qu'il en fut de même chez un grand noiqiibre d'autres 
nations, tant anciennes que modernes* 

^ii^êpvès Neaurod ou Bétus, parurent Ninus, le vainqueur 
des Indes ; Stoiramis, cette femme gigantesque, qui lais- 
sait tomber de ses mains les merveilles et les victoires, 
qui ajoutait TËgypte, l'Ethiopie, la Lyhie aux conquêtes 
deNinus et ornait Bahylone de ces monumens colossaux, 
de ces jardins magiques, de ces fortes murailles, qui, 
couchées dans la poussière, eflrayaient encore l'imaginar- 
tîon des soldats d'Alexandre ; Sardanapale, dont la vie 
vidhiptaoase résume les habitudes douces et faciles que 
HmÉame peut se faire sous le plus beau del et sur le sol 
le plus fertile du monde ; Nabonassai', qui data une ère ; 
Natecbodonosor, dont rEoriture a pânt l'horrible méta- 
BKnphoae; enfin, -Bahhazar, qui vit la main de Dieu 
écrire sur la mursûUe de la salle de ses festins. 



— 32 — 

Qui nous dira la destinée de la race équestre parmi 
toute cette gloire et toute cette volupté ? Oh I sans doute, 
ces hommes qui avaient reculé toutes les honies des plai- 
sirs, ne négligèrent pas de rendre le cheval cuiiiplice de 
tous lem*s amoursy La gloire hippique, cette suprême vo- 
lupté des grands ciBurs, n'était point étrangère à ceux-là 
qui les épuisaient toutes. Du resto, nés conjectures n'ont 
rien d'aventuré, puisfju au rapport d'Hérodote, les rois 
de fiabylone entretenaient un haras de soii^ante mille ju- 
mens et de huit cents étalons. 

Nous savons que Sémiramis aimait passionnément les 
clievaiix, et qu'elle soignait elle-même de ses mains un 
coursier favori. Niaus assembla, pour soumettre la Bac- 
trîane, une armée qui se montait à dix-sept cent mille 
hommes d'infanterie, deux cent dix mille de cavalerie et 
près de mille sept cents chai'iots armés de faulx. 

Le règne de Ninus, en suivant la supputation d'Uéro- • 
dote, doit se rencontrer avec le gouvernement de la pro- 
phétesse Bébora, 51& ans avant Rome, 1267 ans avant 
J.-C. , c'est-à-diie qu'il est antérieur à la ruine de Troie 
au moins de 80 ans. 

Gyrus réunit à la Perse, qui jusqu'à lui avait eu peu 
d'importance, les royaumes d'Assyrie, de Médie et |»lus 
tard l'Egypte et T Arabie ; il se créa le plus grand royaume 
qui eut jamais existe dansle monde. Jusqu'à lui, les Per- 
sans, proprement dits, avaient été peu célèbres par leurs 
chevaux ; mais, sous un roi ^nierrier, et qui par conséquent 
aimait les nobles exercices du cheval, le cheval devint 
pour eux un objet de nécessite et presque de culte* Gyrus 
imprhna un mouvement puissant à l'élève du glorieux 



Digitized by Google 



— 33 — 

animai, dont la race aemultqilîa bientôt à.rinfiiii. Chacun 
eut son cheval, même parmi les classes les plus pauvres. 
Cyrus avait rendu un décret d'après lequel tout Persan 
possédant un cheval et rencontré marchant à pied, hors 
de cfaex lui» devait 6tt« ignomimeusement blâmé. Par les 
^«positioiis de ce prince, Féquitation devint u!ne des 
branches les plus imporiautes de l'éducation de la jeu- 
nesse, pour laquelle on sait qu« Cyrus fit de si sages rè^ 
^emeos. Dans son empire, on commençait à mettre les 
enfans à cheval dès Tâge de cinq ans. Il était lui-même 
le premier écuyer de son temps, couiiiie il en était le 
plus grand cœur. 11 exerçait à la chasse et à la course ses 
dievaox de gudh^. Nous verrons plus tard Salomon, 
Alexandre et Gharlemagne en fahre autant 

L'origine de la poste aux chevaux remonte à l'époque 
de Cyrus. Ce fut lui qui en établit l'usage. 11 lit observer 
la distance qu'un cheval pouvait, sans s'épuiser, par- 
courir tout d'une traite, et il mesura ses relais sur cette 
distance. A chaque relais, il fit établir une bonne écurie, 
pourvue d'un certain nombre de chevaux et de gens 
chargés de les soigner, sous la direction d'un chef choisi 
parmi les hommes les plus sûrs et les plus intelligens. 

L'histoire rapporte que ce fut surtout pendant la guerre 
qu'il fit aux Assyriens, que Cyrus découvrit le mérite 
d'une bonne cavalerie, alors que les Mèdes loi furent 
d'un si puissant secours, principalement dans la pour- 
suite de l'ennemi. Il fit prendre à l'instant même les che- 
vaux braves et frais des vaincus, les ht monter à ses sol- 
dats les plus alertes et en fonna un corps d^ cavalerie. 
Plus tard, ce noyau s'augmenta de nouvelles recrues, et 
peu d'années après, par les encouragemeus et le zèle de 



- 34 — 

Cyinis« laPfiiBepoBflédBÎt laineUteiiieeavileriedtt monde. 
L'eunuque PMlale, dont il avait protégé les Etats, lui 

oH'ritdes présens considérables, pai mi lesquels figuraient 
é& uiagmfiques chevaux de tout genre, les uns prove* 
Haut des remontes dek cavalerie, les antres des propres 
haras de son allié. Cyn» refusa tous les autres présens; 
mais il accejUa les chevaux, u Car rien ne me vient plus 
i> à propos, (lit-il, pour former une cavalerie que je veux 
n élever à dûQmtUe bommes; je veux la compléter toute 
t» entière de Persans, et la fournir de bons ebevaux bien 
» exercés. Ceux que ^ ous m'ofl'rez étant tous de premier 
j» mérite et dressés au service deguene, je ies accepte de 
» bon cœur, n * 

Plus tard, la cavalerie de Cyrus monta au delà de qua- 
rante mille hommes, et il fut en état de faire bientôt lui- 
même des présens de chevaux à ses alliés. 

Lorsque Cyrus mourut, il fiit enseveli dans un cercueil 
d'or massif. On mit sur son tombeau : 

JE SÛIS CYRUS FILS DE C AMB YSE , 
LE rOMBATEUR DE L-EMPIRE DES rERSBS, 

; LE MAITRE DE l'aSIE ; 

m M'm\m.miij jue ^iq^vaik^i ou ]usro&»»pii^ os. • 

Tous les mois, les Perses iiiijnolaient sur ce tombeau 
leur plus pi'édeuse victime, celle dont ils savaient que 
l'hommage pouvait être le plus doux à l'illustre guerrier; 
ils hii offraient leur ami, leur compagnon et le rien, — 

un cheval ! 

Une natiou si éminemment hippique devait regarder 
le cheval oynme une espèce de divinité, et lui accorder, 
par conséquent, les honneurs dns à la puissance faitrïlî- 

gente. Et aussi le chargea-t-elle un jour de désigner l'hé- 



Digitized by Google 



I 



— 35 — 

ritier dds vm. Sont te nain du Irère de GaBOyyte, un 
Mage avait asurfié 2a conronnede Perse. Un faux Smerdis 
régnait insolemment, depuis sept mois, non par le crime 
de Vèpée ou du génie, que l'histoire pardounet mi^ par 
celui de Timpoetiire, ({u'elie imfom Lea poiaeaaade l'en- 
jm M révoUèrent; ik reAverdèrent k n>i de théâtre, 
qui fut tu(j par le fils d'Hystaspe, Darius, de la famille 
dea Achéménides. 11 fallut. aloi^ choisir un maître; on 
ooDTÎnt de s'oi rappîiorter au jujgwent des dieux; Sept 
deBprittdpauK conjurés étaient sur les rangs. On décida 
qu'ils se renrJiaieut à cheval, au lever du soleil, dans un 
lieu désiigné, et que celui dont le coursier saluerait le 
pranier.raatre du jour de ses bennissemeas, serait éhi 
roi. On sait que le soldlétût la grande divinité des P^- 
ses. Le ciieval de Darius hennit le premier, et donna à 
à son cavalier le sceptre du monde. On rapporte toute- 
fois que le succès de Darius ne fut dû qu'à la ruse d'un 
de ses écuyers, qui, la veillé, avait conduit au rendez- 
vous'^ le cheval de son maître, en compagnie d'une cavale 
dont le souvenir avait provoqu*^ le précieux hennisse- 
ment. Quoi qu'il en soit, le fils d'Hystaspe, qui se faisait 
a]»peto^ dana les inscriplions, le mdlleur et le mieux 
fait des hommes, fit élever une statue en l'honneur du 
cheval auquel il devait l'empire. On lisait au bas cette 
eurienaa légende : queDariufiavaitconquisle royaumede 
Perse par le mérite de sen cheval et l'adresse de son 
écuyer. 

Chaque année, Darius recevait des Ciliciens un tribut 
de trois cent soixante chevaux blancs. 
Nous avons vu que lors de l'expédition de Xerxès, en 

Grèce, il n'y avsût qu'un petit nombre de chevaux dans 



Digitized by Google 



— 36 — 

sa gig^tesque armée ; mai» le cliâi' de Jupiter était 
traîné par huit chevaux bhuncs, élevés daaa le champ de 
Nysée. 

La mythologie persatine a consaci é iuissi le cheval dans 
ses poétiques allégories. Lors de la guerre des dieux et 
des géauSf Siamekschah« fils de Calmmarath» montait 
le terrible Raaeks, et Sam^Nériman, fils de Gahaman- 
€atel, après avoir dniii{)té So/mnij dracroii à tête de che- 
val, s'en servit comme d un coursier de bataille. 

Les Persans immolaient des chevaux au soleil, divinisé 
sous le nom de Mithra. Un poète , dans Lactance, en 
donne pour raison qu'il ne convenait pas qu'un dieu si 
rapide dans sa course, eût une victime mmus légère que 
le cheval. 

* 

Plaçât Equù Pcrsin rndiix Hypfvriona cinctum, 

jNt detur céleri victima tarda deo, . ' r ^ 

Les premières courses de chars, dont l'histoire fasse 
mention, se célébraient aux fêtes de Blithra et se répati^ 

dirent proimbiement avec ces fêtes })ar tout l'univers. On 
sait, en ellet, que le culte du soleil fut la religion la plus 
générale de l'ancien monde, et que ce culte pénétra même 
chez les Hébreux. Nous lisons, au second livre des RoU' : 
que Josiah enleva les chevaux que les rois de Juda avaient 
donnés au soleil, et brûla les chariots. , /; 

Plus tard, Alexandre, vdnqueur des Persans, reçut de 
leurs mains un cheval, qu'il regarda comme le glus beau 
trophée de sa victoire. 

Les chevaux persans furent les plus célèbres de toute 
l'antiquité, pour la beauté des formes, la grâce, l'énergie. 



Digitized by Google 



et toutes les rai*es qualités qui distinguent si éminem- 
ment les chevaux d'Orient. 

Les plus aocieiis' historiais les repréàc^nt comme 
surpadsaiit tous les autres, par la fierté et la grâce de 
leur port et par la douceur de leurs mouvemens. Ils 
étaient aseÎB sur leurs hanches, légm du devant, et leur 
cou de cygne portait une tète élégante qai se balançait 
gracieusement dans Tair et se courbait en arc jusque sur 
la poitrine. Souples et lians, ils volaient et s'arrêtaient 
court ; leurs allures étaient cadencées et leur vitesse pro-* 
digi^ise. 

Athenaiis et Xénophon blâment les Perses d'avoir cou- 
vert leurs chevaux de housses et de tapis, u en prélérant 
» l'agrément d'être assis moll^nent sur leurs chevaux à 
» l'honneur de se montrer hardis et légers cavaliers , 
» comme les Parthes et les autres naiioiis \ igoureuses 
» qui les entouraient. » Ce reproche nous paraît peu 
fondé, à l'égard d'une nation si universellement renom- 
mée pour ses habitudes équestres. L'art de l'éqfuitation 
ne se Ijuine pas à s'élancer bravement sm un coursier 
libre de frein et de harnais, c'est là de F audace et voilà 
tout; il consiste à connaître et à pratiquer les moyens^de 
tirer le meilleur parti possible dé l'utile animal, destiné à 
joindre son existence à la nôtre ix)ur la doubler et l' em- 
bellir. 

Plusieurs peuples anciens, et même quelques peupla^ 
des modernes, ne se sont jamais servi de selles ni de bri^ 

des. et n'ont jamais employé que le secours de la voix ou 
celui d'une baguette pour diriger leurs chevaux; mais, 
si ce mode d'équitation prouve une perfection bien grande 
dans l'art de dresser les chevaux, il faut avouer qu'il ré^ 



— 38 — 

pond peu ata besoins et ans hilBtndes des peiqiles d- 

vilisés. 

Dans r Arménie et la Médie, les chevaux étaient d'une 
fort» CGmfoniiation» et trèa proprcdau 
l^teiid que c'est de cedender pays que tient kplmteiqi- 
pelée médica , cultivée particulièrement en Espagne. Cette 
plante, originaire de Médie, en aurait conservé le nom. 
Les anciens la reganUent comne très noorrissafite et 
très propre à restaurer un cheval faible et ^uîsé, et àlni 
rendre instantanément l'embonpoint et la vigueur. 

Les Partbes étaient renommés çbez les anciens par 
leur amour pour le cheval; e*était un peuple gnervier et 

qui, comme les modernes Tartares, ne combattait jamrài 
qu'à cheval. Daus les vastes déserts qui défendaient, du 
côté de rOeckkntt la frenti^ parthique, leurs phalan- 
ges se dérioulaient rapides comme le Sanoun, et dévo- 
rantes comme lui. 

. Les chevaux des Parthes ressemblaient aux chevaux 
persans ; ils les surpassaient même par leur élégance, . 
leur vigueur et surtout leur ftnod. Leur docilité était ex- 
trême, et jamaispeuple n' a poussé aussi loin queîesPtertbes 
la perfection du dressage. Admirables cavaliers, leur 
nom dériva de l'hébraïco^phémden /MmwÀ, cheval; ik. 
montaient à poil et sans bride. Leur adresse était trile, 
leur empire sur leurs chevaux étaut si puissant, qu'ils 
les dirigaient à leur gré, par la seule puissance de la voix 
ou la pression des jambes^ Ils les lançaient contre Xm- 
nesû» les arrêtaient court, layaiottt et revenaient à 
charge. Dans leur fmte, phis redoutables que dans l'atta- 
que, ils lançaient par dessus l'épaide, les traits de leurs 



Digitized by Google 



~ 39 — 

terribleB accir C'estde là qo'est vcam le prorerbe na*' 
cien : fuir en Panfu. Hérodote pêtisalt qde léHf 'supé^ 

riorité dans l'art de l'équitatkm n'éftâit pas ancienne, 
'parce que ceux d'entre eux qui suivirent l'expédition de 
XmèÊt en Grèce étaient & piefl^ A nùos répon- 
dions que hi natiife même de cette expédition, les diffi- 
cultés d'une route coupée par des montagnes et brisée 
par des mers, le&( années qu'il fallut pour réunir quatre 
mSDmm ^hùmme», devai^ïit exdhre FemidOii delà cavar 
lerie. Aussi, la plupart des nations qui composèrent la 
grande armée de Xerxès, ne resservirent pas plus de 
cikevaux que les Parthes, quelque renonmiées qu'elles ' 
taaeaU par leurs haMtudes hippiques. 

L'édocaCMm du cheval et Tart de le dresser étaient 
poussés chez les Parthes à un haut degré de perfection. 
Cette per^BOtion ne fut point chez eux, comme chez la 
pbspan des peuples modernes, eberchée au moye» dln- 
strumens de terlures ou de fatigues prématurées. Leurs 
méthodes étaient aussi douces que rationnelles, et méri- 
teraient d'être étudiées avec smn, même à notre époque, 
bit cosme en bi^ d'autres eheses, peut-être, devtionEh 
nous nous contenter de nous mamtemr à la hauteur dissan- 
cicns, loin de prétendre les surpasser. En équitation, c'est 
déjà beaucoup que de ne pas être au dessoifô d'eux. Lors- 
qaf il s'aigISBaitde dresser lés poulains, ils lesconduisaîent 
dans un champ de terre unie, d'une petite étendue, coupé 
de lignes régulières. Les poulains y étaient exercés jour- 
A^emait; kttrsfautesétaientpmiiesd'ttnel^gère correc- 
tieiKi E»tfeqaéral«iitain8i,enpeudetemp9etsans violence, 
l'habitude d'hsirmonier leurs aHurés, de lever les pieds 
gracieusement, de former des pas plus ou moins longs, 



Digitized by Google 



- 40 — 

suivant la nature du terrain, qualités précieuâeâ et rares 
daoB le cheval de route« que raudenne école françnee 
savait aussi admirablement développer. 

Les Israélites avaient pris ou dû prendre en Egypte le 
goût et les habitudes de Téquitation ; cependant il ne 
parait pas qu'ils s'y livrassent beaucoup pendant les qua- 
rante uns qu'ils errèrent dans le désert : ils y menaient la 
yie pastorale de leurs pères et n'y avaient avec eux qu'un 
petit nombre de chevaux. 

Le cheval, d'ailleurs^ a toujours été regardé cfaes tons 
les peuples comme le symbole de la guerre, et il a donné 
à tous ceux qui en ontiait usage une ardeur guerrière et 
une audace qui ont souvent dégénéré en orgueil et en 
tyrannie. Equus par€Uur in dtea MU. C'est pourquoi 
Dieu ne voulait pas que son peuple eût de chevaux. On 
yoit dans Les Nombres que les chariots oflerts en présent 
au Seigneur par les princes d'israél et les chefs des fan 
milles étaient attelés de bœufs ; c'était même un pré- 
cepte de relip^ion : « Quand vous serez entrés dans la 
» terre que le Seigneur, votie Dieu, vous donnera, que 
n vous la posséderez et que vous habiterez en elle, si 
» vous dites. : J'établirai sur moi un roi, comme toutesr 
» les nations (jui nous environnent, vous prendrez celui 
» que le Seigneur votre Dieu aura choisi du nombre de 
» vos frères. Vous ne pourrez recevoir pour nû un homme 
» d'une autre nation et qui ne soit pas yotre frère, et 
» lorsqu'il aura été établi roi, il ne multiplira point les -, 
» chevaux, n il ne s'agit point ici de ne pas en avoir» 
mais de n'en avoir qu'une quantité bornée. 

A cette époque, les puissans d'Israél ne montaient 



Digitized by Google 



— 41 — 

àés ânes. Pour domwar une haute idée d'Isalé, Vm 

des juges qui golivernaient le peuple, l'Ecriture dit qu^il 
avait trente fils, montés sur trente ânes, et chefs de trente 
villes. Il est (lit d'Abdon, un autre des juges, qu'il avait 
quarante fils et trente petitB4ite, montés sur soixante-dix 
ânet, < t, dans le cantique de Déborah, les chefs d*lsrafil 
sont décrits montés bur des ânes polis et luisans 

Arcbitopus , voyant que son conseil n'avait pas été 
'suivi» « ût seller son âne et s'en alla en sa knaison. » 

Cependant tous les peuples de l'Idumée se servai^t 
alors de chars et de cavaliers. Lorsque les Israélites, 
après avoir fui la servitude d'Egypte, vinrent prendre 
possession de la terre promise, ils n'avalait point de ca- 
valerie, et ils avaient afiSeure aux peuples guerriers des 
villes de Syrie ; aussi Dieu leur dit-il : « Lorsque vous 
• » sortirez pour combattre vos ennemis et que vous ver- 
j» rez leur cavalerie et leurs chars et une armée plus 
» nombreuse que la vdtre, vous ne craindrez point, parce 
» que le Seigneur votie Dieu, qui vous a tirés d'Egypte, 
» est avec vous. » 

Plus tard, les rois vinrent attaquer Israël. « Lorsque 
I» Jubin, roi d'Absor, eut ouï toutes ces choses, il envoya 
M à Jobat, roi de Mailuu, au roi de Seméron, au roi 
» d'Acbsap, et aux rois de l'Anquilon, qui habitaient les 
» montagnes et la plaine yers le midi de dénéroth, et 
» dans les campagnes et dans le pays de Dor, auprès de 
» la mer, et vers le C.iiaiianéen, en Orient et en Occi- 
» dent, et vers l'Amorrhéen, l'Hethéen, lePbéi*ézéen, le 
n Jébuséen, qui habitaient les montagnes, et vers l'Hé- 
» véen, qui habitait sous l'Hermon, vers la terre de 
» Maspbia. Et ils sortiient tous avec leuis troupes, peu- 



# 

Digitized by Google 



— 4« — 

» suisi Bonfareoi quek aaUe q« ett tur le rivage 
n de la aMTy et avec iioe grande nultiti^ 

» de chars. Et tous ces rois s'assemblèrent aux eaux de 
)> Mérom pour conobattre contre Israël, et le Seigneur dit 
» à Jofliié : ^teleeeraiBap(mlttCar^0aa^Aàeellemêm 
n pleee, je les livrerai tous poar6txe frappés en présenee 
» d'Israël ; tu couperas les nerfs de leurs chevaux et tu 
» briseras leurs chars. £t Josué vint contre eux, et 
» teulerannée avec lui, vert les eam de Mérom, et Us 
» se prédpitèreiit sur eux. Et k Semeur les IS/m ma 

n mains d'Israël ; ils les frappùrcnt et. les poursuivirent 
» jusqu'à la grande Sidor et jusqu'aux eaux de mer, k 
n Repboth, et jusqu^m duoifi de Maapbé, qui est vem 
» rOrient; et il: les frappai sorte qu^il n'eo resta pas 
» un seul; et il lii comme le Selc;ncur lui avait com- 
n aiandé ; il coupa les nertâ de leurs chevaux et brisa • 
» leurs chars. » 

C'était sans dente k cautnme à tevte époque, quaiad 
on n'avait pas besoin des chevaux des vaincus de les ren- 
dre incapables de service. C'est ce que Ton voit plusieurs 
ftk répété dans rficntore. « Bavld ayant pris dan» ime 
)r batailk milk sept cents cavalien et vingt inllk featas- 
» sins, coupa les nerfs des chevaux des chars et n'en 
» réserva que pour cent chariots. » 

L'ËeiitQEe cite quelques-unes des oattkns de rOrient 
les plue célèbres par kors chevaine : 

« Les Ammonites, voyant qu'ils avaient offensé David, 
>» enveyèrent mille talents d'argent pour acheter des 
» chars et raasembkr des cavaliers dans k llésopotamk» 
» dans k Syrie, en liaacba, et dans ScHra. 

» Ils réunirent donc trente-deux mille chars et le roi 



Digitized by Google 



— 43 — 

' » de liaaebft et ms 8«|et8 «va& eux» et s'étant mis en 

» marche, ils vinrent camper TO-à-vis de Médaba, et les 
t) Ammonites s' é tant aussi assemblés de. tûutealeura vilks 
» sepcéparècentaaQoiidMit.» 
. à, répoquft de Dwrid, ITmege dm étmÉl étaàt dovoau 
un besoin impérieux pour le peupile d'IsraêU soit que 
V exemple des nations voisines, Thabitude de demeoiep 
dans les Tâk», lajnoÛBBseàkqiiieilemTiteaipaiflBam-» 
memle diraalde FOnent, eussent £ût appréoierleB.8viiii^ 
tages de l'équitation. Toi^gours est il que chaque homme, 
à cette époque, n'allait qu'à cheval. C'est ce qui expli- 
que oeittt prodîgîeQaei iMaiîfiô «rec laquelle hod seule- 
ment les rois, ks priaces, les géBénuix^ mais encore les 
simples particuliers s'environnaient à chaque occasion de 
chars et de. cavaliers. « Après cela, Absalou prit des chars 
. » et des cavalieis et einqnaate heinmes qui le préc^ 
daient. » 

« Adonias, fils d'Aggith, se leva, disant : Mot, je ré- 
» gnerai ; et il assembla des chars et des cavaliers et 
» daiqaaote homme» pour eoiirir devant lui^ 

Les Hébreux: plaçaient bant dans teur sagesse la. dou- 
ceur envers les serviteurs de l'homme, et un des plus 
beaux titres qu'ils donnaient à leurs saints était celui 
élieimiie lx>n enms ka aninuuiz. 

Gependant Fère brillante du lojfuuDe de Juda appro* 
chaiL ; le règne de Salomon fut la grande époque de la 
nation juive. Outre l'édilication du temple de Dieu, ce' 
rd, que la postèiiité & nouamé le Sage, bàtil des TÎUes» 
éleva diiBS édifiées* el surpaesa tena les rois du; monde en^ - 
puissance et en sagesse. Tant d'éclat devait rejaillir sur 
la i*ace chevaline. 11 parait que Salomon aimait passion- 



— 44 — 

Dément les chevaux : « lia bîeiHaimée, je vous compare à 
D la beauté de mes cavales, » disait-il dans le Cantique 

des cantiques. Aussi, i*:iioii les présens que lui faisaient 
tous les ans les rois de la terre, parmi les vases d'argent, 
les vètemens, les aimes, les parfums, on n'oubliait pas 
les chevaux. Il en achetait lui-même à l'Egypte, aux rois 
d'Eilnopie et de Syrie. Beaucoup de marchands allaient 
en chercher à Coa et venaient les lui revendre. On lui 
amenait quatre chevaux d'Egypte pour six cents sicles 
d'argent II avait quatre mille écuries seulement pour les 
chevaux de ses cluii s ! 

On lit dans le Çoran que Salomon exerçant un jour ses 
chevaux et l'heure de la prière du soir étant venue, il ne 
voulut pas permettre que Ton prit le temps de les mettre 
à Fécurie, et les abandoiiiia cuihiik; ii ajaot plus de maî- 
tres et desùiiés au service de Dieu. Ce fut alors que 
Dieu, pour le récompenser, lui accorda un Vent doux et 
agréable, mais fort, qui lui servit de monture dans la 
suite et le porta partout où il voulut aller, Cependant l'a- 
moui' de réquitatiuu i euiporta un jour dans son âme 
sur son devoir, car on lit encore dans un commentaire 
de Zamchascar : « Salomon, assis sur son trône, voyait 
)) courir des chevaux excellens qu'on lui avait amenés ; 
)> la course durajusqu au coucher du soleil. 11 oublia de 
» faire la prière du soir, et se punit de cette négligence 
» en faisant immoler une partie de ces superbes cour- 
» siers. n 

Parmi les rois juiis les plus cavaliers, l'histoire cite 
encore Asarias , vainqueur des Philistins. Ses écuries 
* étaient remplies d'excellens et magnifiques coursiers. Il 

les exerçait lui-même à tous les jeux alors eu usage et 



Digitized by Google 



45 — 

accordait de grandes récompenses à ceux qui se distiu- 
goaient dans Fart de l'équitation. 
Les guerres contînaelles qu'eurent à soutenir les Juifs, 

et les diverses périodes de captivité qu'ils suijii t'iit ne 
leur permirent pas dans la suite d'avoir un grand nom- 
tiMte<dievaux. Vers la fin de leur empire, un des ser- 
viteurs du roi lui dit : « Il y a encore cinq chevaux qai 
n sont seuls de ce grand noiiibre qui était dans Israël, 
» tou^Jl^ autres ayant été mangés. » 
. J^ursque le dernier jour de la Judée vint à sonner, • 
lorsque Htus vint assiéger la ville coupable, il ne se 
trouva plus un cheval de bataille pour défendre la })orie 
4g, j^ÊQifiaiem, et la nation juive fut rayée des peuples de 

a 



Digitized by Google 



GHAP1TA£ IV 



I 



Temps Héroïques et poétiques de la Grëce — Créatiao du cheval par 
NepLiino — Le dieu Mars. — Cbevaiix de l'Olympe. — Chevaux 
d'Achiiie. — Chevaux du Soleil. — Castor cl Pollnx, — Pt'gase. — Les 
Centaures. — Soins donués aux chevaux, — Augias. — Pélops. — 
Uippolyte. 



Ce fut dans ces beaux lieux que dominent TOlympe, 
le Parnasse et le Taygète, où coulent le Pénée, l'ilys- 
g08 et FEurotas ombragé par ses lauriers roses que, des 
récits décolorés des jours de r£den« les poètes créèrent 
la riante mythologie. Premiers héritiers de la civilisation 
orientale, dans un climat doux et sur un sol fertile, pas- 
sionnés pour la gloire et les jeux guerriers, les Grecs 
éle¥^:ent le cheval aux plus grands honneurs : ils don- 
nèrent son nom à leurs héros et à leurs dieux, et, dans 
la fable des centaures, ils lui prêtèrent la vie et les pas- 



Digitized by Google 



— 47 — 

wmB des JioiiiiofiB. Mai» ce n'étaîl point asaex pimr l'hon- 
neur du eheval : il fallait encore raaaocier aux dieux, le 

rendre immortel comme les dieux eux-mêmes. Inférieur 
à l'homme, mais supérieur à tout le reste de la création, 
le clieval fut on des féconda et UgUmiea obj^ 
fictions dé la Grèce. Il se prêta à toutes hs allégories, à 
toutes les ligures dont le caprice des poètes et la puis- 
sante imagination des homme» de ces temps voulurent 
le rendre Tobjet 

De môme que cbes tous les autres peuples, le cheval 
était chez les Grecs F emblème de la guerre. Neptune, 
sjmboit de ces chefs errants, venus des marais d'Kgypte 
ou des coteaux de la Syrie, attacher leurs barques vagar 
bondes aux lieux où fut plus tard le Pyrée, se disputait 
avec Minerve, symbole de la civilisation, qui bàîit des 
villes et cultiva les champs, à qui donnerait son nom à la 
ville de Gécrops. Neptune frappa la terre de son trident 
et fit naître le cheval : 

7\tqu9t d qui prinu» frmnenttm 

Fkidit egmiin magno télhu ptreuitu triâmii. 

Minerve à son tour fit naître l'olivier, dont les fruits, 

objet d'un coiiimerce considérable entre les nations, en 
font un signe de paix et d'union. Le don de Minerve fut 
pi^éi^ par les pères de Ifiltiade et de Péridès. Minerve 
eut la glou*e de devenir la patronne d'Athènes. Le che- 
val que fit naître Neptune s'appelait Arion. Les poètes 
l'attelèrent quelquefois au char de Neptune. Ce dieu en 
fit présent à Hercule, qui le montait quand il prit la ville 
(l'Ëlide et lorsqu'il combattit Gygnus. Les dieux le don* 
aèrent ensuite à Adraste, à qui il fit gagner le prix de la 



— 48 — 

course aux jeux néméecis, et dont il sauva la vie au siège 
de Thëbes. Arion avait les pieds de devant d'un homme 
et Tusagc de la parole, V amlis Arum, Neptune est ap- 
pelé par les poètes : Danu uSy (loni])teiir, et Uippim, ca- 
valier. Ou célébrait en son honneur, chez les Arcadiens, 
des fêtes nommées Hippocratie$. Les chevaux, pendant 
ces fêtes, étûent exempts de tout travail, et onlesprome^ 
nait parles villes et les campagnes, ornés de guii J.ntdes 
et de superbes harnais. On immolait des chevaux sur les 
autels de Neptune et en mémoire de ce dieu. Les peuples 
en (Paient en sacrifice à la mer. Mithridate y fit précipiter 
des chariots à quatre chevaux, et Pouipctu a[>i t une vic- 
toire, y fit jeter un superbe coursier. On cherchait aussi 
par de pareils saeriflces à se rendre âtvorables les divi- 
nités des fleuves. Xerxèsen offrit au Strymon avant de 
le traverser pour entrer en Grèce ; Tiridate en offrit à 
r£uphrate. Quelquefois on se. bornait à lâclier daus les 
prairies baignées par les eaux des fleuves les chevaux 
qui leur étaient dévoués. César, avant de passer le Ru- 
bicon, oflre à son liinnide dieu un grand nombre de che^ 
vaux qu'il abandonna sur ses rives. Cette coutume était 
connue du temps d'Homère, qui fait dire à Achille, en 
parlant du Xante : « Ce fleuve même, malgré Timmense 
» et rapide cours de son onde argentée, ne pourra vous 
u dérober au trépas; c'est en vain que vous lui sacrifiez 
» tant de taureaux, et que de vigoureux coursiers, vie- 
il times vivantes, sont engloutis dans ses abtmes. » 

Le cheval est lié à l'histoire de Neptune, depuis sa 
naissance. On sait que la mère de ce di^u présenta à Sa- 
turne un poulain & dévorer à sa place ; on sait aussi qu'il 
affectionnait la forme chevaline dans ses transformations. 



Digitized by Google 



On se tiemande si vraiment un prince de ce nom avait 

développé la scienco iiippi(|iie dans les temps inconnus 
de l'histoire de la Grèce, ou si i'idée du cheval obéis- 
sant à la main habile du cavalier avait un rapport allér 
gorique avec celle du vaisseau sous la main du pilote. 

Les Phéniciens de Gadès donnaient la ligure d'un che- 
val à la proue de leurs bàtiiueus. Ke)^; signifie égale- 
ment un vaisseau léger et un cheval de course, tant les 
idées de la navigation et de l'équitation se confondaient 
dans la langue des Grecs. Paniphus, poète phis ancien 
qu'Homère, dit què Neptune lit présent aux hommes du 
cheval et de ces tours flottantes appelées vaisseaux. C'est 
pourquoi le cheval était à la fois le symbole de la na- 
vigation et en même temps l'emblème particulier de 
la guerre. 11 est remarquable que le cheval ait donné 
son nom au dieu des combats, le terrible Mars. Dans une 
des plus andennes langues du monde, qui vit encore en 
quelcfues contrées celtiques de l'Europe, le mot marc h 
signifie cheval. Ce nom fut aussi celui d' un des premiers 
babitans de FAusonie, que d'anciens autctos représen- 
tent sous la figure des Centaures, c'est-à-dire réunissant 
au corps du cheval celui de l'homme. On consacrait des 
chevaux sur les autels de Mars, et la vue d'un cheval 
était le présage de la guerre. Ënée aborde aux champs 
deLavinie; il aperçoit quatre chevaux *blancs: « Oh! 
» terre étrajigere, s'écrie le vieil Anchise, tu nous pro- 
» mets la guerre, » 

Les dieux, dit Homère, entretenaient dans l'Olympe 
une race divine de chevaux ; ils les soignaient de leurs 
propres mains; ils les nourrissaient d'ambroisie; ils les 
attelaient eux-mêmes a,ux chars qui servaient à les por- 



— w — 

ter, à travers les airs, d'un boat de la terre à Fautre. 

< Junon, déesse vénérable et fille du graiid Saturne, 
» s'empresse elle-môme à oouvrir les coursierâ de har- 

« nais d'of Impétueuse et ne désirant que le car- 

M nage, elle conduit les prompts coursiers sous le joug. . . 

H Elle les presse duiouet... Arrivée devant Troie, là où 
» le Simoïs et le Scamandre confoudeut leurs eaux, Ju- 
» non arrête ses coursiers, les détache du char, les envi- 
n ronne d'un épais nuage, et le Simoîs fait naître pour 
» leur pâture une divine ambroisie. » 

« Jupiter attache à sou clmr les coui*siers volans, 
» aux pieds d'airain, et brillans de For deleurscrinières... 
» il anime les coursiers qui, pleins d'ardeur, prennent 
» un vol agile entre la {( i re et le ciel étoilé; il touche à 
n F Ida et arrive au sommet du Gargare. Là, le père des 
1» dieux et des hommes arrête les coursiers, les détache 
» du char et les enyironne d'un épais nuage. « 

«Neptune, allant au secours des Grecs, conduit 
» sous le joug les coursiers au pied d'airain et au vol 
» impétueux; arrivé près de ïénédos, il les araête, les 
n détache du char, leur présente la divine ambroisie et 
» environne leurs pieds d'entraves d'or qu'on m peut 
» rompre. » 

Le plus heau aumom des dieux anticiues fut celui qu'ils 
empruntèrent iu cheval. Minerve était appelée Hippiu^ 

soit parce que quelques poètes lui avaient donné Nep- 
tune pour père, soit parce que dans le combat des dieux 
et des iéafiA Minerve avait poussé son cheval contre £n- 
eià»Ae» On M donnait aussi lenom é*fftppàiéiia, à cause 

de la ville d'Hippola, où elle était honorée. 
Mars, comme Meptmie, fut ap|)eiè Uippwsi celui-ci 



Digitized by Google 



— M — 

portait ausâ las surnoms ^HippœamieSf é*Hippô^ 

drome^ de Datneus. 

Hercule était appelé Uippoctonus, pour avoir tué les 
chevaux furieux de Diomède, et HippadéU, pouf avoir 
«ttaehé les chevaux des Orchoméniens à la queue les uns 

des autres. 

£k)le, dieu des vents, était appeié Hippodates, soit à 
cause delarapidilé des vents, soit parce qu'il était petit* 
fib d'Hippotès. 

Les Scvthes adoraient le dieu Mars, et les Macédo- 
niens le soleil, sous la figure d'un cheval. 

IKane, la triple déesse, étùt représ^tée avec une tète 
de cheval, une tête de femme et une tète de chien. Avec 
une tète de cheval, c^ét'iît la déesse de la terre, dont le 
cheval est le plus utile animal; avec une tête de femme, 
kkdéesse du ciel, dont la beauté de la femme est le déli- 
cieux emblème; avec une tète de «hien, la déesse des 
enfers; car la fidélité du chien garde cette porte fatale 
qui ne s'ouvre que d'un côté. 

Les Grecs avalent aussi une déité, la déesse Hippona, 
qui présidait aux chevaux et aux écuries. On célébrait 
-sa fête en promenant des chevaux autour de ses au- 
tels. 

Ces dieux, qui ne croyaient pas s^abajsser^ soignant 
et maniant eux-mêmes leurs couraim, en prenant leurs 

noms, en se revêtant de leurs formes, en leur prêtant leur 
immortalité, les regardaient aussi comme le plus beau 
présent qu'ils pussent faire aux hommes. Jupiter, pour 
consoler Tros de la perte de son fils Ganymède, lui fit 
présent de chevaux tpi'on regardait comme les meilleurs 
coursiers qui fussent sous le soleil. Ces chevaux piassè- 



rent de Tros à Laornédon. HercuÀe les lui demanda potu* 
la délivrance d*Hésîone ; mais après que le héros eut tué 

le monstre marin qui allait dévorer la jeune fille, Lao- 
médon lui refusa ce prix de sa vaillance. Hercule, juste- 
ment irrité» renversa les murs de Troie et incendia la 
ville. Anchise, à Tinsu de Laomédon, avût conduit ses 
cavales à ces chevaux divins. 11 en naquit dans son palais 
six chevaux, dont il retint quatre, qu'il nourrit avec 
soin. 11 donna âr son fds les deux autres, qui semaient 
l'épouvante dam le» eombatt* 

Les dieux, assistant aux noces de Thétis et de Pélée, 
donnèrent à celui-ci deux superbes coursiers, Xaatos et 
BaUios. Ces coursiers étaient immortels et fils du Zéphyr 
et de la harpie Podai*ge « paissant au bord de la mer, n 
Pélée les donna à son lils Achille, lorsqu'il partit pour la 
guerre de Troie. Ballios vient du mot grec Bâù^iios bran- 
che de palmier. 11 signifie un cheval de eouieur foncée^ 
marqué de blanc Baillet, après quatre mille ans, est en- 
core le nom favori que les hommes des campagnes don- 
nent à leurs chevaux. Xautiios était aussi un nom de 
couleur. £«yros veut dire roux. Achille avait encore un 
autre cheval renommé, le fameux Pédase, qu'il aviût eu 
au sac de Thèbes. O coursier, né d'une race mortelle, 
était digne d'être comparé aux coursiers immortels. Pé- 
dase fut tué par Sarpédpn, dans le combat de ce héros 
avec Patrocle. 

Les chevaux d'Achille étaient doués d'un entendement 
humain ; lors de la mort de Patrocle, ils lurent accablés 
d'une morne tristesse : « Cependant les divins comnsiers 
») d* Achille se tenaient à l'écart et . pleuraient leur con^ 
» ducteur, depuis l'instant où ils s'étaient aperçus qu'il 



Digitized by Google 



— 53 — 

» avait été renversé dans la poussière par la main san- 

» plante d'Hector. î.e fils de Dior, Automédon, plein de 
» vigueur, les pressait vaineineiU du fouet retentissant ; 
0 en vain il leur adressait tour à tour des prières et des 
•» menaces: ils ne voulaient ni se rendre vers la rive de 
» l'Hellespont, ni retourner au combat ; niais tels que les 
te colonnes inébranlables érigées sur le tombeau ci uu 
» fionime ou d'une femme célèbre, victime de la parque, 
» ils demeuraient immobiles devant le superbe char, la 
n tête penchée \evs la terre, regrettant la main qui avait 
» tenu leurs rênes, plongés dans ime morne consterna- 
» tion; des larmes roulaient de leurs paupières sur le 
» sable; leur crinière brillante, éparse sur le timon, se 
» souillait dans la poussière. Jupiter voit leur douleur et 
» leur accorde quelque compassion. Agitant sa tête au- 
» guste : Malbeureux ! dit-il en hii-môme, pourquoi taut- 
» il que nous vous ayons donnés à Pélée, à un simple 
») mortel, vous qui êtes exempts de la vieillesse et du tré- 
« pas? Etait-ce poui' vous faire partager les maux de la 
» race humaine, race plus infortunée que tout ce qui res< 
9 pire ou rampe sur la terre? Mais je ne permettrai ja- 
^ mais qu'Hector soit porté sur le magiiiliquc cliar 
» d'Achille et conduise vos rênes: n'est-ce point assez 
qu'Upossèdesésarmes et qu'ilen triomphe avec audace? 
» Je vtts vous donner une nouvelle légèi*eté et vous inspi- 
» rer un nouveau coitr;)<:e' ]V)uy ramener Automédon du 
» milieu des périls, dans le camp; car je veux que les 
» Troyens soient encore victorieux et sèment le trépas 
n jusqu'à ce qu'ils se rapprochent des vaisseaux et que 
») le soleil ait disparu, remplacé par la nuit sacrée. Il dit 
» et souûle un nouveau couiage au cœur des div ins coui- 



— 54 — 

D siéra. AiiflflilOt, seooiiaai la poufisito qui couvrait leur 
9 crinière superbe, ils traînent rapidement le char au 

» milieu des Troyens et des Grecs. Automédon, consterné 
» de ia perte de son compagnon, se précipite parmi les 
» oombsttans, connue le vautour parmi les timides oi- 
1» seaux des ]»^rie8. » 

Les dieux voulurent aussi leur accorde i' le don de la 
parde: « Lorsque le ûis de Pélée, l'impétueux AciiiUe, 
n se préparait à aller combattre le vaillant Hector et c(»i- 
» «rier les mânes de wn ami Patrocle, tué par le prince 
j troyen, Automéduii et Alcime attèlent à sou char les 
» immortels coursiers. De superl)es courroies les unis- 
n sent ; le mors blanchit dans leurs bouches éeumantes ; 
» les guides, ajustées avec art,*les dirigent Armé d*un 
» fouet léger, souple, brillant, Automédon s'élance sur 
» son char. Couvert de l'armure divine qui brille comme 
» le soleil, le ûls de Pélée prend place derrière son fidèle 
» écuyer. Adressant la parole aux immortels coursiers 
» que luidona;i Ptilée, son père: 

» Xantbus et Ballius, leur dit-il, illustres enians de 
» Podarge, nous marchons au combat ; songez à dércèer 
» à la fureur des Troyens votre maître et votre guide 
» rassassiés de carnage ; craignez de les laisser étendus 
» sur la poussière, comme vous y laissâtes le corps san<- 
» glant de Patrode, qui vous guidait dans les oombatSb 

» Le rapide Xantbusy «ntendantces paroles, inclme sa 
» tête altière, développe sa \ aste crinière ; elle couvre le 
» joug auquel il est attaché et s étend jusqu'à terre, Ju- 
» non lui communique le don de la parole : 

» Valeureux fils de Pélée, dit4U nous sauverons en ce 
» jour et toi et ion écuyer ; mai» le glaive de la mort est 



Digitized by Google 



» suspendu sur ia tète ; ne uqus impute pas ton trépas. 
it.Jupiter et l'ioexarable destinée en sont les a^uls a^r 
%,]|^tirs. Ni le courage» ni la légèreté ne iiou9 nu^aqué'^ 
« rent quand Patrocle fut dépouillé de son armure p^r 
» les Troyens. Le zépliir, qu'on dit le plus léger des 
». ,yents, n'égala point la rapidité de notre course ; n^ais 
iiL,m dieiji plus puissant, ÂpoUpn, fils djç Latone» perça 
9 Patrocle au mUieu des^ héros de la Grèce et accrut la 
)» gloire d'Hector; ainsi un dieu et un mortel réunis l'eni' 
» porteront sur toi. Tel est l'ordre du destin. 

dÂU et les furies étouffent ^ voix. » 
(i^Xes çbevaux du Soleil étaient Erythoûs, le lever du 
iour; Actéon, legrand joui ^ Lampes, le nncli, et Pliilo- 
geu$» le tomber du ^oir ; d'autres poètes les oot appelés 
JlSXQ^ Ém, Aêton et Pl^légon. 
^Ovide, en chantant Taventure de Phaéton, parle des 
chevaux du Soleil; il les fait atteler par les Heures, qui 
liQâ font jsortii'de Técurie, où il/» s'épient ri^ssas^iés d'aïur 

./iCeux de Pluton s'appelaient Orphénus, le ténébreux ; 
Aéton, l'aigle; Nyct^us, le nocturne, et Alastor, le fa- 
tigué. 

Pégase» Je çheytf le plus oél^re de la Mythologie, 
naquit du sang de Méduse. Il avait des ailes, et, dès qu'il 
eut vu le jour, il s'élança sur le mont Hélicon. 11 frappa 
la terre, et l'eau jaillit : — La fontaine Bippocrène (ion* 
taine du cbaval) t dont laliqueur enivre^fxmme le nectar, 
s'ouvrit sous son pied. Tbiyn signifie aussi fontaine ou 
source ; Pégase fut donc le cheval de la loatain^, etl tiip- 
pocrène) 1^ fontaine du cheval. 

Pégaise fut dompté par Minerve, qui le donna à Bellé- 



— 56 — 

rophon. Celui-ci ^'en servit pour combattre la Chimère ; 
mûs, ayant voulu profiter des ailes de son coursier pour 

s'élever au ciel, il fut précipité sur la terre, et Pégase 
continua sa route vers l'Olympe. Persée monta aussi Pé- 
gase, pour aller, à travers les airs, par delà la Mauritanie 
et les Hespérides, faire la guerre aux Gorgones. En re- 
venant de. cette expédition, il aperçut la belle Andro- 
mède, liée aux roches d'Ethiopie. Aidé de son di- 
vin coursier, il tiiompha du monstre qui allait la dé- 
vorer. 

Pégase aimait à se jouer sur les poétiques sommets de 
l'Hélicon et du Parnasse. Abaissant ses ailes blanches, il 
paissait les herbes fleuries qui naissent sous les pas des 
muses et des grâces. Il appelait d'un hennissement joyeux 
les poètes et les héros, et menaçait d'un pied dédaigneux 
les déshérités de la gloire. 

On a cherché dans l'histoire de Pégase toutes sortes 
d'allégories ; pour nous, nous y verrons encore la preuve 
de l'admiration de l'antiquité pour le noble animal d'où 
procède tout honneur et toute gloire. L'antiquité a peint la 
poésie, cette ûlle du ciel, premier don de Dieu aux hom- 
mes, pour adoucir à leurs lèvres lacoupe amère de la vie, 
sous l'emblème d'un coursier superbe et rajnde. Le che- 
val sur le sommet de la montagne, embrassant sous un 
même regard le ciel qu'il approche et la terre qu'il do- 
mine, c'est le poète contemplateur. Le cheval, parooa- 
rant Fespace avec la rapidité du vent, franchissant les 
ravms et les torreas, mordant de son ongle d'an ain les 
rochers et les débris fumans, courbant à ^eine les tiges 
des fleurs en se jouant dans les prairies embaumées;, 
c'est «acore le poète épandant les trésors de sa lyre. 




Digitized by Google 



— 57 — 

Les ailes symboliques du cheval répondent à la^^ensée 
de sa prodigieuse vitesse, si souvent et si diversement 

exprimée par les poètes. 

Mars attelait à son char deux coursiers ; Démos, la 
crainte, et Phobos, la terreur. C'étaient ceux qu'il prêta 
un jour à la déesse de la beauté : 

« Vénus va trouver le dieu de la guerre, dont un nuage 
» environnait la lance et les bouiliaiis coursiers. Vénus 
» tombe aux genoux de son frère et lui demande avec 
» les plus vives instances ses coursiers brillans de tresses 

ré 

)) d'or. » 

Apollon avait nourri et soigné lui-même, sur les mon- 
tagnes du Piéron, les coursiers d'Eumèle, fils dePhères, 
« rapides comme l'aigle ; ils avdent le même poil , le 
» même ùge, la même taille. » 

Le nom de Centaures fut donné aux premiers bergers 
de Tbessalie, qui gardaient des troupeaux de bœufs près 
du mont Pélion. Il vient du grec xtvrccv xùitç roupoO; pi- 
quer les bœufs. On les appelait aussi Hippocentaures, 
parce que, suivant V usage des premiers pasteurs, ils 
étaient toujours à cbeval. Leur adresse à dompter les 
coursiers était prodigieuse et a donné lieu à cette allé- 
gorie qui les représente sous la forme d'un monsti*e, 
moitié homme et moitié cheval. Le genre de vie rude et 
guerrier qu'ils menaient leur avait donné la force dii 
corps et la dextérité du bras. Leur aspect inspirait la 
terreur. I/importance de leurs occupations elles services 
qu'ils rendaient eu élevant des coursiers de batailles, 
tout conspirait à les rendre redoutables. Alliés aux Lapi- 
thes, leurs noms sont confondus, cbez les anciens, dans 
les mêmes récils : 



Digitized by Google 



I« UpWn^ mtHA IV dit nmiiHiii Smiwofcgft 

Aiacewif lefteiaacM^ntwiiialewfiboiiclies 
Leur apprit à bondir, à cadeocer leur pas, 
Bt gouverna leur fongoe au milieu des eombats. 

♦ 

Cependant les Lapithes sembleat ariur été plue spé- 
cialement fantassins, tandis que les Centaures étaient plus 

^[)écialen)ent cavaliers. Ils eurent entre eux de sauglans 
démùiéb. Les Lapithes triomphèrent. Ils se vengèrent 
enfin de rarrogance d^ ces hommes violena, pour qui 
rîen n'était sacré, pas même k toit révéré de Thospita- 
lité. Hercule, Thésée, Nestor, Pirithoûs, en firent un 
grand carnage. Ceux qui périrent dans le combat fuient 
enterrés dans un lieu appelé depuis Taphos, tombeau* 
Les principaux Centaures furent Eurytion, Hylée, Pfao- 
cus, Omadus, Nessus, qui, pour se venger d'Hercule, re- 
mit à Déjanire sa robe ensanglantée; enfm Chiron, le 
plus fameu2L de tous* qui semblait se distinguer de ses 
frères autant par sestalenset sa science que par sa dou- 
ceur et l'urbanité de ses mœurs. H fut le précepteur 
d'Hercule et d'Achille, ou du moins ce fut lui qui leur 
enseigna l'art de l'équitatiou et le soin des chevaux. 

Les Centaures descendaient d'Ldon» dit la fable. Ldon 
était sans doute un des premiers princes de Thessalie 
qui lli e rU faire le plus de progrès à l'art de l'équitation. Les 
Grecs ont orné de toutes les fleurs de la poésie la fable 
des Centaures. Leurs javelots étaient les arbres des fo* 
rèts. Hs chargeaient leurs frondes de rochers déradnéa* 
L'amour de la beauté enflammait leur âme et fut la cause 
de leur ruine. Ils trouvèrent des rivaux dans les guer- 
riers de la Grèce, qui les accablèrent sous leurs traita. 
Les Centaures qui échappèrent au carnage s'enfuirent 



Digitized by Google 



— 59 — 

dans les montagnes d'Arcadie, où Hercule les poursui- 
vit; mais Neptune ravit à sa fureur les restes mutilés 
d'une race qui lui était chère. Ils se retirèrent paisible- 
ment dans nie des Syrènes, où bientôt, après avoir ré- 
sisté aux traits des héros, ils périrent Subjugués par les 
voluptés. Le signe du Centaure, placé dans le zodiaque 
par les anciens astronomes, est connu aujourd'hui sous 
le nom de Sagittaire. ' * ' 

Castor et Pollux, ces deux jumeaux si célèbres par l'a- 
mitié qui les unissait, ne l'étaient pas moins par leur ta- 
lent dans l'art de l'équitation. Honorés sous le nom de 
Dioscures, on leur éleva des statues et des temples. Un 
grand nombre de médailles, sur lesquelles ils sont re- 
présentés à cheval ou tenant des chevaux près d'eux, at- 
testent encore le culte qui leur était rendu. Castor sur- 
tout, surnonnné le Dompteur, devint le protecteur des 
hippodromes et des cirques. Les Romains lui élevèrent 
un temple dans les environs du cirque. Son frère était 
spécialement honoré pai* les athlètes : \ ''- 

« Castor gaudet equis, avo proynatus eodem, 
■ Pugnis ■ 

Si Castor et Bellérophon passaient généralement, chez 
les Grecs, pour avoir les premiers montré l'équitation 
aux hommes, Erycthon, troisième roi d'Athènes, était re- 
gardé comme l'inventeur de l'art d'atteler les chevaux. Un 
bas-relief de la frise du Parthénon le représente guidant 
un attelage de deux coursiers. Delille a dit d'après Virgile : 

EryclhoD le premier, par un effort sublime, 
Osa courljer au joiig quatre coursiers fougueux, 
El porté sur un char, s'élancer avec eux. 



Digitized by Google 



9 



— 00 

Un autre Erycthon,'fils de Dardanus et pere dé Tros, 
surnommé le plus opulent des hommes, avait un haras 
troiâ mille jumeus et d'un pareil nombre de superbes 
poulains. 

Tandis (jue les dieux et les héros ne dédaignaient pas 

de s'occuper eux-mêmes du cheval et de l'admettre dans 
leur familiarité, les hommes avaient l'habitude de T asso- 
cier dans leurs dangers et à leurs gloires, sinon à l'égal 
d*eux.niémes, du moins comme un animal d'une nature 

supérieure, doué jusqu'à un certain point d'inteUigence 
et de raison. 

Homère, dans l'un des premiers chants de Tlliade, ne 
craint pas de l'élever à la hauteur de ses chants et de le 

mettre de pair avec ses liéros : 

« Muse, dis-moi quel fut le plus vaillant soit des 
» hommes, soit des coursiers? » 

Lorsque l'orgueil des chefs consistait à avoir un grand 
nombre de chevaux : a Je n'ai point ici, dit à Knée, Pan- 
» darus, fils de Lycaon, je n ai point ici mes coursiers et 
» pies chars , du haut desquels je pourrais combattre. 
» J'ai dans le palais de Lycaon douze chars d'une rare 
)) beauté, près de chacun descpu'ls deux coursiers, des- 
» tinés au même joug, mangent l'orge blanche et l'a- 
» veine ; je ne voulus pomt amener ici mes coursiers, 
n crugnant qu'accoutumés à Tabondance , ils ne man* 
)) quassent de pâture dans une ville assiégée. » 

Dolon, avant d'aller reconnaître le camp des Grecs, 
demande en retour, après la victoire, les coursiers d'A- 
chille ; de même, plus tard, Ascagne promettrai Nbus le 
beau cheval de Turnus. 

Pbésus possédait de magnifiques coursiei's : u Jamais, 



Digitized by Google 



— 01 — 

» dit Dolon, je n'ai vu de coursiers plus beaux ni plus 
» grands que les siens : plus blancs que la neîge, ils 

* » égaient les vents dans leur course rapide. » 

Nestor, racontant les prouesses de sa jeunesse, (( eii- 
» leva, dit^il, les troupeaux du roi dTlide, et parmi ces 
» troupeaux cent cinquante cavales à la crinière dorée. » 
• La possession de cbevaux était souvent l'occasion de 
luttes acliai'nées et de combats sauglaus. 

tt Iphite voyageait pour réclamer douze cavales qui 
» remportaient par leur race, par leur force et leur lé- 
» gère té, entreprise fatale qui le conduisit au tombeau. 
» Ce mortel invincible, illustré par laiit Je hauts faits, le 
» fils de Jupiter, Hercule, au mépris de la vengeance des 
» dieux, de Tbospltalité sacrée et de la table où il l'avait 
» fait asseoir, retint les jumens incompables dont il était le 
» ravisseur, et lui ùta le jour par une insigne perfidie. > 

Les plus illustres guerriers, les plus grands rois, tels 
qu*Agamemnon, Achille, Nestor, Priam, soignaient eux- 
mêmes leurs chevaux. Priam nourrissait dans son palais 
les coursiers avec lesquels il fut redemander à Achille le 
corps de son fils. 11 possédât, en outre, de nombreux ha- 
ras qui étaient confiés aux soins de ses enfans. Androma- 
que s' occupait des chevaux d'Hector avant de songer à lui. 
Hector, s' adressant à ses coursiers, les encourage en ces 
mots : 

« Xanthos, Podarge, Eton, et toi, généreux Lampos, 
» c'est maintenant que vous devez me payer de tous les 
» soms que vous prodigue Andromaque, lorsqu'au re- 
» tour des combats, elle vous présente le doux froment 
» et prépare le vin dont vous vous abreuvez avant mèm0 
» qu'elle ne songe à moi, son jeune époux. » 



Digitized by Google 



— 62 — 

Naitticaa attèle eile-mèfiM sob char» et elle le dirige 
avee adresse datis la ville et sur les bords du fleuve, où 

elle rencontre Ulysse. 

L'attention que réclament les chevaux et, en général, 
tous les animaux domestiques, la propreté qu'ils exigent 
dans tout ce qiu les entoure, sont des principes reconnus 
de toute l'antiquité. Lôs Grecs nous en offrent le témoi- 
gnage dans une de ces piquantes allégories qui donnent 
tant d'attrait aux ingénieux mystères de leurs poétiques 
traiËtlone. Augîas, roi d'EUde, passait pour négliger ses 
écuries. Sans doute la poussière mêlée de sueur dont ses 
coui'siers revenaient couverts n'était pas soigneusement 
lavée, ainsi que cela se pratic^t chez les plus simples 
guerriers ; sans doute leurs harnais n'étaient pas frottés 
d*huile et d'essence chaque fois qu*il les attelait à son 
char ; sans doute, honte de ces temps cpie nous appelons 
barbares, leur litière n'était pas renouvelée chaque jour,, 
et'le sable uni sous leurs pieds par le râteau. Les trois 
mille bœufs dé ses étables croupissaient, disailnm, sur 
un infect fumier. On tout iia dès lors en ridicule le roi 
Augias. Les poètes s'en mêlèrent : ils prétendirent qu'il 
ne falhdt rien moins qu'une force surhumaine pour né* 
toyer ces rétables, et l'effort aocomplî pour y rétablir la 
propreté fut mis au nombre des douze grands travaux 
d'Hercule. Le fils d'Alcmène dut même, pour mener à 
bonne fin cetie gigantesque entrq[Nîse, détourner le 
cours de l'Alphée. 

Les courses de chevaux décidaient souvent du sort 
des empires, du mariage des rois, de la vie des héros. 
QEnomalte était un roi d'Olympîe, célèbre par la beauté 
et la vitesse de ses coursiers. Son cocher, appelé Myrtile, 



Digitized by Google 



— (iâ — 

était aiiall d*ttite exti^teie habileté ; c'était d'iullears un 

homme considérable et qui passait pour fils de Mercure, 
ÛËnomaus avait une fille d'une singulière beauté. £lle 
trouvait chaque jour de nouveawi piétendaos. Mais son 
père ne consétitait à m recotmattre aucun digne d'elle, 
qu'à la condition d* être vaincu dans une course de cliar. 
Quiconque aspirait à l'honneur de devenir son gendre de- 
vait remporter sur lui le prix de cette eoti»sè ou expirer 
sous lé fer de sa lance. Quand la lutte était acceptée, 
Myrtile attelait ses coursiers, les guidait avec tant d'a- 
dresse, que son maître remportait toujours une facile 
victoire, et le vaincu recevait le coup fatal, qui était la 
loi du combat. Déjà treize prétendans avaient succombé; 
cependant, malgré le peu de succès de ses devanciers, 
Pélops, enflammé d amour pour Hippodamie, osa tenter 
eatote la chaace qui lui était offerte, et cette fois le sort 
filt favorable à uû héroïque séhtimegdt. Lea uns disent que 
Pélops triompha par la perfide complaisance de Myrtile, 
qui trahit sou maître et se laissa, battre ; d'autres sou* 
tiennent que ce ùxt par la protection de N^tune* €'est 
cette dernière version qu'a su&vte Pindare dans le récit 

suivaui : 

« Lorsqu'un léger duvet commença à noircir son men- 
«> ton, Pélops prétendit, à l'hymen de. la noble Hippoda- 
» mie, qu'il désîrsdt obtenir de son père, le roi d'Olym- 
» pie. 11 s'approcha de la mer, et il appela dieu qui 
» agite le trident et fait retentir le ^i^ âge. Aussitôt que 
» Neptune eut apparu : a Fais-moi obtenir les dons de 
» Vénus, lui dit^il; enohahie la lance d'airain d'OEno- 
» maQs ; conduis-moi dai)s un char rapide à Elis, et donne- 
» moi la victoire. OËnomaiis, après avoii* tué treize des 



- 04 — 

» prétendaDS à la main de sa fille, diffère toujuiuâ son 
» hymen ; mais les graods dangers n'efirayent point un 
M homme courageux* Pourquoi, parmi les êtres destinés 
» à la mort , quelqu'un attendrait-il obscurément une 
» vieillesse sans gloire? J'oulrepreiidrai ce combat; que 
» je te doive le succès. » Il dit et ne lui adressa pas des 
» prières impuissantes ; le dieu lui donna un char d'or et 
» des chevaux ailés, infatigables. Pélops vainquit ORno- 
H maus, obiini la Jeune flippodanue pour prix de ba vic- 
» toire, et en eut six princes, élèves des vertus. » 

Enfin les chevaux étaient dhrgés de la vengeance des 
(lieux. La mort d'Hippolyte, traîné par ses chevaux, a 
iounii aux poètes anciens et aux poêler jitod» mes une 
ample moisson de scènes dramatiques. Uippolyte était 
fâs de Thésée et d'Antioche, reine des Amazones ; son 
nom était symbolique, il signiOait dompteur de chevaux. 
On sait par quelle erreui* Thésée invoqua contre son ûls 
la vengeance de Neptune, et cette histoire est trop con- 
nue pour être redite ici. On connaît aussi le beau récit 
de la mort d*Hippolyte par Racine. Le poète assode les 
chevaux du héros à la douleur de leur maître : 

A peine noossortioiis des portes de Tréièae, 
Il était sur son diar ; ses gardes affligés 
Imitaieot soo sHence, autoar de loi laqgés. 
Il sniTift tout peosîl le chemin de Mycênes ; 
Sâ main sw ses dievtoz laissait flotter les rênes. 
Ses superbes coursiers, qu'on voyait autrefois, 
Pleins d'une-ardeur si noble, obéir à sa voix. 
L'œil morne maintenant et la tête baissée, 
Sembiaieoi se Gooformer à sa triste pensée. 



Digitized by Google 



CHAPITAE V 



Temps hisloriques de la Grèce. —Noms gfees Uiés du citera). ->lcux 
olym]iiques. — Description du cheval grec. ^ Giieraui de Phidias. — 
Aleiandffe et Bocépbaie. 



L'histoire nous donne peu de détails sur les habitudes 
équestres des Pélasges, premiers babitans de la Grèce. 
Cependant le nom grec du cheval, înnoç, se retrouve dans 
la langue pélasgique et y entre dans la composition d'un 
grand nombre de noms propres. Comme nous le verrons 
cheztouteslesnations primitives, ces noms correspondent 
tous aux dn erses fonctions qu'exige l'emploi du cheval, 
et qui, aux yeux des anciens peuples, étaient des titres 
d'honneur et de gloire ; tels furent les appeDations d'Hîp- 
pothoûs, un des premiers chefs des Pélasges, d Hijipo- 
damas, d Hij^parqiie, d'Hippodamie, d'Hippocoon, d'Hip- 
pocrate, d'Hippolyte, d'Hippolochus, père de Glaucus, 
d Hippodamé, d'Hipponétonus, d'Hippodamus, d'Hippo- 



- G« — 

(liœ, d'Hippodète, d^Hippodrome, d'Hippolélis, d'Hippo- 
lucdon, d'Ilippasus, d'Iïippona, fi'Hippalimp, d'Hippa- 
son, d'Hippé, d'Hippetis, d'Hippia, d Hippioii, d Hij)po, 
d'Hippocorystès, d'Hippocourius, d'Hippocraté, d'Hip* 
polytion, d'Hippomachus» Tels furent encore ceUes des 
Hippoinolgiies, peuples appelés, par Homère, les plus 
justes des hommes ; des Hippogéranes, que Lucius place 
dans les astres^ et des Hippogypes» qu'il fait monter» sur 
des vautours, au pays de la lune. Il est probable, tou- 
tefois, que la science du cheval aborda aux rives pélas- 
giques avec les peuples déjà civilisés qui colonisèrent ce 
pays. Avec Cadmus et les Phéniciens, Cécrops et les 
Egyptiens, Pélops et les Phrygiens, Tagriculture et les 
arts vinrent fleurir sur cette terre de merveilles, où ils 
devaient jeter un si constant et un si vif éclat. C/est pour- 
quoi, comme nous Favons vu, la Mythologie avait fait 
naître le cheval sous le trident de Neptune, dieu de la 
mer. 

Nous avons vu, d'ailleurs, avec quel enthousiasme la 
Grèce adopta ce noble animal, et de quelles gracieuses - 
fictions le cheval poétique fut chez elle l'objet. Nous ne 

parlerons ici que du cheval historicjue. 

Le cheval, en Grèce, servit monté Qt attelé dans les 
temps les plus anciens. Nous voyons les guerriers d'Ho- 
mère combattre presqu'uniquement Sttr des char». On 
ne peut entendre parler des Centaures et des Lapithes, 
de Castor et de Pollux, de Bellérophon, qui dompta Pé- 
gase, de Ghiron, qui fîitle précepteur d'Itercule et d'A- 
chille, sans reconnaître qu'ils possédèrent au plus liaut 
degré la science de l'équitation, et que ceux qui l'ensei- 
gnaient étaient honorés à l'égal des dieux. Si l'art de 



Digitized by Google 



— «7 — 

monter à cheval ne servait pas à la guerre, cet art n en 
était pas moins dans toutes les autres habitudes de la 
vie. Homère lui-même nous montre Ulysse et Diomèdc 
montés sur les chevaux quMls ont enlevés à Rhésus. 

« Le héros entend la voix de la déesse ; aussitôt il s'6- 
» lance surTun des coursiers de Rhésus, et Ulysse, mon- 
» tant sur l'autre, les frappe de son arc. Les coursiers 

n volent en bondissant vers les vaisseaux Ulysse et 

» Diomède arrivent au camp et font franchir à leurs coiir- 
» siers le fossé qui le détend. » 

Homère nous en fournit encore un exemple concluant, 
dans cette belle comparaison : 

« Tel qu'un écuyer, adroit voltigeur, ayant cljoisi (|ua- 
» tre coursiers dans un haras, les pousse au milieu de la 
n route pubHque, vers une grande ville : une multitude 
9 de spectateurs, hommes et femmes, le suit de l'œil, 
a admire avec quel exact équilibre il s'élanœ tour à tour 
» d'un coursier sur l'autre, au miheu de leur vol impé- 
9 tueux. n 

On a remarqué, avec juste raison, que cette comparai- 
son prouvait plutôt les habitudes équestres de l'époque 
d'Homère, que celles des temps de la guerre de Troie. 
Toutefois, si l'équitation était poussée, è. cette époque, h. 
on point de perfection tel quMl ne semble pas être sur- 
passé par les écuyers dt la nôtre, on a droit d'en inférer 
que quelques siècles plus tôt, le cheval était habituelle* 
ment monté tout aussi bien qu'attelé. Le savant écrivain 
Lawrence fait, en effet, observer à ce sujet que, pour 
accomplir ces tours d'adresse avec des chevaux lancés à 
toute leur vitesse et pour dresser si parlaitement ces che- 
vaux , il faut des siècles de travail et d'étude. Il résulte 



— 68 — 

(lu reste de l'enseiiible des recherclies faites par les plij<; 
sérieux auteurs, qu'en Grèce, comme partout, l'habitude 
de monter le cheval fut en vigueur en même temps, si- 
non plus tôt, que celle de Tatteler. Nous avons, d'ailleurs, 

déjà traité ce sujet en parlant des chevaux de l'ancienne 
Egypte. 

Le climat de la Grèce était très favorable à Télève du 
cheval ; cependant quelques contrées y étaient plus spé- 
cialement propres. Les clievaux de Cappadoce étaient 
célébrés par les historiens et les poètes comme les meil- 
leurs et les plus vigoureux, tandis que ceux de la Thes- 
salie remportaient autant par leur élégance sur les autres 
chevaux grecs, que les cavaliers de ce pays remportaient 
eux-mêmes sur ceux des autres contrées. Il passait pour 
constant que, parmi les chevaux, ceux de la Thessalie 
étaient les plus beaux, comme parmi les femmes les La- 
cédéiiioiiiennes étaient réputées les plus belles de toute la 
Grèce. Le poète Théocrite dit « qu'une branche de ci- 

. » près, prise dans un jardin, et un cheval thessalien trat- 
» nant un char sont les objets les plus gracieux et les plus 
)^ délicieux du inonde. » Les médailles thessalieiuies por- 

. taient ordinairement un cheval au revers. Plus tard, il 
en fut de même de toutes les médailles grecques. Les 
haras d'Epire, d'Argos et de Mycènes produisaient des 
races excellentes et renommées. II y avait plusieurs con- 
trées qui n'avaient aucune réputation hippique ou même 
ne produisaient pas de chevaux. Ainsi r}le d*Ithaque, 
pauvre rocher stérile, à jamais immortel cependant par 
la sagesse d'un homme et la vertu d'une femme, non 
seulement n'élevait pas de chevaux, mais même ne pou- 
xpit pas en nourrir. Lorsque Ménélas reçoit Télémaque, 



Digitized by Google 



GO — 

il lui offre, parmi plusieurs dons précieux, trois de ses 
plus impétueux coursiers ; «Fils d'Atrée, reprend le sage 

» Télémaffiie, ii'evip^e pas que je prolonge ici mon séjour; 
» assis auprès de toi, j'y passerais une année entière, 
» oubliant ma patrie et même ceux à qui je dois la nais- 
» sauce ; car tes récits et tes entreliens me jettent dans 
» l'enchantement: mais les compagnons que j'ai laissés 
» à Pyios compteat avec ennui les heures de mon ab- 
w sence. Si tu m'honores de quelques dons, qu'ils soient 
» destinés à Tomement de mon palais ; permets que je 
» n'emmène point tes couiMers dans Ithaque; qu'ils ser- 
» vent à augmenter la pompe dont tu es environné tu 
n Tègaes sur des phiines étendues; le trèfle y croit en 
» abondance ; l'oi^e fleurit de toutes parts dans tescam- 
» pagnes, ainsi que le louer, 1 avoine et le froment; mon 
» Ithaque ne possède ni lins, ni prairies, et cependant 
» ces rochers, où ne paissent que des chèvres, me sont 
» plus chers cpi'un pays couvert de riches haras. Sou- 
)» vent les îles sont dénuées de plaines et de pâturages ; 
w mais Ithaque passe, avec raison, pour la plus mon- 
n tueuse et la plus stérile. » 

11 y avait à Athènes un ordre de chevalerie qui était le 
second ordre de l'état. Pour y être admis, il fallait pos- 
séder une certaine fortune et être en état de nourrir un 
cheval de guerre* Chaque année, les chevaliers athéniens 
montai^t à cheval et parcouraient la ville en l'honneur 
de Jupiter. Ils accomplissaient cette cérémonie Je jour où 
Phocion but la ciguë. £n passant devant la prison, ils 
ôtèrent les couronnes de leur tète et accusèrent tout haut 
le* Athéniens d'injustice et d'impiété. 

Les Grecs avaient Iq plus grand boin de leurs race:â de 



Digitized by Goflgle 



— 70 — 

chevaux, suilout de ceUes desUnée» à la guerre et aux 
jeux sacrés. Un jeune athlète deniandail à un vieillard 

quelle chance avaient les coursiers qu'il présentait dans 
la lice? « Demaiide-ie à leur mère, » répondit celui-ci. Il£ 
possédaient non seulementtoutesles belie8rsoesd'£{Mre« 
de Thessalie, d' Achaie et de Gappadoce ; mais encore on 
leur amciuiit tle touLcs parts les coursiers les plus remar- 
([uables de Perse, de Sicile, de Tiiyrrénie, de Ceitie et de 
Barbarie. Platon fait dire à Hippias : « Notre cliniat a 
» produit la plus belle race de chevaux du monde. » 

Les Grecs suivaient avec soin la généalogie de leurs 
chevaux, comme le font maintenant les Arabes et les 
Anglais. Pour distinguer les différentes familles, ils les 
marquaient avec un fer rouge à la ctrisse; c'était d'une 
lettre de Talpliahet, de la figure de quelqiumimal ou de 
quelqu'autre emblème* a Les chevaux sont marqués à la 
cuisse avec un fer chaud, » dit Anacréon. Les marquée 
les plus ordinMres étaiimt : une tète de bœuf (les che- 
vauxîtinsi marqués s' appelaient BoOxeyaXot); un t (tau), ou 
un 2 (sigma), auquel il donnait la forme de noti^ G (d'où 
Tappellation de zaf)t^p«$); enfin un k (kappa), qui avait- 
la forme de notre q (d*où lenomdeKMimc«()» La collec- 
tion des pierres gravées de Stosch offre des chevaux mar» 
quésdu K (kappa). 

Aristophane, dans lesnuées, représente un Jeune Ath6« 
nien endormi, qui prononce en rêvant le nom de ses 
chevaux: Co])paLias, Saiiq)horas, ainsi appelés à cause 
du kappa et du sigma imprimés sui* leurs cuisses. 

Ghaque cheval avait son nom, chose indispensable 
dans les jeux publics» Ge nom, comme â^m les temps 
modernes, était tiré de la couletu*, des qualités, du pays, 



Digitized by Google 



— 71 — 

4e te race ou ^uniUed^a ooiiraim* ïete furent ceui de 
XantlMis, Balliiw, Aura» An!i<Hi, FlMniix, Ëgyptus, Bu* 

.cépliale, etc. 

Les courses de ohevaux reuumteat au berceau du mon- 
de. Nous les avons vues m usage dans rantt<pie Egypte 
et nous les retrouyons encore au seuil de la nationalité 

grecque. On voit, daiis Homère, qu*Agamemnom, parmi 
les préseuB qu'il oûï e k Achille pour apaiser sa colère, lui 
propose douse vaillans coursiers, ^ui gagnM^, à U 

comw» un grand nombre de priât» 

Nélée, père de Nestor, avait ^nvoyé en Elide quatre fu- 
meux coursiers, avec un cliar, pour disputer un trépied, 
piti de la course. Ds forent retenus par le roi Augée, qui 
renvoya le conducteur plein de trieume. de fut le sujel 

d'une guerre. 

Ces courses avaient lieu dans les jeux publics et par-* 
ticulîersqiii ee célébraient dans plusieurs contrées de la 
Grèce et principalement aux époques de réjouissances ou 
aux époques funèbres. Un les appelait jeux sacrés. Pau- 
aauias rapporte que les jeux funèbres furent célébrés 
pour la premièfiB fois, en Grèce, 4 la mort d'Azan. Axan 
était fils d'Arcusetanrière-petit^lsde Lyeaon, contem- 
porain (le Cticrops. On lit dans les Eliaques qu'aux jeux 
olympiques, donnés paf Hercule, fils d'Amphitrlon, Ja- 
sius, Arcadîen, remporta le prix à la course des chevaux 
montés. On voyait encore sur la place publique de Té- 
gregée une colonne sur laquelle était une statue équestre 
de ce Jasius, contemporain d'Hercule. 

Les Jeux les plus fameux de la Grèce, appelés les qua- 
tre grands jeux, étaient les suivans : Les jeux isthmiques, 
célébrés dans l'isthme de Corhxtbe, qui avaient lieu tous 



les trois ims, et d<mt les prix forent une ooiiroime, d'aboi 
de pin, puisd'ache sec, à cause de Neptune, auquel Us 

étaieni consacrés; les jeux ntméem, qui se tenaient près 
de la ville de Néinée, dans le Péloponèse, furent insti- 
tués par Adraste, restaurés par Hercule, en ménioirede 
sa victoire sur le lion de Nénée, revenaient tous les deux 
ans, et offraient au triomphateur une couronne d'ache 
vert ; les jeux pjtki^ueê, ayant lieu à Delphes, de cinq 
en cinq ans, en l'honneur d'Apollon, vainqueur du scar- 
•pent python, et où Ton ne décerna d'autre récompense 
qu'une couronne de laurier, jusqu'à ce que les Amphic- 
tions, après la défaite des Crisstéens, eussent remplacé 
ces couronnes par des prix en or et m argent, provenant 
du butin fait sur ces ennemis ; enfm, les jeux olympi- 
quesj les plus célèbres de tous, et dont nous parlerons 
plus longuemaat, parce que toute la Grèce s*y réunissait 
et que les autres n'étaient qu'une imitation des coutumes 
qui y étaient en vigueur. 

Pindare dit quelque part que les jetix d'Olympie sont 
aussi supérieurs aux autres jeux de la Grèce, que Teau 
l'est aux autres élémens et l'or aux autres métaux : « Ne 
» cherchez pas, s'écrie-t^il ailleurs, ne cherchez pas dans 
» le ciel d'astre plus brillant que le soleil, ni parmi les 
» jeux de la Grèce rien de plus éclatant que les jeux 
9 olympiques. » 

Voici, d'après Pausanias, l'origine de cette fête célè- 
bre; Les Eléens, habiles dans l'art deréquitation, disent 
que Saturne est le premier qui ait régné dans le ciel. Dès 
l'âge d'or, il aviût un temple à Olympie. Lors de la nais- 
sance de Jupiter, Rhéa, sa mère, le confia à cinq frères, 
cinq prêtres dactyles, du mout Ida, qu'elle fit venir de 



Digitized by Google 



Crète en Ëlide. Hercule, l'alné dé ces cinq frères, leur 
proposa de disputer entre eux le prix de la course, qui 

était une couronne d* olivier. Hercule-ldéeii fut doue l'in- 
venteur de ces jeux, qui se célébraient tous les cinq ans, 
en rhonneùr des cinq frères. Quelques-uns disent que 
Jupiter et Saturne combattirent ensemble à la lutte dans 
Olympie et que l'empire du monde fut le prix de la vic- 
toire. D'autres prétendent que Jupiter, ayant triomphé 
de» Titans, institua lui-même ces jeux, où Apollon rem- 
porta le prix de la course sur Mercure, et celui du pugi- 
lat sur Mars. C'est pour cela que ceux qui se distin- 
guaient aux cinq jeux dansaient au son des flûtes, qui 
faisaient entendre des airs pythiens, parce que ces airs 
étaient consacrés à Apollon, le premier des vainqueurs 
couronnés aux jeux olympiques. Ces jeux duraient cinq 
jours, et avaient Heu vers le solstice d'été. Ils eurent la 
gloire d'inaugurer l'ère fameuse des olympiades, laprin^ 
cipale ère des fastes de la Grèce. Ils n'appartenaient pas 
à un peuple particulier, mais à tous les Grecs, et même, 
plus tard, à toutes les nations, qui venaient y .disputer 
d'immortelles couronnes. Cependant les Pisiens d'abord, 
les Eléens ensuite, en eurent presque toujours la direc- 
tion : c'étaient eux qui nommaient les juges et faisaient 
observer des réglemens auxquels se soumettaient les 
peuples les plus puissans, les rob les plus absolus. 
L'agonothète y déclarait mauvais les vers de Denis et 
de Néron et vaincus les coursiers d'Hiéron ou d'un de 
ces républicains antiques sur qui se modelèrent les ty- 
rans. Jamais plus noble institution ne consacra les fastes 
d'une naiinii. A leur approche, les hostilités cessaient 
d'un commun accord, entre tous les peuples : savans, 



■ 



— w — 

héros, iouta la Grèce, Umt ronifci s âe léunissait pour 
disputer une gloire fNicifique sur les ^rds de T Al|ihée, 
sm pieds des statues des dieux ; pour venir chercher, au 
plus pur foyer, le feu di\ in (jui viviiie cL développe luutes 
les uobles facultés de l'homiue, tous les dons corporels, . 
toutes les puissances de Fàme; puiser à leur source la 
plus féconde tous les héro&mes, toutes les vertus, tous 
les talens. 

On célébrait les jeux olympiques quand Xerj^ arriva 
dans la Grèce, à la tète de son iimnense année. Ce fut 
d'Olympie que pardt Léonidas pour aUer mourir aux 
Thermopylcs ; ce fut sous rins[)i t atiou des fêtes d'Oiy la- , 
pie que la Grèce jura i extermination de cette multitude 
armée ; les triomphes d*01ympîe fur^ les préludes de' 
ceuxdeSalamine. 

Avant de commencer les jeux, on nommait d'abord les 
juges qui devaient y présider* Ces, juges s'appelaient 
Agonathèteê, Trois d'entre eux jetaient préposés ^lédale- 
ment aux courses de chevaux.. Ceux-ci écrivaient sur un 
registre le nom et le pays des concmrens, et un hérauii 
proclamait ensuite publiquement ce nom et ce pays. Le 
onse d'hécatombéon, au soir, on arrosait les autiels du 
sang des victimes. Toutes ces cérémonies préparatmres 
s'accomplissaient au son des insti'uineus et se prolou- 
geiûent très avant dans la nuit. JLes cinq jours suivans 
étiMent destioéft aux exercices. Os commençaient dès le 
lever du soleil. Les différentes courses à pied, le saut, le 
disque, le pugilat, le javelot, la lutte, le pancrase, occu» 
paient la matinée. Le reste du jour était réservé pour les 
combats les plus rudes et les plus pénibles. On terminait 
par la couise des chars et celle des chevaux montés, les 



Digitized by Google 



.^us glorieuses de toutes. Quoique les courses de che- 
vaux aUelés et montés datent de Tinstitution des réjouis* 
sanees puHiqiies^ Grèce» c<»!iiiie nous raTons dit en 
citant Pausanias, cependant, d'après les auteurs les plus 
véridiques , les courses de chars ue furent solennelle- 
nmnt inatâtuéés aux jeux ol]|3i^»que8 que dans la vingts 
dnqiûènie olympiade, et ks courses de chevaux montés 
que dans la vingt-huitième. Dans la quatre-vîngt-dix- 
huitième, on courut avec deux chevaux de maiu. Dans la 
qaatre>Tiiigt-dix*iieuvième, on attela deux poulains à un 
diar, et |ieu de temps après on imagina une course de 
poulains menés en main el une course de poulains mon- 
tés. On appelât poulains, chez les Grecs, les clieYaux 
qui n'avaient pas enoore atteint Tâge de cinq ans. 

Dans Tanoi^ne Elide, près de la ville moderne de 
Lagenico, entre le cours de l' Alpliée et le roc escarpé du 
Typéon, on aperçoit des ruines iniormes qui furent celles 
de rHippodrrâie. C'est tout ce qui reste aujourd'hui du 
théâtre de tant d'exploits ; quelques débris et un peu de 
poussière là où la Grèce avait des autels et des temples; 
et pourtant quinze cents ans ne se sont pas encore écoulés 
depuis que ledmiûer char a toiinié la borne d'Olympîe I 

L'Hi^^nodrome avait environ six cents mètres de lon- 
p^ueur et deux cents de largeur ; sa forme était celle d'im 
ovale allongé, et d'épaisses murailles s'étendaient à l'en- 
tour. lia foule, immense des spectateurs se répandait dans 
le pourtour, garai^du choc des coureurs par un énorme 
câble, formant un vaste rund autour du champ de coui'se. . 
Les juges avaient une tribune vers le milieu de ce cliamp, 
qui piésentait à Tune de ses extrémités une colline peu 
élevée, et qui était de tous côtés orné de temples et de mo- 



nuinens de la plus belle architecture. La surface eu était 
divisée en deux parties, dont la première, semblable à la 

proue d'un vaisseau, était appelée la bairière : c'csi la 
que les chevaux et les chariots se disposaient pour la 
course. L'autre, plus vaste, était Tarène destinée au co»- 
cours. Elle présentait un terrain irrégulier et désuni, 
parsemé çà et là de ravins creusés et de buttes artifi- 
cielles, destinées à éprouver Tbabileté des cavaliers et 
des conducteurs, et à rehausser le mérite de la victoire. 
Vis-à-vis du point de départ se trouvait la borne autour 
de laquelle chevaux et chars étaient obligés de tourner 
pour revenir à l'endroit d'oii ils étaient partis. Cette 
hmne était une pierre élevée de terre d'environ une cou- 
dée et demie. Au centre de l'espace , près la barrière, 
était un autel sur lequel on voyait Taip^le de Jupiter, pa- 
tron des jeux olympiques, et le dauphin de Neptune, 
créateur du cbeval. Au signal donné par le directeur des 
jeux, Taigle agitait ses ailes de bronze et s'élevait en l'air. 
Au même instant, le dauphin disparaissait et s'enfonçait 
SOUS la terre. C'était le moment solennel où la lutte allait 
commencer. Les concurrens se rendaient alors au point 
de départ, où ils attendûent, pour s'^anc^ dans la car- 
rière, que le son de la trompette leur donnât un dernier 
signal. 

Une particularité remarquaUe que présentait l'Hippo* 
drome d'Olympie, était un autel de forme ronde, placé 

près de la borne et consacré à un génie appelé Taraxip- 
pus, qui, comme son nom l'indique, avait la puissance 
d'inspirer la frayeur aux chevaux. Plusieurs coursiers, 
saisis d'efiroi en passant devant cet autel, n'obéissaient 

plus ni au frein ni à la vuLx ; ils bi isaient les chais, em- 



Digitized by Google 



— 77 — 

portaient et renversaient leurs cavaliers. Auâsi, les con- 

currens offraient-ils des vœux et des sacrifices à ce dieu 
de la peur, pour se le rendre favorable. Les anciens his- 
toriens ne sont pas d'accord sur Torigine de cet épou- 
vantail, que les Grecs, comme tout ce qu'ils touchaient, 
ont embelli des fictions de la poésie. Les uns en faisaient 
le tombeau d'un illustre écuyer ; les autres, le monument 
que Pélops âriga à Mirtiie, pour apsdsa* ses mânes ; quel- 
ques-uns pensaient que l'ombre d'CËnomaûs planait sur 
cet autel; enfin, l'opinion la plus répandue était que 
Taraxippus était un suinom de iNeptune. Mais à travers 
ces transparentes allégories, il est aisé de découvrir que 
les plus sages idées avaient présidé à l'érection de Vautel 
du dieu Taraxippus. Les courses de la Grèce avaienl pour 
but, comme celles des temps modernes, le perfectionne- 
ment des races hippiques, et plus spécialement peul^étre 
le dressage des coursiers et l'habileté des écuyers et des 
cochers. La guerre, la grande étude des peuples uaissans, 
demandait des chevaux vigoureux et sans peur. Ce n'eût 
point été assez qu'une lutte de vitesse et de vigueur ; il 
fallait encore s'assurer si le plus rapide et le plus vigou- 
reux coursier pouva.iL affronter les plus terribles objets, 
braver au besoin l'apparition subite des machines de 
guerre les plus formidables, ne pas se laisser mtimider 
à la vue inaccoutumée de l'éléj^ant des rois d'Asie ou 
des armures bizarres des Barbares. On avait donc, dans 
ce but, disposé un autel en pierre, qui recevait et réflé- 
chissait tous les feux du soleil, et qui, tout à coup, au 
détour de la borne, venait apparaître au cheval lancé 
dans Farène. Les cavaliers savent que les chevaux ont 
toujours peur des grosses pierres, surtout loisqu'eUe:;^ 



Digitized by Google 



7« — 

sont de couleur tranehante et que le soleil les frappe de 

ses rayons. Malheur clone à l'ccuyer qui n'avait pas bien 
dressé son coursier 1 11 payait souvent de sa vie sa cou- 
pable n^gence. Mléax eftt ràïa quelque temps de pa- 
tience qu'un holobauste à Tanoippds. Lawrence pense 
qu'il est douteux que le calme des coursier, en présence 
et à la vue de ce dieu Taraxippus, fût une preuve de leur 
intrépidité) de leur douceur et de leur sagesse aoqtûses» 
Il aime mieux regarder, chex eux, ce cafane comme le 
signe d' une qualité innée, et ne consent guère à l'attribuer 
qu*à ceux auxquels la ni^ure a Inen voulu le donner. 
Nous, au contraire, nous pensons qu'il y a fort peu de 
chevaux qu'une bonne éducation ne pnûsee acoontumer 
li ailronter les bruits les plus soudains et les plus terri- 
bles , les objets les plus épouvantables. Nous n'avons 
d'aiUeuTB pas besoin de dire de quelle utilité les fruits de 
cette bonne éducation sont àla gu^re, dont les courses 
anciennes n'étaient que le brillant prélude. 

Les courses de chevaux montés, sans avoir l'impor- 
tance de celles des chars, excitaient cependant Témuli^ 
tion des plus grands seigneurs. Ce genre de course se 
rapprochait beaucoup des courses modernes, en ce sens 
que c'était moins Tbabileté du cavalier et le dressage du 
cheval que la race et la vigueur de Fanimal, qui don^ 
naient la victoire. C'était pour les courses à dieval prin- 
cipalement qu'on élevait à grands frais les coursiers des 
meilleures races et que l'on soignait la généalogie de ces 
coursierB avec autant de soin que le font de nos jours les 
Arabes et les Anglais. Le cheval était monté à poil, et 
u avait qu'un frein, dont le mors ( tait brisé, comme nos 
bridons actuels. Les brides étaient couvertes, au ûrontail 



« 



Digitized by Google 



et aux côtés, de gradeux omemene, que les fillee de la 

Grèce peignaient elles-mêmes de riches couleurs. 

On lit dàns Homère : « comme l'ivoire qu'une lémmc 
» de MéoDie ou de Carie a teint de pourpre et qtn doit 
I» orner un firein, ornement qu'dle garde daine sa demeure 
» et que mille guerriers désirent : mais qui, réservé pour 
» qpielque roi, fera le luxe de sou coursier et la gloire de 
» son conducteur. » 

Avant la course, on tirait les places au sort; les cava-^ 
liers se ran^i^caient sur une même ligne ^ ayant devant 
eux une barrière, ou seulement Une corde tendue , pour 
les empêcher de partir avant le rignal. Au son de la 
trompette , la barrière s'enlevMt on la corde tombait 
Alors les cavaliers s'élançaient dans la lice, toui liaient au- 
tour de la borne et revenaient avec la même rajadité au 
lieu d'où ils étaient partis* Quelquefois ces courses 
étaient, comme les courses modernes, une lutte de vitesse 
seulement; quelquefois aussi c'était en même temps une 
lutte de vitesse et d'adresse. La voltige entiait en eifet 
pour beaucoup dans les exercices olympiques. L'écuyer 
descendait au, milieu ou à la fin de la course , courait à 
côté de son cheval , remontait et descendait encore ; ou 
bien U menait en courant un second cbeval par la l»ide, 
et, après avoir fourni une certaine carrière^ il changeait 
de coursier en sautant de l'un sur Tautre. On ne doit pas 
oublier de quelle difficulté étaient tous ces exercices, 
avec des chevaux nus et au milieu des ravins, des collines, 
de» bornes à tourner» des épouvaatails et des embarras 
de tout genre qui smnatent T hippodrome d'Olympie. 

Les courses lie chars Ibnnaientle plus brillant sjKcla- 
cle de tous les jeux de la Grèce. Les chars avaient la 



farme à*vm cocputte montée sur deux roues» ^vec un ti- 
mon fort court , auquel on attelait deux , trois , quatre 
chevaux de Iront, le plus souvent deux. Les quadiiges 
datent de la plus haute antiquité ; mais ils étaient primi- 
tivement à deux timons. Ce fut Glystène» de Sicyonne, 
qui inventa le quadrige à un seul timon, en ajout^int deux 
traits à chaque bout de la barre qui tenait heu de pa- 
lonnîers. 

Les chars s'alignuent de front et partaient tous ensem- 
ble au signal donné. Sans compter les inégalités du ter- 
rain, on doit concevoir que la borne était d'une difficulté 
extrême à tourner : (piand vingt chars à la fois, lancés à 
toute bride « se disputaient à qui passerait le premier, il 
fallait une prodigieuse adresse pour raser cette borne 
sans la toucher. Horace a exprimé auisi cette pensée : 

Hotaque fervidis evitata rôtit. 

Ei Virgile , en pariant d'une course de vaisseaux autour 
d*un rocher, a dit : 

HadU ita Uevum intarior. 

Homère nous transmet en ces termes les préceptes que 
Vm donnait aux jeunes concurrens des courses olympi- 
ques : il met ces préceptes dans la bouche du vieux Nes- 
tor, parlant à son fils Antiloqpie : 

« Fais, mon cher fils, lui dit-il, approcher de la borne 
» tes chevaux le plus près qu'il te sera possible. Pour cet 
n effet, toujours pendié sur ton char, gagne la gauche 
» de tes rivaux, et, en animant le che\ al qui est hors de 
» la main, lâche-lui les rênes, pendant que le cheval qui 
n est sous la main doublera la borne de si près qu'il sem* 



Digitized by Google 



)» blera que le moyeu de la roue l'aura rasée; mais prends 
» bien garde de donner dans la pierre, de peur de btes- 
1» aer tes chevaux et de mettre ton char en pièces* » 

Le même poète, à qtu Ton a voulu faire l'hoimeur de hi 
restauration des jeux olympiques, nous donne la descrip- 
tion d'une course de chars, qui peindra, mieux que tout 
ce que nous pourrions dire, ces belliqueux amusemens : 

« Achille fait célébrer une fête funèbre en l'iionneur 
» de Patrocle. Des courses de chars sont ordonnées par 
» le fils de Thétis. Les chefs les plus célèbres des Grecs 
» s'élancent sur leur chars et brCdent de disputer les 
» prix. Lorsqu'ils sont tous rangés sur une même ligne, 
» Achille leur montre la carrière et la borne, à l'extré- 
» mité d'une plaine vaste et unie. Témoin de leur légè- 
» reté et de leur adresse, le vieux Phénix, Fécuyer de 
« son père, est placé par ses ordres à l'extrémité de la 
» carrière. Tous les fouets sont lev^, tous abaissés au 
0 m/ème instant Anhnant ainsi leurs coursiers et du fouet 
» et de la voix, ils abandonnent les vaisseaux, traversent 
» la plaine avec rapidité ; une poussière, semblable à un 
» nuage épais, ou à une violente tempête, souille les 
» larges poitrails de leurs chevaux, dont les crinières fiot- 
» tent au gré des vents. Tantôt ils rasent la terre avec 
» les chars; tantôt s* élançant ils franchissent un long es- 
» pace sans ébranler leurs hardis conducteurs, dont le 
» cœur est partagé entre la crûnte et Tespérance. Appe- 
» lant leurs coursiers par leurs noms, ils accroissent leur 
>> ardeur, volent avec rapidité : une immense poussière 
» s'âève de dessous leurs pieds. Déjà ayant atteint l'ex- 
» tréroité de la carrière, ils se reploient sur le rivage de 
» la mer écumante ; leurs traits boat tendus, leui course 



— 8i — 

précipilée, les mtervalleâ plus marqués. Les l^eis 
là coursiers du roi de Ph^s devancent tous les autres ; 

» les agiles coursiers de Tros, que dirige le filsde Tydée, 
» semblent s élancer sur le char d'Eunièle; le souffle 
» brûlant qui s'exhale de kursvastes narines, écbaulîe les 
n toges épaules des coursiers du roi de Phères; ils les 
» atteignent de toute la louprueiir de leur vaste encolure. 
» Le fils de Tydée eût . devancé son rival, ou laissé la 
H victoire incertaine, si Apollcm, irrité, n'eût arraché de 
n sa main le fouet qui lui servait à animer ses coursiers. 
» Une vive douleur s'empare de l'âme du vaillant Diomè- 
» de, à la vue du chai' de son rival, qui s'élanco d'un vol 
u rapide, tandis que, privé de son fouet, il ne peut bâter 
>i ses légers coursiers; des larmes amëres coulent de ses 
» yeux; uiais la ruse d'Apollon u'écliai)pe pas à Minen'e : 
» volant avec une uicroyable rapidité au secours du pas- 
ï> teur des peuples, la déesse relève le fouet, le jreinet aux 
» mains du fils de Tydée, accroît de son souffle divin 
» l'ardeur de ses coursiers... 

» Les agiles coursiers du fils de Tydée volent dans la 
» carrière, précèdent tous les autres ; car Minerve leur 
» destine le prix : la déesse soutient, accrott leur ardeur. 
» Ménélas approche du but, fait des eflbrts pour l'al- 
» teindre. Animant les coursiers de son péie. Antiloque 
» leur parle ainsi : « Yole%, développes vos jarrets^ dis- 
» pute2 la victoire, non aux counôers agiles du fils de ^ 
» Tydée ; car Minerve accroît leur légèreté, leur destine 
n le {ffemier prix; mais aux coursiers du fils d'Atrée : 
» hâte^-vousde les surpasser : quelle bonté pour vous, si 
)> la cavale Ethée vous devançait! Qui vous retient? Si 
» par votre lâcheté, je n'obtiens que le seul prix qu'on 



♦ 



Digitized by Google 



— «ï — 

» accorde à la {Mtié pour le vaincu, je voos prédis 
» le sort qui vous attend : le pasteur des peuples ne 

« prendra plus soin de vous, il vous percera de son plai- 
» ve. Eliancez-vous dans la carrière ; la ruse suppléera à 
» la force dans ce défilé. » 

« n dit : Redoutant la colère de leur maître, les che- 
n vaux de Nestor volent avec ia]>idiie ; le valeureux An- 
» iiloqiie voit Méûélas eugagé dans un ckemin creux, 
» profonde ravine que les eaux de Tbiver ont formée. 
» Agité de la crainte de heurter contre le roc, le (ils 
» d'Atrée retient se^ coursiers agiles. Détournant les 
» sieos avec adresse , le ûls de Nestor les dirige de ce 
9 eôtét s'incline sur la berge, poursuit le fils d'Atrée : 
» O Antiloque î s'écrie Ménélas effrayé, je ne reconnais 
)) pas ta pi utleiîce ; ralentis la murse rapide de tes cour- 
» siers : échappés à çe déûlé daugereux, uous rendrons 
n la main, nous ferons effort pour nous devancer, n 

« Il dit : Hais, sourd à ses cris, le fils de Nestor manie 
n le fouet avec dextérité, anime ses coursiers. D'un seul 
» saut, ils franchissent tout 1 espace que parcourt un dis- 
» que lancé par un bras nerveux qui essaie ses forces. 
» Les agiles courâers du fils d'Atrée reculent ; craignant 
» qu'ils ne s* abattent daii.^ le choc des chars, et qu'es- , 
» sayaut de disputer la victoire à son rival, ils ne tom- 
» bent l'un et Tautre dans la poussière, Ménélas n'ose les 
» appuyer. Fils de Nestm* , s'écrie-t-il , de tous les ri- 
« vaux le plus dangereux, tu transgresses les lois du cir- 
» que et démens laréputation que ta vertu t'avait acquise. 
» Hâtes ta course rapide ; mais n'espère pas obtenir le 
w prix sans un parjure. » 

(( Adressant ensuite la parole à set» légers coursiers : 



— 84 — 

« Volent leur dit-il ; que ce faible avantage remporté par 

» un perfide rival ne ralentisse pas votre ardeur : bientôt 
» essoufflés, abattus, les vieux coursiers de Nestor vous 
» céderont la victoire. » 

(( A la voix de leur mattre, les rapides coursiers s'élan- 
» cent sur le char d' Antiloque. Bientôt ils sont près de 
» l'atteindre. Cependant, les yeux fixés sur l'arène, les 
u Grecs assis à la barrière s'efforcent de percer Fépais 
» nuage qui enveloppe les chevaux et les chars. 

» Déjà le fils de Tydée touche la barrière ; ses conr- 
» siers bondissent sous les coups redoutables du fouet qui 
» retentit sur leurs laides épaules : leurs sauts légers 
» font jaillir la poussière sur Tathlète qui les dirige ; l'ois 
.) l'étain, précieux oniemens du char de Diomède, en 
» sont ternis. Ils volent avec une telle rapidité, que la 
» trace des roues est à peine imprimée sur le sable. Par- 
» venu à l'extrémité de la carrière, le fils de Tydée aban- 
» doiiîio son fouet, s'incline sons le jong ; le vaillant Sté- 
w nélas s'empare du prix et détèle les coursiers. 

» S* efforçant de soutenir l'ardeur des deux chevaux 
» de Nestor , le descendant de Nélée arrive ; sa ruse 
» adroite , non la rapidité de sa course, lui a donné la 
'»> victoire sur Ménélas. Ecarté de toute la portée d'un Jet 
» de disque, le fils d' Atrée ne laisse plus, entre son rival 
» et lui, que le court espace qui sépare un char en mou- 
» vement dont les traits sont tendus, du coursier qui 
» l'entraîne, dont les crins atteignent T orbite des roues, 
» tant l'ardeur de TAgamemnonienne Ëthée croit avec 
» J'espace qui lui reste à parcourir. Si la carrière eût été 
» plus longue, Ménélas eut devancé son rival et n'eût pas 
» même laissé la victoire incertaine. » 



Digitized by Google 



— 85 — 

Les anciens C recs croyaient que les j uuieiis étaient plus 
agiles que les chevaux^ et Ton remarque plus de noms 
féminins que d'autres parmi ceux des vainqueurs aux 
jeux olympiques. Pline et Elius ont consacré cette opi- 
nion ; ils pensent que les jumens sont plus propres que 
les chevaux aux travaux du cirque. Cette idée, qui attri- 
bue la supériorité de vitesse aux jumens sur les chevaux, 
est encore partagée de nos jours par les Arabes et pai* 
plusieurs peuples de l'Orient; mais elle n'est pas ado^)- 
tée dans le nord de TËurope, où, quand il s*agit de 
courses de vitesse, on fait porter un poids plus lourd aux 
chevaux qu'aux jumens. Ce n'est d'ailleurs point ici le 
lieu de discuter cette question. Nous pourrions, en tout 
cas, peulr-ètre, nous borner à donner raison aux deux 
prétentions, en apparence contradictoires, en disant 
que la question n'est qu'une question de climat. 

11 y avait, au reste, à Olympie , une course particu- 
lière dans laquélle on ne se servait que de jumens. On 
appelait cette course eaipe. C'était, à vrai dire, plutôt 
un exercice gymnastique qu'une course. Les écuyi;rs, ar- 
rivant près du but, sautaient à bas de leur monture et 
continuaient la course en tenant la bride d'une main« 

Les cavaliers appelés ona^ales ne montaient que des 
chevaux. 

La préparation obligée pour les coursits de chars et de 
chevaux durait trente jours ; mais les concurrens étaient 
obligés de jurer qu'ils s'étaient soumis pendant dix mois 
consécutifs à tous les exercices et à toutes les épreuves 
auxquelles les engageait l'institution des jeux. - 

Les rois ou les princes conduisaient souvent eux- 
mêmes leurs chars ou montaient leiu s rapides coiu-siers; 



Digitized by Google 



— se- 
mais on u était pas obligé de desceudre soi-même dans la 
lice; on pouvait s'y faire représenter» et les femmes elles- 
mêmes concoururent souvent aux jeux olympiques, sur- 
tout dans les derniers temps ; bien entendu sans y paraî- 
tre eileâ-mêmes: ou sait qu'il leur était défendu d'as- 
sister aux jeux. Les Grées, en|se privant d'associer la 
belle moitié du genre humain à leurs nobles victoires, se 
privèrent sans doute de grandes jouissances ; mais cette 
prescription s'alliait avec la sévérité des mœurs antiques 
de la Grèce. Seulement, on pardonna à cette femme hé- 
roïque, fille, sœur, femme et mère de vainqueurs olym- 
piques, qui ne put résister au désir de voir triompher 
son fils. Gallipatira, pour assister aux jeux, s'était cachée 
sous des vêtemens de maître d'exercice. Elle se trahit en 
courant se jeter dans les bras du vainqueur. Les juges 
lui firent grâce, en faveur de son noble sang *, mais ils 
s'y prirent de manière à ce qu'un pareil subterfuge ne 
put avoir lieu à l'avenir. 

La première femme qui ouvrit à son sexe cette car- 
rière de gloire, fut Cyniséa, fille d'Aixhisane, et sœur 
d' Agéôlas, roi de Lacédémone. £lle remporta le prix de 
1» «ran» des chars attelés de quatre chevaux. Cette ne- 
•toire, jusque-là sans exemple, fut célébrée avec magni- 
ficence. Lin monument superbe lui fut élevé dans sa pa- 
trie, et elle fut mise au nombre des héroïnes. Cyniséa 
consacra elle-même, dans le temple de Delphes, Ud char 
d'airain, attelé de quatre chevaux. On joignit, dans la 
suite, à cette offrande, le portrait de Cyniséa, peint par 
Apelles. Ce glorieux trophée était orné d'inscripticms en 
Yhonneur de l'illustre fille de Lacédémone. Après sa 
mort, on lui tieva, à Olympie, des statues et des autels. 

4 



Digitized by Google 



— 87 — 

Du reste^ ces homieurs n' étaient point extraordinaiï^ ni 

pai iiculiers au sexe de C-yniséa : les hommes, vainqueurs 
dans les jeux équestres, étaient honorés coumiedeâ dieux. 
Le prix de la yietoire n'était en lui-mâme qu'une cou- 
ronne d'acbe ou de laurier; mate cette simple réown- 
pense était suivie de bien d'autres laveurs. Les juges dé- 
cernaient d'abord au triomphateur da couronne qu'il avait 
méritée, et lui mettaient une hrancfae de palmier dans 
la mâin droite ; puis un héraut, précédé d'un trompette, 
le coïkduisaitdaQs T enceinte et proclamait à haute yoi\ 
sonnom et 8onpa|r8. ' w 

Alors le bniit desafqpiaudisaeniens et desaedamalioiis 
des spectateurs s'élevait dans les airs ; les instruriicns de 
musique, y répondaient de dillérentes manières, suivant 
le genre de triomphe eiile. pays du va&iqueur« Les danses 
8*enlaçaient sar les pdouses, et un brillant cortège, for- 
mé de toute la jeunesse, sui\ i des prêtres et des sacrili- 
' (dateurs, conduisait solennellement le vainqueur aux pieds 
de i'autei de Jupiter, où bientôt fumait Tenc^s et d'où 
s'élevait le parfum des hécatombes. 

()ua!id l'athlète couronné retouiuait dans sa patrie,' 
les populations se présumaient au devant de lui. Monté sur 
un char à quatre chevaux, la couronne au front et ' la 
petoe à la main, par une brèche Mte exprès aux mu- 
railles, il entrait dans sa ville natale à la lueur de mille 
llambeaux* etsuivid'un brillant cortège. 

Le trionq^ se .terminait fiar des festins cpn se célé^ 
braient, soitimx dépens du trésor public, soit aux dépens 
des vainqueurs eux-iaèines. 

Les vainqueurs aux;jeui.\ olympiqueS'bbtenaient encoi'e 
d'autix» privilèges considérables ; on leur assignait des 



pensions sur le trésor public; ils étaient dispensés de 
toutes charges et de fonctions municipales; ils avaient 
la préséance dans les spectacles et les jeux publics* 
A Sparte , les rois les cboisissMent onfinairement pour 
combattre auprès de leur personne, dans les expéditions 
militaii:es, A Athènes, ils étaient nourris le reste de leurs 
jours aux dépens de la république; on leur dressait des 
statues; on légnmt leur gloire à la postérité par des in- ^ 
scriptions fastueuses ; les plus fameux poètes chantaient 
leurs louanges. Dans ces honneurs rendus aux hommes, 
on n'oubliait pas non plus les chevaux, dont la vitesse et 
les qualités étaient la source et une partie de la gloire des 
triomphateurs : on leur consacrait desmonumens, comme 
aux athlètes ; on les nourrissait sans rien faire pendant 
toute leur vie ; la mention de leur nom, de leur âge, de 
la couleur de leur poil et du nom de leur pays était consi- 
gnée dans les registres publics ; euim les poètes faisaient 
leur éloge et les chantaient dans leurs vers. 

L'histohre, parmi ces coursiers, cite, entr^autres, la 
ca\ ale xVura, au sujet de laquelle Pausanias nous trans- 
met le récit suivant : 

« La jument de Phidolas se nommait Aura, à ce que 
» disent les Gorynthiens. Il arriva à celui qui la montait 
» de se laisser tomber dès le commencement de la car- 
» rière, et elle n'eu continua pas inoins.àcoui'ir, tourna, 
n suivant les règles, autour de la Iwme, accéléra encore 
» plus sa course lorsqu'elle entendit la trompette, arriva 
» la première vers les Hellanodices, et s'y arrêta connue 
» sachant qu elle avait remporté le prix. Les £léenspro- 
)) clamèrent Phidolas vainqueur et lui permirent de pla* 
» cer àOlympie la statue de sa jument. » 



Digitized by Google 



Autres temps, autres ])rLucipes : la Grèce te doiiue uue 
statue, gentille Aura ; à Newmarket èt à Chantilly, tu au- 
rais été distancée, parce que tu te serais débarrassée de 
U)ii }joids : la gloire, il est doi* de te le dire, doit quel- 
quefois se mesurer au p(Mds. 

La Gfèce n'ayait pas de trop beaux lauriers, Gairane de 
marbres trop précieux, le génie des poètes de vers trop 
iKii moaieux pour célébrer les vainqueurs des jeux olym- 
piques. Cicéron assure que leur gloire égalait celle de 
randen consulat, dans toute la splendeur de son origine, 
chez les premiers Romaûns. Horace en fait autant de 
demi-dieux. Piiidare leur a voué sa muse. 11 a chanté les 
coursiers d'£Us couverts d'une noble poussière, et, pour 
élever dans ses chants un impérissable monument à Hié- 
i*on, roi de Syracuse, il ne lui a pas donné de titres plus 
précieux à l' immortalité que celui de vainqueur à la 
course équestre.. 

« Ce prince, dit-il, qui gouverna avec équité les peu- 
» pies de l'opulente Sicile, a cueilli la plus pure fleur de 
» toutes les veitus ; il se fait un noble plaisir de ce que la 
» poésie et la musique ont de plus exquis. 11 aime les airs 
» mélodieux, tels que nous avons coutume d'en jouer à la 
»> table des personnes qui nous sont chères. Courage 
» donc, prends ta lyre et monte là sur le ton Dorien. Si 
» tu te sens animé d'un beau feu en faveur de Pise et de 
» Phérénîce;s'ilsontfaitnattreentoilesplusdottxtrans^ 
»» ports, lorsque ce généreux coursier, sans être piqué de 
» l'éperon, volait sur les bords de V Alphée, et portait son 
n mattre au sein de la victoire, chante le roi de Syracuse, 
n l'ornement de nos courses équestres. » 

Uiéron ne fut pas le seul roi qui se distingua aux jeux 



- 90 — 

olympiques : Théron, roi d' Agrigente, et son frère \lmio- 
crate , Gelon et les deux Denis, rois de Syracuse , Arche- 
laiifl et Philippe, roia de Macédoine, Pausanias, rcÂdeLa- 
cédémone, Hithridate, roi de Pont, prétendirent aussi à 
ces nobles couronnes. Néron aima aussi les chevaux et 
les jeux équestres. L'amour des nobles choses se x^encon-^ 
tre quelquefois dans les cœurs les plus vils, comme la 
* goutte de miel au sein des plantes empoisonnées, et la 
perle blanche dans une coquille rongée des vers. 

Le fils d' Agrippine, deTenu maître de Tempire, aspira 
encore à une plus haute gloire : il disputa plusieurs fois 
la coiuronne d'Olympie, où il conduisit lui-môme un jour 
un char attelé de six chevaux. A son retour de ia Grèce, 
il fit son entrée à Naples, sur un char traîné par des efae* 
vaux blancs, après avoir fait abattre un pan de muraille, 
suivaiiL l'usage des vainqueurs. Il entra delà même ma- 
nière dans Antium, Albe et Kome. Sou char était celui 
qiû avait servi au .triomphe d'Auguste; ses vêtemens 
étaient une robe de.poiirpre éclatante et un manteau par- 
semé d'étoiles d'or; sur sa tête hrilhiitla couronne des 
jeux ol^rmpiques, et dans sa msàu celle des jeux py thieus ; 
les autres couronnes qu'il avait conquises étaient portées 
en pompe devant lui. 

Miltiade iit enterrer avec magnificence dans le Cérami- 
que, avec les statues des dieux, trois de ses cavales vic- 
torieuses. Son fils, Gimon, ayant remporté trois fois le 
prix avec les mêmes jumens, les Athéniens firent élever à 
ces généreuses cavales des statues de bronze, (iontles 
historiens parlent comme d'un chef-d'œuvre d'art et de 
ressemblance. 

Parmi les vainqueurs olympiques vint briller à son 



Digitized by Google 



tour le romanesque et bel A]cll)ia({ts poète, savant, guer- 
rier» orateur, beau comme Apollon Pythien, réunissant 
en lui seul tontes les qualités et tous les défauts d'Athè- 
nes, sa patrie. Ce cœur , dévoré de tous les glorieux 
amours, eût été incomplet si l'amour du cheval lui eût 
manqué : nul ne le posséda à un plus haut degré. 

Ses superbes écuries renfermaient un grand nombre de 
chevaux de course; rien n'égalait la magnificence de ses 
chars ; jamais roi ni prince n'envoya, comme lui, sept 
chars à la fois aux jeux olympiques. Dans la même jour- 
née, il y remportais prix de la course à pied, celui de la 
course équestre et celui des chars. 11 put couronner son 
front de trois couronnes à la fois, honneur que, depuis le 
iik de Latone, personne n'avait remporté. 

On remarque encore, au nombre des célètes ou vain- 
queurs à la course à cheval, à côté des rois et des héros, 
dsux des plus illustres philosophes de la Grèce, Pythagore 
et Empédocle. C'est que le génie du cheval s'allie à tous 
les genres de génies. C'était l'honneur des anciens que 
de le comprendre; c'est notre honte que de l'avoir ou- 
blié. Imaginons donc maintenant MM. Cousin et de La- 
mennais gagnant le-grand prix à ChantiUy. 

Ln admirable exemple des honneurs rendus aux triom- 
phateurs des jeux oiyuipiques nous est fourni par la ville 
d'Agrigente. Ëile reçut un jour dans ses murs un de ces 
vainqueurs, Exenètes, porté sur un char magnifique, at- 
telé de quatre clievaux blancs et suivi de trois cents au- 
tres chars , attelés de chevaux de même couleur. 
Voilà de ces spectacles grandioses et magiques que le 
monde ne reverra plus. Du reste, Agrigente était une 
ville fameuse par ses amateurs de chevaux. On y voyait 



— 02 - 

uii giaiid uoiiibre de lombeaux, oi nèa de pyraïuidtib» cic- 
vés à la mémuii'e de célèbres coursiers. 

Voici ttoe des curieuses épitaphes qui se lisaient sur 
les mausolées de ces coursiers immortels : 

« Colonne de mai bi c , de qui es-tu le tombeau ? — D* au 
couisier agile. — Quel est aoii nom l — Ëutbydique. — 
Sa gloire ? — U fut vainqueur dans les jeux. — Gomlneii 
de fois? — Bien des fois. — Et quel était son guide? — 
Kœrane. — U glone plus grande que celle des demi- 
dieux I » 

De tous les monumens qui nous restent de Tantiquitéi 
il n'en est aucun qui nous donne une idée plus précise des 

chevaux et des cavaliers de l'époque grecque, que le chef- 
d'œuvre de Phidias, connu sous le nom de irise du Par- 
thénon. Ces merveilleux bas-reliefs, après avoir subi les 
injures du temps et des hommes, ont été transportés à 
Londres par lord Elgin , et font maintenant un des 
pi'incipaux ornemens du British muséum; mais, privé» 
de leur beau ciel et de leur doux climat, ils frissonnent 
sous le froid soleil du Nord, se léprosent de toutes parts 
et n'offriront bientôt plus que de déplorables débris. Dé- 
placer un monument, c'est créer une ruine* Cette frise 
représente la fête des grandes Panathénées. Dans ces fê- 
tes, les fils des principaux citoyens se disputaient le prix 
de la course à cheval. On trouve dans les collections, des 
vases panathénaïques, c'est-àHlire donnés en prix dans 
ces luttes, comme le prouvent les inscriptions en vers qui 
s'y lisent. Les peintures nous montrent des courses de 
chevaux, exercice habituel de la jeunesse athénienne. Les 
chevaux et les hommes représentés sur la frise sont d'un 
travail exquis. Voici d'ailleurs les principales remarques 



Digitized by Google 



— »3 — 

que l'iuppoiogue peut faire sur ce chef-d'œuvre. D'abord 
les chevaux sont d'une taille très petite relativement à 
celle des hommes : ils ne paraissent pas avoir plus d'un 

mètre quarante ou quarante-cinq centimètres environ. A 
pied, la hauteur du cheval ne dépasse pas celle de la 
poitrine de Thomme; à cheval« le pied de l'homme des- 
cend au-dessous du genou du cheval. Les chevaux por- 
tent le type arabe actuel : leur tète est carrée et un peu 
forte; rencolure courte et musclée; l'épaule bien cou- 
chée; la poitrine profonde; lesmembres forts; secs et d'un 
admirable aplomb; les rrîns courts et le port de queue . 
superbe. Presque tous ont la crinière coupée en brosse ; 
leur queue est longue et flotte au gré du vent. Les ca^ 
valiers montent à poil ; leur pose est pleine de grâce et 
d'aplomb. L'allure des coursiers est le pas ou le galop, 
ils ont presque tous cette marche cadencée que nous ap- 
pelons petit galop et que les Aurais appellent canur. 
Nous laissons id parler Xénophon : « Si, après lui avoir 
)» fait sentir l'éperon, vous rendez la main au cheval, le 
» peu de tension des rênes lux fait croire qu'il est libre, et, 
» dans la joie qu'il en éprouve, il prend une pose magni- 
» iique et imite, par le moelleux et la fierté de sa démar- 
» che,le cheval qui se pavane auprès de ses compagnons. 
»» Tels sont les chevaux qu'on donne aux dieux et aux hé- 
• ros ; ils sont la gloire de leurs cavaliers; le cheval lui- 
)» même est l'objet de l'admiration générale ; il attire lea 
» rep:ards, il charme jeunes et vieux ; on n'en peut déta- 
» cher sa vue; on ne se lasse point de l'admirer, tant 
M qu'il se montre dans cette brillante allure. » 

Quelques-uns des chevaux du monument qui nousoc^ 
cupe, sont comme ceux d'une foule de statues et de bas- 



- 94 — 

reliefs, représentés marchant 1 amble, allure estimée des 
Grecs et couDue dès la plus iiaute antiquité. 11 est conce- 
vable, en efiet , que des chevaux à poil ne ponent se * 
monter qu'au pas, à Famble ou au galop. Le trot devait 
être et était une allure enlièremeiit proscrite du manège 
des anciens : cette allure est encore aujourd'hui presque 
entièrement bannie des habitudes équestres des peuples 
méridionaux. Aussi, sur plus de cent chevauA i eprésentés 
sur noire Irise, n'en voit-on pas un seul au trot 

Rien n'^ale la vigueur, Ténergie que le sculpteur a 
données à ces chevaux; les uns, impatiens du frein, p^* 
chent la tète vers la poitrine . laiidis que leurs pieds de 
devant gambadeut près de ieui s ardentes narines ; d'au- 
tres, plus heureux ou montés par des cavaliers moins 
habiles, ont réussi à leur gagner la main; ils portent la 
tête haute et vont fuir ; quelques-uns ont renversé leurs 
cavaliers; ceux-ci les frappent de la main; d'autres , 

a 

avant d'avoir été montés, ont réussi à échapper à leurs 
maîtres, ils fuient çà et là en bondissant; les cavaliers les 

rattrapent à gi aîitl'peine , et cependant , malgré cette 
fougue, cette ardeur, ils semblent tous de la plus grande 
douceur, comme tous ceux de la race arabe, dont ils sont 
les véritables descendans. La plupart , soit qu'ils soient 
attelés à des chars, soit qu'ils attendent les écuyers qui 
vont les monter , restent cahnes et balancent gracieuse-» 
ment leurs jolies tètes; ceux même qui bondissent, se 
cabrent et s'enfuient, n'occasionnent aucun accident dans 
le cortège : on dirait qu'ils évitent avec soin de faire le 
moindre mal à leurs midtres ; et puis ne craignez rien 
pour ceux-ci : ce ne sont pas là les hommes de notre 
époque, gauches, inhabiles, sans grâce, violons à force 



Digitized by Google 



— 95 - 

de faiblesse ; ce sont les hommes des temps Jiéi uïques, les 
homm^ du gymnase et du portique. Cou)qi^ ils dominent 
leur ooiirsim? par lataiUe, parle calme» parle couiagel avec 
quelle gracieuse confiance ils en approchent, avec quelle 
énergique assurance ils lui imposent leur volonté, soit 
qu'ils lui parlent, rarrètent, le dirigent, s' élancent slut son 
dos' ou eo descendent: vous sentez en eux le roi dominoiteur 
(le lacréation. Si Phidias eûtpeintrhommeécrasantsousle 
joug de sa supériorité morale le cheval assoupli et coui bé 
comnÉi uli esclave , il n'eût mis sous nos yeux qu une 
sérîe plus ou moins longue de machines ambulantes^ s'il 
nous eût montré le cheval terrible , indompté, l'homme 
furieux et emporté , il nous eût lait craindre que la \ i()- 
Icpee de la brute n*eût eu le dessus. Que serait, chez, 
rbomrae, ia force du corps sans la force de Tâme I Aussi. 
Phidias nous a-t-il représenté le cljival fougueux et 
rhomme calme, comprenant l'ordie et l'harmonie provi- 
denti^s : Tè fr^t» «ri Auftot c^«£;« iinrov. C'est à Xéttophon 
à expliquer Phidias. Xénophon , Phidias , grands noma 
qui rayonnent pari ni ceux des victimes de l'ingratitude 
humaine l l'un mourut en prison, l'autre dans!' exil 1 • 

L'épo<pie d'Alexandre suffirait seule. pour marquer 
une ère de l'histoire du cheval. De la' Macédoine , 
contrée célèbre dans l'antiquité par ses rapides coursiers, 
le fils de Philippe passa comme un brûlant météore dans 
Usm les pays où le cheval était en honneur ; il soumit les 
Grecs, les Thraces, les Scythes, les Persans, les Assy- 
riens, les Egyptiens, les Indiens; il créa en un mot cet 
empire d'Asie, le plus considérable qui ait ji^ais existé. 
Gen'estpasseulementpar ses conquêtes, mail» encore par 
lui-Biême, que l'histoire d'Alexandre se lie avec celle du 



Digitized by Google 



— 96 — 

cheval, (.lonime tous les grands hommes, Alexandie était 
cavalier, et sa .vie est si intimement associée à celle de 
Bucépbale, qu'il semble qu'ils n'eussent été rien l'un 
sans l'autre. 

Philippe, son père, se reposait sur les lauriers de Mé- 
thmie, lorsqu'il apprit trois heureuses nouvelles : il était 
proclamé vainqueur aux jeux olympiques; sa femme 
Olympias venait de lui donner pour fils Alexandre ; 
rnfinPannénion venait de remporter une grande victoire. 
O Jupiter ! dit-il, ne m'accable pas de tant de bonheurs. 
Cet homme, qui étant né le jour où la cavaleriede son père 
l)iUtait l'ennemi, le jour où les chevaux de son père lui 
gagnaient les palmes d'Ëlide, devait être un guerrier et 
un homme de cheval. Aristote ne se borna pas à dévdop* 
per ches son royal élève les connaissances nécessaires à 
un souverain : tantôt assis sur des sièges de pierre, dans 
la solitude de Myèza , il lui dictait ce traité des rois qui 
malheureusement est perdu ; tantôt monté sur un ardent 
coursier, guidé par des maîtres habiles, il le faisût voler 
sur les bords du Strymon, gravir les collines escarpées, 
franchir les rochers entassés et les ravins prolbnds. Aussi, 
à pâne sortait>il de l'enfance, qu'il dompta ce cheval 
fiimeux dont le nom est devenu proverbial. Quel âge avait 
Alexandre lorsqu'on lui présenta Bucéphale? L'histoire ne 
le dit pas ; cependant, on doit penser qu'il était fort jeune. 
Ën effet, Bucéj^ale mourut à trente ans, dans la bataille 
que livra Alexandre à Porus sur les bords de l'fiydaspe ; 
Alexandre avait à cette époque vingt-huit ans; il était 
donc plus jeune que son cheval. Bucéphale avait été 
nourri dans les plaines de Pharsak, par un c^taln Phi- 
kmicus, renommé en Tliessalie pour l'élève des coursiers : 



Digitized by Google 



— 97 — 

ç élan uu cheval magnifique et pksin dawteur; «m nom 
de Bucéphale lui venait, dit rhistoire. de ce qu il avait 
metiudehctuf. PhaoBicns, trouvant cet animal digne 
d un roi, le mena à Piiilippe, et en demanda 16 talens 
environ 72,000 francs de notre monnaie. Le roi fit e»^ 
sayer le coursier en saprésence; mab, parmi ses écuyers 
dnesentrouvapaaunqui ne déclarât Bucéphale vicieux 
et indomptable. Alors, Alexandre, encore enfent, s'é- 
cria : « S'ils rebutent ce «heval, c'est qu'ils sont incapa- 
bles de le monter. &ute de hanfiesse et d'expérience _ 
Jeune homme, lui dit Philippe, p, ctendrais-tu surpasser 
tesanciens?-Oui, sansdoute, seigneur; je gage de domp- 
tei ce coui^er.-Etquepaieras-tu pour ta foDe prtsomp- 
tt»? - Le prix du cheval, répondit Alexandre. „ Cela 
dit, 1*8 approche du fougueux animal, saisit la bride et 
lui tourne la lèle vers le soleU, parce qu'il avait rem'ar- 
qué qu'il s'ellaroucliait à la vue de son ombre • il le ca 
resse de la main et de la voix, et, profitant d'un' moment 
de calme, il lusse tomber son manteau et s'élance sur 
le dos du coursier ; usant de ménagemens et d'adr«sse 
il l'occupe sans le tourmenter; puis, sentant son impa- 
tience caLnée, il le pousse à toute vitesse et lui fait par- 
courir une longue distance, en le pressant sans relâche de 
ses jambes nerveuses. Philippe et ses courtisans le sui 
valent de l'ceU avec anxiété ; ils gardaient un profond si- 
lenceetcraignaient qu'une chute ne terminât cette course 
fougueuse. Mds, quand, après avoir fourni sa carrière 
Ils le virent revenir la tête haute, et fier d'avoir réduit le 
superbe animal» tous tes courtisans appUudirent ave.- 
taasffon. Philippe pleura de joie, et, quand le je„ne 
pnncefut descendu de cheval, il lui dit, eu pressant sa 



Digitized by Google 



^ 08 - 

iète couue 8on seiu : « O mon fils! cherche uu royaume 
plus digne de toi ; car la Macédoine est trop petite* » 
Voilà comment un cheval donna lien à la conquête du 

inonde. 

Nous avons cité le récit historique ; nous le ferons sui- 
vre de (pielques observations. Le nom de ce cheval ne 
vient pas de ce qu*il avait une téie de bmuf, mais bien de 

ce qu'il appartenait à cette race de chevaux qui étaient 
marqués à la cuisse d'une tête de bœuf, et qui, pour 
cette raison, étdent appelés chei les Grecs bucéphaleê» 
Nous ajouterons qu'il est à croire que cette coutume 
marquer ainsi les chevaux était un souvenir des centau- 
res : les Thessaliens, qui se conformaient fidèlement à 
cette coutume» prétendaient sans doute, par ce moyen, 
faire remonter leur race à celles de ces anciens piq^eurs 
de boeufs tellement célèbres par leurs coursiers, qu'on 
les avait identifiés avec eux. 

Nous ne savons trop ce qu'il faut croire du récit des 
vieux auteurs, relativement à l'inhabilité des écuyers de 
la cour de Philippe, et au succès du jeune Alexandre, dû 
à Tobservatton qu'il avait faite que le cheval avait peur 
dennumbire^ Peut-être les courtisans employèrent-ils, * 
en cett« circonstance, la politique ou la politesse en 
usage dans tous les temps envers les fils des rois, et peut- 
être l'imagination des auteurs a-t*«lle eu quelque part à 
cette première victoire d'un grand conquérant; quoi qu'il 
en soit, il reste certain, après le récit qu'on vient de lire, 
qu'un cheval difiiciie fut monté, avec adresse et courage, 
par un enfant, et que cet enfant le mena franchement : 
or ceci, les écuyers le comprendront, est déjà im grand 
et beau succès. (Combien d'hommes faits sont capables 



Digitized by Google 



— 99 — 

de Tobtenir aujourd'hui , quoique nous devions voir plus 
tard Tureuue débuter comme Alexandre dans sa carrière 
degbire? 

Alexandre prît en grande tdfeclioa sa conquête : il 

montait lui-même Bucépliale et le réserva pour les périls 
des batailles. Aussi Bucéphale connaissait-il son maître 
et lui portait^l rattachement le plus dévoné. Lorsque ce 
noble animal n'était point couvert de son harnais^ il con- 
sentait à porter les hommes qui le soldaient ; mais aus- 
sitôt que la housse de guerre retentissait sur son dos, 
Alexandre seul pouvait en approcher. A sa vue, il se met- 
lait à genoux, selon la coutume des chevaux dressés pour 
les cavaliers à une époque^ où 1 usage des étriers était in- 
connu. Plus d'une fois, Alexandre dut la vie à la vigueur 
et à la rapidité de son coursier : ce fut surtout à Tattaque 
de Thèbes que Bucéphale déploya cette intelligence et ce 
grand cœur, si dignes du héros, son ami. Blessé, sanglant, 
il ne cessa de courir à T ennemi, et, lorsque son maître vou- 
lut le quitter pour en prendre un autre, il témoigna par 
son impatience et ses hennissemens qu*il voulait encore 
combattre. Alexandre, enchanté de ce courage, qui s'al- 
hait si bien au sien , ne s'en sépara point de la jour-, 
née. 

Les auteurs ne s'accordent pas au sujet de la mort de 
Bucéphale. Les uns veulent qu'il ait succombé à ses bles- 
sures, dans la bataille qu'Alexandre livra à Porus sur les 
bords de l'Hydaspe. Enveloppé par la cavalerie ennemie, 
accablé par le nombre, le vainqueur du monde, malgré 
des prodiges de valeur, allait succomber, quand Bucé- 
phale, quoique blessé à mort, redoublant d'ardeur et de 
vitesse, l'arracha au plus grand péril qu'il eût Jamais 



Digitized by Google 



— 400 — 

cotmi, le ramena dans sa tente, et satisfait, rendit le 

dernier soupir. 

D'autres disent qu'il mourut plein de jours et de gioire, 
i^é de 30 ans. Quoi qu'il en soit, Alexandre pleura 
son coursier; sa perte lui fut aussi sensible, dit-il, que 
celle d'un ami sincère et dévoué : triste a\ eu dans- la 
bouche du meurtrier de Clytus et de Gallystèue ; m£Ûs 
les cœurs des grands hommes ont de mystérieux replis, 
et ne se pèsent pas aux balances communes. 

Alexandre lit iaire à son coursier chéri de magnifi- 
ques funérailles, auxquelles U assista lui-même. 11 lui ût 
en outre élever un tombeau sur les bords de THydaspe, 
au Heu même où il avait été frappé. Autour de ce tom- 
beau, il jeta les fondemens de la ville de Bucéphalie, 
AUxandria Bueepkalus, Quelques savans pensent que 
cette ville est aujourd'hui celle de Lahore, capitale -du 
royaume de ce nom. 

Alexandre solennisa le passage du Graniqiie, qui lui 
ouvrait l'Asie, en se faisant représenter sur Bucéphale 
au milieu des cavaliers de son armée qui perdirent la 
vie en cette occasion. 

Les conquêtes d'Alexandre ont étendu les connais- 
sances humaines ; elles ont porté la civilisation grecque 
dans toute une partie du monde; elles réveillèrent sur 
leurs trônes les rois d'Ecbatane et de Memphis, et ceux 
des rives in roi mues de l' Indus et de l'Oxus. Les jeux 
guerriers qui avaient pris naissance en Asie, mais que 
la.Grèce avait singulièrement modifiés et améliorés, fu- 
rent reportés par Alexandre à leurs antiques berceaux. 
Après avoir fait célébrer des solennités équestres sur le 
tombeau d'Achille, aux sables d'Ammon, près du mau- 



Digitized by 



— toi — 

solée d'Ephestion» dans les champs Babylomens, et par- 
tout où s'étendit son éphémère et m^nifique empire, il 

laissa son trône à des successeurs inhabiles, qui se dé- 
chirèrent les uns les autres. Mais les habitudes hippi- 
ques gagnèrent au moins quelque chose à tout ce mou- 
yement, et, pendant de longs siècles, les Hippodromes 
des cent Alexaudries conservèrent un brillant reflet des 
souvenirs d'Homère et des jeux dOiympie. 



* L 

CHAPITRE VI 



Mlgntioi» du cheiâl. — Mdiide «onon des andens. — Les Scytlns. » 
Les Stnnaiies.^ Les Genmins.— Les Gaulois.^ Les Ibériens. ^Les 
Numides. — Les Indiess* 



En dehors des grandes civilisations dont nous avons 
parlé, grandissaient dans l'ombre diverses peuplades er- 
rantes, qui se fixaient peu à peu au soi et jetaient les 
fondeiiieiis des nations futures. Se dévorant les unes les 
autres, conune soldats de ^ulmus; frappant tour i 
tour aux portes des peuples rois, qu'ils finirent par abat- 
tre et briser de leurs haches sauvages , quelques-unes se 
firent un nom qui traversa les âge^. Or, il est à remar- 
quer que celles-ci furent les plus cavalières : le reste n'a 
laissé qu'une page dans l'histoire, sur la terre, que 
quelques débris. Nous allons jeter un coup d'œil sur les 
familles humaines égarées 4aua les iroides régions du 
Nord, et sur celles qui, peu à peu, affrontant les feux du' 
soleil, allèrent peupler les confins de l'Asie et se répan- 
dre sur les côtes européennes deriiliique, ianiiiles que 



Digitized by Google 



la(jiècu et Uome avaient, claies leur oi|;i^it'il t'|^ois»ic, in- 
solenmieut Stigmatisées du nom d'étraugçiô ou barbare» 

Pères des Russes et des Tartares modèmes« les Scy- 
thes occupaient cette vaste contrée roni))rise entre la 
mer Caspienne, la mer Noire et l'iatérieui' de 1 Asie qrien- 
tale. C'était un peuple guerrier. La chasse et la garde 
des troupeaux étaient ses occupations. La Fable lui 
donne une origine où le chev al se trouve mêlé, comme à 
celle de tous les peuples fameux. Voici ce qu elle raconte 
h ce sujet : £cbidna, princesse hyperboréexme, enleva 
un jour les cavales d'Hercule. Le béros la poursuivit, et» 
l'ayant retrouvée, il fit alliance avec elle. U en eut trois 
^ans : Agathèse, Gélon et Scythe. Celui-ci donna son 
nom à la Scythieet fut le père des rois de cette contrée. 

La mythologie de ce peuple n'avait eu garde d'oublier 
le cheval dans ses zn y stères* Les Scythes adoraient le soleil 
sous la figure d un chevaL Chaque année, au bruit des 
instrumens* sur une colline élevée, ils plantaient un pieu 
en terre, y suspendaient une vieille épée, image du dieu 
delà guerre, à laquelle ils donnaient le nom d'Acina^ik, 
et ils sacrifiaient des cbevaux à cette divinité* 

Les Scolotes passent, parmi les peuplades scytbiijues, 
pour avoir introduit lascience de l'équitation dans les hu- 
mides contrées du Nord. Par un usa^^e aussi ancien que 
leur monarchie» leur roi $e rendait tous les ans dans un 
lieu où Ton conservait une charruet un joug, une hache,, 
le tout d*or massif, et que l'on disait être tombé du ciel. Il 
se faisait en ce lieu de grands sacrifices. Le scolote à qui, 
pour ce jour, la garde du trésor était conilée, ne voyait 
jamais, disait-on, la fin de l'année* £n récompense, on as- 



• 



Digitized by Google 



~ 104 — 

suraitîi sa laniiile autant de terre qu il en pouvait parcou* 
rir dans un jour, monté sur un cheval. Quoi qu' il en soit, les 
ScythesétaientrenonunéStpanni les peuples anciens» par 
rattachement qu'ils portaient à leurs chevaux. Ils possé- 
daient d'excellentes races, qu'ils élevaient avec le plus 
grand soin. Aussi avaient-ils de vigoureux et magnili- 
ques coursiers. Us préfénûent'les jumens aiix chevaux : 
ils pensûent qu'elles étaient d'un caractère plus doux et 
bui tout moins bruyantes dans les combats. 

Aehias, roi des Scythes, pansait lui-même son cheval. 

Les Scythes racontent aussi mille traits à la gloire de 
leurs chevaux. Un de leurs rois ayant été tué dans un 
combat, son cheval écrasa, dit-on, avec ses pieds et dé- 
chiia avec ses dents le vainqueui*, qui s'était approché 
pour s'emparer des dépouilles du vaincu» 

Les Sarmates étaient des peuplades errantes qui don- 
nèrent naissance, plus tard, aux nations de Pologne, de 
livonie et d'une partie de la Prusse. Ils étaient fiers et 
valeureux, et leurs fils n'ont pas dégénéré. Leurs feinmes 
mêmes avaient un caractère belliqueux, dont plus d'une 
moderne Sarmate a donné de nos jours de glorieux 
exemples. 

Ces peuples élevaient des chevaux de grande taille et 
pleins d'énergie ; ils les montaient avec adresse à la chasse- 
et dans les combats, et les mêkûent jusqu'aux mystères 
de leur religion. Les Slavons avaient un Centaure appelé 
Polkan, auquel ils attribuaient une force et une vitesse 
prodigieuses. Voici, en outre, une de leurs superstitions 
concernant le cheval et qui se retrouve, d'aillems, chez 
presque tous les peuples du Nord : Le dieu du soleil et 



Digitized by Google 



— 105 — 

de la terre s'appelait Sweiawd; ses principaux autels 

étaient dans l'île de Pugen et dans la ville Slavonne 
d'Acron. On lui consacrait un clieval blanc. 11 n'était 
permis qu'au prêtre du dieu de monter ce cheval et de 
lui couper les crius de la crinière et de la queue. On 
pensait que le dieu le montait souvent, pour combattre 
rcimemi. Ed. eifet, après l'avoir laissé la veille au soir 
bien pansé et attaché au râtelier, on le trouyût le matin 
couvert de sueur et de boue , comme s'il eût fait une 
grande course. C'était encore ce cheval qui pronostiquait 
le bon ou le mauvais succès de la guerre. On plantait, 
devant le temple, six lances, deux à deux et, à chaque ^ 
paire, on en attachait une troisâème entravers, assez bas 
pour que le cheval pût enjamber par dessus sans être 
contraint de sauter. Après de longues prières, le prêtre 
prenait le cheval par la bride, lui faisait fi:iu(ichir les^ 
lances en marchant : si le cheval les franchissait en passant 
toujours le pied droit le premier, l'augure était favorahle ; 
mais si c'était le pied gauche qu'il passait avant le droit, 
le présage était funeste. On immolait quelquefois à cette 
idole des chrétiens prisonniers. On les amenait armés de 
toutes pièces, montés sur leurs chevaux ; on attachait les 
jambes de chaque cheval à quatre pieux ; puis on mettait 
le feu à deux bûchers dressés des deux côtés, et on brû- 
lait tout vifs le cheval et le cavalier. 

Les Danois, avant d'être chrétiens , faisaient tous les 
neuf ans au solstice d'hiver, un sacrifice monstre de 99 
hommes et d'un nombre égal de chevaux, de chiens, de 
faucons et de poulets. 



Voici venir maintenant un peuple fameux entre les 



phis fameux ; q«r toutes les nations de l'£urope moderne 
vont rechercher dans les palais de nuages de ses dieux, 

dans les proioiideurs de ses sombres forêts, dans Jes 
mystères de ses fastes , leurs plus beaux titres de no- 
blesse. Les Germains, partis primitivement, comme tous 
les peuples , des plateaux de l'Asie, s'organisèrent de 
bonne heure en société, sous la conduite du grand Odin, 
à la fois l^^ateur et guerrier. C'étaient d'abord des 
peuplades nomades , qui vivaient du produit de leurs 
troupeaux et de celui de leur chasse. Mais, à la dilTérence- 
des peuples d Orient, au lieu d'un climat doux et facile, 
n'imposant ^ l'homme ni travaux ni privations, et endor- 
mant ceux qu'il nourrit dans les langueurs d'une éter- 
nelle indolence, les Gennains trouvèrent un ciel sombre 
et pluvieux, des marais fertiles, mais exigeant d' immen- 
ses et ine^ssans travaux ; des forêts impénétrajt>les , où 
mugissaient l'Urus, le Bison, rÂan)ch, nobles ennemia 
qui vendaient chèrement leur vie et savaient attaquer et 
se déiendi-e; d'énormes sangliers qu'il fallait attaquer 
corps à corps avec l'épieu; des loups féroces , dont les 
bandes nombieuses se jetaient sur les troupeaux et les 
bergers. Aux prises avec toute la nature , le Germain 
grandit par le corps et i esprit. 11 devint assez robuste 
pour résister aux plus rudes travaux, braver tous périls, 
et affronter les plus terribles combats; il devint assez ingé- 
nieux pom- comprendre qu'il y avait un parti à tirer des 
travaux, des dangers et des combats. Tous les historiens 
s'accordent à vàater la beauté , hi force de corps, la 
vaillance et l'intelligence de ces premiers Germains. 
Leurs yeux bleus lançaient des llammes ; leur rhevelure 
ondoyait dans les batailles cuiume une crinière de lion. 



Digitized by Google 



— 107 — 

11 est à croue uéaumoms que taul de quaiUèi ii'euîk>eut 
iiût d'eux qu'un peuple isolé dsm le monde , qu'ils dis- 
sent restés cachés dans leurs forêts, sans Tamottr du 
cheval, qui leur donna le goût des voyages et des migra- 
tioQS. De 14 à ia conquête. Un' y dvait plus qu un seul pas* 
tes Germains portai^t pour eoseigne un cbeval blanc, 
lancé au galop , symbole de leurs courses vagabondes , 
quand, sous le nom de ( iiinhres et de Teutons , de Francs 
et de Normands, ils vinrent rajeunir le sang de rEiurope 
ustoi tombée, brisée sous le faix des vieilles civilisatio&s. 
Nous trouvons le cheval divinisé dans la mythologie ger- 
maine. Odin , le roi des palais aériens du Wahalla , 
monte un cheval nommé SMpnir , dont il se sert pour 
parcourir les vastes deux et pour aller, devant le front 
des batailles, encourager les combattans. Sleipnir a huit 
pieds et la rapidité de^ l'aigle ; les laboureurs, en faisant 
leurs moissons, ont coutume de laisser pour lui quelques 
épis , les plus beaux de leur champ. Les héros , ad- 
mis dans le paradis des nuages , sont éveillés chacfue 
matin par le chant du coq; ila se revêtent de la dépomlle 
des ours et des sangU^vs; ils prennent leurs armes rè- 
dout^ibles^ se préparent au combat; la lutte s'engage 
furieuse; le sang coule; les têtes se fendent sous les ha- 
ches pesantes; les épieux et les lances d'airain déchi- 
rent les chairs palpitantes^ liaia bientôt l'heure du repas 
arrive, m baume divm coule sur les btessures et les ci- 
catrise à 1 iiistuiit ; les guerriers remontent sur ces mê- 
mes coursiers qui fu^nt jadis jLcMr gloire et lurent pen> 
diant leur vie l'oli^t de leur soin et <te leur amour; ils 
vont boire l'hydromel dans le crâne des vaincus et man* 
ger le lafd du sangUer Serimner, 



— m — 

Piour commuoiquer avee le monde, les dieux ont bàd 

en forme de pont l'arc du ciel. Au milieu est un sillon de 
l'eu pour empêcher les géans d'y passer ; chaque joui-, la 
tnmpe divine monte et desc^d à cheval par cette route 
aérienne. Thor, lui seul, est obligé de la suivre à pied, 

car il est si gros et si lourd, qu'aucun cheval ne pourrait 
le porter. 

Nor fut père de la Nuit, laquelle est noire comme toute 
sa famille. Celle-d eut de Baglinger, de la race des 

dieux, un lils nonmié le Jour, brillant et beau comme 
toute la lamille de son père. Alors le père universel prit 
la Nuit et son fils le Jour, les plaça dans le ciel, et leur 
donna deux chevaux et deux chars, pour qu'ils fissent, 
Tun après l'autre, le tour du monde. La Nuit va la pre- 
mière sur sou cheval, appelé Rinfàxc (crinière gelée), 
qui, tous les matins, en commençant sa course, arrose 
la terre de Técume de son frein ; le cheval du Jour s'ap- 
pelle Sinfa^. (crinière lumineuse) , et de sa crimère bril- 
lante, il éclaire le ciel et la terre. 

Quelquefois on donnait deux chevaux à la Nuit et deux 
au Jour. Sûol (le soleil) étût le conducteur des chevaux 
de Dagur (le jour). Ces chevaux s'appelaient 
(qui brûle tout), et Arvkr (matinal). Maan (la lune) 
conduisait à son tour les chevaux, noirs de la Nuit. Gon- 
dula, une des déesses qui présidaient aux combats, était 
toujours à cheval. Les Walkyries, ces trois sœurs funè- 
bres, qui vont choiûr dans les batiuUes ceux qui doivent 
mourir, montaient chacune un ardait courrier. Brinkîld 
montait fVin^a Kormir (qui fend Tair avec ses ailes) . 
L'Edda célèbre un grand nombre de coursiers : Blodu- 
gkofi (sabot sanglant), cheval de Freyd; Gulfaxi (cri- 



Digitized by Google 



— 100 — 

n^re dorée), coursier du géant Hringaid; H^foarpi^r 

(frappant du pied) , cheval de Gna, messagère de Freya, 
et plusieurs autres. 

C'était une noble occupatiim chez les Germains de fa- 
briquer soi-même les ustensiles de diaase et d'équitation. 
Le dieu Sokl^ allant à la recherche du marteau de Thor, 
qui lui avait été volé par le géant Thrym, trouva celui-ci 
assis sur une montagne, chantant la chanson du matin et 
façonnant des colliers pour ses chiens et des harnais pour 
ses chevaux. 

Les Germains nourrissaient à frais communs, dans les 
bois.sacrés, des chevaux blancs, dont ils tiraient des pré^ 
aages. Personne n'y pouvait totucher en aucune manière. 
Le prêtre seul, avec le prince de la nation, les attachaient 
à un chariot sacré, les accompaguaieut et observaient 
leurs frémissemens et leurs hennissemens. 0 n'était au- 
cun présage auquel non seulement le peuple, mais en- 
core les principaux de la iiaùou, ajoutassent plus de foi. 

Les Scandinaves et les Germains immolaient aux dieux 
les honiknes condamnés à mort pour quelque crime, des 
sangliers et surtout des chevaux blancs. S'ils avaient une 
injure à venger, ils pi euaient la tête d'un cheval mort, la 
posaient sur un pieu et la tournaient comme im signe de 
malédiction du côté de leur ennemi. 

Antyre, héros d'un des poèmes du Nord, a un cheval 
appelé Bukranos; c'était un animal monstrueux, aussi 
dur que la pierre ; il avait une tète de taureau, et, du 
bout de ses pieds, il faisait jaillhr des étincelles de feu 
snr la route. 

Bukranos (tête de bœuf) : c'est un souvenir des Cen- 
taures, le Bucéphale d'un Alexandre hyperboréen. 



isi héros de Sagas de vantaient de leurs bons destriers. 
Dans Tépopée de Sigurd, Gunnard et Hogni ne vealent 

pas écouter les sages avei*tissemens de leur sœur Gudi lui. 
fc Nous av(His, disentr-ilSf un bon cheval et une bonne 
» épée, que craignons-nous t » 

On trouve dans le même poème, un touchant exemple 
ée cet instinct si généreux du cheval, qui lui défend de 
fouler i ses pieds le corps de rhoinme» à moins d'y être 
forcé ou entraîné malgré lui, fait dont tout le monde est 
témoin, soit sur le champ de bataille, soit dans les chutes 
de cheval qui ont lieu journellement. Swanilde, fille de 
Sigurd, ayant épousé Zarmerik, celui-ci la crut infidèle 
et la condamna à être foulée aux pieds des chevaux. JSOè 
était m belle, dit le poète, que les coursiers ardens qui 
s'élançaient contre elle, s'arrêtèrent à son aspect et n'o- 
sèrent la toucher ; on hi couvrit d'un sac, et alors seule^ 
iDfl&t ils l'écratèrent. 

Nous retrouvons encore dans la Germanie cet antique 
nom du cheval, marché qui se rencontre dans le langage 
frânitif d'un grand nombre de peuples. Les Mareomam 
étûent une peuplade germaine. Marek est le nom d'une 
rivière d'Allemagne; plusieurs noms d'hommes, tels que 
Marcomir^ Marcuif, ont pour racine le nom du cheval. 
Enfin le titre de tnare^soUilck était porté, chez les an- 
ciens peuples du Nord, par les officiers qui avaient le soin 
des chevaux dans les maisons des chefs. O nom, d'où 
est venu plus tard le titre de maréchal, a été douné par 
suite aux hommes employés à ferrer les chevaux* Le 
maréchal de France et le maréchal-ferrant ont tous 
deux pour patron le gardien des écuries des anciens 
Germains. 



Digitized by Google 



— «1 — 

D'après Tacite et César, les chevaux des GerunLiDs 
étaient d'une petite taille et d'une cenformation peu gra- 
eieuse. On lit dans La Cam/nuMairtê : « Quoique les 

» chevaux q ui naissent en Germanie soient petits et dif- 
» lormes, ou sait cepeudaut, par un exercice journalier, 
» les rendre très bons pour le trarvail. Dans les combats 
» équestres, les Germains descendent souvent de cheval 
. » et c()ni])attent à pied: Us accoutument leurs chevaux à 
» rester à la même place, et, lorsqu'ils veulent s'en ser- 
» VÎT, ils retournent en courant vers eux. Rien n'est 
» plus contraire à leurs bal^tndes et ne passe même pour 
» plus honteux et plus affreux que de se servir (ïepktp- 
» ^ia* C'est pourquoi ils ne craignent jamais, quoiqu'on 
w petit nombre, d'affironter quelque nombre que ce soit 
» de cavaliers faisant usage d'ephippia* n 

César estimait fort la cavalerie germaine, et, dans 
MB guerres des Gaules, il se faisait toujours accom- 
pagner d'un corps de quatre ceais chevaux gaulois. 
Nous reviendrons sur les habitudes équestres des peu- 
pies du iNord, en parlant de leurs conquêtes du moyen- 
âge. 

Les Gaulois, nos pères, occup^ent jadis de vastes 

contrées vers l'Italie, l'Espagne et les bords du Rhin ; 
msâs nous ne parlons ici que de la Gauie proprauent 
dite, ou la France actuelle, et des lies britanniipies, oom* 
prenant les peuplades soumises à If loi des dmidee et 
itu culte de Teutatès. 

La mythologie de ce pays .fut une des plus pures de 
l'antiquité ; elle ne reconnaissait qu'un seul dieu,dieu in- 
connu, créateur du ciel et de la torre, rémonérateur da 
bien et du mal. Le nom de ce dieu varia selon les temps 



• H2 — 

etl|^ contrées : ici« c'étaieot Belenus, Teutatès ouTeut; 
là, Hésus, Dès, Taranis, Hu, Gadam. 

Quoi qu'il en soit de ces noms divers, il paiail certain 
que ie culte druidique était dérivé du culte mithratique, 
qui se répandit de la Perse chez presque tous les peu- 
ples, llithra, ou le soleil, fut symbolisé par le cheval, 
emblème de ]a course incessante de l'astre du jour dans 
la voûte des cieux. Le nom de Dieu, eeoj chez les Grecs, 
Tôt, Teutatès chez les Gaujiois, vient de Bm courir. Le 
cheval devint donc le symbole du Dieu suprême, depuis 
les cliaiups de la Clialdée jusqu aux marais de Germa- 
nie, OÙ sa course et ses hennissemens furent pris pour 
des oracles. Nous avons vu déjà le culte de Mithra passer 
de la Perse jusque chez les Hébreux, et partout nous 
avons observ é riminolatiun du cheval dans les détails du 
cuite rendu au soleil. 

Nous retrouvons dans la Gaule le cheval symbolique, 
depuis les temps les plus anciens jusqu'aux dernier^ 
jours. Les médailles gauloises ne laissent aucun doute à 
cet é^d ; elles ne furent abord qu'une imitation gros- 
sière des médailles grecques ; mais cette imitation fut 
ramenée InsMisîblement aux idées mystiques de la nar- 
tion. 

Vinci les principaux types de chevaux de la numisma- 
tique gauloise : 

Cheval libre, sans selle ni bride, — grossières ébau- 
ches d'imitation grecque ; — chevaux attelés à un char, 
chevaux montés ; — bige macédonien, retour à la sym- 
bolisaition le cheval et le sanglier, ce type éminemment 
gaulois, ce suê GaUietu qui remplissait les forêts de la 
Gaule i — Pégase, ou cheval ailé ; — cheval monté par 



Digitized by Google 



— 113 — 



VU guerrier* par un animal fantastique; — condutt en 

bride par un aigle ; — (ieiitaure, ou cheval à tête Im- 
maine, appelé cheval Androcéphale par le savant M. Lam- 
bertt qui pense que son apparition sur les médailles date 
de fan 200 avant notre ère : quelqueMs 1* Androcéphale 
tire un char ou seulement une roue; il est souvent ac- 
ccnnpagné du sanglier, ou il foule aux pieds un person- 
nage renversé, probablement Arrhiman, Tauteur du mal» 
rennemi d'Oiinuzd et de Mithra;~-enfm, second retour 
à l'imitation étrangère, médailles consulaires, chevaux 
montés, type des Dioscures, chevaux attelés, biges et 



Généralement» les chevaux des médailles gaubises 

sont grossièrement dessinés et ne peuvent donner aucun 
mdice sur la conformation du cheval gaulois ; cepen- 
dant, on en trouve quelques-uns d'un remarquable des^ 
m, et qui n'ont aucun rapport, pour la conformation, 
avec ceux des médailles grecques ou romaines. Ces types — 
ont plus d'ampleur, leurs formes sont plus aiTondies, 
leur encolure est plus haute et leurtète est bien ramenée: 
c'est bien le cheval majestueux d'Armorique, que nous re- 
trouverons, sous difîérens noms, dans la suite des siècles. 

Non seulement le cheval se montre comme symbole 
sur les monnaies gauloises; mais encore plusieurs sta- 
tuettes de chevaux, trouvées en divers lieux, ne permet- 
tent pas de douter qu'une importance mystérieuse ne fût 
attachée, chez nos pères, à ce noble animal. 

La cMmonie du cheval Maikt, qui avût lieu naguère 
dans l'ancien pays de Retz, tient évidemment au culte 
du cheval et aux mystères mithratiques : nous en parle- 
rons au chapitre des chevaux français. 

T. I. s 




Digitized by Google 



— 11/1 ^ 

NoiM ajouterons encore ici que, dans les fdtes d'fiir- 
mensttl» iaute pierre du solml (Hir-meîi-sul), toute la 

noblesse montait à cheval et faisait des évolutions autour 
de remblëme du dieu. 

Il y avait chez les Gaulois trois classes d'hommes : le 
peuple, les cheyaliers et les drmdes. Les druides étaient 
la classe savante et religieuso ; les chevaliers, la classe 
guerrière ; le peuple travaillait à la terre et se livrait au 
commerce et à l'industrie. Le chevalier était appelé 
mare^hee; la cavalerie, mare^k kesec (mot à mot, che- 
val, chevaux), pluriel de marc lu Les Grecs et les Ro- 
mains appelaient la cavalerie gauloise markiêia et tri- 
markUia : Galli equeêtru jmgnœ ingiUuHontm trimar- 
kidam nominant pairia voce. 

Le nom du cheval, en celtique, est marc h : îKirou ovopta 
^dfmwe9 toô KArov. Nous avons déjà lettcoutré ce nom 
chez pluoeura nations celtiques, pures ou mélangées, 
comme racine de noms de lieu, de peuples, de fleuves, 
d'hommes et de dignité. Il n'est pas étonnant que nous 
le trouvions Êréquemmeilt dans ks Gaules, où la race 
celtique a subsisté jusqu'à nos joUrs, ebex les peuplades 
bretonnes, galloises, écossaises et irlandaises. Ce mot est 
d'une haute importance comme radical : il entre dans la 
composition d' une foule denoms et de mots, dont {dusiemrs 
ont été détournés de leur signification priinitive. Nous 
rappellerons ici brièvement ceux que nous avons cités, et 
donnerons la siguilication des principaux d' entre les autres. 

On se souvient que, chez un gratad âombre de nations 
tant anciennes que modernes, le noin man^k, ou ses amû 
logues marc, maracky mare, a conservé la signification 
du nom masculin ou féminin du cheval Voici mainte* 



Digitized by Google 



— 115 — 

nant la plupart de ses dérivés : Mars, nom du dieu de la 

guerre; M arc, et Marcus, Marsyas, Marcé, Marsus, 
Mareomir, Marculf, Maroboduus, Guiomarck, (tui- 

mard, noms d'hommes; Marset, peuples de l'Italie près 
le lac Fusin; MareotriaïUs peuples de la Bohème; Da^ 

nemarck, royaume encore existant ; Marck, rivière d'Al- 
lemagne; Penmarck, Marignan, Martgny, Mariem- 
bourg, Aiarcigny, noms de lieux ; parmi les maisons no- 
bles, en Europe, les Marek, en Bourgogne ; Markkautm, 
en Allemagne; Marsh, en Hollande; Koni^smarck, en 
Suède; Penmarck, Mare'hec, Marc'haUa, en Bretagne; 
Parmi les noms, de dignité, paUmarqw, chef militaire, 
chez les Grecs iroXiavpyo;, fapud Grœcosdim equitum in 
helloj; maréchal (qui cc/uoi*um gerit curant, qui prœest 

stabuloj, par suite» chef de la cavalerie; tnarqui»^ 
de manfhèe^ prononcez marée, écuyer, cavalier; en 

grec pâpx«<y«a cavalerie; en latin marehto, homme de 
guerre; d'où marques^, en anglais; marquese, en italien; 
marques, en espagnol; baron^ de mare% par le change- 
meht fort usité de m en 6; enfin, margraff fprœfectus 
equitum chef des cavaliers, dignité propre aux états 
d Allemagne. M arc* h a encore donné naissance aux mots 
suivans : marchand , mereatar, qui vend des chevaux ; 
marché, lieu où Ton vend des chevaux ; marcher fam- 
bularcj^ répondant à l'ancienne expression française 
chevaucher i marches^ frontières, là où s'arrêtait l'éten- 
dard des peuples du Nord, représentant unçheval ; 
division de la livre, ainsi appelée de la figure d'un che- 
val, empreinte sur les médailles grecques, gauloises, 
romaines (consulaires) et sur celles de la plupart des na- 
tions anciennes, etc. 



— m — 

Lés Gaulois avuent émpranlé plusieurs mots d*équî- 

talion aux Grecs, entre autres fi^r,^ rhala , char de 
course léger; éphos-èdes^ cochers qui inspectaient les 
chars, du grec htly «pô», fi9n. Ils faisaient usage d'un 
char à quatre roues, que les latins appelaient petorUnm^ 
du celtique pt4oar, quatre, et roi^ roue. 

Les Gauloisv comme la plupart des peuples du Nord, 
croyaient retrouver après leurmortdans les palais aériens, 
les occupation», les soins, les habitudes, les plaisirs de 
leur vie. Aussi se faisaient-ils suivre dans la tombe par 
leurs armes, leurs chiens et surtout leur cheval de ba- 
taille. C'était lui qu*ilsdevaient monter aujour du solennel 
réveil, dans le cercle de félicité. Depuis deux mille ans, 
aux grands ossuaires dont nos campagnes sont semées, 
dorment des héros inconnus. £n remuant leur pousuère, 
en soulevant curieusement la lourde pierre de la tombe, 
r antiquaire retrouve un à un ces secrets de la vie, ense- 
velis sous vingt siècles de révolutions et d'oubli. Quelques 
cendres rougeàtres, des ossemens blanchis, des ome- 
mens incompris et des armes brisées, voilà ce qu'il ex- 
plore d'un œil avide et soc ; tandis que, sur la rouge 
bruyèie, les jeunes (jaulois, apercevant de loin le kem 
ou le fMe»^, dernière demeure de l'ancien chef du clan, 
croyaient le vohr dans les nuits sombres, assis sur son 
coursier, excitant ses chiens à la fKJursuite du cerf ou de 
Tm'us, ou se ruant tête baissée dans la mèl6e des batailles. 

Les Gaulois poussèrent fort loin la science de Téquita* 
tion. En contact avec la Grèce par la colonie des Massi- 
liens, avec l'Espagne par les guerres d'Aniubal, a\ec 
ritalie par les invasions de Brennus et celles qifi suivi- 
rent, ils acquirent une habileté si grande dans toutes 



Digitized by Google 



les pratiques équestres « que leur cavalerie, à l'époque 
de César, était la plus renommée du monde et qu'elle Ht 
plus tard la principale force des années romaines. Une 
remarque curieuse, c'est que tous les termes du manège 
employés à Rome étuent d'origine gauloise. 

Ce fait est cité par Arrien, qui vivait sous lès règnes 

Antonin et de Marc-Anrèle. 

D'après Pausanias, la cavalerie gauloise, qu'il ap- 
pelait T/Mfiax(««« était entièrement composée de cheva- 
liers. Chacun d'eux avait sous ses ordres deux écuyers. 
Ceux-d se tenident derrière leur maître dans la bataille, 
soit pour lui présenter un de leurs chevaux, s'il était dé- 
. monté ; soit pour l'emporter de la mêlée, s'il était blessé ; 
soit pour parer les coups qui lui étalent portés, soit enfin 
pour lui donner des armes de rechange. En cas de mort, 
le chevalier était remplacé par uu de ses écuyers, et ce- 
lui-ci à son tour par son compagnon. N*est*ce pas là l'o- 
rigine de la chevalerie, et ces Hgnesne semblentp-elles 
pas un anacronisme de mille ans? 

Au rappoi^ de Strabou, les Gaulois étaient de très bons 
cavaliers et se battaient mieux à cheval qu'à pied. I>u- 
rant les guerres d'Afrique, trente cavaliers gaulois, sous 
les ordres de César, mettent en fuite deux mille cava- 
liers numides et les poursuivent jusque sous les murs 
d'Andrumèle. 

Parmi les contrées 1^ plus renommées pour leur ca- 

^ aleI ie, l'histoire cite le pays de Trêves (quorum inter 
Gaiios virlutU opinioest sin^idaris), et celui des Sou' 

Uat€$. On ne sait pas précisément à quelle continée ré- 
répond ce pays : on a pensé que ce prouvait être la vallée 

de Lavédan, en Bigorre, célèbre dans tous les temps par 



— il8 — * 

l'excellenee des chevaux qu'elle produit et qui aont un 
des types de la race navarine. 

Le goût des Gaul^ws j^our les chevaux était si pro- 
noncé, qu* Annibal iit battre entre eux des prisonniers de 
cette nation, en promettant un cheval à celui qui tuerait 
son adversaire. 

Les Gaulois connaissaient l'usage du char de guerre; 
quelquefois il le garnissaient de faulx. Lorsque César 
aborda chez les Bretonsinsulaires, des chais qu'il appelle 
euèdes, attelés de petits chevaux intrépides, échevelés, 
sauvages comme leurs conducteurs, effrayèrent les pha- 
langes romaines et jetèrent le désordre dans kuro rangs. 

n parait^qœ les chars étaient en nombre immense 
dans les années des Celto-Bretons; car César remarque 
que Cassivelanus, ayant perdu tout espoir de résister aux 
Romains, congédia la plus grande partie de son année et 
ne garda que quaire mUte Essédaires. Le général histo- 
rien admira, chez ces guerriers, dignes pères des Anglais de 
nos jours, la manière dont ils savaient conduire un char, 
manier un cheval, le pousser dans les flots, jusque con* 
tre les navires, n les représente s'élançant au condiat, 
circulant et voltigeant de tous côtés, portant l'épouvante 
parmi les Romains, avec ie ciioc de leurs terribles cour- 
siers et le bruit de leurs chars ; descendant à toute vitesse 
les cétes les plus rapides/ arrêtant court leurs chevaux, 
les faisant tourner dans l'espace le plus étroit, et, joi- 
gnant r habileté à l adi esse, sautant eux-mêmes sur le ti- 
mon des chars, s'y tenant d*un pied ferme et sùr^ y com^ 
l)attant, puis soudûn se réfugiant dans rmtérieur, oamme 
dans une mouvante forteresse. 

(I Le char, le rapide char de bataille de Cuchullin, 




Digitized by Google 



- M - 

M noble fils de 6emo, vient comme la flamme de la mort ; 
» il roule comme mi flot qui approche du locher, ou 
j» comme un nuage d'or qui approche de la tent^ » 

Quelques auteurs ont prétendu que les chevaux des 
Gauloia, comme ceux des Geriuaius, ne brillaient ni par 
rélégsmce, ni par la rapidité ni môme par. la taille. On 
convient néanmcnns qu'ils étalent robustes, sol»^ et 
pleins d*énergie. Quoi qu'il en soit, il ne faut pas prendre 
à la lettre ce que disent» des peuples vaincus* les auteurs 
latins, qui» la plupart, ne piEudIaientqoe par ouî-dîre« On 
doit concevoir d'ailleurs que ces chevaux, aux formes 
athlétiques, aux vastes crinières, à la queue large et flot- 
tante, devaient paraître informies aux yeux de ces répu- 
blicains dégénérés qui ne voyaient autour d'eux que le 
léger, hiisant et sémillant cheval italien, type eiTacé du 
beau sang oriental et grec, quoique gracieux encore, ra- 
pide encore et portant encore dans aon jo^il superbe un 
fier rayon du soleil d-Orient 

Mais César a rendu justice aux chevaux gaulois. Il les 
oppose aux chevaux germains : Les Gennains, dit-il, 
n'importent pas pour leur sei^ice ces cbeyaux dont les 
Gaulois sont si amateurs et auxquels ils. mettent de si 
grands prix. Quin etiam jufMniis, quibus Galli maxime 
delectantur, quœque impfsnso parant pretio, Gcrtnani 
importaUa n&n iUuntUr» 

Outre les remontes que l'armée romaine faisait dans 
les Gaules, elle achetai L aussi des chevaux en grand nom- 
bre en Italie et en Ëspagi^e» p^ys si longtemps renommés 
pour le mérite de leurs .coursiers. Mais, ai l'on en excite 
les troupes auxiliaires, la cavalerie romaine ne pouvait 
tenir contre celle des Gaulois. César lui-même nous 



— 4W — 

laisse un éclatant mouument de ce falt« eu nous doimaot 
le digcours de Vercingétorix àaes soldats : « Quant «ux 

n cavaliers romains, dit celui-ci, ne pensez pas qu'un 
)> seul d'entre eux ose vous attaquer. » César ne trouve 
rien à répondre à ce mot audacieux ; jaauûa aucune par* 
itilene valut cet éloge muet 

Le cheval servait aussi aux mystères du dmidisme. 
« Lorsque l'Eubage sdlalt s emparer de l'œul de serpent, il 
mcmtait un coursier nq^de« Arrivé près du lieu où ks 
hideux reptiles préparaient le talisman « il descendait k 
terre et attendait I mstaiit où l'œuf, imprégné de bave, 
»e soutenait dans l'air au souille infecté des serpens. 
I«'£uboge s*âançait amsaitM ; avant qu'il touchât la terre, 
11 le recevait dans un Un précieux, saisissait son coursier 
et s'enfuyait à toute vitesse, poursuivi par les serpens, 
qui ne cessaient de s'attacher à ses pas qu'après qu'il 
avait mis une rivi^ entre eux et lui, » 

Le souvenir de deux célèbres coursiers se mêle aussi, 
dans l'histoire, au dernier jour de la nationalité gauloise : 
Le cheval de César, cheval aux pieds humains, avait fait 
prédire à son matU'e qu'il aurait l'empire du monde ; 
Vercingétorix, couvert d*une armure éclatante et monté 
sur un brillant coursier, vint eu caracolant devant la 
tente de César, lui porter lui-même cette é^)ée qui, si 
longtemps, avait retûxlé la chute de sa patrie. 

L'ibérie a fourni de poétiques inspirations aux pre- 
mières nations civilisées : là, s'élevaieut les colonnes 
d'Hercule, qui sont demeurées les forteresses de l'Eiqpar 
gne ; là, roulaient, sur un sable d'or, le bétis et le mun- 

dégo ; là, des di agons gai daient les pommes mystérieuses 



Digitized by Google 



— 121 — 

du jardin des Hespérides ; là, des cavales sauvages, fé» 
|Mtr les vents, donnaient le joiu* à des coursiers 

rapides comme leurs pères. Cette dernière allégorie a été 
prise à ia lettre par tous les peuples de l'antiquité, et, 
iM^J(jitaid' èUmnement de notre siècle positif, les plus 
biMUt génies de Rome, Pline, Warron, Columelle, Elien, 
en ont sérieusement parlé. C'est que tout devient mer- 
iwlteux iur une terre de merveilles : la douceur de son 
dÉÉtHî^kr fértilité de son sol, l'urbanité de ses fils, la 
li^uté sans égale de ses filles, suivaient les audacieux 
navigateurs qui s'aventuraient jusqu'au céièi)re détroit, les 
aiMiq^Mignaienl; au foyer domestique pour y dorer leurs 
fliiWiidrs et les bercer dans d'agréables rêves. Virgile a 
consacré cette allégorie dans des vers que Delille traduit 
ainsi: 

^^-r cavales surloiit rien n'i'^'aie les feux; 

^(tLài ^'^'"""^ inriiie alluma leurs transports furieux, 
■f^^ Quand, pour avoir frustré leur amoureuse ivresse, 
■■'■-■^'4; Kiie livra Glauciis a leur dent venpreresse. 



<^fl^\yi. L'impérieux amour conduit leurs pas errans 
r Sur le sommet des monts, k u a v ers les lorrens ; 

Surtout lorsqu'aux beaux jours leur fureur se raaime, 
i'.u L . j|»gn rocher solitaire elles i^uguenL la cime. 
, , lii, leur bouche brûlante, ouverte aux doux zéphyrs, 
Reçoii avidement leors amoureux soupirs. 
O prodige inouï! le zéphyr les féconde. 
Soudain du bantdes monts, leur troupe vagabonde 
BoniU, se précipite et fuit dans les vallons. 

Les chevaux d'Ëspagne venaient directem^t de 1* Afri- 
que. De tout temps» le voisinage de TAfrique et de l'Es- 
pagne a donné lieu aux communications les plus sui^ ies 
enti^ les peuples de ces deux pays, quoique ces comiuu- 



Digitized by Google 



— 122 — 

nicaUona aieut souvent fait verser des flots de sai^« Le 
cheval espagnol primitif était le cheval aMcaui» ou plu-* 
tôt le cheval arabe lui-même, qui, comme nous Favons 
vu, avait peu dégénéré, eu descendant à chaque siècle le 
long du fleuve du milieu^ ce lac mUrieur autour duquel 
a rayonné, pendant dnq mille ans, la civilisation du 
monde. 

Durant les siècles qui s'écoulèrent depuis la décou7 
verte de Tlbérie, par les Phéniciens, jusqu'à l'arrivée des 
barbares du Nord, cette contrée s'éleva rapid^ent vers 
l'apogée de tout progrès. Les arts y florissaient, l'abon- 
dance y régnait ; aussi le cheval n'y tarda-t-il pas à de- 
venir im précieux objet d'estime et à mériter une r^m- 
mée qu'il a conservée pendant desàècles. Selon Strabon^ 
. les chevaux des Celtibères égalaient en vitesse ceux des 
Parthes. Ils étaient généralement, dit-il, d'un poil gris 
ou tigré. Les historiens et les poètes s'accordent à van- 
ter les qualités de ces fameux coursiers, dont il se faisait 
alors un grand ^commerce par le monde. On recherchait 
surtout leur souplesse, la légèreté de leurs mouvemens 
et la cadence de leurs allures. Leur vitesse était ^ale* 
ment célèbre, comme nous Favons vu, et c'était prînci- 
palemenl pamii eux que Rome choisissait les chevaux 
destinés aux jeux du cirque. 

Les plus renommés étaient ceux de Calpe^ près la rive 
africaine et vis-àrvis d'Abyla. Rapides, énergiques, ma- 
jestueux, ils rappelaient ces célèbres coursiers Numides, 
leurs pères, dont un bras de mei* seulement les séparait. 
. Cette espèce précieuse se retrouvait dans toute la Bè- 
tique, qui comprenait 1* Asturie, la Gallide et l' Andalour 
sie. C'est d'elle que descend la race des genêts, si fameuse 



Digitized by Google 



dâns le moyen-â^Sy et dont nous parlenms.en 90n lieu. 

L'Espagne était représentée sur les méduUes par im 
càeval boudisdant, ' 

• 

Afrique desanciens comprenait, outre TEgypte, dont 
notfâ ayons parlé, TEthiopie, la Lybie, la Numidie et la 
Mauritanie. L'Ethiopie s'étendait au-dessus de la Uaute- 
iigyple» sur les bords de la mer Bouge; les autres ooni 

Jinêe» bordaient la mer MéditercKDjto. 
^g^'Etbiopie, appelée aussi Abyssinie ou Nubie, tou- 
chant à l'Arabie et à l'Egypte, et peuplée sans doute pri- 
mitivement par les colonies sorties de l' Arabie et de 
l'Egypte, vit tout d'abord arriver vers elle l'bonimiç 
et le cbeval, docOe esclave de l'homme. L'histoire cite 
de grands conquéraiis parmi les rois d'Ethiopie, prinçi- 
inlement le Gear^n de Strabon. La cavalerie dea ar- 
IBées de ces rois 9e dj^diipgua, dès l'origine, par cette acU 
mlrable habileté qui caractérisa de tout temps le cavalier 
^jfigôn. Lors de l'expédition de Xerxès en Grèce, .l'Ethio- 
fjk^ fournit à la gigantesque armée de ce prince un con- 
tingent con^érable de cbevaux et de cavaliers. Les 
guerriers abyssiniens avaient alors depuis longtemps ac- 
(l^^p9}^tQ la renommée que leur 0|it valu leurs cwr^ 
iÎ0$» nikides gtleui^a jaè<*fi3 .Wïi#s. . 

L:i Lybie est bornée, d' après les géographes, par cette 
partie de T Afrique que les anciens divisaient en inté- 
rieure et en extérieure; mais les Grecs et i^usieurs bis- 
tiMiena ont compris sous ce nom tout le littoral de la 

MédiLerrauée, depuis l'Egypte jusqu'aux colonnes d'Her- 
cule : c'est dans le sens de cette remarque quei antiquité 



— iiU — 

rendit hoouiiage au cheval afiricaiu en employant prô* 

verbialement cette comparaison citée par Plutarque : 

J uxtà Lybium cwTum currere : coui'ii' contre un char 
de Lybie. 

De tous les peuples d'Afrique, ce sont les Numides et 
les Maures qui se sont fait la plus haute réputation par 
leurs habitudes équestres. Leurs chevaux, dont ils avaient 
soigné Tespèce avec un amour et une Intelligence infinis, 
ont passé peudaiit de longs siècles pour les meilleurs du 
monde, après ceux de la famille arabe. Ce sont les iNu- 
xnides et les Maures qui ont eu la gloire de former d'abord 
la race espagnole et plus tard la race anglaise, qui ont, 
Fune après l'autre, chacune dans leur genre, éclipsé tous 
chevaux de l'Europe. Les Numides montaient leurs 
coursiers sans selles ni brides ; ils les condinsaient avec le 
seul son de la voix, et ne se suaient pour les maintenhr 
dans le l espect que de la baguette ou Jioussine, dont se 
contentaient la plupart des peuples antiques et dont se 
contentent encore aujourd'hui quelques peuplades à 
demi-sauvage répandues vers les confins de la Barbarie 
et de l'Arabie. Sur ce point, la Nuniidie conserva ses 
vieilles habitudes longtemps encore api^s la dernière 
guerre punique. £lle eut même en cela la gloire d'être 
imitée par les Romidns, et l'empereur Gratien fat re- 
nommé par l'adresse avec laquelle il conduisait un che- 
val à la mode des Numides {IS atnidi inf 'reni, comme les 
appelle Virgile). 

Du reste, la réputation hippique de ces peuples était 
si bien établie, que leur nuinisniati([U(^ l'avait consacrée. 
La &lauritanie était représentée par un cheval sans frein, 



Digitized by Google 



— 125 — 

OU par une houssine, symbole du mode nationajl d'équi- 
talion. Dans les médailles puniques, le cheval est encore 

le symbole de Carthage, bâtie dans le lieu où Ton avait 
trouvé une tête de cheval, selon la parole des oracles. 

■,^\,hkf b bèdieeo Mlbnt découvrit k \&m "^înt 

La tôle d'un coursier, syiiib<»le belliqueux. 

Ce signe fut pour eux le signe de la gloire, 
^itnHlJaiMMi à ce gigeauaeha, la Yiotoiie. 

Enfin, toute la côte africaine, voisine de Cartbage, était 

symbolisée dans le cheval et le pabnier. 

Parmi les nations chez lesquelles, à l'aide d'une théo^ 
cratie puissante, se développa très andennement une 

haute civilisation, on doit compter aussi l'Inde, reculée, 
dans r ancien monde, entre les déseits de la Bactriane, le 
golfe Gangétique et la mer Erythrée. Nous verrons par la 
suite que les chevaux indiens, comme les chevaux chi- 
nois de notre époque, ont fort pefi de mérite, sous quel- 
que rapport qu'on les envisage ; mais, sœt qu'il en fût 
autrement dans les temps anciens, soit, ce qui est pliis 
probable, que kslndtiiens eussent apporté àes bords de 
l'Euphrate sur les rives du Gange le souvenir du poéti- 
que et merveilleux animal, il est certain que l'ancienne 
mythologie de F Inde consacra dans ses rites religieux le 
symbole équestre, comme Teût pu fahre la nation la plus 
cavalière. C'est d'abord le premier homme-dieu qui appa- 
raît sous la forme d'un taureau, d'une vache ou d'un che* 
val. Avec le taureau-cheval d'Herma, commence une ère 
nouvelle; sa vie se poursuit jusque dans les quatre^ âges du 
monde, et à la im de chacun il perd un de ses membres. 



Digitized by Google 



ff^iêhnau , lors de sa dixième incarnation , prend la 

forme du cheval blanc, Kallenkui. Ce cheval habite 
les cieux ; il a des ailes et ne se tient que sur trois pieds : 
le goatriëme est tonjours en l'air ; lorsqu'il le posera sur 
la terre, il la fera disparaître dans l'abîme ; c'est ainsi 
que le monde sera détruit. Les Indiens adorent Ariarou- 
pautren^ ûls de Wisbnou. Ses temples solitaires sont 
construits au fond des bois ; on M voue des cheraux de 
terre cuite, que l'on place en dehors de ces temples, mais 
sous Tabri d'une toiture. 

Dans le Ségai, le char du soleil est appuyé sur le mont 
Méra, et n'est d'ailleurs soutenu que par Tair* A ce char 
il n'y a qu'une roue. Il est attelé de sept chevaux verts, 
qui représentent les sept jours de la semaine. 
' Ahuvani a pour monture le cbeval infernal PUpasha, 
Le sitierifice par excellence est Taswabainedha ou sacrifice 

du cheval. C'était probablement dans l'origine l'immo- 
lation d'un cheval. Maintenant, pour les Védentins, l'as- 
wabaméâha réunit &x cent neuf animaux, choisis parmi 
ceux qui volent, parmi ceux qui nagent et parmi ceux 

qui rampent. 

Les Indiens fournirent à 1 expédition de Xerxès des 
chars et des cavaliers. 



Digitized by Google 



CHAPITAE VU 





^TirgUe.— Gbefâui ftmeak.— Attila. 




^peuples du Latium, avant la fondation de Rome» 
01' mélange de Celtes et de Pélasges. C'étaient 

en général des nations peu belliqueuses, qui se conten- 
taient de la vie douce et facile à laquelle invite leur beau 
cieL Peuples pasteurs et i^coles, ils giurdaient noncha- 
lemment leurs troupeaux, assis an f»ed d'un bdtre, êub 
tegmine fagi , comme nous les représentent les dessins 
des anciens vases d'Etrurie. 

Malheureusement, il nous est parvenu si peu de tradi- 
tions sur leurs habitudes et leurs mœurs, qu'il est diffi- 
cile de savoir jusqu'à quel point ils portèrent le goût du 
cheval. Cependant une remarque curieuse à faire, c'est 
que le mot marc'h^ nom celtique du cheval, se retrouve 



— d28 — 

dans les noms de lienx et d'hommes de l'époque pélas- 

gique, circonstance que nous avons déjà notée en étu- 
diant les origines grecques. Ce mot est, en eflfet, entre 
autres, dans celui des Marses, peu^esde l'Italie, près du 
lac Fusîn, qui élevaient un grand nombre de chevaux ; 
dans ceux de Marcus, nom d'homme ; Marsus, fils de 
Circé, roi des Toscans, etc., etc. 

Vii^ile nous représente la jeunesse du Latium livrée 
aux occupations équestres, à l'arrivée d'Enée : 

Là déjeunes gaerrievB 

Guident descliars pmidreux, domptenldeflencooiflefs. 

Ficus, aïeul des Latins, était un célèbre écuyer : Pe- 
cuâ ef itum demitar. Le poète appelle aussi Lausus, fils 
de Hézence : iMmu» equum damitor ; c'était, nous l'a- 
vons déjà dit, la plus belle épithète qui pût s'ajouter au 
nom d'un héros. 

Latinus renvoie les ambassadeurs d'Ënée chargés de 
présens : 

Il dit et lUl dMilir mb coonlen les plu beevs: 
Uoiyoeil de ms litns, trofe oeols Jeunes cbevun 
Oriisient d*oii double nog leur superbe demeure* 
A cbscon des Trojens on amène sur Theufe 
Un oôQfsier dont les 'vents n*égs1aient pes i*es8or : 
Snr leur Isige poiinll dc oc end un eottier d*or i 
Vor eotttre leurs hsnisis, et leur Setté broucbe 
Obéit su firein d*or qnt gourmande leur boucbe. 
Pour le monsrque absent part un couple pareil 
De coursiers, nobles Sis des coursiers du soleil. 
lU traîneront son char dsas les dismps de la gusife; 
La Olle du Soleil les créa pour la terre : 
BlIe-mème soumit, par un heureux larcin. 
Une mère MOit«lte à l'élakm difin. 



Digitized by 



y.i k'> lou^ueujc enfons de ce noble uUullèrc 

Sôufn( nt encor le f»'u des chevaux de leur père. , 

Sur leurs fiers palefiois les Troyens satisfaits, 

« 

Partenti et vont porter des paroles de paix. 

Mézence, près d'aller au combat, où il doit trouver la 
loort, fait venir son fidèle Rhœbus» ce cheval qui faisait 
tout son bonheur et toute sa gloire» et qui semblait par- 
tager la douleur de son maître. 

Enfin, à la fête funèbre de Pallas, paraît son cheval de 
bataille : 

Après lui s avaru ;nt, dans la pompe guerrière» 
D(i luallicurciix Tallas le char ensanglanté ; 
Puis le fidèle OEilion, son coursier indompté, 
Oubliant son orgueil, sa parure et ses armes. 
Marchait les crins pcndans et l'œil gonflé de larmes. 

Cependant, au sein de cette riante Italie, s'élevaient sur 
les bords du Tibre quelques collines âpres et arides. Là, 
des exilés» aux prises avec une nature avare» grandirent 
par le cœur et Tesprit, au milieu des nations indolentes 
qui les entouraient. Ils niaiiquiiieat de tout ; mais, assis 
fièrement sur leur rocher, ces aventuriers du mont Aven- 
tin purent Inentôt dire : Nous commandons à ceux qui 
ont deVor. De même, quoique la nation romaine ne puisse 
compter panni les nations essentiellement cavalières, il 
vînt un jour où elle put dire : Je commande à tous les 
cavaliers 'du monde* 

L* infanterie a fait de tout temps la force des armées ro- 
maines ; néanmoins sous Romulus, on comptait à Rome 
mille cavaliers , outre 1^ céléres , au nombre de trois 
cents» qui formaient la garde particulière du prince. Les 
célères étaient choisis au scrutin dans les premières fa- . 

*. I. 9 



DIgitized by Google 



— 130 — 

milles de Rome. Leurs chefs ou tribuns avaient la pre- 
mière dignité de TEtat après le roi. Bititus était tribun 

des célères quand les TaKjuins lurent chassés. Lres che- 
valiers succédèrent aux célères ; ils avaient un cheval en- 
tretenu aux frais de la république ; ils portaient l'anneau 
d'or et la robe de pourpre ; des places particulières leur 
étaient réservées dans les spectacles et les jeux publics. 
Chaque année, au 15 juillet, les chevaliers se rendaient 
à cheval du temple de Mars au Capitole, couronnés d'o- 
livier, vêtus de pourpre et portant les omemens guer- 
riers, trophées de leur valeur. Tous les cinq ans après 
cette solennité, ils étaient passés en revue par le censeur, 
devant lequel ils paraissaient conduisant leurs chevaux 
par la bride. Alors, si quelque chevalier avait forfait à 
rhoinieur, s'il avait dissipé sa fortune, s'il n'avait pas 
soin de son coursier, ou s'il était devenu trop gras , il 
était dégradé de Tordre équestre ; il perdait son cheval, 
ignominie semblable à la dégradation des chevaliers du 
moyen à^e. 

Les chevaliers romains étaient le second ordre de la 
république. Us donnèrent en général l'exemple des ver- 
tus guerrières et des vertus civiques. Un gouffre s'était 
ouvert au milieu de la ville ; il ne devait se refermer que 
quand Rome y auraitjeté ce qu'elle avait de plus précieux: 
Gurtius se précipite avec son cheval dans l'abtme, pen- 
sant que la valeur, dont le cheval est l'emblème, était le 
vrai trésor du peuple romain. 

Le soin que les chevaliers avaient de leurs chevaux 
développait chez ces généreux anunaux un ae&timent ex- 
traordinaire d'attachement. Chetius, peroé de coups à la 
bataille de Cannes, est Uissé parmi les morts. Le lend^ 



Digitized by Google 



— 131 — 

main, comme Amnbal visitait le champ de bataille, Clœr 

tius, qui vivait encore, entend du bruit, lait un eilort 
pour se lever et parler ; niaia sa voix expire sur ses lè- 
vres, il meurt en poussant un profond gémissement Son 
cheval, qui avait été pris la veille et que montait un Nu- 
mide de la suite d'Annibal, reconnaît la voix de son maî- 
tre, dresse les oreilles, hennit de toutes ses forces, jette 
à terre son cavalier, s'élance à travers les mourans et les 
morts, arrive auprès de Claetius : ne le voyant pas re- 
muer, plein d'inquiétude et de tristeSvSe, il se courbe, 
comme à l'ordinaire, sui' les genoux et semble l'inviter à 
monter. Annibal donna une larme aux deux ajois. 

Seplime-Sévère chassa les prétoriens qui avaient mas- 
sacre Pertinax. Le cheval de l'un d'eux, voyant son dkiî- 
tre Tabandonner, le suivit en hennissant. Le prétorien ne 
pat Toibliger à le quitter; ce .que voyant, il le perça de 
soit épée et se tîia ensuite sur son corps. 

Les courses de chevaux à Rome remontent au berceau 
de la ville étemelle. Homulus institua des jeux en l'hon- 
nemr de GonsoSi dieu des wmeiU. On appela ces jeux 
CmuftaHoé Ils forent nommés par la suite Jeux du Cir- 
que, à cause de la forme de l'hippodrome, que Tarquin 
l'ancien ùt construire. 11 paraît que, dans l'origine, ces 
jeux se bomaient.à des courses de chars et de chevaux 
montée. 

Le Cirque était destiné aux courses de chevaux, aux 
courses de chars et à différens exercices gynmastiq;ues. 
Ce fot nne imitation de l'hippodrome grec, imitatioii 
dont les Romains développèrsnt dans la suite largement 

l'idée. Toutefois, les courses de Rome ne furent jamais 
qu'un reflet de celles d'Olympie. Néanmoins, si nous. 



— 132 — 

avons trouvé Homère à Olymple ; à Rome, nous rencon- 
trons Virgile : 

Le signal est donné : déjà de U barrière 

Cent charH précipités foDdeDl dans la carrière ; 

Tout s'éloigne, tout fuit : les jeunes combattaos, 

Trflfleftlllmt d*C8p6ffiiie« «t d*cfi€i palpiians» 

A lean booillaos tiinsiKNrlB abindoDoent levr Ame. 

Ib prewenl leurs conniers; resaJea crie et s'enflamme ; 

On les voit se beisser, se diesser loer à loar ; 

Des lomUlloos desàble ont obscurci le Jiour; 

On se qniue, on s*ttieiat, on s*appiocbe» on s*évite ; 

Des cfaeniix hsleians le crin poudreux s'-sgile. 

Et blsncbissant d*écoine el bsilgDé de sueur. 

Le fidiien||de son souille bninecte le vtlnqwwr. 

Le goût des spectacles équestres était si prononcé chez 
la jeunesse romaine, vers les derniers siècles de i em- 
pire, qu'on n*a jamais vu rien de con^iarable chez les 
peuples modernes , si ce n'est la passion des Anglais 
pour les courses de chevaux. « Voyez-les, dit saint Jean- 
» Chrysostôme, se précipiter au spectacle de la course 
m des chevaux, détailla avec la dernière exactitude leurs 
» noms, leur naissance, leur patrie, le haras d'où ils 
» sortent, la manière dont ils ont été dressés, leur âge, 
» le temps depuis lequel ils courent. » Lucien présente 
le même tableau dans sou Nigrinuê ; « Du théâtre, dit- 
» il, passant à Thippodrome, il voit les statues des co- 
» chers, il entend prononcer les noms des clje\ aux ; dans 
» les passages, des groupes s'en entretiennent; car, en 
n vérité, l'hippomanie est ïÂsa répandue; elle s'empare 
» même de maint grave personnage, n Saint Augustin, 
au livre des Confessions, avoue qu'il était passionné dans 
8a jeunesse pour les jeux du Cirque et de 1 hippodrome* 



Digitized by Google 



— 133 — 

Le talent des cochers du Cirque était apprécié, à Home, 
à r^al de celui des plus grands hommes : on élevàit des 
statues à ces cochers, et une foule d'mscrîptions célé- 
braient leurs victoires ainsi que celles de leurs chevaux, " 
L'histoire et les monumens nous ont, entr' autres, laissé 
le nom du cocher. Searfnu* Un has-selief le représente 
sur son char attelé de quatre chevaux, dont il consacre 
ie jiouveau' en ces termes : 

« SGORPUS. INGENUO. AUMtiO. PAi>i>£aiiNU. ArMETO. )) 

Les inscriptions nous ont conservé la mémoire d'un 
autre monument consacré par Scorpus à un autre de ses 
attelages, formé des chevaux Pégases, Elatés, Andrage- 
nus et Cotynus* 

La renommée de cet automédon était telle , que Mai - 
tial le cite en divers endroits de ses épigrammes : u Ne 
» payez-vous un cheval si cher, dit^il, que pour faire 
» hrUler partout en bronze le nés du cocher Scorpus? n 

Les jeux équestres s'appelaient, chez les Romains, 
ecrtamina equestraria. Les coui'ses de chars n'étaient 
qu'une représentation et un spectacle; car les Romains 
ne faisaient point usage de chariots dans leurs guerres. 
Quant aux courses de chevaux montés, c'étaient plutôt 
des exercices gymnastiques et militaires que de vérita- ' 
bles courses, dans le sens actuel du mot. Les Romains 
avûent emprunté aux barbares l'usage des diverses évo- 
lutions des désulteurs. Les dt'sulieur.s étaient des cava- 
liers qui, chez les Scytes, les indiens et les Numides, al- 
laient au combat avec deux chevaux et sautaient tour à 
tour de Tun sur l'autre avec une grande agilité. 11 n'y 
avait point de désulteurs dans les armées romaines ; mais 



— 134 — 

on en voyait dans les pompes funèbres et les jeux éques- 
tres de Rome. Quelquefois ces désulteurs conduisaient 
non pas deux, mais quatre, six, douze et jusqu'à vingt 
chevaux, ils les lançaient 4 toute bride et s'élançaient de 
Fun sur l'autre. Leur adresse à cet exermce était si pro* 
digieuse, qu'ils sautaient du premier sur le quatrième 
cheval et même sur le sixième. Cela peut nous donner 
une idée de ce qu'était alors Téquitation : nous pensons 
qu'on n*a janaais rien fait de plus fort dans les temps 
modernes. 

Les principaux exercices militaires des Komaius étaient 
le paius ou pUier,]SLquintena^ ainsi appelée de Quintus, 
son inventeur ; le ludm tre^atuts, ou jeu troyen, qui don- 
na naissance aux joutes, aux carrouseis, aux jeux à la 
baiTière, et aux tournois du moyen âge. Le palus était 
un pilier planté en terre, que les jeunes cavaliers atta^ 
quaient d'après les méthodes et attitudes iH'eserites par 
les usages militaires, en évitant avec tant de soin de se 
mettre hors de gai de, que, taudis qu'ils fripaient leurs 
coups, aucune partie de leur corps ne pouvait rester à 
découvert. Us couraient aussi sur le pilier avec des lances 
et lui jetaient des javelots et des dards de divers côtés, 
afin d'acquérir un coup d' œil facile et sûr. 

La fuintma était aussi un tronc d'arbre ou un poteau, 
contre lequd les jeunes soldats poussaient leurs knoes. 
Xe jeu subsista encore dans nos temps modernes, jus- 
qu'à ce que l'usage des annes à feu vînt le iaiie oublier. 
On l'appelait, dans les académies françaises, quimaine. 

Le tudus trojanus , ou jeu troyen , parait avoir été 
l'image d'un combat. Virgile en reporte l'origine à 



Digitized by Google 



Gepeodiint au Troyen de qui rexpériencc 
Soigne le tendre Ascagne et oondnit son enfance, 
^née, en se baissaut, donne un ordre secret : 
• Va, dea jennea Troyens ai i*eseadran est prêt, 
» Lui dit-it, qa*aa tombeaa deaen aieni Anchise, 
» Dans leur pompe gnenière Ascagne ies conduise. » 
Il dit, et, faisaut place à ces aimables jeux. 
Il écarte les flots de ce peuple nombreux. 
Sur des coursiers fétus avec magnificence 
Dans nn ordre pompeux la jeunesse s'avance : 
Des regards de la foule avidement suivis, 
llsdélilent aux yeux de leurs parons ravis. 
Desfesinns d'olivier pressent leur chevelure; 
Deux irails d'un fer poli composent leur armure ; 
Plusieurs ont un carquois, et sur chaque guerrier 
L'or flexible se joue en mobile collier. 
Trois escadrons divers couvrent la mèinv i taine; 
Chaque corps séparé suit le chef qui le un iu: : 
Douze jeunes Trojens composent chacun d'eux. 
Le premier de ces chefs est Tenfant généreux 
De Poiyle, un des fils du vieux roi de Pergame , 
C'est le jeune Pflàm : son beau nom, sa grande Ime 
Cn Jour doit aux Lalln& rappelèr à la fois 
Et le plus malheureux et le plus grand des rois. 
Un poil taché de blanc peint son coursier de Thrace, 
Dont le pied blanchissant marque k peine sa trace ; 
Un blanc pur de son front relève la beauté , 
Bl la tigueor en lui s*nnit k sa fierté. 
Lé second est Atys, qui d'une colonie 
Fier encor de son nom enrichit l'Ausonie; 
Le bel Atys, qu'Iule admet k tous ses Jeux : 
Ifémeàge, mêmes goûts les unissent tons deux. 
Iule enfin, l'espoir et l'honneur de sa raco. 
S'avance, et devant lui tout autre éclat s'efface : 
Son beau coursier, nourri dans les prés de Sidoti, 
Lui fut donné des mains de la tendre Didon. 
Sur des chevaux d'Aceste, enfans de la Sicile, 
Les escadrons divers suivent d'un pas docile : 
Ils avancent : le cir(|ue à leur marche applaudit. 
I<eur timide pudeur par degrés s'enhardit ; 



El des hêi*os iroyens, sur leurs jeuiies visages. 
Les yeux avec transport retrouvent les images. 

Le cirque e^t traversé: des s|iecialeiirs joyeux 
Loogteiû|is leurs traits cliéris ont enivr»'* les yen t. 
Tout k coup un cri part, un fouet hi uyaiu i taouoe : 
L» guerriers, alietiiils au signal qu'on leur donne» 
Partent en nombre égal el se rangent par trois; 
Kapi)elés par leur chef, reviennent à sa ?oix. 
Réunirent encore leurs bandes divisées. 
Kl, baissant eu avant leurs lances opposées. 
D'un escadron serré présentent le rempart : 
Tour à tour ou s'éloigne, on revient, on repari. 
On s*aligne, on se loôle, oo s'Hieiiit, M s*éfite; 
Ceti Mllt ntt coaitet, et Mai use Itaite ; 
TanlAt b piiz saspend leur choc tumiilliieia. 
Tel» dm» ce bbjrinthe obHqne el tortneui. 
Mille Mines erreurs» mille fusses Issues, 
En vn iiiése iDvisilile adroiieiiieiit tlMHies» 
De teniîer en seatier» de détour en détour, 
EnbarrasMiient les pas égarés sans reloar ; 
Tel on ^ des danphlns les tnrapes vagabondes ' 
Se dieaeher, s'éviter, se joner sur les ondes : 
Te:s jouaient ces guerriers ; ainsi dans ces conliats, 
I Is enlaçaient lenr course, et coofoodaleni leurs pas. 
Ces courses, ces tournois, et ces feintes haiai<lfff, 
Ascagne, lorsque d'Albe il fonda les murailles. 
Les transmit ù son f^euple; et des plumiers Alba^ 
Leur pompe lu rédiiaire esi passée aux Romains. 
A ce <ié{*«'»t sacré. Rome e<{ encor fidèle ; 
Rome, renouveianl leur poui|>e siilennelle. 
Rassemble (Kiur le> jeux ses jeunes cilovens : 
i'.c sont le^ lils de Troye et les tuiiil) its tr^yens : 
Leurs usages, leurs lois, leurs nouis vivent encore. 



Aii^^ale a peint, dit-on, dans i apothéose d'AncIiise, 
celle de César, qui prétendait remonter au héros troyeo. 
Quoi qu'il en soit, Auguste aimait avec passion les spec- 
tacles équestres. Après la bataille d' Actium, U célébra la 




Digitized by Google 



— irr — 

dédicace du temple de César et fit exécuter un jeu troyen 
semblable à celui qui est décrit dans les vers qui précé- 
dent. Les enfans de la haute noblesse de Rome figurèrent 
dans ces jeux ; le jeune Tibère y guidait le premier es- 
cadron. 

L'art de Téqnitation était porté à Rome à un haut de- 
gré ; Plutarque dit expressément « qu*0 serait aussi 

» absurde de monter à cheval sans connaître l'cquita- 
» tiou, que de vouloir jouer de la Ilûte sans savoir la mu- 
» fflque. » Au tempe de César, qui lui-même était très 
habile cavaHo', il était si honteux d'ignorer Féquitation, 
que cela avait donné naissance au proverbe : neqfjie equi- 
tare, ncc lilUras scire, ne savoir ni monter à cheval ni 
lue ; nous disons maintenant «ne savoir ni lire ni écrire. » 
L'art de l'éqnitation était professé à Rome par les equi- 
êoncs, qui se chargeaient tout à la fois du dressage des 
chevaux et d'apprendre à la jeunesse de Rome Tart de 
monter à cheval 

Si toutes les allures de haute école n'étaient pas con- 
nues des écuyers romains, il y en avait cependant un 
grand nombre de pratiquées dans les manèges. Les Ro- 
mains donnaient le nom de tripudiufn à cette allure 
brillante et prétentieuse que nous désignons par le mot 
piaffer. Le mot français trépigner vient , sans doute, 
du mot latin tripudium ; mais il est alors détourné de sa 
signification, puisqu'il exprime un mouvement confus 
et incorrect des jambes du cheval et non l'allure mesu- 
rée et gracieuse exprimée par le mot piaffer. 
Les allures les plus habituelles pour le service étaient: 
L'aiisle, ambulataria, allure la plus commune 9xûl 
voyageurs romains, comme à tous les peuples de Tanti- 



Digitized by Google 



quité et du moyen âge* et à laquelle ils dreasatent leurs 
chevaux avec un soin tout particulier. 

Le PETIT GALOP, cantherius, d'où vient le canier des 
Anglais. 

Enfin le geand galoi» ou qawv m cotmsE. 

Quant à Tallure du trot, die était fort peu dans les 

habitudes des anciens Romains : ils i" avaient générale- 
ment en aversion et désignaient un cheval de trot par 
les termes de sueeuttator^ eruckaor, iormeni&r. On con- 
çoit, en effet, qu'avant Tinvention des étriers, cette al- 
lure devait être fort désagréable pour le cavalier. Chez 
aucun des peuples anciens, d* ailleurs, elle n'était plus en 
usage qu'à Rome, ainsi qu'on peut s'en convsûncre par 
Timmense quantité de statues, de bas^reliefs et de mé- 
dailles qui sont parvenus jusqu'à nous. Cela tient d'abord, 
comme nous l'avons dit, à l'absence des étriers, qui lais- 
sait sans support les jambes du cavalier, et ensuite à ce 
que le trot n*est pas l'allure naturelle du cheval méri- 
dional ; sa conformation se prête bien mieux aux allures 
vives et légères. Ce ne fut donc que chez les peuples oc- 
cidentaux que le trot fut usité, et encore l'usage n'en 
fut généralement établi chez ces peuples que très tard et 
presque de nos jours. Nous avons fait la même remarque 
en paiiant du cheval grec. 

Le cavalier romain qui avait à faire à quelqu'un un 
salut de politesse ou de déférence, s'en acquittait ea sui- 
vant les règles qui s'observent encore aujourd lmi chez 
les nations civilisées. L'usage voulait qu'en abordant les 
personnages auxquels il devait considération, il mit pied 
à terre, s'arrêtât en tenant son cheval de la main gauche 
et se découvrît de la droite. Lorsqu'on marchait vite, on 



Digitized by Google 



— 139 — 

devait modérer la course de son cheval et même s'arrê- 
ter, passer la boussine ou le fouet dans la main gauche 

et saluer de la droite. 

Les chevaux étaient classés à Rome d'après leur des- 
tination, leur allure et leur genre de service* On appehut 
equiks averiarius, le cheval de route; equus pubiieuê, 
le cheval entretenu aux dépens du trésor public, que les 
censeurs donnaient aux chevaliers ; egui agminiales^ les 
chevaux de renvoi que Ton fournissait aux officiers des 
empereurs , pour voyager dans les routes où les postes 

n'étaient pas établis; equi solularti et ^adarii, les che- 
vaux de manège et de bataille ; equi celeres, les chevaux 
de course; c^tit vennoli, les chevaux de chasse; equi 
canteriit les chevaux de promenade, les chevaux de 

petit galop; efjut tttncrarii, les chevaux de voyage; equi 
sareinarii, les chevaux de sonmie ; equi massi, les bidets 
avec des crinières droites; amlnUaturani^ les chevaux 
d'amble ; equi eursuales, les chevaux de poste ; equi li- 
piei , les chevaux de bois du champ de Mars, sur les- 
quels la jeunesse romaine s'habituait chaque jour aux 
exercices de voltige; equi pares, les deux chevaux des 
désulteurs ; equi triomphales, les chevaux qui traînaient 
les chars des triomphateurs. On appelait «m^u/dm equu9 
le cheval sur lequel était un cavalier qui accompagnait 
chaque char, encourageut les chevaux et le cocher du 
geste et de la voix, veillait à ce que les conditions de la 
course fussent rigoureusement observées. 

Ëniin les chevaux portaient différons noms, suivant la 
position qu'ils occupaient dans les quadriges : on appe^ 
lait equi funaUa les chevaux premiers et quatrièmes ou 
extérieurs, et tquijugales, les chevaux seconds et troi- 



— 440 — 

sièiues, à CAUse du joug auquel ils étaient attelés. On 
distinguait encore les funaU$ en funalis deaeier et fitna* 
(ts sinUtetf cheval de droite et cheval de gauche. 11 pa- 
raît que c'était à celui-ci que les cuuicuis aita( lia.ient le 
plus de prix et qu'ils accordaient tout rbonneur de la 
victoire. On lit même à ce sujet, dans les remarques de 
Saumaise, une curieuse observation : c*est que, dans les 
inscriptions latines où un cheval est nuininé seul coiiuiie 
ayant remporté un grand nombre de prix, il ne s agit 
pas d'un cheval monté, mais bien du funalis êiniêUTf qui 
seul iUustndt tout Tattdage* Ainsi, Passerinus et 7ï- 
f^rts, les deux plus célèbres chevaux de lioiiie au temps 
de Martial, étaient chacun le cheval de gauche d'un qua- 
drige. On conçoit, en effet, que ce cheval, qui devait ra- 
ser la borne avec tant d'adresse et de précision, dût être 
tout à la fois doué de moyens naturels très puissans et 
dressé avec la plus grande habileté. Aussi ces sortes de 
chevaux étaienl^ils payés de grands prix : dans une ins- 
cription, un cocher s'applaudit d'avoir dressé des che- 
vaux dont })lusieurs furent ensuite payés 100,000 ses- 
terces, environ 20,000 francs de notre monnaie, et dont 
un fut vendu jusqu'à 200,000 sesterces. Martial parle, 
dans une épigramme, d'un cheval qui coûta le double 
de ce dernier prix, environ 80,000 francs. Voici deux 
inscriptions qui célèbrent la mémoire de deux de ces fa- 
jneux coursiers. 



A AQLILON, LE NOIR MAL TEINT, 

FILS d'aQUILO.N. 
IL A VAINCU CENT TRENTE FOIS, 
A REMrORTi: LE SECOND PRIX QUATRE-VINGT-HUIT FOIS, 
ET LE TROISIÈME, TRENTE-SEPT FOIS. 

t 



Digitized by Google 



* 



— 444 - 

A HIRPIN, NOIR, PETIT-FILS D' AQUILON. 
IL A VAINCtl CENT QUARANTE FOIS, 
A REMPORTÉ LE SECOND PRIX CiiSQLANTK-SIX FOIS, 
ET Lt TKUISIÈME, TRENTE-SIX FOIS. 

. Quelquefois les épitaphes contenaient la généalogie du 
coursier; en voici un exemple : 

AJÛX DIEUX UANE&Î 
fILLE DE LA GÉTULE HARKNA, 
FILLE DU GÉTVLE EQUINUS ; 
lUPIDE A LA COURSE COHUE LES TOm* 
AYANT TOUJOURS TtOS VIERGE, 
SPENDURA, TU HABITES LES RIVES DU LÉTHÉ. 

Les chevaux des Komains, comme ceux des autres 
peuples anciens ou modernes, avaient des noms tirés 
généralement de leur couleur, de leturs qualités, de lem- 
pays natal. On les appelait Victor, Oorvus, Egyptus, Vo- 
lucer, Niger, Superbus, Candidus, Advola, Rapax, 
Aquila, Sagitta, Romulus, Ajax, Melissa, Gœtulus, 
Paratus, Hilarus, Memnon, Balista, ÛËthër, Pégasus, 
Elatès, Androgenus, Cotynus, Passerinus, Tigris, etc. 

Les Sibarites avaient poussé fort loin la science de 
Téquitation. C'est ce peuple, si connu par ses habitudes 
voluptueuses, qui inventa le premier l'art de faire dan- 
ser les chevaux au son de la musique. Les Italiens ont 
encore des livres de musique destinés à la danse des 
chevaux, et Técole de Franconni a ressuscité, chez nous, 
ce gracieux spectacle. 

Le harnachement des chevaux n'a guère varié dans 
les temps anciens. Jusqu'à l'époque du moyen âge, c'é- 
tait toujours ce petit siège posé sur une couverture de 



Digitized by Google 



— 142 — 

laine ou une peau d'animal, retenu sur le dos du cheval 

par une croupière et un poitrail. Ce petit siège était ap- 
pelé epkippium chez les Komalus. 11 était souvent d'une 
richesse extrême, garni d'or et d'argent, de perles et de 
joyaux. Ainsi que nous l'avons vu, il y manqumt les 
étriers, cet utile complément de la selle moderne, in- 
connu à toute 1 antiquité. On les suppléait de diUérentes 
façons. D'abord, pour monter à cheval, on employait la 
manière la plus simple, la plus naturelle, qui consiste à 
sauter sur son coursier en s' élevant sur les poignets ; les 
soldats s'aidaient généralement du bois de leur lance, 
ûnsi qu'on le voit dans certains bas-reliefs ; quelquefois 
on fûsait agenouiller les chevaux pour les enfourcher. 
Les personnages riches, soit pour monter à cheval, soit 
pour en descendre, se faisaient aider par leurs esclaves ou 
leoiB domestiques. On se servait aussi de billots , de 
marche-piedë et d'échelles. Enfin ^es bornes étaient pla- 
cées de disuuice en distance, sur la voie publique, pour 
la commodité des voyageurs. La confection de ces bornes 
et le soin qu'il en fallait prendre, formaient une des at* 
tributions des fonctionnaires chargés de la grande voirie. 
Elles étaient soit en bois, soit en pierre, et très rappro- 
chées les unes des autres. 

On dte une inscription burlesque trouvée sur Fun de 
ces montoirs, consacré à la mémoire d'une mule : - 

ms PEDIB. SAXUM 
CINGLE DORSIFER E ET CLUNIFFB E , 
UT IISSULTARE AC DESULTARE COMMODETLR , 
PUB. CRASSUS MULE SUE CRASSE RENE FER£NT1 , 
SUPP£DAN£UM HOC CUM RISU POS. 
VIXIT AMNOS XI. 



Digitized by Google 



— 143 

. Le mérite de cette épitaphe . qui consiste dans dés 

jeux de mots, serait assez dilïicile à ia'wv sentir en fran- 
çais. On y trouve la formule usitée dis manibus^ aux 
dieux mânes, changée en dis pedibus, dieux des pieds. 
Saxuni y remplace sacrum, et bene firenti, bene me- 
renti. Mais, dit très judicieusement John Lawrence, en 
substituant ouvertement cum rim é. res ludicra, dout le 
sens est plus caché, l'auteur va trop loin ; il diminue 
l'effet qu*il veut produire et fait mal augurer de json 
goûi. 

L'usage des étriers remonte au temps de saint Jérôme, 
à l'an A20 environ. Cet auteur les nomme stupia, 6t»- 
' tupia, êtrepa* Avec les étriers, les arçons forent ajoutés 
à Yepkippia, et la selle, depuis cette époque, subit toutes 
les modifications qui Font rendue telle que nous la 
voyons aujourd'hui. 

La bride avait le mors brisé. Les omemens qu'on y 
ajouta varièrent à l'infini : quelquefois c'étaient de riches 
colliers garnis de clochettes, dont r£urope moderne a 
longtemps conservé le souvenir. Naguères encore, m 
Angletme, une clochette était le prix de certaine 

courses que l'on appelait race fore tlie bcls. Maintenant 
encore, en France, eu Bretagne surtout, les habitans des 
caifipagpes ne crmraieot pas pouvoir présenter leurs 
cfaevant dans les occasions solennelles, telles que les 
assemblées de village , les distributions de primes ou 
nême les ioires , si ces chevaux n'étaient ornés de clo- 
ehettea pendues à leurs l»ides , nouées dans leur cri* 
nière ou suspendues au sommet de la tète. 

Les Romains, comme les Grecs, avaient plusieurs ma- 
nières d'arranger la crinière de leurs chevaux. Souvent 



— 144 — 

elle était taillée en brosse ^ souvent on la laissait flotter 

naturellement ; qnelcfuefois on la coupait très court du 
côté gauche, pour la laisser tomber à droite, bien peignée 
et lissée. On laissait à la queue toute sa longueur et on 
la peignait avec soin. 

Les llomains surveillaient avec le plus grand soin 
Tentretien de l'ordre et de la propreté dans les écuries, 
la qualité de la nourriture, et tous les détails de l'hy- 
giène des chevaux, principalement de ceux qu'ils desti-* 
naient aux courses. Ils employaient, dans le pansement, 
un gant fait de la rude écorce du palmier. Ils avaient 
aussi l'habitude de se servir de couteaux de chaleur, pour 
enlever la sueur. 

On donnait, d'ailleurs, toujours une attention particu- 
lière au toupet, à la crinière et à la queue, qu'on lavait 
et nettoyait très fréquenunent, qu'on huilait, que Ton 
parfumait pour en rendre les crins doux et luisans. 

Après le travail, les chevaux étaient lavés à graDde 
eau. On prenait les soins les plus particuliers de leurs 
jambes et de leurs pieds, et, en général, la toilette du 
cheval était regardée comme chose si importante, que 
cet axiome était proverbial à l'époque de Columelle, à 
savoir : Qu'il était plus avantageux aux chevaux d'être 
pansés avec soin, que d'être amplement nourris. Nos 
modernes hippiatres n'ont pas un moment hésité à le re^ 
connaître. 

Varon et Virgile donnent à leur type équestre des yeux 
vi& et brillans, des naseaux ouverts et larges, des oreilles 

plantées l'une près de l'autre, une crinière longue et 
ondoyante, une poitrine large et profonde, des épaules 
plates et renversées en arriére, un corps arrondi, court 



Digitized by Google 



— 146 — 

et pas trop gros ; des paturons courts et forts^ une queue 

longue et touffue, des cat5«e« fortes, des jambes nettes, 
des genoux plats, des sabots dura et non cassans, 
des veines grosses et sadllantes. £n outre» les an- 
dens jugeaient qu'il était d'un heureux augure pour les 
jeunes poulains, courant dans les pâturages, de montrer 
de l'ardeur à dépasser leurs compagnons , à franciiir 
les pr^iers un ruisseau ou une rivière ; de plonger, 
en buvant, leurs naseaux très avant dans l'eau. Ces 
idées ont conservé du crédit jusqu'à nos jours; la der- 
nière surtout parait très rationnelle : la faculté de rete- 
nir son baleine, faculté qui s'exerce nécessairement 
quand les narines sont plongées dans l'eau, est, en 
effet, une preuve de la force et de la santé des poumons. 

Nous avons déjà pu remarquer que le goût du cheval 
s'alliait merveilleusement avec la poésie. Il est peu de 
poètes qui n'aient le sentiment du cheval , et peu 
d'hommes de cheval qui n'aient à un haut degré le sen- 
timent de la poésie. Nous avons vu Job, un des premiers 
poètes connus, nous donner la plus belle description du 
cheval qui ait été faite ; Moïse, chanter le cheval et le 
cavalier ; Homère, consacrer ses chants aux héros et à 
leurs coursim. Virgile aussi enfin est tout à la fois uil 
des plus grands poètes et un des premiers hippologues 
dn mondo. Son magnifique poème de l'Enéide est rem- 
pli de peintures ayant le cheval pour objet et auxquelles 
on voit que se complaisait le poète. Quand il parle du 
cheval, toutes les expressions dont il se sert sont d'une 
justesse et d'une vérité rigoureuses. Rien ne saurait être 
ajouté à sa pensée, 4en n'en pourrait être retranché. 
Partout, dans chaque mot, on sent l'écuyer et Vhippolo- 

T. I. • 10 



gue. C'est dans le texte original de ses magnifiques poé- 
sies qu'il faut étudier et apprécier cette finesse d'obser- 
vation t cette exactitude scientifique qu'il porte jusqu'au 
milieu des plus chaudes inspirations. Citons cependant 

ici ce nouveau passage des traductions de DeliUe : 

Tel un coursier caplif» mais fougueux et stunge. 
Las des molles langueurs d'un oisif esclavage, 
Tout à coup rompt la chaîne, et loin de la priSOD, 

Possesseur libre enfin de rimraense horizon, 
Tantôt lier, l'œil en feu, les narines fumantes, 
Demande aux vents les lieux où paissent ses amaales. 
Tantôt par la chaleur et la soif enflammé, 
Court, bondit et plon^o ;m fleuve accoutumé ; 
Tantôt, le cou drt ^^r, du fit-il fraftfmnt Ips ondes, 
Pour reprendre a son choix ses courses vagaboodeSi 
Part, et dans un vallon propice sfs ébats, 
Battant l'air de la tôle et les chntn])^ de ses pas, 
Levant ses crins mouvansque le zéphyr déploie. 
Yole, frémit d'amour ei d'oi^eil ei de joie. 

Mais le plu» bel ouvrage de Virgile, comme poète, 
comme penseur et comme savant iNratieien, c^est d'ail- 
leurs le poème des Géorgiqnes. Il y fait preuve des con- 
naissaaces hippiques les plus avancées, et jamais aucun 
auteur, ni dans les temps passés, ni dans les temps mo- 
dernes, n'a surpassé les magnifiques préceptes qu'il y* 
donne et qui n'ont jamais été assez étudiés. On a inter- 
rogé les naturalistes pour savoir où en était, -la science 
équestre dans les beaux jours de Rome ; c'était aux poètes 
qu'il faÛait le demander. 

Virgile nous enseigne le moyen d^avoir de bons che- 
vaux. 11 veut d'abord qu'on choisisse de bonnes mères... 
cûrpora preeifiue matrum Itgat; c'est 14 le précepte éter- 



Digitized by Google 



— i47 — 

nel et le vrai secret de l'élève du cheval : sans un bon 

choix de poulinières, point d'amélioration, point de che- 
vaux. £n vain vous entasserez des volumes, eu vain vous 
prodiguerez les trésors, en vain vous dépenserez sueur» 
et génie, sans bonnes mères, vous n'aurez jamais de 

bons clitvaux... corpora précipite 7nati*um IcgaL C'est 

pourtant ce qu aucun peuple moderne ne sait assez et ce 
que nous. Français, nous ne savons pas du tout. 

Le second précepte virgilien est le choix des étalons. 
C'est dès l'enfance qu'il faut soigner le père du troupeau ; 
c'est pai mi les plus agiles, les plus courageux qu'il faut 
le choisir* La question de conformation né vient qu'a- 
près celle des qualités intrinsèques, quoique, sans doute, 
ellene doive pas être négligée. Choisissez un cheval bon et 
beau; qu'il égale ceux de Castor, de Mars, d'Achille, et 
celui sous laforme duquel Saturne remplissait le mont £lis 
de ses hennissemens. Mais ce n'est pas tout d'avoir un bel 
et bon étalon, il faut savoir encore à quel exercice il a été 
formé : s'il a été dressé pour la course, le tirage des chars, 
ou l'art du manège ; s'il sent le prix de la victoire olym- 
pique ; car les qualités acquises se transmettent, comme 
les qualités natives. Il faut connaître le saug qui l'a fait 
naître ( car, beauté» bonté sont inutiles, si le sang n'est 
pas là pour assttier à la descendanoe une durable perfec- 
tion î prolem que parentum! Et il y a encore, après 2000 
ans, des gens qui vous demandent ce que c'est que le 
sang t Mais lisez donc Virgile I 

En outre, vous voulez élever des chevaux et vous ne 
commencez pas par choisir avec soin les localités qui leur 
sont propres ; vous pensez que partout on peut faire naî- 
tre un brillant et rapide coursier, que l'air, le sol, les 



— 148 — 

eaux, Il y sont pour rien;, c'est que vous n'avez pas lu 
Virgile! 

« Ne voit-on pas que le safran vient du Tmolus; que 
» rinde nous envoyé l'ivoire, et la nwHe Sabeîe, Ten- 
n cens; que les Chalybes nous fournissent l'acier; le 
» Pont, le muBC odorant, et TEpire, les chevaux couverts 
» des palmes d'Elis. Depuis que Deucalion jeta sur la 
» terre dépeuplée les pierres d'où naquirent les hommes, 
» — dure espèce, — la nature attribua des propriétés 
» diverses à chaque pays, et ses lois n'ont pas changé* » 

Si Ton savait Ihre Virgile, on ne dirait pas non plus que 
la flégénération est un vain mot; on saurait qu'il faut 
sans cesse renouveler tous les germes, tous les élémens 
de reproduction , jusqu'aux graines elles-mêmes , non 
seulement pour améliorer, mais encore pour ne pas re- 
culer dans la voie du progrès. 

f^idi h'Cta diu et multo spcrtata labore 
Deqenrrare tamcn, 'ni viff fnimnna (nwtannis 
Optir>ii^ quœqiie manu leijerci . sic omnia faits 
In pejus ruere ac rétro nublapsa reforri. 

it J'ai VU les espèces, ohjet d'un choix longtemps at- 
tentif et de soins aussi efficaces que multipliés, finir en- 
core \)îir dégénérer, si, chaque année, la main de l'homme 
ne revenait mettre en réserve les meilleures types. C'est 
ainsi que la destinée de toute chose est d'aller de mal en 
pire et de se kisser enteaîner sur la pente du néant » 

Le poète ajoute : 

JXon taUerquamqiÊi aâ»eno vix fiuMhiê lembiim 
Jimi§ii$ tubtgits H bnuMa fbrtB rmniiU 
M(iu$ ittum in priBevp» prono rapU alvaiM amitt . 



Digitized by Google 



— 149 — 

« (l'est ainsi que celui qui rauie dans sa frêle l)arque 
contre le couraat« s'il laisse uu instant retomber ses 
bras fat^ués, est entraîné par la pente des eaux/ et re- 
cule. » 

La civilisation est toute entière dans cette simple et 
magnifique comparaison, et la science du cheval est toute 
. entière dans dix vers de Virgile. 

Le cheval fut en honneur sous la république romaine, 
comme le prouvent les documens que nous avons pro- 
duits ; mais ce fut sous les empereurs qu'il acquit toute 
la considération dont il était digne, et préluda aux nobles 
destinées qui lui étaient réservées pendant le moyen âge. 
César, comme tous les grands hommes, aimait avec pas- 
sion les exercices équestres, dans lesquels il excellait 
11 avait, comme nous Favons vu, un cheval fameux, qui, 
dit-on, avait les pieds de devant d'un lioinnu'. dette fable 
a, sans doute, une origine pareille à celle de la téie de 
bamfàu cheval d'Alexandre; mais le cheval de César 
n'en joua pas moins un rôle dans l'histoire du monde. Il 
était né dans le palais du héros et ne fut jamais monté 
que par lui. D'après l'oracle, il présageait l'empire à sou 
maître. Aussi son maître lui donna-t-ii tous les soins 
possibles. César le montadt dans les occasions solen- 
nelles , lit avec lui la conquête des Gaules, franchit avec 
lui les rives fatales du Kubicon, au delà duquel il n'y 
avait plus que le sceptre du monde ou le poignard de 
Brutus. Enfin, il lui fit élever une statue devant le tem- 
ple de Véims Genitrix. 

Le cheval de Séjan est fameux dans l'histoire romaine 
et a donné lieu à un proverbe encore usité maintenant : 
il monte le clieval de SéJan. Gechesai eUiL Arzelly c'est* 



Digitized by Google 



— 150 — 

àr-dire qu'il avait une balezaue au pied postérieur droit. 
Après la mort de son maître, favori de Tibère, il passa à 
Dolabella, à Caïus et à Gani^us, qui tous eurent une fin 

tragique ; Marc Antoine le montait lorsqu'il fut vaincu 
par Octave; enfin, son dernier possesseur, Néjidus, fut 
par lui culbuté et noyé dans on fleuve. 

Spartacus, avant la bataille où il devait être défait par 
Craâsus, avait été assez mai inspiré pour tourner son 
épée contre le cheval qui l'avait porté. « Si je remporte 
» la victoire, s'écrîart-il imprudemment, j'aurai asses 
)» des chevaux des ennemis, et si je suis défait, je n'en 
» aurai pas besoin. » César est aussi coupable d'avoir 
dit un jour, au moment de livrer une bataille, comme on 
lui amenait un cheval : « Je ne m'en servirai qu'après la 
» victoire, pour la, poursuite de l'ennemi. » 

Cabgula aimait passionnément les chevaux. On sait 
qu'il voulut élever l'un des siens à la dignité de consul : 
personné n'a oublié l'illustre nom à^Ineitatus* L'empe- 
reur, son maître, lui fit construire une écurie de marbre, 
lui donna une auge d'ivoire, des couvertures de pourpre 
et un collier garni de perles d'Orient Incitatus avait un 
palais richement meublé; une foule d'officiers et d'es- 
claves formaient sa cour, et les convi\ es invités en son 
nom étaient reçus avec magnificence. La veille des cour- 
ses du cirque, l'empereur envoyait des soldats pour faire 
observer le silence dans les environs de sa demeure, et 
empêcher que son sommt'ii iie lut troublé. Quelquefois 
il l'invitait à sa propre table, lui servait lui-môme l'orge 
dorée, lui présentait lui-même le vin d'une coupe d'or où 
il avait bu le premier. Il le nomma pontife, conjointement 
avec lui, et il l'eût éleyé à la dignité de consul, si la mort 



Digitized by Google 



lai en eût laissé le temps. Il en était, en effet, déjà venu 

à faire porter devant iiicitatus les faisceaux du consulat. 
Ce curieux amour de Caligula pour un coursier favori 
ne peut être* à la vérité, regardé comme une preuve que 
la dignité impériale exclut toujours toute idée de folie 
chez ceux qui en sont revêtus. Cependant Voltaire fait 
id cette réserve, dans le quatram suivant : 

Si dans Rome avilie un emperaur lirattil 

Des faisceaux d'un consul hooofa son cheval, 

Il fut cent fois moins fou que ceux dont TimimideDGe 

En ^'iodisnes morieto a mis ta confiance. 

Vénis se distingua aussi par son attachement pour les 
chevaux, et en particulier pour son cheval Volucris. Il le 
nourrissait de raisins secs et de pistaches. Il fit faire sa 
statuette en or et la portait partout avec lui. Il lui ût, 
sptèâ sa mort, élever un tombeau au Vatican* 

Auguste avait aussi fait construire un monument en 
l'honneur de son cheval, que Germamcus axait chanté 
dans ses poésies. 

Caracalla ne nourrissait ses coursiers qu'avec des rai- 
sins d'Apamène. 

Nous avons déjà parlé de la passion de Néron pour les 
courses. elles jeux du cirque; nous ne reviendrons pas 
sur ce sujet 

Adrien donna des sépultures monumentales à plusieurs 
chevaux, à son cheval Boryslène, entre autres, en mé- 
moire duquel il composa, en outi^, lui-même, une épi- 
tapbe. 

A Rome, la possession d'un cheval était un droit uni- 
quement réservé aux sénateurs, aux chevaliers, aux 



— 162 — 

membres des corps municipaQx et aux- gouverneurs des 

provinces. Ce droit cependant, par une exception bi- 
zarre» s étendait aussi à la corporatiun des niai'chauds de 
porcs» mais seulement dans le cerde de la banlieue de la 
ville. 

Les Romains, à l'exemple des Perses, avaient établi 
des postes sur les routes ouvertes dans toutes les direc- 
tions de l'empire. Il n'y en avait pas mc^s de cinq par 
journée, sur chaque route, dit Pi^peroe, et quelquefois il 
y en avait jusqu'à huit. 11 n'y en avait pas qui ne fût pour- 
vue de quarante chevaux, avec autant de postillons et de 
palefreniers qu'il était nécessaire. 

Au temps de la république, les médailles consulaires 
portaient toutes des images équestres au revers : tantôt 
c'étaient les Dioscures, en l'honneur desquels un temple 
s'élevait près du cirque Flaminius ; tantôt c'était un ca- 
valier lancé au galop, de toute la vitesse de son cheval ; 
le plus souvent c'était un char attelé de deux chevaux et 
quelquefois un quadrige. 

Sous les empereurs, le revers des médailles présenta 
les mêmes images, dans un cercle plus varié de sujets. Le 
char attelé de deux ou quatre chevaux y est ordinaire- 
ment le signe du triomphe; le cheval qu'on tient par la 
bride y exprime une victoire remportée, soit dans les 
combats, soit dans les jeux du cirque. 

Le cheval était, comme l'aigle, représenté sur les en- 
seignes guerrières de Rome. 
« On a fait une observation curieuse en parcouriant les 
catacombes. On a remarqué que les tombeaux des pre- 
miers chrétiens sont, en grand nombre, ornés de gravures 
et de dessins représentant des chevaux ou d'inscriptions 



Digitized by Google 



— 1Ô3 — 

indiquant la profeasion du mort, quand cette profeâsîcnl 

se rattache aux chevaux, de quelque côté que ce soit. On 
lit, par exemple, dans plusieurs épitaphes : CoLle^U ju- 
mentariorwn.»» ou $aoro êtabuio*.* ou eursm pubUco,,. 
ou même eireo.,, ou enfin agitarei. Les inscriptions 
d'une autre espèce, ainsi que les gravures et les dessins, 
ne sont d'ailleurs, d'ordinaire, que des allégories mysti- 
ques, faisant allusion soit à la brièveté de la vie symbo- 
lisée par la vitesse du cheval, soit à cette lutte, à cette 
course terrestres, dans lesquelles l'apôtre saint Paul ex- 
cite le fidèle à déployer tout courage et toute persévé- 
rance, quand il dit : Bomm eeriamen eertavi, euTMum 
consummavL., Qui perseveravcrit tuque ad finem, hie 
coTonabitur, 

Cependant le dernier jour de Rome approchait; le che- 
val n'était plus qu*un vain ornement de ces fêtes dont le 

peuple était aussi avide que de pain {panem et eîrcenses) ; 
la forte cavale gauloise, à la vaste poitrine, le Roussin du 
Franck, balayant la terre de son épaisse crinière, le 
coursier sans frein du Numide n'étaient plus là pour gar- 
der les portes brisées de la ville superbe : l'empire s'af- 
faissait comme ces vieux chênes minés par le temps, qui 
couvrent encore de leurs vastes branches le pâtre et ses 
brebis, mais qui, n'ayantplus de racines, vont désormais 
succomber au premier souffle de raquilon. 

a Attila, cet homme qui du fond de sa ville de bois, 
dans les herbages de la Pannonie, ne savait lequel de 
ses deux bras il devait étendre pour saisir l'empire 
d Orient ou l'empire d'Occident, et s'il arracherait Kome 
ou Constantinople de la terre , » Âttila vint faire boire ses 
coursiers Kalmouks aux eaux de la Seine et du Tibre. Âr- 



— 164 - 

rèté devant Paiîs par la vierge de Naotme, devant Borne 

par saint Léon, il ravage l'Italie, détruit Aquilée» en s'é- 
criant : « Là où mon cheval a passé, T herbe ne repousse 
» pins* » Mais il se trompait dans son orgueil : Therbe a 
repoussé aou8 les pas du coursier du fléau de Dieu. L'o- 
rage qui porte dans ses lianes la grêle et le tonnerre fait 
aussi mûrir les moissons et ambrer les fruits de la vigne. 

Pour elBuser des coursiers du barlMure 
Les pas empreints dans tes cbamps proGioéft, 
Jamais le ciel te fut-il moins avare? 
^' noorimiixvois Imcbamp&GourooDéi. 



Digitized by Google 



GHAPIXAË YUl 



Invasions dans les Gaules. — Les Francs. — Mérovée. — Clovis. — Les 
Bretons dtt ooniiiMatâl les Breiûii& insulairas. — Rolkm et les Nor- 



Le vleiui; monde Unissait; la civilisation orientale, 
desoeodue jusqu'aux limites de Tocddent, était allée 
éveiller dans leurs forêts des peuples neufs et terribles, 
qui vinrent à leur tour maîtriser la terre et servir de 
guides aux nations. Jusqu'ici nous n'avons contemplé 
que le cheval du midi, aux allures légères et à l'œil de 
feu ; nous avons à peine entrevu le cheval du nord, cou- 
vert sous son harnais sauvage, à moitié caché sous son 
épaisse crinière, attelé aux lourds chariots de la Germa- 
nie ou aux chars annés de faulx des €eltes-Bretons. Bien- 
tôi ce coursier dégénéré va sortir de son barbare escla- 
vage, se retremper au noble sang dont il est descendu et 
reconquérir ses titres de gloire* Joignant la vigueur et la 



4 



Digitized by Google 



— 156 — 

grâce de ses pères aux forines athlétiques qu*il a trouvées 
daus les humides pacages et sous le ciel brumeux du 
nord « le Destrier, cheval inconnu dans les temps anti- 
ques, va fonder les royaumes de r£urope modemet et 
lutter contre le cheval arabe lui-même, dans les champs 
de Thcssalonique et de la Massoure. 

Les Francs étaient une confédération de peuples Ger- 
mains parmi lesquels se trouvaient les Marées, delarace 
des Isterons, dont le nom, aîmi que celui des Maream- 
manSf indique les habitudes équestres. C'étaient, comme 
nous l'avons vu, d'intrépides cavaliers que ces rudes 
Germains à TobU bleu, à la chevelure blonde, couverts 
de la peau de l'ours et du bison et armés de Tangon d'sr 
cier. Leurs enseignes portaient un chen al blanc aux fou- 
gueuses allures. Leurs bardes chantaient les Walkyries, 
chevauchant sur d'ardentes haquenées: « Les diéesses 
» qui président aux combats, ces belles Walkyries étaient 
» à cheval, couvertes de leur casque et de leur bouclier. 
n Allons, disent-elles, poussons nos chevaux au travers 
» de ces mondes tajMSsés de verdure qui sont la d^eure 
» des dieux. » 

Voici conunent IL de Chàteaubriant a peint le cheval 
de Uodion : 

« La cavalerie romaine s'ébranle pour enfoncer les 
» barbares ; Clodion se précipite à sa rencontre : le roi 
» chevelu pressait une cavale stérile, moitié blanche, 
» moitié noire, élevée parmi des troupeaux de rennes et 
» de chevreuils, dans les haras de Pharamond. Les bar- 
» bares prétendaient qu'elle était de la race de Rinfax, 
» cheval de la Nuit, à la crinière gelée, et de Skinfaœ, 
» cheval du Jour, à la crinière lumineuse. Lorsque pen- 



Digitized by Google 



- i57 — 

» dant rMver, elle emportait son maître «or im char d^é- 
D coree» sans essieu et sans nmes, jamaia ses ^eds ne 

» s'enfonçaient dans les frimas, et plus légère que la 
» feuille du bouleau roulée par le vent, elle effleurait à 
9 p^ela câme des neiges nouvellemait tombées. » 

Le Franck chantait dans ses diansons d'amonr : « Je 
» sais faire huit excrc ices ; je me tiens ferme à cheval ; je 
» nage, je glisse sur des patins, je lance le javelot, je manie 
« laknce^ cependant une fille de Russie me méprise. » 

En prenant pied sur le sol gaulois, les Francs, en 
gardant leur propre expérience, s'approprièrent tout d'a- 
bord, comme par instinct, toutes les habitudes des Gau- 
l<ns et des Romains^ ils puisèrent ainsi dans une triple 
source la science hippique, telle à peu près que nous la 
retrouvons de nos jours. 

Le Sicambre, devenu citoyen, posa sur un monticule, 
près des eaux, la tour de ix>is qui formait le centre de 
son alen. Une épée et un cheval, voilà sa richesse ; et 
cette richesse le rendait l'égal des rois. Le don d'un che- 
val, chez les Germains, était la plus haute récompense 
du courage et de la valeur: « Us attendent, dit Tacite, 
» de la libéralité de leur chef, ce cheval de bataille et 
» cette framée sanglante et victorieuse. » 

Les catégories sociales que nous avons vues établies 
dans les Gaules disparurent; la chevalerie romaine, la 
trimarchie gauloise, la cavalerie franque se fusionnèrent 
en une vaste conlrérie, la chevalerie, qui pendant huit 
siècles gouverna le monde et fonda tous les emphres mo- 
dernes. Nous résérvons une place spéciale à sa magnifi- 
que histoire, dont le cheval est le héros de fait, comme il 
l'est par la gloire de son nom. 



Dans la France naissante, les hifcitndes gmnaaiqfies 

ne firent qu'ajouter encore à la sollicitude que les Ro- 
mains et les Gaulois aralent portée aux chevaux et à ceux 
quilessoigaaient. 

D* après les lois allemandes, le maréchal qui gouver- 
nait habitueiieiuent douze chevaux, dans la maison du 
chef de famille, était aaees considéré pour que, s'il ve* 
Bait à être tué viéchamment , son meurtrier payât le 

wehrgctd, ou prix du sang, de AO sous fsolidi). 

Le cheval était aussi lui-même particuUèrement pro- 
tégé par les lois ffaoqaes. Celui qui avait seulement 
monté un cheval ou une jument sans la permission de 
son maître, étaiL uns à Tamende de 15 sous d'or; et le 
vol du cheval de guerre d'un Franc» d'un cheval hon- 
gre, d'un cheval entier ou de ses cavales, était puni des 
plus fortes peines. 

Voici un fait qui prouve le prix qu*on attachait à un 
bon cheval , eo ce temps de combats journaliers et de 
courses rapides : Glovis, ayant déûéi tes Yisigoths, va air 
tombeau de saint Martin remercier Dieu de la victoire. Il 
oflre en présent au monastère le cheval sur lequel il 



tôt, tant un bon coursier est chose rare, devis regrette 

son oflrande ; il redemande son cheval au prix de 50 marcs 
d'argent. Les moines lui répondirent que saint Martin te- 
nait aussi beaucoup au présent qui lui avait été fait 
Clovis fut c^ligé de doubler la somme pour faire taire 
les scrupules du monastère. Ce fut alors que le rude Si- 
cambre murmurât dit-on, dans sa barbe : « Saint Martm 
n sert bien ses amis; mûs il leur vend aes services im 
» peu cher. » 



Digitized by Google 



— 159 — 

Le 60111 des chmiu était, Teraleseiiiquiàme et4Ûziènie 

siècles, en France, roccupation spédale des prind- 
paux possesseurs du sol. Malheureusement les moines, 
seuls cbroniqueurs de ces temps ténébreux, n'étalât pas 
ordmaîremeiit des bommee de cheval et ne nous ont lûssé 
que peu de documens sur les habitudes équestres de 
cette époque. Cependant oaus retrouvons çà et là les 
preuves de grands établissemeD* hippiques, entret^i^ 
parles barons romains, gaulois et francs, qui habitaient 
alors la France naissante. INous voyons entr' autres, dans 
la vie de saint Sever, que, pendant sa jeunesse, il fut em- 
ployé parmi les gardiens des cavales d*nn certainCQri)é- 
oénus, puissant fendataire du pays du bocage Neustrien. 
On ne sait quelle était l'origine de Corbécénus; mais il fai- 
sait sa demeore dans un château placé sur le flaire d'upe 
montagne, près du cours de la 9euvronne, qui prend sa 
source dans la forêt actuelle de Saint-Sever et va se con- 
fondre avec la rivière de Vire, au-dessous de la ville de 
ce noBL Ce pays de Vire possède, en effe^, d'exceliens 
p&torages et des eanx limpides : Corbécénus pouvait y 
nourrir une grande quantité de cavales et de poulains. 

Les Francs avaient pris d'un peuple de la Gaule, ap-- 
pelé les Bastem, une sorte de chariot, qui fut appelé 
^siernéf deknr nom. On y attelaût des bqsofs, étales 
femmes s'en servaient liabituellement pour les voyages 
et les promenades. Ciotilde avait quitté, dans une bas* 
terne, le palais de son oncle, pour venir épouser Qovis, 
quand, sur un avis qui lui vint, elle sort du chariot, s'é- 
lance sur un cheval et atteint la terre de délivrance, où 
elle devait avoir une mission si glorieuse à remplir. Le 
souvenir de ClotUde se lie aux premiers jours de la na- 



Digitized by Google 



tionalité française; c'est une de ces femmes qui, comme 
sainte Geneviève et Jeanne-d' Arc, donnent k Thistoire de 
France un cachet de grâce et de poésie qui manque à 
toutes les autres. 

Nous voyons encore la basteme dans l'aventure de la 
fille do Deuthéric, précipitée au fond de la Meuse par un 
attelage de jeunes bœufs indomptés. 

Si, du reste, Tambilion des premiers chefe de notre 
nation étût d'avoir un grand nombre de chevaux pour 
subvenir aux besoins sans cesse renaissans de la eruerre 
et de la dévastation, nous ne voyons pas qu'on prît pour 
cela, dans les années, grand soin de la nourriture, de la 
santé, de l'entretien et de l'hygiène du cheval. C'est que 
le barbare se faisait encore trop sentir dans le guerrier 
franc. L'ouvrage intitulé Gesta franeorum nous apprend 
que c'était l'usage des Francs, à la guerre, d'abandonner 
leurs chevaux à eux-mêmes, de les laisser paître au ha- 
sard. Ils se contentaient, en les mettant ainsi en liberté, 
de leur attacher au cou une clochette dont le bruit les 
guidait au moment où il s'agissait d'aller à la recherche 
de leurs montures. On raconte que Frédégonde profita 
de cette coutume pour tromper Tannée de Brunehault à 
la bataille de Groucy. Quelque peu de crédit que méri- 
tent les détails dont cette histoire est ornée, le fait en 
lui-même n'en demeure pas moins certain. On a, d'ail- 
leurs, supposé que c'était cet usage, très ancien, U faut 
en convenir, et remontant même jusqu'aux peuples no- 
mades, qui avait fait de la clochette, pendant tout le 
moyen âge et jusqu'à nos jours, romement obligé du 
cheval, et même quelquefois un titre d'honneur pour le 
courmer qui s'en trouvaitdécoré. Mais nous pensons tou- 



Digitized by Google 



jours qu*Q faut reporter aux Romaiiis, ainsi que nous IV 

vons dit plus haut, l'idée de faire entrer la clochette dans 
h toilette du cheval. 

Pourquoi faut-il qu*il y ait eu dans notre histoire un 
siècle assez féroce pour inventer ce supplice affreux, où 
le cheval a été forcé de jouer un si épouvantable rôle 1 
Passons sans nous arrêter sur cet horrible récit oii figure 
la cavale indomptée qui dispersa les membres palpitans 
de la vieille reine Brunehault. 

L'époque mérovingienne est empreinte au plus haut 
degré du sentiment hippique. Ces luttes de peuples bar» 
• bares, ces invasions, ces courses lointaines, les chocs 
terribles des Huns, des Germains» des Vandales, des 
Maures, au nord et au midi» en orient et en occident, 
tout cela était impossible» sans le dos vigoureux et la 
jambe nerveuse du cheval. Attila, Clovis, Mahomet, por- 
tés sur de rapides coursiers, comme la mort sur son che- 
val pâle» courbaient les peuples sous la loi de leur épée» 
loi suprême, et la seule ici bas que l'homme n'ose blas- 
phémer. 

Aussi l'homme qui n'était pas toujours à cheval n'é- 
tait qu'un vaêioi. La dergie seule a pu se permettre de 

négliger l'équitation, symbole de la puissance. 

Savez-vous pourquoi la race de Clovis a fait place à 
cdle de Pépin? pourquoi les fils des rois chevelus ont 
subi la tonsure du moine ? pourquoi la France a perdu 
Ghildéric et gagné Charlemagne? Ëgûihard va vousTap; 
prendre : c Quœumque eundum erat earpento ibai, gmd 
». bohui juneiis , bobus TUitieo more actU trakebatùr; 
9 âio ad paiatium, sic ad publicum populi sut eonven- 
• lam» (jui annaiim ob regni itUiitaUm edebrabaniur, ' 
t.i. Il 



» trp, in domum redire solcbat, » S'il lallail qu*il allât 
quelque pait, il voyageait monté sur un chariot traîné 
par dea bœufs, qu'un bouvier conduisait à la manière des ' 
paysans ; c'est ainsi qu*il avait coutume de se rendre au 

palais et à l'assemblée générale de la nation qui se réu- 
nissait une fois chaque année pour les besoins de l'État. 

Quatre bœufs aUelés, d*un pu.^ uanquillc et lent, 
Promenaient dans Paris le monarque inttol^t* 

• 

Oui, les rois faînéans avaient laissé dormir les cour* 

slers de bataille de leurs pères; ils se faisaient traîner 
dans un char, earpento; avec des bœufs, bobusJuncUs ; 
comme des paysans, ru$tteo more. Ahl ils méritaient 
vraiment de perdre l'empire du monde! C'était sur un 
bon et vigoureux coursier que Charles Martel, dans les 
champs de Poitiers, conquit la couronne que son ûis Pé- 
pin l^ua à la brillante dynastie des Carlovingiens. 

Le besoin d'être toujours à cheval fit modifier les an-* 
ciens usages. Vephtpptum des Romains se modifia peu 
à peu; la selle commença à paraître avec ses étriers, ses 
battes de bois et ses sangles, la croupière et le poitrail. 
€e fut vers Tan 340 que Thistoire fait pour la première 
lois mention de la selle équipée. Saint Jérôme est le plus 
anden auteur qui en ait parlé. Les étriers étaient appe- 
lés jii^ûi, Instupia ^ strepa. A l'époque de la con quête * 
de FAngleterre, les Normands se .sci \ aient de selles e 
d* étriers, comme le prouve le iiarnachemeutdes chevaux 
de la tapisserie de la reine Mathilde, monument contem- 
porain. Cependant une curieuse remarque, c'est que quel>* 
ques unes des selles qui ligurent dans cette tapisserie n'on t 



Digitized by Google 



— 163 — 

pas d'étrîera. Faadraitr-il en oondure, avec plusieurs au- 
teurs, que l'usage n'en était pas général à cette époque^ 

C/est une opinion que v it ndrait confirmer le fait suivant, 
dont on pourrait même inférer que les étriers s'atta- 
chaient et se détadiaient à volonté de la selle. 

D'après G. de Malmesbury, GaillaLime-le-Houx, ayaiu 
eu un cheval tué sous lui, au siège du Mont-Saint-Mi- 
chel,, s'en fit amener un autre et sauta dessus sans atten- 
dre qu'on lui mit des étriers : non expeetato ascemorio 

sonipcdem instUens, 

C'est aussi à l'invasion des peuples du Nord que re- 
monte une autre invention importante dans leé fastes hip- 
piques, rinvention de la ferrure. Le cheval méridional, à 
la corne dure, au sabot cylindrique, marchant la plupart 
du temps sur un sol sec et sablonneux, n'avait pas exigé 
ce perfectionnement c[u'on a justement appelé un mal 
nécessaire; mais le cheval du Nord, à la corne spongieuse, 
au sabot aplati, foulant alternativement des terres hu- 
mides qui amolissaient la corne de ses pieds, et des ter^ 
rains pierreux qui hi brisaient et la compriniaieut, de- 
vait être l'objet d'une précaution sans laquelle il fût 
bientôt devenu inutile. L'on attacha même dés lors une 
telle importance à la ferrure, que, chez tous les peuples 
modernes, le nom de l'artiste ou de l'ouvrier chargé de 
ferrer les chevaux devint non seulement un nom très ré- 
pandu, mais encore un titre de noblesse, une marque de 
dignité. Ainsi les noms de Maréchal, dans la France ; de 
le Goff, en Bretagne; de Smith, en Angleterre; de Fer^ 
Hères, en Normandie, et de Ferrers^ en Angleterre, ont 
pour origine principale la ferrure des chevaux. Les de 
Ferrières portîuent de gueulles à l'écusson d'hermines 



Digitized by Google 



tt à Torle de huit fers à cheval. On retrouve dans beau- 
coup d'armoiries des fers à cheval en plus ou moins 
grand nombre* Il n'y a aucun doute que l'origine de» 
maisons qui les portent ne soit celle que nous indiquons. 
Enfin le Domesdaj Book contient plusieurs donations 
faites par Le Conquérant à des ouvriers lerrans : tant on 
attachait d^importance à leur art et aux progrès qu'on 
lui faisait faire ! 

L'invasion romaine avait été, pour les Gaules, comme 
une vaste inondation débordant av ec impétuosité sur le 
sol, le couvrant de toute part pendant un temps plus ou 
moins long» et se retirant ensuite peu à peu, non sans 
laisser des traces durables de son violent passage. L'in- 
vasion franque fut semblable à un de ces empiëtemens de 
la mer venant s'emparer d'un rivage, s'y creuser un nou- 
veau lit pour le garder à jamais. Les eaux alors laissent 
^quelquefois surnager à leur surface de petites îles, té- 
moins irréfragables de leur irrésistible et étemelle con- 
quête. 

C'est ainsi que, sous la dénomination des Francs, 
quelques dâ>ris des Gaules, protégés par des bois épais, 
des marais inaccessibles, des montagnes escarpées, pré- 
tendirent conserver, au milieu de l'Europe, une nationa- 
lité particulière et réussirent au moins à garder jusqu'à 
nos jours le cachet de leur origine. La race bretonne sur- 
tout, issue des Gaulois, Celtes et Kymris, repoussée par 
les Francs dans TArmorique, par les Angles et les 
Saxons dans les montagnes galloises et calédoniennes, 
vécut encore pendant plus de dix sîèdes de sa première 
vie, inculte, active et batailleuse. 

Comme tous les peuples doués d'une imagination vive 



Digitized by Google 



et poétique, le peuple Breton eut ses temps fabuleux ei 
son épopée mystérieuse. Ce fut lui qui créa cette mytho* 
logie du moyen âge, si habilement exploitée par les 
poètes modernes: l'Arioste, Le Tasse, Skake^peare, 
Cervantes, génies étrangers qui savaient mieuj^ profiter 
que nous des merveiUes écloses à notre soleil» 

Souvenirs de la Table-Ronde, d' Arthur et de Tristan, 
de la blonde Iseult et d'Oriane; enchantemens de Brocé* 
liande» veillées du château de Joyeuse-Garde, récits de 
la Roche-Périon, patrie d'Amadîs, ce type merveilleux 
du héros chrétien, vous naquîtes au bi uit des vagues de 
la mer, sur le sein des fées de la Gaule, dans les antres 
mystérieux du pays d' Arvor. 

Et le cheval vient se mêler à toute votre poésie. Il y 
est l'ami et le compagnon des héros ; il y porte les dames 
de leurs pensées; il y fournit le don le plus précieux que 
l'on puisse faire à l'amitié ou à l'amour ; les amusemens 
qu'il y procure sont les plus nobles, les plus a^^réables et 
les plus estimés de tous* 

Il y avait trois choses qu'on ne pouvait saisir pour dettes 
chez un homme libre du pays de Galles : son ehûvai 

bord, puis son épée et sa harpe. 

Gradlon reçoit d'une fée un superbe comsier appelé 
Gadifer, qui le menait de victoire en victoire. Lors de la 
destruction de la ville d'Is, Gradlon se sauva à cheval, 
emportant en croupe sa fdle Dahut, ce démon aux yeux 
d'ange, qu*U précipita dans la mer par l'ordre de Dieu* 
Son cheval devint sauvage, dit le chant populaire. 

{( Forestier, forestier, dis-moi, le cheval sauvage de 
» Gradlon, l'as-tu vu passer dans cette vallée ? Je n'ai 

a pas VU passer dans cette vallée le cheval de Gradlon; 



» je Tai seulement entendu la nuit : trip-trep, trip-trep, 
» trip-trep, rapide comme le feu. » 

Le cheval, chez tous les peuples orientaux et chez tous 
les peuples du Nord, était, comme nous l'avons vu, con- 
sidéré comme le symbole de la guerre. Dans tous les an- 
ciens chants bretons, les chefs belliqueux sont comparés 
à des chevaux marins et à des chevaux de guerre : 

<c Je vois le cheval de mer venir à sa rencontre et faii^ 
» » trembler le rivage. .... 

0 Tiens boni tiens bon ! cheval de mer! frappe-le à la 
» tète! frappe fort, frappe! » 

Les femmes montaient à cheval comme les hommes : 
• Tréfînne, fuyant de chez Tinfâme Comore, pour re- 

omdre son père, le comte de Vannes, fit équiper sa 
» haquenée et tira le grand galop vers Vannes* » 

Les guerriers soignaient et pansaient eux-mêmes leurs 
chevaux, comme les héros d'Homère. Us avaient même 
soin de la ferrure. 

On lit dans les chants populaires de Bretagne, recueil- 
lis par M. de la Villemarqué : 

« Et toutes les maisons qu'il voyait étaient rem- 

»> plies d'hommes d'armes et de chevaux, et chacun four- 
» bissait son caâ^ue, et frottait son épée, et lavait son 
i) armure, et ferrait son cheval, n 

Nous avons vu, dans la Grèce, les femmes des héros 
et les filles des rois soigner et panser elles-mêmes les 
chevaux de leurs maris, de leurs pères et des étrangers 
qu'elles voulaient honorer. Nous retrouvons cet usage 
dans les habitudes bretonnes des quatrième et cuiquième 
siècles. L'ouvrage que nous venons de citer nous en four* 
nit encore la preuve dam liguer suivantes ; 




Digitized by Google 



— 167 — 

(I La salle du château de Kénou était occupée p^r 
,1» vingl-quatre jeunes fiUes qui brodaient du satin dans 

» l'embrasure de la fenêtre et la moins gracieuse 

» était plus giacieubf que Givennivar, l'épouse d'Arthur, 
» quand elle parait ornée de toutes ses grâces» à la 
n messe» le joiu* de Noêl ou de Pâques. Et elles se levé* 
» rent à mon approche, et six d'entr'elles prirent mon 

» cheval et lue désarmèrent Or, les six jeunes liiles 

n qui avaient pris mon cheval le déharnachërent aussii 
» lestement que si elles eussent été les meilleurs écuyers 
» de r lie (le Bretagne...., 

» Dès le point du jour» tout le monde était deintut» 
» et Arthur appela les gardes qui veillaient à la porte de 
» sa chambre, et ils entrèrent tous quatre, et ils le sa- 
» luéreut» et ils rhabillèrent; or» le prmce s'étonuaitde 
» ce que Givemiivar ne se levait pas et ne quittait pa3 
D son lit, et les gardes voulurent l'éveiller. 

» Ne la réveillez pas, dit Arthur, elle aime mieux dor- 
» mir que venii* à la chasse. 

» £t Arthur sortit» et il entendit deux cors sonner» 
» l'un du côté de la demeure du grand veneur, l'autre 
» du côté de celle du chel des écuyers; et toute la troupe 
» des chasseurs se réunit à lui , et ils partirent pour la 
» forêt. 

» Et après leur départ, Givennivar s" éveilla, et elle 
». appela ses fenunes, et elle s'habilla. 

» Femmes, dit-elle» on m'a permis hier au soh* d'as-^ 
» pister à la chasse ; allez donc, une de vous, à l'écurie. 
)> et faites-y préparer un chevaP qu'une dame puisse 
)> monter. 

n Et une d'elles s y rendit et n'y U'oiiva que deux che* 

• • .... • ■ ' 



Digitized by Google 



» vaux» et Givennivar et une de ses femmes les montè- 
n rentt et elles passèrent la rmère d*Osk , et elles sui- 

» virent la trace des chevaux des chasseurs. 

n £t comme elles chevauchaient ainsi, elles entendi- 
n rent un grand bruit, et elles détournèrent la tête et 
n virent un chevalier monté sur un jeune coursier dè 
» chasse d'une }iaute taille, et c'était un jeune homme à 
» l'air noble, aux cheveux longs, aux jambes nues, por- 
a tant au flanc une épée à garde d*or, vêtu d'une robe 
» et d^un manteau de satin, chaussé de fins souliers de 
M cuir et ceint d'une écharpe de pourpre bleue, aux deux 
» bouts de laquelle pendaient deux pommes d'or, et son 
» counner marchait d'un pas relevé, vif et fier. 



)> La dame ût donc amener un beau coursier noir de 
» Gascogne, portant une selle de hêtre, et apporter une 
» armure complète d'homme et de cheval. 

» In jour qu'Owenn était assis à table, à Kerléon- 
» sur-Osk, voici venir une demoiselle vêtue d'une robe 
» de satin jaune, et montée sur un cheval bai à crinière 
j) flottante et couvert d'écume , et la bride et la partie 
n découverte de la selle étaient d'or, et elle s'avança vers 
» Owenn, et elle lui arrachadu doigt son anneau nuptial* 
• •••• •••••••••••• 

n 11 faudra que tu aies soin toi-même du cheval de 
» ce jeune homme, car nous n'avons pas de valets. J'au- 
M rai, répondit-elle, tout le soin de sa persomie et de 
» son cheval. 

j) Et la jeune fille désarma le jeune homme, puis elle 
» porta au cheval du grain et de la paille» et revint dans 
» la salle et rentra dans la chambrot »- 



Digitized by Google 



— 469 — 

Panni les curieux détsdls que nous offrent les anciennes 

légendes, on ne lira pas sans étonnement la description 
suivante d'une course de chevaux au cinquième siècle; 
elle est extraite d'un chant populaire de Bretagne^ inti<- 
tulé U Barde Merlin, 

« Ma pauvre grand mère, écoutez-moi, j'ai envie d'al- 
» 1er à la fête, 
» A la fête et aux courses nouvelles qne donne le roî» 



0 n a équipé son poulain rouge; il Ta ferré d'acier 
» poli ; il Ta bridé et lui a jeté sur le dos une housse lé- 
» gère, et lui a attaché un anneau au col, et un ruban à la 
» queue, et il l'a monté, et U est arrivé à la fête nouvelle* 
Gomme il arrivait au champ de fête, les cornes son- 
» naient; la foule était pressée et tous les che\ aux bon- 
» dissaîent : celui qui aura franchi la grande barrière du 
0 champ de fête au galop, 

I) En un bond vif, franc et parfait , aura pour épouse 
» la fille du roi. 

» A ces mots, son ^eune poulain rouge hennit à tue^ 
» tète , bondit et s'emporta, et souilla du feu par les na- 
» seaux, et jeta des éclairs par les yeux, et frappa du 
» pied la terre ; et tous les autres étaient dépassés, et la 
A barrière franchie d'un bond. 

0 Su*e, vous l'avez juré, votre fille Unor doit m*appar« 
» tenir. » 

On voit que le sol trançais peut revendiquer à bon 
droit Torigme de ces courses, que miUe ans plus tard 
nous sommes aOés redemander à une nation plus soi* 

gueuâe que uquî» de ses intéxétâ les plus cherSé ' 



— no — 

J.e goût du cheval était iuné chez les^uples bretons, 
et l'histoire nous fournit une foule d'autres documeos qui 

démontrent combien ces peuples attachaient d'impor- 

taiice à la possession et à Tamélioration de ieui-s races 
de chevaux. 

Les seigneurs et les abbayes possédaient des haras 

(qu'ils entretenaient avec grand soin, et dans lesquels ils 
introduisaient, lorsqu'ils le pouvaient, des étalons orien* 
taux, reconnus, dans tous les temps et par tous les peu- 
ples , comme' la* base de toute amélioration hippique. 
. taimi les abbayes qui possédaient les chevaux les plus 
renommés, on cite celle de Quenipily, à laquelle Allain 
Fergant, partant pour la Terre-Sainte, concéda une terre, 
moyennaiil. nulle sons et un beau cheval. 

Uabbaye de Kedon possédait aussi un beau haras. Son 
abbé vint, en 1108, (me une demande au même Allam 
Fergant, et lui offrit un cheval estimé SOO sous, somme 
énorme à cette époque. L n autre duc, vers 12(50, acheta 
la ville de Brest , moyennant une haquenée blanche et 
100 livres dè rente. 

Les croisés bretons, comme ceux de toutes les autres 
contrées, ramenèrent avec eux, dans leur pays, un grand 
nombre de chevaux arabes. On cite, parmi ces dignes en- 
fans de l'ancienne Bretagne, les Goyon, sieurs de Ma- 
tignon et Alain Fergant lui-même. 

line charte de 1212 témoigne qu Olivier, vicomte de 
Roban, ramena de la croisade neuf chevaux arabes, qu'il 
abandonna dans la foret de Rénécan, où déjà se trouvait 
un cei tain nombre de couisiers à l'état deini-sauvage, 11 
obtint du mélange de ces familles équesti'es une race 
nombreuse et fort estimée , dont il concéda la moitié â 



Digitized by Google 



— m ^ 

l'abbaye de Bon-Rqws. Dans le dessein de propager 
cette race précieuse, il défendit l'expoitation des éU- 
lons et prit de sévères mesures au sujet des jumens qui 
en provenaient. C'est, sans doute, à ce fait qu'il faut 
rapporter l'origine du droit exercé par les ducs de Rolian 
sur la foire à che\ aux qui se tenait, le (i juillet, à Noyai, 
près Pomivy. Celte foire réunissait chaque année plus 
de 3,000 coursiers. Les vendeurs étaient obligés de les 
fmre passer tous en revue devant le x icointe ou son 
écuyer, qui pouvait en choisir le nombre qu'il vour 
lait, eu les payant un prix fixé selon le cours du jour. Le 
cheval vendu en violation de cette règle était confisqué. 

Dans les Chants populaires de Bretagne, Jes bardes 
11 oublient jamais de faire mention de ce npble compa- 
gnon de rhonune dans les affaires de guerre, de plaisir 
ou d'amour; en voici quelques exemples : 

Vépouse du croisé: « Peu de temps après, elle était 
» belle à voir la cour du manoir du Faouët, toute pleine 

» de gentilshommes, chacun avec une croix rouge sur 

«l'épaule, chacun sur un grand cheval, chacmi avec 

»> une bannière, s'en allant chercher le seigneur pour 

» aller à la guerre. » 
Le$ temfdiers: « Trois moines, sur leurs grands ciie- 

» vaux bardés de fer de la. tète aux pieds, au milieu du 

» chemin ; trois moines rouges. » 
Asenar-^a-PâU : « C'est à cheval qu'était messire 

» Iven, quand il aperçut la belle Azenor. 

Elle était assise près de la fontaine, lorsque passa 

» messire Iven; messire Iven sur son cheval blanc, tout 

» à coup au grand galop, tout à coup au grand galop, 

» qui la regaide du coin de l'œil. » 



— 172 — 

ÉUgUjdeM. de Nevèi: « Le jeudi matin, li« de Kamé 
» demandait, en revenant de la fête de la nuit. . • 

» Eu revenant chez lui sur son cheval, vêtu d'un ha- 
» bit galonné.» 
La meunière de Poniaro: a C'est là qu'on voit les 

w jeunes gens sur de grands clic\ aiL\ cnlia-inaclics, avec 
u des plumes à leurs chapeaux, pour séduire les jeunes 
9 filles. » 

On regarde généralement les lois d*Hon61-d'Ha, prince 
de Galles, comme un recueil de préceptes gaulois, enri- 
chis des trésors de la science et de la pratique des lois 
romaines. Le législateur des Bretons s'est beaucoup oc- 
cupé du cheval. On trouve parmi ses prescriptions jus- 
qu'à de curieuses particularités touchant la valeur et la 
vente des chevaux. Il avait, par exemple, fixé à 1& sols 
le prix d'un poulain de quatorze joui'S ; à A8 sols, celui 
d'un poulain d'un au et un jour. 11 estimait 60 sols le 
jeune cheval de 3 ans, neuf et non dressé ; à 120 sols le 
coursier du même âge accoutumé à la bride et dressé 
pour la parade ou le service. Les fraudes des maqui- 
gnons ne lui étaient pas inconnues et n'échappèrent pas 
à sa juste sévérité. Il avait accordé à l'acheteur un cer- 
tain temps poui- s'assmer si le cheval était exempt de 
vices rédhibitoures : trois jours pour découvrir le vertige, 
trois mois pour reconnaître les maladies de poitrûie, et 
une année pour constater la morve. Chaque tare décou- 
verte après la vente donnait lieu à la restitution du tiers 
du prix de vente, les défauts des oreilles ou de la queue 
exceptés. 

On sait que les Anglais ont des lois pour réprimer les 
mauvais traitemens exercés sur les animaux ; mais on 



Digitized by Google 



— 173 — 

ignore généralement que Forigine de ces lois remonta 
aux anciens Bretons. Le code du prince Houêl-d'Ha ren* 

Icriiie cette disposition : « Lorsqu'un cheval de louage 
A aura été écorché sur le dos, il sera payé h sols ; si la 
» peau est tellement enlevée que la chair soit à nud, S 
» sols ; enfin, si la cbur est enlevée et que la blessure 
» aille jusqu'à Tes, lô sols. » 

Lorsque les liommes du Nord, sous le nom de Saxons, 
de Danois et de Normands, vinrent rajeunir le sang de 
la vieOle Europe, ils n'amenèrent pas de chevaux avec 
eux. Montés sur leurs barques rapides, ils avaient pour 
iiabitude de marcher sur les rames en mouvement, de 
braver les vents et la tempête, la tempête qui mdait les 
bras de leurs rameurs , les vents qui les menaient où ils 
voulaient aller. L'équitation leur était inutile, et RoUon, 
surnommé dans les chroniques the waiker, le marcheur» 
aJlait presque toujours à pied. Cependant, comme ces 
hommes énergiques avaient T instinct de toutes les gloires, 
ils devinrent cavaliers sitôt qu'ils eurent vu briller l'œil 
d'un courder, sitôt qu'ils eurent entendu le pied d'un 
coursier sonner sur le granit du rivage : eê eodem lp$tf 
anno (866) pervenit magnus paganorum exercitus in 
Anglarum terram et kibema cœpenM in arimtalibut 
ûngliê, ibique etfuiteê fiwU Mcnf. Cette même année 
(866) , il arriva une grande armée de païens sur la terre 
d'Angleterre ; ils prirent leurs quartiers d'hiver sur la 
côte orientale, et là se firent cavaliers. 
On lit dans Robert Wace : 



r « 

W\\ ne «^avaient clievaleliier ; 
Toi à pié poriaient lor armes. 

. '^epeodaat^il ne-oerait j^Juste de din ^oitîtMM» 
ttonpwft'dti Nord ignorassent compléteinettèTéquitiiion 

avant de coiiiuiciicer leuis t^xcursioiis guemères. Le Da- 
nemarck, la Norvège, la Suède^ étaient, au contràiie^ 
des pays où le cheval avait été très anciennement connn 
et utilisé: senlciiK ni. riiabilude du clieval ifétait pas 
è^Qpri^j^^litr.ée dans les mcaurs des habitans de ces con-r 
'^éçi$. . t)ai^i JEl(di^ Wace on trouve rexpresataBr u^. 
vaueker employée à propos des combats livrés par Rol-r 
Ion, dana 3oa pa^;s, avant son départ poiu: se» :<^at 

< 1À' tériré «s deiix frèros uue Dpii cbevaucba 

' » Hok^ék gént enaemttte Verr Itfd ch^valdièr^ni * 

r 

Parmi les liéios tcaiidinaves , devanciers de lloiloii ♦ 
i'histoiirQ cite les deux frères Heugist et Horsa. €es nomsi 
CMkne' celuii d^HippoIyte et une foule d'autres, pcfitefti 
avec eux la ])reuve que, chez les peuples où ils étaient 
m usage, ie cheval était en honneur. L'un {/io/'*a)est le 
BOm gënéiique du cheval dans plusieurs languéÉ" dtt 
Noi*d, et s*est conservé dans ridîome anglais (fetfrws]^; 
l'autre {liengùt) signilie un ciieval entier. Jicngist et 
k&rm déployèrent les premiers, sur les rivages d^ Albion 
et de Neustrie, la bannière des peuples du Nord; comme 
si le destin avaii voulu marquer d'avance le brillant ave- 
nir réservé, dans ces contrées, à la race équestre, dont 
le nom des deux héros était le vivant emblème. Cet em- 
blème s'est aussi retrouvé^phis tard^dans Fécusson des 



Digitized by Google 



— 176 

ducs de Brunswick et des électeurs de Hanovre, descen- ' 
dans de ces héros du Nord. Ou y voit le cheval blanc des 
Goniaiii» iaficé à toute vitesse, sans selle ni bride, vrec 
la defVise : Nte agpera terrent» 

On dît que ces rois de la mer, pour consacrer les che- 
vaux au dieu de la guerre, leur fendaient les naseaux, 
leur coupûent les oreilles et détruisaient en eux le sens 
de Touïe. 

C'était sur le corps d'un cheval immolé au dieu du 
Nord, qu*ils fusaient abjurer la croix aux Gaulois réduits 
en esclavage et consentant à chanter avec eux la messe 

des lances. 

Quoi qu'il en soit, jamais éducation hippique ne fut 
plus prompte que celle de ces hardis pirates ; jamaiséeo^» 
liers n'apprirent si bien leur leçon : du navire, ils s'é- 
lancèrent d'un bond sur les chevaux bretons et neus-* 
trions, qu'ils arrachaient aux peuples vaincus. Après 
avmr raconté la première bataille qm eut lieu entre l'ar^n 
mée de Rollon et les Français, Wace ajoute : 

« Chewis qnislieiu et anaes à la guise franchoise 
.» Qui lorflemblootè plus ricbeèidiascoailoiie.* 

Les chevaux étaient ainsi regardés par ces soldats 
normands comme un des butins les plus précieux de la, 
victoire. Le même poète raconte que dans une batidlle 

« MuU i ont lance fraile »' perchié maint escu 
» Maint clieval gaaingnir , e maint homme feru... 
* ... Citevalz ontgaaii\gne2 blancs et haocens (alezans) è sors (bai tirun). • 

Les vieux auteurs revierniSBi soiivent^à eelte exprès- 



4 



— 176 — 

doEc €kBvai9&m$ goain^ÊMi c'est toujouis b pre iMm 

qu'ils employent après avoir aimoncé une victoire. 

RoUoD avait dans son armée des iautassiu3 et des cih 
valiers. U avait aussi des chevaux de sommet pour por« 
ter les bagages. Quand il domie ordre à aee barons de 

se préparer pour la bataille, il leur dit : 

< Notre gelde et nos boms féies avant baster 
• E la preic cachier et le sommiers mener 
» Gels ii sont à cheval^ fôtes avant monter. • 

la perte d'un bon cheval était un malheur réel» sur- 
tout à cause du prix élevé des coursiers. 

Gautier, le veneur, compagnon de chasse de Richard, 
ayant été renversé de son cheval, dans une escarmouche, 

fut secouru très à propos par le duc de Normandie, qui 
se jeta, Tépée au poing, dans la mêlée, et parvint à sau* 
ver son fidèle compagnon: mais celui-ci perdit son che- 
val: 

< S«a clwfil e peidl ki est de giiiit vilor^ 

• lleB tt donna lUdiaxd vn plua bel é neUlor. • 

Nous avons vu que les chefs germains donnaient k 
leurs Uudes^ ou ûdèles, des armes et des chevaux ; nous 
retrouvons cette coutume au berceau de la nationalité 
normande. Wace nous fait part des dons faits par le duc 

Richard à ses compagnons : 

* I.i guens de NormaDdie fut mult proz è cortoiz. . , 
f Bieo maintint ses vilains, bien eut cbier ses boiyoiz 

> A ses barons di ma terres, fiez è couroiz 
» As fît2 às vavassors duna droz e siamois 

> Afflues et Palefrois é GbevAls efiponola. » 



Digitized by Google 



— 177 — 

Le cheval espagnol, descendant du cheval barbe ou 
numide, était, à cette époque, le premier clieval de l'Eu- 
rope; c'est lui qui commença cette série de croisemens 
orientaux au moyen desquels l'Angleterre et la Nor- 
mandie uni du la gloire de compter parmi les contrées 
hippiques les plus renommées du monde. 

C'était un cheval espagnol que montait Guillaume à la 
journée d'Hastings. Geofl^yPlantagenct parut aussi aux 
fêtes de Rouen sur un cheval espagnol. Richard-Cœur- 
de-Lion fit son entrée à Chypre sur un cheval de cette 
espèce, et un chevalier donna au monastère du Mont- 
Saint-Michel son destrier d'Espagne, 

Du reste, il n'est pas étonnant que le cheval espagnol 
de cette époque fût arrivé à un haut degré de perfection. 
L'Espagne était alors à Tapogée de sa gloh?e. Les Maures 
élégans de Grenade et de Cordoue y avaient répandu les 
sciences, l'industrie et la richesse* On célébrait ses che- 
vaux, ses armes ; on imitait ses modes ; on achetait ses 
étoffes de laine, de soie et d'or. 

Cil portait gooianon d'un drap verraeil d'Espagne. 

On sait ce que fit pour la civilisation cette puissante 
dynastie des fils de Rollon. C'est à elle que l'on doit la 
formation de la langue française et les premiers poètes 
qui l'ont illustrée ; c'est à la cour de ses princes que fut 
polie cette langue d'Oil que le génie normand conduisit 
de Wace à Marot, de Malherbe à Corneille, de Saint- 
Pierre à Lavigne. Âu reste, ce qu'elle fit pour les arts* 
l'industrie , le commerce , la navigation , les arts de la 
paix et de la guerre, a été généralement apprécié ; mais 



Digitized by Google 



— -178 — 

OU n*a pas assez dit tout ce qu'elle lit pour Vagriculture 

en général et en particulier pour l'élève du chevaL 

Nous n'entrerons pas ici dans le détail des ^éliora- 
tions agricoles, entreprises par les Normands; nous don- 
nerons seulement un aperçu des progrès qu'Us firent 
faire à la race chevaline. 

Voici d'abord les fondateurs de haras ou d' établisse- 
mens de chevaux : les ducs de Normandie avûent des 
haras dans leurs principales possessions, spécialement 
dans les environs de Rouen et deCaeu. Ces princes, con- 
formément à l'ancienne coutume des peuples du Nord, 
avaient, dans leurs domaines, un mareV skall, pour 
présider au soin des chevaux. Cet ofTice de maréchal 
devint quelquefois héréditaire et souvent fournit un titre 
de noblesse à diverses familles, parmi lesquelles on pour- 
rait citer, par exemple , celle de le maréchal de Fenotx» 
Au fief de Venoix, près Caen, était attaché l'emploi de 
surveiller les écuries du duc de Normandie, et, par suite, 
tout ce qui tenait à la récolte des foins que devaient 
fournir au suzerain les grandes prairies de Caen, de Ve- 
noix, de Louvigny, etc. En raison de cet office, le pos- 
sesseur du fief était qualifié maréchal de Fenoix ou ma- 
réchal de la prairie» 

Les Tesson, ces grands propriétaires normands, dont 
on avait coutume de dire que, sur trois pieds de terre, 
deux étaient à eux, avaient établi plusieurs haras dans 
leurs vastes possessions, situées principalement dans le 
Bessin, le Cotentin et le Cinglais. Ces haras étaient 
considérables, renommés en Normandie et en Angle- 
terre. Les Tesson donnaient à l'abbaye deFontenay, doent 
ils étaient fondateurs, la dlmc de leur haras de Ccrny. 



Digitized by Google 



— 170 — 

Les Marmion, si célèbres dans V histoire normande, 
ces fiers champions des rois d'Angleterre, devenus, par 
la conquête, bâtons de Gramworth et de Scrivelsbye, 
avan ni d'immenses haras dans les environs de Caen, de 
Fontenay, de Bayeux. C'étaient là que s'élevaient les 
coursiers de bataille qui décidaient le bon droit , dans 
les temps de chevalerie. Obligés, par leur charge, d'en- 
tretenir un grand nombre de combattans, ils donnèrent 
tous leurs soins à l'élève et au perfectionnement de la 
tace chevalme. Leur nom a droit d*ètre compté parmi 
ceux des premiers hippiatres du monde. 

Roger de Belesme , comte de Shrewsbury, possédait 
de vastes haras dans ses domaines de Normandie et 
d'Angleterre. U passa pour être un des premiers qui in- 
troduisit en Angleterre le cheval espagnol, pour croiser 
les races du pays. Nous avons vu par un des passages 
de Wace ci-dessuâ cité, que, bien antérieurement, ces 
chevaux, et probablement l'habitude de leur croisement, 
étaient connus en Normandie. 

Mais les ducs, les barons, n'étaient pas les seuls à pos- 
séder des haras. Les abbayes, quoique principalement 
occupées de travaux scientifiques et agricoles, avaient 
des établissemens hippiques bien organisés. Elles trafi- 
quaient, même de coursiers de bataille. Il leur en était 
. donné soit par de vieux guerriers qui se faisaient moines, 

soit par des hommes du monde , pour le salut de leur 
âme et de celte de leurs proches» Nous allons citer, à ce 

sujet, quelques extraits de chartes fort curieux, où Ton 
verra, outre la preuve du fait que nous annonçons, dé 
quel prix était un bon coursier : 

v^ Dans ce temps, Roger, fils ^né d'Ëngenald de T Ai- 



Digitized by Google 



- 180 — 

» gle, fut tué. Engenald et sa femme Richvéride, vive- 

') ment ailligés de cette mort, allèrent à Otiche, deman- 
» dèrent et obtinrent les prières et les bontés des moines, 
» pour leur propre salut, ainsi que pour celui de Roger, 
» leur fils, dont ils offraient leckôval,qui était dcu^nind 
» priait à Dieu et aux religieux , pour le salut de l'âme 
» de ce jeune homme. Comme le cheval était excellent. 
If Esnauld en fit la demande et remit, à Beaudric, ses 
» hoiiuues et sa terre de Bauquencey sous raiicicn pou- 
» voir du couvent. C'est ce qui fut accordé. Esnauld re- 
» çut de l'abbé Robert le cheval de son cousin Roger, et 
» remit au domaine de l'église Baudric et toute la terre 
1) de Bauquencey dont il est (|uestion. » 

Goisfroy, fils de Baudry de Monfort, consent à la 
donation que fait son père aux religieux de llaule, 
de divers donKiines et dîmes, etc., et reçoit d'eux, en 
échange, un cheval de 60 sols et une somme de 20 
sols. A cette époque, une paire de souliers valait 6 de- 
niers. 

Ausoid de Maule, en mourant, fit don aux moines 
d'un excellent palefroi^ au lieu duquel Pierre, son fils, 
leur donna la terre de Marcenai et leur confirma les do- 
nations de ses pères. 

Hugues, prieur de Saint-£vro.ut, donna à Goisley un 
cheval de k livres, pour la concession que fit ce sei- 
gneur des terres données à l'abbaye de Maule par Tesza, 
femme de Bernard-]' Aveugle. 

I>e même donne à Guasron, pour une concesssion pa- 
reille, 25 sous et une cmipc de corne. 

Guillaume, fils de Théobald du Moulin, donne et con- 
firme toutes les donations faites par sou pèie à l'abbaye 



Digitized by Google 



— 181 - 

de Barberie, et, pour le dédommager de ces concessions, 

l'abbaye lui donne un cheval. 

Voici i extrait d'une autre charte du quatorzième siè- 
cle, qui prouve Timportance attachée à cette époipxe à la 
possession d'un cheval : 

Louis d'Orbec reconnaît que lui et ses hoirs sont te- 
nus de payei* aux religieux de Friardel 10 sols de rente», 
et pour en assurer le paiement», il engagetous ses biens 
et tous ses meubles, excepté ia prinse de son ç&rp» en de 
son chevaL 

L'abbaye du Mont-Saint-Blicliel, une des plus fameuses 
de la chrétienté, avait un magnifique hara», et ses reUr- 

gieux donnaient un soin tout j[>a,rticulier à l'élève du che- 
val. Nous moûs vu qu*un chevalier leur avait donné sou 
destrier d^Espag^ne; une charte nous apprend que l'ab- 
baye fit présent à Robert de Dully d'un superbe paiefroû 

Palefredum tanto viro dignum. 

A côté de ces établissemens équestres, les Normands 
avaient des institutions propres à développer et à faire 

connaiLre le mérite des chevaux. La cliasse à cheval, 
image de la guerre, était un des grands plaisirs de ces 
temps bdliquem. Les Normands s'y adonnaient avec 
passion ; ils y conviai^t les princes et les seigneurs des 
contrées voisines. Dès le temps de Guillaume-Longue- 
Ëpée, les seigneurs français venaient en Normandie jouir 
des fêtes militaires et des chasses de la cour. 

Guillaume de Poiders, Hugues-le-Grand, et Hébert 
de Yermandois y vinrent vers 935. On lit dans Wace ; 

Hueert ilus de Paris, mult oui grant seignovie 
Httb«rt fu dâ Fiaace prince de clmvaleriei 



Digitized by Google 



— 182 — 



MuU èrcnt gentiz lioms et de grand maïuiUe 
£t duc Guillaume viodreutau dui par cstouUe 
Por joie el por desduit et per veir cMUer. 

Nous avons vn que les courses étaient d'origine celti- 
que. Les Normauds les adoptèrent et les perfectionnè- 
rent Dès avant la conquête, ils avaient des courses de 
bagues et \h exerçaient leurs chevaux à travers la cam- 
pagne, comme le font encore les Anglais de nos jours, 
dans le» chasses au clocher* 

Une charte de 1238 nous fournit un précieux rensei-* 
gnement sur ces anciennes institutions : c*est la conces- 
sion d'une lande accordée par le seigneur aux habitans 
de la paroisse de la Mauife, près Saint-LÔ, pour y eootroer 
imrê chevaux et ûovrir la bafoue. 

Depuis quelques années, un hippodrome est établi 
dans cette même lande, et les descendais de ceux qui 
s'y illustraient autrefois viennent encore y disputer de 
paisibles et honorables lauriers. 

Voici un fragment du fabliau du jongleur d'Ety^ qui 
ttao&snù!^ plusieurs détails intéressans sur la conforma^- 
tion, les allures et la nourriture du cheval au douzième 
siècle. 

Le roi interroge le jongleur, qui loi r^ond par des* 
jeux de moto î 

Encore plus tr^ demandroy ; 
Vcndras-tu ton roncmu iiioi? — 
Siic, plus volonlers que je ledorroy. — 
El pour combien le vondras-lu? — 
Pour tant comme il sera vendu. — 
El pour combien me le vendras?^ 
Pour taut corne tu me dorras. — 



Digitized by Google ■ 



— 183 — 

Et pour combien le mn(f ? ' 
Pour lanl comc je receTrtiy. — 
Est-il jeune,?— Oil assez, 
Il n'eut uncques la barbe rcei.-^ 
Voit-il bien? dis, par àmoUr. — 
Cil, mais pis de nuit que de jour. — 
Mange-t-il bien, ce savez dire? — 
Oil et froment: mon bel doux sire, 
Il mangerait plus en un jour d'à vaine 
Que vous ne frey pas tote la semaine. — 
Beit-ilbien? — Si Dieu vousgard 
Oîl. sire, par saint Léonard : 
A une fois plus d^eau boira 
Que vous tant comc la semaine durra.— 
Court-il bien ei isnelement? — 
Ce demandez toi pour nient 
Je ne sais tant poindre en la r} we 
Que sa teste ne soit douant la cowew — 
Amy, dis-moi, set-il bien trere? — 
Ne vous mentirez, a quei fere ? 
D arbalestre ne d'arc il ne set n'en 
Uncques ne le vil irere, puisqu'il lut mien* 
Passe-l-il bien le pas? — 
Oil il n'est rais gas 
Vous ne troverez sur la loute 
Buef ne vache qu'il redoute. — 
Einble-t-il bien ? dis ton avis. 
Ja de larcin ne lut rupiis; 
Tant com ovec xnoi a esté, 
Ne fat mes de larcin prové. 
Amys, si Dieu vous expleiti 
Je denttikle sll porte dreit — > 
Fet le jogler, si 1>leus me éyt. 
Qui en son Utconcàé serelt, 
Bien pins sne iTenIt repos, 
Que s*il fint moulé snr son doS' — 
Teles paroles sont molt tstos. 
Or me dites se il est sains. — 
Saints» il n*est pas, ce saelies Uen, 
Car s*il fost saints, ne itast pas mien, 



— ^84 — 

Le& Qoirs moines l'auraient tolleiC 
Pour mettre en sacre, il en sereil 
Ainsi corne, autres saints corps Mint 
Pariot le universe mouul, 
Pour j;,'râce avoir, penance fere, 
A toie la gent de la terre.— 
Sainte Marie, ili le roy. 
Cornent paroles tu k moy? 
Je dis sains de gale etsorenz. — 
Répond le jogler al roy : 
Il ne se plaint unques à moy 
De maux qu'il peut avoir en soy 
Ne a autre myr par ma foy. — 
15 el ami, a-t-ll de bons pieds? — 
Uncques n'en mangay, ce sacliez. 
Pur ce ne sais-je si bons suuL 
Ainsi le jongleur lui respount. — 
Entendez donc mieux, Dam ribaut, 
Sont-Us durs, si Dieu Trous saut? — 
Unis sont U Yeiroiment 
Cfline je quideà moft «denl: . 
Il use plus de fefs un mois 
Que je n*en fisse mettre en trois. — 
Dites sll a la langue boneî 
Entre ceci et Lyon sur Rhltee 
lf*a nule meilleur corne je qi^t. 
Car, nncques mensonge ne âàt, 
Nesbioo M||p desoniroisitt, 
Ne direit pour cent marcs d*or Un ; 
811 Tv^yaftt apertement isié 
HauTesté de quelqne manière 
On de larcin par le ps&y 
On homicide qui Tslt pis, 
0ire Roi» ctofare le devea, 
Par lui ne serez 
Respond lewtf : etc. 



CHAPITRE IX 



Bif-Boplife. Les peuples d'Orient. ~ Habomet. — Les Anbes. — 
le ebeviil normaDd et le cheval arabe. 



A Tépoque de remperear Constantiiiy les jeux éqne»^ 

1res et les habitudes cavalières des Romains étaient 
à leur apogée. Tous les chevaux de la terre étaient 
Tenus s'atteler à leurs chars, ou fouler le.saUe de 
leurs cirques , sous la main des plus halnles cavaliers. 
Les écuyers de tous les pays du monde, depuis le Nu- 
mide jttstpi'au Germain, depuis le Grec jusqu'à T Arabe, 
avaient paradé dans leurs cérémonies, dans leurs fêtes 
et dans leurs triomphes. Aussi, les premiers moiuiioens 
que Tart romain consacra dans le nouvel empire d'Orient 
furent-ils des orques et des hippodromes. Le CireuM 
maximuê ou l'Hippodnmie, commracé par Sévère, fut 
achevé pai* Constantm. U tenait tout à la fois du cirque 



— 186 — 

ronuûn, par les proportions, et du stade d'Olynipie, par 
les omemens et les monumens qui le décoraient. Sa ma- 
gnificence était extrême, ainsi qu'an peut en juger par 
les débris qui en restent encore aujourd'hui. 

Remplacement a cinq cents mèU es de long sur cent 
vingt de large ; on y voit cinq colonnes, au milieu des- 
quelles est l'obélisque de Thëbes. Les Turcs lui ont con- 
servé son nom historique; ils. l'appellent : at--mManf 
lieu de la course des chevaux. 

Jamais nation ancienne ou moderne n'eut autant de 
goût pour les courses de chevaux et les spectacles éques- 
tres ; mais ce qu'on y cherchait, c'était, avant tout, la 
pompe, le bruit, le mouvement, non le glorieux et 1 utile. 
Au lieu d'élever euz-mèaies des eamkm^ d'aonéiloror 
les races équestres de leur pays^ ils se conlentident d'a- 
cheter chèrement aux autres peuples les plus beaux pro- 
duits des races étrangères. C'est un signe constant de la 
décrépitude d'un peuple que cet appel à l'étranger* pour 
se procurer à prix d'or le noble eftttesief qtf une nation 
ne doit jamais complètement utiliser qu'à la condition de 
leMrenaitre et de l'élever ^le-mème. • 

De»eiiv0fés de l'eniperenr pareeurîiieiit sans eeaser 

ks meilleurs pays de production hippique, pour y cher- 
cher et y recueillir lea chevaux les plus distingués par 
leoar origitie» leuifs qoAilftéa et leur cooformatioii. hett 
ôootrées eù âs treuvieâeiit à rèrnp^ le plus heureuëeitieat' 
leur mission étaient, en général, la Gapadoce, la PhtY" 
gie et l'Espagne. Deux races ou variétés particulières éà 
eonraers^ étalent surtou^-eff sî gittnée estime, du! temps* 
de Constantin, qu'eUes étaient monopolisées par la cour 
impéris^t et qu'on ne pouvait les obtenir du great domi^ 



Digitized by Google 



nicus^ Quiiaïas du prince, que [yai une permission toute 
spéciale. C'étaient les races paimaeiennes et hcvmo^é^ 
fiimyiet* La première était ainsi appelée du nom de Palr- 
matina, eélèbre éleiraur de Cappadoce, dcMitlee talens bip* 
piques ont immoi Lalisé la Diéaioire. Les meilleurs cou- 
reurs proveuaieuty dit^n, du croisement de ce» chevaux 
avec ka^^amens phrygiennes. 

Déjà, les jeux du cirque, à Rome, avaiaat donné l'éveil 
aux seutimeus d une jalouse rivalité. Les couleurs por- 
tées per les conducteurs de chars patronnés par des dr- 
toyens, des grands, des empereors^ étaient devenues au* 
tant de drapeaux sous lesquels s'enrôlait une jeunesse 
voluptueuse et dissipée. Quatre couleurs étaient spéciale- 
ment adoptées par les coekers du cirque : le blanc* le 
rouge, le bleu et le vert, embltoes des saisons. Le blanc 
représentait l'hiver avec ses neiges ; le rouge, les fleurs 
éclatantes du printemps; le bleu, les fruits* de l'été; le 
vert, ifis pampres de rautoome* Chaque Hvrée avait ses 
cJievauv, ses écuries, ses intérêts, ses partisans; ce qui 
ki lit donner le nom de faction. Dans les courses, quatre 
dm, appartenant ehacua à une faction ditéraite, cou* 
raient ensemble et disputaient le prix ; chaque parti 
se passionnait pour sa couleur ; les empereurs même se 
mèlai«ità.ees cabales, qu'ils souillamt trop souv^ par 
és lèdifts et sani^teB cruautés. Cafignfo prenait fré- 
quemment ses repas dans l'écurie de la faction verte, 
et Vitellius fit mourir des citoyens pour avoir mal parlé 
delà fadâon blme. Mais ce lut svto«t 4 €oii8taatinoj[de 
fae les ndUes rivalités de Tbippodrome se <â»]igèrent 
en (pierelles, en séditions, en massacres. Les victoires 
ducirque cessèrent d'être le but des plus nobles eiSorta, 



Digitized by Google 



— 188 — 

pour devonir le prétexte des plus déplorables excès. 

Quand un peuple est en train de dégénérer, tout, jus- 
qu'à ses plus glorieux instincts, se ressent de sa corrup- 
tion. Les factions» d'abord au nombre de quatre, comme 
nous venons de le dire, se réunir^t en deux partis, ce- 
lui des bleus, veneti, et celui des verts, pkrasinL Cette 
diminution du nombre des factions accrut Tactitité et la 
force de leur rivalité. 11 n'y eut bientôt plus de jalousies . 
privées et de haines politiques, qui ne se couvrissent, 
pour se satisfaire, des deux couieuis opposées des comr 
battana de Tbippodrome. 

L'an hhhft les factions se Hvrërent, dans le cirque 
mênie, à des luttes acharnées et cruelles, dans lesquelles 
il périt un grand nombre de spectateurs et d'acteursi 
KUes allèrent jusqu'à prendre les proportions d'une sér 
dition qui faillit coûter à Ju$$miei% la couronne et la vie. 
La ville fut inondée de sang ; l'incendie mêla ses ravages 
à ceux du glaive ; la guerre civile, avec toutes ses hor- 
reurs, ses duels de frère à frère, de père à fils, ébranla 
jusqu'en ses fondemens le naissant empire d'Orient. On 
vit môme la paix des ménages troublée par intérêts 
frivoles mis en jeu ; car, si, d'après les coutumes grec- 
ques, les femmes n'avaient pas le droit de paraître dans 
les spectacles du cirque, elles n'en iavorisaient pas moins 
de leur influence les factions qui s^'y agitaient. L'empe- 
reur Justinien s'était {Nroncmcé piMu: la faction bleue; 
l'impératrice Théodora s'était déclarée pour la faction 
verte, il ne iaUut rien moins que l'épée.de £élisaire pour 
rompre la trame de ces conspirations our^Ues avec des 
rubans, et se compliquantde ineurtres et de brigandages 
de toute sorte. Les jeux du drque furent interdits pen- 



Digitized by Google 



— ia9 — 

dant quinze années. Ils furent i-établis ensuite et conti- 
nuèrent, pendant la durée de l'empire d'Orient, à influer 
puissamment sur ses destinées. Les auteurs bizantins, en 
racontant l'avènement d'un nouvel empereur, ont tou- 
jours soin de constater pour quelle faction du cirque il 
s'était déclaré. C'était souvent au cirque même que se 
proclamaient les règnes plus ou moins éphémères qui 
marquent les fastes de cet empire de Constantinople. Le 
peuple assistait aux courses de chevaux, quand Justinien 
sè présenta devant lui, la couronne au front, et, dans les 
troubles qui survinrent, ce fut encore au cirque que les 
factions portèrent, assis sur un bouclier, cet Anastase 
dont elles prétendaient faire un empereur. Après la fuite 
de Maurice, la faction bleue sortit de la ville pour aller 
saluer empereur le centenier Phocas. Lors de l'usurpa- 
tion deLéonce,ce nouveau tyran fut proclamé au cirque, 
par les factions, qm delà se portèrent au palais où Justi- 
nien II fut déposé. On voit encore qu'après le massacre 
de Papias, son corps fut porté au cirque, et présenté à 
la foule assemblée. Ën un mot, fallait-il déposer ou élire 
un empereur, fêter un général victorieux, humilier des 
vaincus, combattre ou favoriser les hérésies, célébrer dès 
triomphes, tout cela se faisait au cirque, pendant les jeux 
du cirque, en proiitant de Toccasion des jeux du cirque. 

Du reste, ceux qui remportaient les pm di^utés dans 
ces jeux, avaient l'insigne honneur de s'asseoir, comme 
, les sénateurs, à la table du souverain. 

Tant une nation déshabituée de la gleire se rejetait 
avec ardeur vers le^lmulacre d'anciens triomphes 1 Jl lui 
semblait qu'elle pouvait encore remporter quelc^ues sé- 
rieuses et nobles victoires de Saiamines, si ses acclama- 



— 190 — 

tkm excitaient toujours d'ardens riyaux à dooMer um 

borne olympique, avec de généreux coursiers. 

Quant aux discussloos et aux luttes qui s'engageuent 
à Gonstantinople, sous les couleurs des factions* le goût 
du cirque et des spectacles équestres n'y était, bien en- 
tendu, pour rien. L'homme méchant ou insensé prend 
prétexte de tout pour assouvir de mauvaises ou de foUes 
passions. N'avons-nous pas vu aussi un coin de l'Europe 
en feu, parce que les roses blanches de Windsor et les 
roses rouges de Lancastre ne pouvaient pas être de la 
même couleur. 

Après avoir admiré les honneurs dont on entourait les 
écuyers et les conducteurs de chars, on ne peut plus s é- 
t<mner de les trouver ornés de la pourpre impériale et 
investis du pouvoir suprême. Basile, issu de bas lignage, 
au pays de Macédoine, beau de corps et de visage, adroit 
et brave, expert surtout en équitation, faisait ofidce de 
maître d'écurie à la cour du César Théophilizes. Or« 
Fempereur avait un dieval aussi beau que vigoureux, 
mais farouche et indomptable; nul cavaher ne pouvait 
monter oe coursier ternhie sans être aussitôt renversé. 
Ce que voyant, cet empereur disait et répétait avec tri»* 
tesse : « Je n'ai donc pas un bon écuyer dans mon em- 
pire! » Un joui*enfm, Théophiiizes s'avise d'appeler Ba- 
«ile et de lui proposer de dompter Tindomptable cheval. 
Basile accepte hardiment la proposition. H s'approche du 
sauvage coursier, le flatte de la main, le caresse, lui 
parle doucement; puis, s' enlevant peu à peu, il le monte. 
Une fois Men en selle, il lui lâche légèrement la bride, le 
fouette sans relâche, le laisse courir à volonté pour 
amortir sa fougue, et le ramène triomphalement devant 



Digitized by Google 



— m — 

le monarque émerveillé. Basile devint bientôt grand 

écûyer d* abord et ensuite empereur des Romains. On 
peut remarquer que ce fut peut-être le meilleur et le 
plus grand des souverains Inzantins. 

Plusieurs auteurs rapportent que l'usage des tournois 
s'établit à Constantmople vers la Im du onzième siècle, à 
l'imitation de ceux de France. Cependant, il faut remar- 
quer que, dès l'époque de Théophile, vers 860, les toor- 
nois faisaient partie des jeux du cirque. Voici une anec- 
dote qui ne laisse aucun doute sur ce point. (Nous trai- 
terons d'ailleurs plus amplement cette question à Tar- 
ticle de la chevalerie.) 

On lit dans Zonaie : « L'empereur Théophile ayant 
1» fait plusieurs prisonniers sur les Sarrasins, il s'en 
p trouva un renommé par son habileté dans les armes et 

î) l'écpiitatioii ; il- combat (.aiulans la mêlée ai iiié de deux 
» lances. L'empereur le fit comparaître dans les jeux du 
» cirque et le combla d'honneurs et de présens. Gepen* 
» dant il fut vaincu par l'eunuque Crétéréj qui le ren- 
» versa de sa lance. » 

L'empire bizantin sub»ata mille ans environ. Pendant 
cette longue période de temps, on ne voit pas que la race 
équestre ait joué d'autre rôle que celui de parader, sans 
fruit pour la patrie, dans des fêtes qui n'avaient d'autre 
but et d'autre résultat que la satisfaction d'une vaine cu- 
riosité. C'est à peine si ces solennités brillantes firent 
faire quelques progrès à la science de réquitation ou à 
l'art du harnachement des chevaux. £t pourtant, depuis 
le premier jusqu'au dernier Constantin, que de peuples 
divers ont foulé ce sol trop euvié, qui, comme l'ombrage 
de Mancenilier, semble destiné à endormir, dans une 



— 192 — 

mortelle indolence, quiconque prétend ratteindre e^ eu 
jouir. Le cheval n'aime que les peuples forts ; il est heu- 
reux et fier de Ténergie de son maître; il grandit avec 

lui ; mais il s'énerve et s* étiole chez les peuples dégradés 
et paresseux. 

Gonstantinopleeut à subir toutes les dévastations, tous 
les déchiremens, toutes les divisions, toutes les conquê* 

tes. Les Goths, les Huns, les Perses, les Arabes, les Bul- 
gares, les Turcs» vinrent tour à tour camper sous ses mu- 
railles. Les Francs eux-mêmes donnèrent des lois à cette 
ville qui sHntitulaitla capitale du monde, et qui souvent 
ne posséda en propre que le territoire compris dans l'en- 
ceinte de ses murs. 

Enfin sonna le dernier jour de cette oi^eilleuse cité. 
Mahomet II y entra, en passant sur le corps de Constantin 
Draconès. Sainte-Sophie devint une mosquée, et Thippo- 
drome fut remplacé par TAt-méidan. Mais notre sujet 
nous ramènera plus tard à l'histoire de la moderne Stam- 
boul. Revenons, en attendant, au cheval arabe, que nous 
avons laissé paissant près des tentes de Job. 

C'est au centre de l'Asie, dans la zone torride, trône 
du soleil, que s'épanouissent les fleurs les plus brillantes, 
que s' exhalent les parfums les plus odorans, que mûrissent 
les fruits les plus savoureux, que naissent les chevaux 
les plus parfaits. Concitoyen du musc de Koten, de la 
perle d'Omus, de Tor et des diamans de Golconde, des 
brillantes couleurs qui scintillent sur les soieries et les 
laines orîentales,des douces toisons des chèvres d'Angora, 
des aigrettes flottantes de l'autruche et de Téclatant plu- 
mage du paon de Java, le cheval arabe estau milieu de ces 
merveilles la plus précieuse et la pluscélèbre de toutes. 



Digitized by Google 



— 193 — 

Le cheval était un besoin pour F Arabe. Né sur un sol 
ingrat, sous un soleil brûlant, il prit de bonne heure le 
goût des migrations et des conquêtes. Le cheval et le cha- 
meau devinrent ses compagnons, ses richesses et sa gloire. 
Avec l'un, il traversait le désert qui cuadalL de l'Inde à 
r£thiopie et rattache le golfe Persique à la Méditer- 
ranée ; avec Vautre, il subjugua les peuples répandus de- 
puis les bords du Nil jusqu'aux vallées de l'Atlas, de- 
puis les rives de TËuphrate jusqu'à celles de TËurotas. 
De là, il menaça le. monde entier* 

Nous savons, peu de choses du cheval arabe, pendant 
les siècles qui s'écoidèrent depuis l'époque de fU>h jus- 
qu'à Mahomet. Pendant ce long intervalle de siècles, 
l'histoire du noble animal ne consiste que dans ce que 
nous en avons dit en Tétudiantchez les peuples syriaques 
et les peuples orientaux. Quant aux Arabes, les uns con- 
servaient, suivant d'antiques traditions, le souvenir des 
haras fameux de Sabmon, auxquels ils faisaient remon- 
ter roi igiric de leurs races de chevaux les plus illustres ; 
d'autres donnaient pour père commun à ces nobles ra- 
ces un superbe cheval appelé Mesroor^ fameux dans les 
légendes nationales et appartenant à un ancien chef de 
tribus. 

On ne s'étonnera pas de voir, dans la patrie du cheval, 
les légendes consacrer ainsi les hauts faits et l'impor- 
tance du coursier. L'histoire du cheval Dahis est des plus 
curieuses. Ce poétique héros, plus fameux encore que la 
helle Hélène, fut, pendant quarante ans, la cause de 
guerres que se livrèrent les trU)us d' Abs et de Dhobyan. 
Kinvasch, Arabe de la tribu d'Iarbou, avait une belle ca- 
vale, nommée Djalwa* De son côté, Hant, Arabe de la 

TOV. I. • 13 



Digitized by Google 



— 194 — 

inènie tribu, avait un magnifique étalon, appelé D'iiou'- 
lokkat. Un jour que les jeunes filles de Hant conduisaient 
ce cheval au pâturage, la cavale Djaiwa vint à passer ; 
D*hou*lokkat s'échappa des mains des jeunes filles et 
cmmit auprès dt la belle cavale, qui, à quelque temps de 
là, mit bas un charmant poulain, que Kirwascii nomma 
Dahis. Dahis devint avec le temps le plus beau cheval et 
le meilleur de la contrée. H faisait tout l'orgueil de son 
maître, lorsque Kais, chef des Absides, vint faire une ir- 
ruption dans le camp desfienou-^arhon et enleva les deux 
filles de Kirwasch, ainsi qu'une centaine de chameaux. 
Les guerriers étaient absens; mais il restait encore au 
camp deux jeunes garçons chargés de la garde de Dahis, 
aux jÂeds duquel étaient des entraves de fer. Surpris par 
Fattaque imprévue du chef des Absides, ces deux enfans 
n'avaient eu que le temps de sa u 1er sur le dos du cheval, 
sans lui ôter les entraves, et Dahis, malgré cet obstacle, 
tournait autour du camp avec une rapidité telle que les 
cavaliers envoyés à sa poursuite, ne pouvaient l'attein- 
dre. Cependant, les jeunes captives rappelèrent aux 
enfans que la clef des entraves se trouvait dans sa man- 
geoue. Alors, poussant Dahis de ce côté, ils le. délivré- 
rent de ses chaînes, avant d'aN oir été atteints par Ten- 
nemi. C'est alors que, certains d'échapper à toute pour- 
suite, ils ne craignirent pas de se rapprocher de Kais, 
qui, émerveillé delà vitesse de ce généreux coursier, con- 
sentit à laisser les jeunes lilies et les chameaux pour avoir 
le seul Dahis, avec lequel il retourna dans sa tribu. 

Mais si Kaîs fit avec joie cet échange, on dit qu'il n'en 
fut pas de inùnie de Kirwascii, (jui, à son retour, eut 
beaucoup de peine à consentir à un arangemeut qui lui 



Digitized by Google 



— 195 — 

rendait ses filles et sa fortune et le privait de son bon 

chevaL Voici maintenant le récit de la guerre dont ce 
cheval devint l'objet et la cause. 

Ka& possédait depuis quelque temps Dahis, lorsqu'il 
lut engagé, à son insu, dans un défi contre Hod-llaïfah, 
chef des Benou-Dliobyan, Il s'agissait d'une course entre 
les chevaux de Kaïs et ceux de Hod-Uiû[fah» pour une 
distance de cinquante portées de flèche. Le prix de cette 
course consistait en quatre chameaux, kaïs regretta que 
cet engagement eût été pris en son nom : — « Les défis 
ont rarement une heureuse issue* » disait le sage Arabe. 
— 11 proposa même d'annuler le pari; mais son lival ne 
voulut pas y consentir. — Eh bien ! dit-il, que les condi- 
tions d'une telle gageure soient dignes de nous : la dis* 
tsmce sera doublée, et ce seront vingt chameaux qui se- 
ront le prix du vainqueur. La proposition acceptée, on 
marqua la distance entre Waridat et Dhat-el-lssad, ou 
territoire des Benou-Dhobyan. Le parcourt était coupé 
parim ravin, à l'extrémité duquel on avait creusé un 
bassin, où le cheval aixivé le premier devait bone ci par 
là être déclaré vainqueur. Chaque chef devait choisir 
deux chevaux pour cette lutte. Dahis fut celui qui fut dé- 
signé tout d'abord par son maître pour soutenir, dans le 
double duel équestre, l'honneur des Absides. Le second 
de ce redoutable champion fut la jument nommée Gha- 
bra. On convint d'un délai de quarante jours pour en- 
traîner les couisiers; car cest aux Arabes que l'Angle- 
terre a emprunté un usage sans lequel il n'est pas possi- 
ble d'accoutumer un cheval à de rudes travaux. Le qua- 
rantième jour anivé, on se rendU sur le terrain et le si- 
gnal fut donné. Au départ, les chevaux de Uod-Haïfali 



— m — 

avaient les devaiis. Déjà, il criait à Kaïs : <• Eh bien ! 

n Kaïs, tu es vaincu : ce no sont pas des chevaux de 
n course que les tiens. — Patience, répondit celui-ci» la 
» vitesse des chevaux dans la force de l'âge va toujours 
» croissant ; et du sol ferme, ils vont passer sur un sol 
)) mouvant. » Ces paroles, qui sont devenues proverbiales 
chez les Arabes, furent à l'instant justifiées : les chevaux 
quittèrent un terrain solide pour entrer dans une plaine 
de sable. Alors la vigueur des cousiers de Kaïs l'emporte 
sur la fougue de ceux de Hod-Haïfali, qui étaient plus 
jeunes et qui ne tardèrent pas à être dépassés. Mais une 
odieuse trahison avait été préparée par les Benou-Dho- 
byaii : des hommes cachés dans le ravin s'élancèrent sur 
DahiSf lui barrèrent le passage et ne le lâchèrent que 
lorsqu'il eut été dépassé par ses rivaux. Cependant, tel 
était la vitesse de ce généreux coursier, qu'il ne tarda pas 
à regagner la distance qu'il avait perdue. Déjà, il dépas- 
sait de nouveau ses concurrens ; déjà, il atteignait le bord 
du bassin, quand d'autres Arabes, qui s'y trouvaient 
aussi postés, le retinrent pour ne lui rendre la liberté 
qu'après que le premier cheval d'Hod-Uaïfah eut bu à la 
coupe désignée du vainqueur. 

A cette infâme supercherie, Kaïs et les siens furent 
transportés d'indignation : ils se plaignirent amèrement; 
mais toute réparation leur fut refusée. Que fsdre cepen- 
dant? ils étaient en petit nombre, et la course avait eu 
lieu sur le territoire de leurs rivaux. Ils furent forcés de 
dévorer leur outrage et s'en retournèrent la rage au cœur. 
Bientôt la vengeance suivit Kaïs surprit Aouf, frère de 
Hod-Haîfah , le tua et s'etnpara de ses chameaux. Alors 
s ouvrit une série de représailles, d'assassinats, de nieur* 



Digitized by Google 



— 197 — 

tresy de pillages, qui menacèrent d'entraîner U ruine des 
deux tribus. En vain« de courtes trêves vinrent de temps 
en temps leur donner quelque repos. Pendant quarante 

ans, la guerre la plus cruelle les divisa. Enfin, ce qu'un 
cheval avait commencé, une jeune fille le termina. Les 
légendes racontent d'une façon charmante comment la 
belle llanîça, la plus jeune des filles du chef Hus, fils 
d'Haretha, des Benou-Tay, mit fin à la guerre, en exi- 
geant du vaillant Harith, son époux, la paix des deux trir 
bus, pour prix de son amour. 

Nous ne citerons ])as, bien entendu, toutes les légen- 
des dans lesquelles il est question du cheval, chez un 
peuple ami du merveilleux, doué des plus poétiques in- 
stincts : à ses yeux, tout prenait la couleur et la forme 
des plus brillantes images. Mais, si nous n'osons nous 
permettre de parcourir ces délicieux poèmes qui précé- 
dèrent l'Hégire, et qui nous peignent, dans de si gracieu- 
ses descriptions, les palmiers, les gazelles, les chameaux 
et surtout les chevaux, nous ne pouvons résister au plai- 
sir de rappeler ici le passage suivant d'un livre d'A- 
maou'l-Kaïs, qui vivait près d'un siècle avant l'isla- 
misme, et qui comprenait le cheval comme il est compris 
dans Job et dans Virgile : 

« Avant même que les oiseaux sortent de leurs nids, 
» je saute sur un haut et agile coursier, dont le poil est 
» court et luisant, qui devance les animaux les plus lé- 
» gers et les arrête dans leur fuite. Plein de vigueur et 
1» de force, il se détourne. Il fuit, il avance, il recule, en 
» un instant, avec la rapidité du caillou que le torrent 
» détache et précipite du haut d'un rocher; son poil est 
» rougeâtre etluisant, sesSancs mincesetallongés, il brûle 



Digitized by Google 



— 198 — 

» d'une noble impatience, et dans l'ardeur qui Tanioie, 
» sa voix entrecoupée imite le bruit de l'eau qui bout 
» dans un vase d* airain. Tandis que les coursiers les plus 
» généreux, réduits aux abois, impriment profondément 
n dans la poussière les traces de leurs pas, celui-ci pré- 
» cipite encore sa marche rapide. Le cavalier, jeune et 
>» léger, est infailliblement renversé par la violence de sa 
» course, et il fait voltiger, au gré de ses mouvemens ini- 
» pétueux, les vétemens du vieillard que Fâge a rendu 
» plus pesant. Ses reins sont ceux d'une gazelle, ses jam> 
n bes celles d'une autruche. Il trotte comme le loup et 
» galope comme un jeune renard. Ses hanches sont 
» larges et robustes. Lorsqu'on le regarde par derrière, 
» sa queue toufïïie et qui traîne jusqu'à terre, remplit 
» tout l'espace qui est entre ses jambes, sans incliner 
» plus d'un côté que de l'autre. Quand il est debout près 
» de ma tente, le poli éclatant de son dos est semblable 
» à celui du marbre sur lequel on broie des parfums pour 
» une jeune épouse, au jour de ses noces. » 

Dé ce passage d'Amaou'l-Kafô, il est indispensable de 
rapprocher ce fragment du poète Lébie : 

« Je guide mon cheval vers la plaine : il marche 

n la tète levée, semblable à un pahnier dont les branches 
» portées sur une haute tige dérobent leurs fruits & l'avi- 
»» dité de celui qui voudrait les cueillir. Je hâte sa course 
» et bientôt elle dépasse celle de l'autruche. La selle s'a- 
» gite sur ses reins, Teau coule sur son poitrail, les san- 
)> gles sont baignées de la sueur écumante dont il est 
» couvert. C'est la rapidité de la colombe, qui, dévorée 
') par la soif, fend Tair et précipite son vol vers le ruis- 
9 seau où elle va se désaltérer. » 



Digitized by Google 



Cependant une ère nouvelle va s'ouvrir pour lë cour- 
ber du désert. Mahomet paraît ; la missiou qu'il s est 
donnée est toute guerrière ; il commence par monter sur 
la cavale de l'envoyé de Dieu, en lui promettant qu'elle 

aura part à sou paradis, au jour du grand réveil. 

« Une certaine nuit, je m'étais endormi entre les deux 
collines de Safa et de Marva* Cette nuit était très ob- 
scure, mais si tranquille qu'on n'ontendait ni les chiens 
aboyer ni les coqs chanter. Tout à coup, Tange Gabriel 
se présente devant moL U conduisait EL-Borak^ jument 
d'un gris argenté, dont la démarche est si vive qu'à cha- 
que pas qu'elle fait, elle s'alloiiLre autant que la meilleure 
vue peut s' étendre. Ses yeux brillaient comme des étoiles ; 
elle déploya ses deux grandes ailes d*a%l8 ; mais quand 
je passai la main sur cette jument, pour la monter, elle 
se mit à ruei' et à regimber. Gabriel lui cria : « Tiens- 
» toi en repos; holà, d Borakl n'as^-tu pas de respect 
» pour Mahomet? jamais personne plus honorée de 
» Dieu iic l a mouLce. » — «Quoi donc, Gabriel, » lui dit 
Borak (car Dieu lui accorda le dou de la parole) , « Ibra- 
» him, Tami de Dieu, ne m'art-il pas montée, lorsqu'il 
» alla rendre visite à son fils Ismaél ? » — ~ Gabriel lui ré- 
pondit : «Tiens-toi en repos, ô Borak! c'est ici Mahomet, 
A le iils d'Abdalab ; sa religion est l'ortodoxe; il est le 
» prince des enfans d'Adam, le premier entre tous les 
)) prophètes et les apôtres. » Borak, entendant cela, 
parla ainsi : « 0 Gabriel î je t'en conjure, par l'alliance 
» qui est entre toi et lui, car je n'ose pas m'adresser à 
» Mahomet lui-même, demande-lui donc pour moi que 
» je puisse avoir part à son intercession. » Aussitôt que 
' je lui eus entendu faire cette humble prière, je pris nK)i< 



Digitized by Google 



— 2Ô0 — 

même la parole, sans attendre que Gabriel m'en fit la de- 
mande, et je lui (lis : ; Eh bien donc, tiens-toi en repos, ô 
» Borak I tu am as part à mon intercession, et tu seras avec 
» moi dans le paradis. » Lorsque je lui eus fait cette pro- 
messe, elle s'approcha de moi pour me laisser monter, et 
dès que j'eus sauté sur sou dos, elle m'enleva en l'air à 
perte de vue. 

Sous les pas d'El-Borak, le sable se convertissait en 

or et devenait propre à donner la vie. L'ange Gabriel avait 
aussi uu cheval, appelé Haïsoum. 

Voici conunent Mahomet fait naître le cheval : « Dieu 
appela à lui le vent du sud, et lui dit : « Je veux tirer de 
» toi un nouvel être. Condense-toi, dépose ta fluidité et 
» revêts une forme visible l » Ayant été obéi, il prit quel- 
que peu de cet élément devenu palpable, souffla dessus 
et le cheval fut produit. « Va, cours dans la plaine, dit 
i> alors le Créateur à l' animal, tu deviendras pour Thomme 
n une source de bonheurs et de richesses; la gloire de 
» te monter ajoutera à l'éclat des travaux qui lui sont 
» réservés. » 

Les Arabes ont coutume de dire : « Le cheval est la 
» plus belle créature après Thomme ; la plus noble occu- 

» pation est de l'élever ; le plus délicieux iuiiusement, de 
» le monter, et la meilleure action, de le soigner. » Us 
ajoutent d'après le prophète : « Autant de grains d*orge 
» donnés au cheval, autant d'indulgences gagnées. )> 

L'estime que les Ai abcs portaient au cheval se mon- 
.trait dans tous leurs écrits, dans toutes leurs légendes, 
dans tous leurs préceptes religieux; le monstre apoca- 
lyptique du Coran nous en offre une preuve évidente, 
w Lorsque l'arrêt de leur perte sera prononcé, nous fe- 



Digitized by Google 



» rons sortir de la terre un monstre qui criera : Les iiuiii- 
» mes n'ont pas cru rislamisme ; le monstre aura ceut 
» coudées de long; il courra d'une vitesse extraordi- 
» naire : il aura des crins, des plumes et des ailes. U 
» aura la tète d'un taureau» les yeux d'un porc, les 
» oreilles d'un éléphant» les cornes d'un cerf» le cou 
» d'une autruche» la poitrine d'un lion, la couleur d'un 
» ours, le milieu du corps d'un cluu, la queue d'un bô- 
)) lier et le pied d'un chameau; il sortira de la grande 
» mosquée de la Mecque; il épouvantera la terre de sa 
» voix. » 

Aucune partie du corps du cheval n'est employée, 
comme on le voit» à la formation du monstre : cet animal 
est regardé comme trop noble pour entrer dans un tel 

assemblage. 

Kederli, saint turc, est en grande vénération chez les 
croyans. C'était un admirable cavalier; son cheval est 
placé dans le paradis de Mahomet» avec l'âne de Ba- 

laam , le chameau du prophète et le chien des sept 
Dormans. 

Nous avons dit qu'^à l'époque de Mahomet» la race la 

plus estimée était celle qui descendait des haras de Sa- 
lomon. C'est de cette race que provenaient aussi les ju« 
mens favorites du prophète» qui» à leur tour» ont été re* 
gardées» chez les Arabes modernes, comme la souche de 

leurs principales races. Voici l'histoire de ces jumens 
fameuses. 

La première bataille que livra le prophète ne donne 
pas une grande idée de sa cavalerie : îl n'avait en tout 

que trois cent treize soldats et soixante chameaux ; plus, 
trois chevaux seulement, dont l'histoire a conservé les 



noiW3 et qui étaient : Baredjé, appartenant à Micdad, fils 
d'Amrou ; Yacoun, dont le niaitre fut Zobeir, fils d'Aw- 
wam, et Seïl, jument que montait Marthad, fils d*Aboa 
Marthad. Chn conduisait ces trois coursiers k la main, afin 
de résen'er leurs foi ces pour le moment du combat. 

Mais bientôt on vit le prophè^ sortir des portes de Mé* 
dine» à la tète de vingt mille hommes d*infanterie et de 
dix mille chevaux. Il avait compris que c'était dans le 
cheval que résidait la force de l'empire d'Arabie, et senti 
le besoin de se former une cavalerie puissante. C'est ainsi 
qu'après chaque victoire, il donnait un lot à chaque 
honmie et deux lots à chaque cheval ; de sorte que chaque 
cavalier avait trois parts du butin : une pour lui et deux 
pour son cheval. Mais ce n'était pas tout : l'histoire de 
Mahomet nous fournit encore, dans le fait suivant, l'objet 
d'une plus importante remarque : Mahomet, chaque fois 
qu'il avait à partager les dépouilles de ses ennemis vain* 
cuSt ne manquait jamais de faire une très notable dis> 
tinction entre ceux de ses cavaliers qui étaient montés 
sur des chevaux de pur sang, c est-à-dire provenant des 
races dont la généalogie était suivie dans les familles du 
désert, depuis un temps inmiémorial, et ceux qui n'a- 
vaient pour montuie que des che\auA de race commune 
ou mélangée. 

tt De vraies richesses, disait le prophète, sont une no* 

» ble et courageuse race de chevaux. » 

Après la journée de Monta, il eut à envoyer à la MeCf 
que porter la noaveUe du triomphe. 11 ût partir quatre- 
vingt-quinze jumens; cinq seulement arrivèrent en four- 

nisiiant la carrière saiis s ai rêter. Mahomet les attacha 
s|iéciaiement à son service, et leur lit rendre les plus 



Digitized by Google 



— 203 — 

grands lionneurs. Cette circoiistauce est attestée par la 
tradition et par tous les historiens arabes. On ne varie 
que sur les noms de ces généreuses cavales : les uns les 
noiument : TaneïlTé, Manekeié, Koiieil, Saklaoïiiè et 
Djalfé; d'autres, Nab-D'ha, Noâma, Wadza, Isabhha et 
Ilhezma. 

La renommée du cheval arabe se répandit rapidement 
dans tout l'univers. En racontant les guerres que les pre- 
miers Kalifes soutinrent contre les Romains, les auteurs 
célèbrent « leurs petits chevaux, si ardens, si prompts, 
» si légers et surtout si maniables. » Les Arabes, par un 
traité de paix conclu avec Constantin, s'obligent à payer 
à l'empereur un tribut annuel de 3,000 écus, huit escla- 
ves et huit chevaux de leurs meilleures races. Ceci vient 
encore à l'appui de l'opinion, si accréditée d'ailleurs, 
que les Arabes avaient, dèsl'époqne à laquelle nous fai- 
sons allusion, des races particulières, dont ils soignaient 
attentivement la descendance. Du reste, i] est à propos 
de remarquer ici que l'appellation de cheval arabe ^ 
dans le sens qu'on lui adonné au moyen âge jusqu'à nos 
jours, ne s'applique pas bxol chevaux d'une contrée par- 
ticulière, mais bien à une race spéciale répandue dans 
tout l'Orient, et dont on suivait avec soin la généalogie. 
Au moyen âge, l'islamisme répandit le cheval arabe dans 
toutes les contrées du monde. Les peuples arabes, les 
Maures, les Numides, devinrent bientôt sectateui's de Ma- 
homet; la religion du prophète résumait leurs mœurs, 
flattait leurs instincts et leurs passions. Quatre-vingts 
ans après la mort du Messie conquérant, son empii e s'é- 
tendait depuis l'Egypte jusqu'aux Indes, depuis Lisbonne 
jusqu'à Samai'kand. Sans cette émigration d'Occident 



Digitized by Google 



qui, à la voix de Pierre THermite, iuouda rOrient; sans 
les croisades des chevaliers français et normands, là terré 
entière subissait le joug du Croissant. Valeureux, savans, 
humains, briilans, pleius de grâce et de poésie, montés 
sur des chevaux aux yeux de feu et au cœur de bronze, 
les nouveaux croyans parcoururent en vainqueurs l'Asie, 
r Afrique et une partie de l'Europe. Les monumens qu'ils 
ont laissés, les ruines qu'ils ont faites, attestent leurs 
grandeurs passées. Ce fut non seulement par eux-mêmes, 
mais encore par les peuples qui les combattirent, que la 
race de leurs ciievaux s'iuimortalisa. Les Romains d'a- 
bord, les Francs ensuite, apprirent bientôt à connaître et 
à utiliser le sang précieux de ces coursiers, que l'on ap- 
précia surtout comme régénérateurs des races d'Occi- 
dent; car, par lui-même, le cheval oriental, ainsi que la 
science Ta démontré de nos jours, a moins de résistance et 
de durée que le cheval d'Occident. L'historien Zonare 
nous en donne la preuve dans un passage remarquable : 
« Si l'armée des llomains, dit-il, les eût chassés encore 
» plus loin (les Arabes) , elle eût remporté une victoire 
» grande et mémorable ; car les chevaux des Arabes sont 
*i merveilleusement vifs et légers au départ; mais ils se 
» fatiguent facilement et n'ont pas la durée des che- 
» vaux du Nord. » Zonare était un historien du douzième 
siècle; il écrivail à Constantinople ; il voyait lui-mônie, 
chaque jour, les races les plus belles et les plus précieu- 
ses de l'Orient, et son opinion mérite toute considération* 
Les Croisés ramenèrent d'Orient une immense quan- 
tité de chevaux. Les haras d'Angleterre, d'Allemagne, de 
France, d'Italie, se peuplèrent de ces types précieux aux- 
quels on reporte, peut-être d'ailleurs un peu trop gé- 



■tait. Digitized by Google 



— 205 — 

nérsJement, l'origine de nos bonnes races occidentales. 

Les coursiers d'Orient apportèrent, sans doute, dans nos 
conti'ées hippiques, de grands changemens et de nota- 
bles améliorations; mais le climat, la nourriture, les 
soins, eurent ici leur bonne part d'influence utile. Les 
Croisés qui amenèrent des chevaux orientaux dans les 
marais de la Flandre, améliorèrent sans doute leurs ba- 
ras; mais les produits de leurs «roisemens n'en restè- 
rent pas moins lourds et lymphatiques ; ceux qui intro- 
duisirent l'espèce aral)e dans les champs pierreux du Li- 
mousin ne firent qu'ajouter à l'énergie, à la grâce et à la 
vigueur que le cheval indigène tenait déjà naturellement 
du sol et (lu climat. 

11 pai'ait que les premiers Arabes montaient leurs che- 
vaux nus , à la manière des Numides. Ils n'adoptèrent 
l'usage de la selle que par suite de leurs rapports avec 
les ilomains et les Francs. Au milieu de ces ornemens 
superflus qui forment aujourd'hui l'équipement du che- 
val arabe, on reconnaît, effectivement à la première vue, 
la forme générale du harnais des anciens chevaliers. 

Nous venons de voir que les coursiers arabes avaient 
pour eux la vitesse et l'énergie, mais non la vigueur et le 
fonds des destriers francs, dont la race croisée avec des 
chevaux oiientaux, et soignée avec vigilance et sollici- 
tude, réunissait toutes les quaUtés possibles. Les récits 
des auteurs byzantins ne laissent aucun doute à cet égard. 
On a cherché dans la ballade suivante à faire apprécier 
les divers caractères du cheval arabe du moyen âge et 
du coursier franck de la même époque. 



Digitized by Google 



LE CHEVAL NORMAND ET LE CHEVAL ARABE 

« Ecoutez» vous tous qui vous plaisez aux récits de 
guerre et d'amour, aux rêves de poésie et aux mystères 

des fabliaux qui se chantent le soir autour du foyer, 
quaud le feu pétille et que le vent gémit dans les vieux 
chênes. Voici un lai qui n'a été composé ni par l'Ange- 
vîn, amateur des légendes, ni par le Breton, poète aux 
chants religieux , ni pai* le troubadour provençal à la 
harpe d'or, mais par un fils de la terre normande, où 
ron aime les vaisseaux qui bondissent sur les mers et les 
chevaux qui bondissent sur la poussière, ces deux em- 
blèmes de la vitesse et de la vie. 

» — Que voyez-vous sur la colline de Montfiquet?— Je 
vois un vieux chevalier à barbe blanche, et autour de 
lui trois hls, comme trois branches sur un vieux tronc, 
et auprès de lui trois filles, comme trois roses sur un 
rosier ; son nom est Raoul, et ses fils s'appellent Onfroy, 
Roger et Guillaume ! 

» — Que voyez-vous dans la plaine, où le vent courbe 
onduleusement une herbe grasse et noire, tendre comme 
la rosée des nuits 7 — Je vois un jeune poulain qui saute 
et bondit, ffui s'élance et s'arrête, qui écoute le bruit des 
vents et y répond par ses heunissemens. Sa robe est d'un 
gris fauve , ses formes sont majestueuses et nobles, et 
cependant on voit l'énergie et la vigueur percer dans le 
dessin de ses muscles et dans son œil de feu. Sa mère 
était, dit-on, de la race de Rinfax, cheval de la nuit, et 
son père était l'étalon castillan que montait 6uillaume-le- 
liastard à la journée d ilasting. 



Digitized by Google 



— 207 — 

i> Il a trôis ans et jl n'a jamais évè soumis au travail, 
mais il'Sîut néanmoins que l'homme est son maître et sou 

mm. Oiifroy, le fils aîné du baron, vient chaque jour lui 
donner Tavoine dans sa main , ciiaque jour il lui jette 
autour du cou un ruban de laine et le conduit à la crèche, 
où l'attend le foin odorant des collines ; chaque jour il 
frotte lui-même son corps de torsades de paille ; chaque 
jour il l'accoutume au bruit des trompettes de guerre, 
aux accens du fer contre le fer, aux coups retentissans 
des liachea d'armes et à la vue des enseignes et dest pen- 
nons ilottans. 

» Souvent le jeune poulain reçoit encorè un autre ap- 
prentissage plus gracieux et plus doux : les filles du 
baron et leurs jeunes compagnes l'accoutument à Venir 
prendre dans leurs mains les tendres épis de Torge en 
fleurs, à se laisser tressa par -leurs jolis doigts les 
mèches de sa chevelure noire, à écouter au loin leurs 
voix comme un signal d'amour et de jeux. Mais de toutes 
ces folles beautés, celle qui a le plus tendre soin, du 
jeune coursier, c'est Blanche, fdle du baron de Litteau ; 
il la reconnaît au son de sa voix, au bruit de ses pas ; il 
•la suit de l'œil au sentier des prairies, comme le berger 
rétoile du matin. 

)» Cependant le tombeau du Christ était retombé aux 
mains des infidèles, le duc Kobert appelait à lui tous ses 
fidèles Normands. Les fils deKollon, les compatriotes 
de Tancrède et d'Osmond quittèrent les vallées herbues 
qu'arrose la Vire, et les campagnes fertiles où l'Orne 
roule ses eaux argentées. 

» Oniroy, fils de Raoul, fut chargé de représenter son 
père et sa famille sous l'étendard de la croix ; il parti 



Digitized by Google 



- 2Q8 — 

pour ridumée et eaunena son courBier chéri. — Bon 
voyage aux pieux pèlerins, aux nobles barons, aux fiers 

chevaliers. — IVjn voyac:c aussi à leurs dignes compa- 
gnons, à leurs chevaux bardés, à leurs lévriers jarretés, 
à leurs faucons chaperonnés. Puissent-ils tous revenir 
au toit paternel, au nid de leurs amours 1 Mais, hélas ! 
^us d'un restera en pâture au vautour au front chauve, 
— les vautours sont les corbeaux de ce pays^là. 

» — Sept ans un jour et je revienârai,nia fiancée, avait 
dît Oiilruy il la jeune Blanche. Aussi pleurait-elle, la 
- jeune fille, pleurait-elle que c'était pitié à voir, — à voir 
ses fraîches couleurs fanées et ses yeux gonflés de 
larmes ! Et quand ses compagnes lui demandaient le su- 
jet de ses douleurs : — Je pleure, disait-elle, car le joli 
coursier qui venait manger des fleurs dans ma main est 
parti, et Dieu sait s'il reviendra. 

» La Bithinie était tombée au pouvoir des Normands ; ils 
s'apprêtaient à marcher vers Jérusalem la Sainte, dont 
Robert devait refuser la couronne. Lassés de combattre, 
une suspension d'armes avait été accordée des deux par- 
tis sans avoir été demandée par aucun. Pendant ce temps, 
le chrétien et rinfidèle fraternisèrent et se livrèrent aux 
mêmes fêtes. Spectacle magnifique, lutte de grandeur 
et de génie entre la molle civilisation d'Orient, qui je- 
tait son dernier éclat, et la rude civilisation du Nord, 
qui s'allumait aux feux du soleil. 

» Maisparmiles fêteset les jeux, les joutes et les car" 
rousels, les courses de chevaux et les luttes guerrières 
étaient les plus doux passe-temps. Les Arabes estiment 
l'homme qui a soin de son cheval ; voilà pourquoi ils 
avaient en si haute estime les Normands, qui tous entre 



Digitized by Google 



— fao9 — 

les peuples franes se dîsthigaai^t par leurs beaux et 

vigoureux coursiers et par les soins dont ils les entou- 
raient. 

» Dans tine de ces rômiioDS, plusieurs jeunes Arabes 

s'approchèrent d*Onfroy, qui flattait de sa main l'enco- 
lure souple et nerveuse de son coursier, et Tun d'eux, 
fils du sultan de Bassorah« qui caracolait sur un ma* 
gmfique cheval né dans les plaines de Tlrack, lui dit en 

riant : — Essayons l'un contre l'autre nos deux cour- 
^ers, pour donner à ces nobles seigneurs un spectacle 
digne d'eux : le cheval du vaincu sera le prix du vain-- 
queur. 

» Le sanp^ monta au visage du Franc : il ne put penser î 
sans frémir au danger de laisser son compagnon ûdèle» 
oekû qoL avaient nourri ses sœurs et sa fiancée, à la merci 
d'un fils de Mahomet ; cependant il ne ponvait refuser 
sans honte, car, d'après les lois de la chevalerie, tout défi 
était une dioae sacrée, et ce qu'homme et cheval pou- 
vaient faire, un chevalier le devait entreprendre. — Soit, 
dit-ii, mais nous marquerons un espace de cinq cents 
portées de flèche; ce n'est pas une course de noce que 
nous allons faire; — dans mon pays, nous sommes sou- 
vent un jour entier à la poursuite du loup des montagnes. 

«Douze chevaliers francs, parmi lesquels deux roisàcou- 
ronnes fermées ; douze scheiks, parmi lesquels deux pa> 
chasàtriples étendards, furentpris pour juges cte la lutte. 
On décida que les concurrens partiraient de la porte 
orientale du camp, qu'ils suivraient la colline de Mor- 
pha et descendraient dans la plaine par le pont de Ja- 
cob, puis qu'ils se rendraient à la fontaine des Palmiers 
et reviendraient au camp par la même voie. Cet espace 

T.l U 



Digitized by Google 



— 910 — 

marquait ies cinq cents portées de iléche ; jamais une 
course de YitêBse n'avait été engagée poiir une ausn lon- 
gue distance. 

»'Au'signal donné par le duc Robert lui-rncme, les deux 
rivaux sont partis comme la pierre qui sort de la fronde : 
l'Arabe est assis sur sa haute selle^ ses larges étrîers sil** 
lonnent les flancs 'meurtris de son coursier, les housses 
de soie, lès flottantes aigrettes se mêlent à la longue cri- 
nière que le vent soulève et qui de loin ressemble à des 
ailes agitées. Le roi de la vitesse lève dans l'air sa queuè 
rou^e par le henné; il bondit, il joue avec l'espace 
•comiiie la gazelle qui va paître au^matin l'herbe de l'oa- 
sis. Tantôt la tète haute, les naseaux au vent» les jambes 
-de derrière ramenées sous lui, il lance dans l'air ses jam- 
bes de devant comme s'il ne voulait faire qu'un saut du 
'départ à. l'arrivée. Tantôt baissant la tète au niveau du 
sol, toumatit k droite et à gàudie sa robuste encolure, 
jetant çà et' là un regard fauve, humectant le sable chaud' 
de son haleine, il courbe en voûte sou dos, et soulevant 
avec énergie ses jarrets, qui se détendent ccMmne des 
ressorts d'acier, il montre au loin ses fers, qui semblent 
au milieu de la poussière deux croissans d'argent scintil- 
lant à l'horizon. 

- » Bientôt la course prend ipie allure fougueuse ; le feu 
sort de sa prunelle, le sang jaullit de ses lèvres, ses veines 

se dessinent en rougeâtres arabesques, tandis que la 
dueur jette un reilet bleu sur sa robe d'argent. 11 sem-* 
J^e arokr dans la plaine, et il n'a pas encore accompli 
le quart de sa tâche qu*il a dépassé son rival, aux ap- 
plaudissemens des croyans qui reconnaissent en lui le 
sang de Mesroor et des jumens de Salomon, 



Digitized by Google 



— 211 — 

» Le Franc n'avait pas eu un si brillant départ ; le cour* 

sîer nonnand était arrivé la tête basse : sa crinière était 
reteuue par de gracieux rubans, et d'autres enveloppaient 
sa queue touffue; ses pieds semblaient ne pas se détacher 
du sol, et à chaque temps il semblait, en tombant sur 
ses puissantes épaules, s'enfoncer dans le sable comme 
s'il voulait s'y creuser un lit. Nuls bonds, nuls sauts, 
nulle gaieté, nulle énergie dépensée en perte, tout à pro- 
fit. Ce n'était plus ce destrier superbe, qui portait si 
vaillamment sa lourde armure et celle de son maître : 
c'était une machine mue par un mécanisme régulier, qui 
s'abaissait et se releirait tour à tour comme le balancier 
du jongleur ; ses pieds de derrière chassaient ceux de 
devant comme la main du tisserand chasse la navette 
sor la trame soyeuse des chèvres d'Angora. 

» Le Franc, debout sur ses étriers, vêtu d'un sayon flot- 
tant, portait sur sa tète une légère toque de velours ; 
penchant l^èrem^t son corps en avant, il soutenait 
d'une main ferme la tête de son coursier, dont le cou 
tendu s'allongeait sur Tarène comme la langue aiguë 
d'un serpent 

» Cependant l'Arabe aux pieds légersavidtpik les de. 
vans, et depuis longtemps l'année attentive l'avait perdu 
de vue que l'on voyait encore la haute taille du cavalier 
normand se découper sur le del bleu. Ils courent, les 
nobles coursiers, ils volent plus rapides que les vents, 
plus gracieux que les gazelles , plus ardens que les ti- 
gres, plus fiers que les lions de Barca. L'aigle les suit 
des yeux comme il suit dans les airs la course des mé- 
téores. 

» A la fontaine des Palmiers, le premier qui y arriva ce 



— Ma - 

fut l'Arabe ; il arrêta son coursier^ il descendit, il le flatta, 

il le baisa au iVoiU ; il prit de l'eau dans sa main et en 
rafraîchit ses naseaux brûlans. Il r^arda à l'horizon et 
vit poindre la toque de velours du Normand; il saute à 
cheval et repart à toute vitesse : le fils de Mesroor semble 
avoir des ailes. 

» Onfroy arrive à son tour : il descend, il baigne en en- 
tier les naseaux de son cheval dans la fontaine : il essuie 
la sueur qui inonde son visage, il rajuste la housse légère 
qui a refnplacé les harnais de guerre, etremontant bientôt 
àcheval, il s'écrie en voyant disparaître derrièrela colline 
le brillant Numide : «A moi I à moi le cheval de T Arabel » 

» Avez- vous vu dans l'air le faucon poursuivre la rapide 
hironddle, le bec tendu, les ailes raidies et comme im- 
mobiles tant les ressorts qui les agitent sont tendus ? L'hi- 
rondelle fuit; elle glisse dans l'azur comme ces étoiles 
mystérieuses qui naissent et meurent incoimues. £chap* 
pera-t^Ue aux serres qui la menacent, gagnerar-t-elle la 
première le toit d*où le ravisseur n'oseradt approcher? 
Nul ne le sait... Et la coui*se continue toujours, ardente, 
échevelée; Tune défend sa vie, l'autre cherche pâture : 
deux mobiles qui remuent les mondes. 

» Telle était la course du cheval normand à la poursuite 
de 1 Arabe, car ce n'était pas seulement la main, la voix, 
l'excitation du cavalier qui lui faisaient dévorer l'espace 
avec cette effrayante vitesse : c'était sa propre ardeur, 
sa propre ambition, son orgueil blessé ; lui jadis le pre- 
mier du troupeau dans les jeux de l'enfance, il se voyait 
dépassé par cet audacieux et l^er rival, qui franchissait 
devant lui collines et vallons; aussi son cavalier avait-il 
moins à l'exciter qu'à retenir sa fougue \ ses élans étaient 



Digitized by Google 



— 213 — 

prodigieux : il glissait plutôt qa'il ne marchait, et de 

loin son corps ressemblait à une roue fantastique pous- 
sée par un génie, comme il s'en voyait jadis sur les mé- 
dailles de la Gaule. 

» Ce fut en sortant du ravin des Se])t>RainiersquerA' 
rabe aperçut avec eflroi son redoutable adversaire venir 
se placer à ses côtés ; il enfonça fuiieusement ses étriers 
aigus dans les flancs de son coursier : le noble animal y 
répondit par un élan prodigieux ; mais, de son côté, le 
cheval normand n'avait pas perdu de terrain et le sui- 
vait comme ees fantômes des nuits que le voyagèur at- 
tardé voit se placer à ses côtés, soit qu*il retarde ou 
presse sa marche, l'ombre funeste est toujours lii. Alors 
la crainte s'empara du cœur du Numide ; le camp ne se 
voyait encore; il sentait à la respiration plus vive 
de son cheVal, à son pas moins assuré, à cet instinct qui 
ne trompe aucun cavalier, qu'il était à bout de vitesse, 
tandis que la tète ramenée de son rivai, l'assurance de 
sa marche, son galop ferme et sûr, témoignaient encore 
de son haleine et de sa vigueur. 

» En vain l'infidèle essaya de tous les moyens : il parla 
à son cheval, il rappela par son nom, il lui toucha les 
oreilles du bout de la baguette, il excita ses flancs par 
l'étrier et la bouche par le mors, il vit bientôt son rival 
le dépasser de plusieurs pas et arriver avant lui au but 
marqué par une lance, où flottaient les deux lions nor- 
mands à côté du croissant du prophète. 

)) Des cris s'élevèrent dans le camp français, et les Sy~ 
rienseux-mèmesapplaudirent, car les hommes d'un grand 
cœur, les poètes et les braves se reconnaissent en cela, 
qu'ils aiment la gloire là où elle se trouve, mèuie chez un 



ennemi. Un Arabe applaudit au brave cheval qui le bat, 
comme un guerrier applaudit au beau coup d'épée qui 

lui perce le sein. 

» Selon la loi de la course, le cheval arabe devint la 
possession du croisé et fut donné pour compagnon à son 

noble vainqueur, qui, loin de s'enorgueillir de sa gloire, 
partagea volontiers avec lui l'orge et la paille, qui bien 
des fois leur fit faute à tous deux dans les diverses chances 
de cette terrible guerre. 

» Enfin le duc Robert revint en France chercher des 
fers après avoir refusé une couronne. Onfroy revint avec 
lui et ramena ses deux chevaux, seule récompense de son 
dur exil. Ils débarquèrent à Bailleur, et fmeul long- 
temps à se remettre des fatigues du voyage. 

» Blanche donna encore des fleurs à son cheval aimé ; 
elle tressa encore sa crinière de ses belles inams, non 
plus connue rieuse jeune fille, mais comme châtelaine 
vénérée, femme d'Onfroy, fils de Raoul, preux renommé 
aux faits de chevalerie. Le cheval arabe partagea les ca- 
resses de la dame de Montfiquet avec le cheval normand. 

» Les deux coursiers bondirent ensemble dans les vertes 
prairies du Boccàge ; ils poursuivirent longtemps en- 
semble le chevreuil et le sanglier dans les forêts de la 
vieille Neustrie, et tous deux pleins de gloire et de jours 
moururent sur la même litière à quelques instans l'un de 
l'autre. » 



Digitized by Google 



CUAPlXliL \ 



La ilhevalene. — Le Dei>inei. — Le Roussiii. — Le Palcliuy. — Les 
oCemlnts. — les Tournois. -r- tes Carrousels.-- Clievaiu des Ko- 
Bums. — Chevaux des Légendes. 

i 

Il est un mot qui retentit dans le cœur comme l'accent 

du fer contre le fer, coinnie la voix du bronze des ba- 
tailles, un mot qui rappelle toutes les gloires, tous les 
honneurs, toutes les vertus, et dont T éclat magique, 
après avoir éclairé l'univers pendant dix siècles, jette en- 
core sur la société moderne un brillant et chaleureux re- 
flet. Chevalerie, compagnonnage de la gloire, servage de 
la pitié envers le malheur, de la force au profit de la fai- 
blesse, pacte de respect pour la beauté, union sainte et 
dévouée des liomnies d'élite au milieu du iieurt du 
monde, quelles que soient les souillures dont les terres- 
tres passions ont taché votre bouclier, vous n'en fûtes pas 
moins la plus belle et la plus puissante institution poli- 



216 — 

tique que les iiouunes aient jamais organisée. Vous con- 
fondre avec les cabalistiques confréries de quelques bri- 
gands à châteaux qui avaient renié vos lois, c'est con- 
fondre le fleuve qui féconde ses rives avec le torrent qui 
les ra\ âge. C'est vous qui fîtes sortir le monde de la 
barbarie civilisée et de la barbarie barbare. C'est vous 
qui fondâtes tous les royaumes de l'Europe moderne; 
c'est vous qui proclamâtes Tégalité des droits, la résis- 
tance à l'oppression ; c'est vous qui inventâtes l'hon- 
neur, premier né de la civilisation moderne, sentiment 
inconnu aux peuples antiques, et qui, jusqu'à nos jours, 
est encore, en votre nom, salué sur la poitrine des 
braves. 

Il appartenait au cheval d'être à la fois le symbole et 
rinstrument, le moyen unique, la condition nécessaire 

d'un si grand fait. Sans le cheval, la chevalerie n'existait 
pas. Parcourir des routes diâiciles et rompues, porter 
de lourdes annes et de pesans harnais et surtout se 
transporter promptement d'un lieu dans un autre : tout 
cela n'était possible qu'avec le cheval. Aussi i histoire de 
tous les âges héroïques nous montre^t-elle constamment 
le coursier comme un objet d'un prix inestimable ; aussi 
les légendes comme les poèmes d'Homère célèbrent-elles 
en même temps la valeur deâ hommes et celle des cour- 
siers» 

Toute l'attention, tout le soin des chevaliers se por- 
taient d'abord sur l'élève et l'éducation du cheval. Les 
chartes dos rois, des ducs, des suzerains renferment toutes 
des prévisions et des prescriptions obligatoires sur cette 
importante affîûre. 

« Je concède à tous les chevahers qui défendent leurs 



Digitized by Google 



— ai7 — 

» terres par le casque et par Tépée, la possession sans 
• redevances ni chaiiges, de toutes les terres cultivées par 
» leurs charrues seigneuriales, afin qu'ils se munissent 
» d'armes et de ehevauof pour notre service et la défense 
» du royaume. » > 

Telle était la teneure ou Tesprit de toutes les chartes 
de feudataires, tant en France qa*en Angleterre et en 
Ailemagiie, pendant toute l;i durée du moyen âge. Aussi 
cette époque peut-elle être appelée l'âge d'or de la race 
équestre. Des soins minutieux, des croisemens intelli- 
gens, un dressage complet, donnaient vraiment alors au 
cheval le droit de se nomiiier le noble compagnon de 
l'homme. Soigné par les mains des pages et des écuy^, 
caressé par les châtelaines, accoutumé à ht vie de fa- 
mille, il vivait dans les castds de la chevalerie comme 
sous les tentes de T Arabe* 

Un cheval, une lance, une tour faisaient toute la ri- 
chesse des Francs. Supprimez le cheval de la création et 
vous serez forcé de supprimer huit siicles de l'histoire 
du monde. Le cheval, pendant cette longue période de 
temps, fut toute la vie de l'Ëurope. Un cavalier allait de 
pair avec les souverains. La coutume romaine, ne per- 
mettant l'usage du cheval qu'aux patriciens, avait passé 
dans les Gaules françûses, et la possession d'un che- 
val constituait un droit précieux et sacré. Aussi, a* 
t-on remarqué que les noms qui désignèrent les castes 
nobles dans l'Europe moderne sont tous empruntés du 
nom du cheval ou des fonctions qui lui étaient consa- 
crées: 

Chevalier, du français cheval ; 
Ecuycr^ du latin equus; 



I 



— 218 — 

Marquis^ du celtique marc h, ainsi que nous l'avons 
vu plus haut ; 
Maréchal^ du même mot; 
Margrave^ id.; 

Baron, id. , par le cliaiigeuieni de la lettre 
m en 6; 

ConnétahUf du latin corne» suUruli, chef des écuries; 
Sénéchal^ de Tancien irançûs ^ai (cheralier) et de 

6< iiex^ — quasi sema: e q ues ; 

Cavaleadour^ de l'espagnol cavallo; 

Baeketiw^ bas-chevalier» qui n*est pas encore che?ar 

lier; 

Duc^ dux equitum; 

Prince^ du latin jn^ineeps; premier nommé des cheva- 
liers romains à la revue quintennale* 

Le monde ancien n'avait ])uur ainsi dire connu qu'une 
seule espèce de chevaux, le cheval léger, dont le type 
était le cheval d'Orient : soit qu'il vint de l'Ëgypte, de 
la Syrie, deTEpire ou de l'Espagne, soit qu'il traînât les 
chars de guerre ou la charrue du lahouretir, soit qu'il 
fîit destiné aux courses et aux cérémonies publiqueSf 
riiistoire et les monumens nous le représentent toujours 
le même : c'est à péine si, dans la reproduction de formes- 
constamment identiques, on retrouve la moindre indi- 
cation des modifications résultant de l'influenoe variée 
des climats et de la nature des services ; mais du mo- 
ment que les hommes du Nord vinrent jouer leur rôle 
dans le drame du monde, apparut une race de chevaux 
nouvelle que réclamd^t les besoins d'une société nott* 
velle. 

Quatre espèces diilérentes de chevaux furent surtout 



Digitized by Google 



— 219 — 

en usage dans le moyen âge. Nous tâcherons de les faire 

bien exactement coniiaitie. Le destrier était le cheval de 
bataille ; le palefroy , le cbeval de parade ; le roussiu, le 
cheval de service et de route ; le sommier, le cheval de 
bât, destiné au transport des fardeaux. 

Le destrier, ainsi appelé parce qu'il était habituelle- 
ment mené en laisse» à main droite, par les pages et les 
écuyers, était un coursier de haute taOle, réunissant la 
force à l'énergie et à l'élégance ; on lui donnait aussi le 
nom d*aufcrrant, ckeval d' armes p grand cheval. Ces 

chevaux n'étaient pas, comme quelques auteurs mo- 
dernes Vont prétendu/semblables à ceux qu'inventèrent 

pour leurs guerriers les peintres de l'école flamande. Ils 
n'étaient ni lourds, ni massifs, ni couverts de poil aux 
jambes ; ils n'avaient ni la tête grossière et pesante, ni 
l'œil mort ; ce n'était point ce type abâtardi du cheval 
de trait de notice époque. C'étaient au contraire des che- 
vaux ^gans et superbes, réunissant la plus gracieuse 
élégance et le cachet de sang le plus prononcé, à la haute 
taille et aux formes atlétiques nécessaires pour porter 
des hommes forts, chargés d'une armure de fer et d'ar- 
mes pesantes : c'était le type du cheval normand du Go- 
tentiil et du Bferlerault ; c'était le cheval du Gléveland, 
en Angleterre ; c'était aussi le cheval du Mecklembourg, 
le genêt d'Espagne, des contrées herbues de l'Andalou- 
sie; c'était encore le cheval de chasse anglais moderne, 
et le carrossier demi-sang de la Normandie et du Meck- 
lembouig. Voilà les chevaux que nous trouvons repré- 
sentés sur les anciennes médailles des rois, sur les sceaux 
des chartes, depuis le dixième jusqu'au quatorzième siè- 
cle, et surtout sur la fameuse tapisserie de la reine Ma- 



thîlde, monument contemporain de la conquête, traâH 
tion dont la fidélité ne peut être révoquée en doute, 

quelles que soient les parties de dessin que l'on peut re- 
procher à l'artiste qui nous Ta tiauamise. Ces chevaux 
étaient rares, leur prix était énorme, et on voit à chaque' 
page de riiistoire quelle importance les chevaliers atta- 
chaient à leur ]>ossession. L'un ne peut se rendre à la 
place d'armes, faute d'un bon cheval; — l'autre engage 
ses terres, pour se procurer un bon courber; — le che- 
valier vaincu doit son cheval au vainqueur: — c'est le 
plus beau prix et presque le but de la victoire. Charle- 
magne ne croira Rolland invincible que quand il le verra 
muni d'un bon cheval. £t les rois ne pouvaient accorder 
à un chevalier un don plus précieux que celui d'un che- 
val de bataille ! 

On obtenait les meilleurs destriers par le croisement 
des palefrois arabes et andalous avec les fortes jumens 
de race indigène d'Allemagne, de France et d'Angle- 
terre. Les haras des grands seigneurs et des riches ab-- 
bayes étaient fournis de dievaux orientaux et de chevaux 
d'Espagne, noui ris et conservés dans le but de la repro- 
duction. Quant à l'usage des destriers, les auteurs ne 
varient pas : le destrier est le cheval spécial de la guerre 
et du tournois. 

« Antigonus kardy chevalier combattant et fut moult 
» armé $ur son dettrior» » 

Les chevaux des chevaliers étaient bardés, c*est-à-dnre 
qu'ils étaient couverts d'une armure de cuir ou de fer 
qui les protégeait contre les coups de l'ennemi. En temps 
de paix et dans les cérémonies civiles ou militaires, les 
bardes guerrières étalent remplacées ou recouvertes par 



Digitized by Google 



descapaiMrons de me et d'étoffe, portant les armoiries 

du chevalier. 

« Le cheval de chevalier est en cérémonie ua cheval 
» caparaçonné de soie armoriée ; c'est en guerre un che- 
» vid bardé de cùir ou de fer. » 

Cet usage de barder les chevaux remonte d'ailleurs à 
la plus haute antiquité : Ton trouve des chevaux bardés 
sur les plus anciens monumens* 

Les parties dont se composaient les bardes s'appe- 
laient : girelf kotmc, pistièrc, sambuc, scUc d'arme et 
téêtère. 

n Bien acesmé sur un grand destrier sist qui ol cou- 

» vert et tête et crope et pis. » 

Bien arrangé sur un destrier qui a la tête, la croupe et 
les pieds couverts. 

L'asage des bardes était une marque distinctive du 
chevalier; c'était un droit uniquement réservé à la no- 
Messe. 

La selle des chevaliers était de bois de hêtre et sem- 

biabie aux bâts encore actuellement en usage dans nos 
campagnes ; mais elle était rehaussée d'ornemens et cou- 
verte de housses et de fourrures précieuses; la bride était 
fort ornée et annonçait, par sa richesse, l'état du cheva^ 
lier. Beaucoup de chevaux étaient a [) pelés Brigliadore, 
bride d or. Des clochettes étaient attachées soit à un col- 
lier spécial, soit à la bride, et complétaient l'équipement 
. du cheval. Nous avons vu que cet usage remontait aux 
Romains. Le troubadour Arnold de Marson dit que : 
« Rien n'est si propre à inspirer la confiance au chevalier 
9 et la terreur à l'ennemi. » 

Le palefroi est probablement ainsi nommé du mot teu- 



Digitized by Google 



— 222 — 

tonique pferd, cheval, en bas latin vendus* De palefroi 

d'ailleurs vient prt/^'/>m«Vr, nom donné à celui qui a soin 
des chevaux. Le grand écuyer s^appelait autreiois grand 
palefrenier du roi. On a dit que ce titre, comme beau- 
coup d'autres, ét^dt déchu de son ancienne splendeur : 
on a eu tort; ce n'est pas le noin, c'est la chose qui est 
déchue. Autrefois, le soin des chevaux était réservé aux 
plus grands seigneurs, et dans un pays voism, où le bon 
sens ne manque pas, oh voit encore souvent des grands 
seigneurs panser eux-mêmes leurs chevaux. Mais la va- 
nité et la paresse nous ont fait dédaigner les plus nobles 
coutumes et rabaisser au niveau des travaux purement 
manuels, des occupations qui exigent un très iiaut degré 
de science et d'intelligence. 

Le palefroi était un cheval léger, brillant, gracieux, 
qui servait principalement de monture aux dames. C'é- 
tait aussi un cheval de parade destiné aux entrées des 
rois et princes dans les villes et aux exercices équestres. 
Ces chevaux avaient beaucoup de sang ; tous les chevaux 
arabes et orientaux ramenés par les Croisés étaient des 
palefrois ; on en tirait aussi d'Espagne, du Limousin, de 
la Navarre ; la Lorraine en fournissait d'exc^ens, ainsi 
que la Bretagne et la Normandie. 

« Le palefroi sor coi la dame seist, estait plua blanc 
» que nul Hors de liz , U loraim vaut mile sols pari- 
1» sis. » 

La couleur la plus habituelle des palefrois était cdle 

ordinaire des chevaux arabes, le gris» Ils devenaient 
blancs avec l'âge ; aussi cette épithète est-elle presque 
toujours accolée au palefroi. 

« Lors Lancelot regarde contremont la reine, et voit 



Digitized by Google 



~ 223 - 

» venir ttne damoMU sur un paUfroi bktne qui vient 
» veire elle» > 

Cependant il s'en trouvait de toutes couleurs; ainsi 
nous lisons encore : 

. « Trisian demande à un éeuyer s^U avàii rencontré 
a unedamoiêeUe qui chevauchait eur un palefroi noir, » 
On accoutumait quelquefois les palefrois à marcher 
l'amble, allure plus douce, pour les daines surtout. Nous 
en yerrcms tout à l'heure un exemple dans l^Laidu 
trot. 

Le roussin ou roucin est ainsi appelé de l'allemand» 
cheval, d'où plus tard est venu le tq'me de mépris 
roeee^ mauvais cheval. Le roussin était un cheval trapu, 
fort et commun, dont le service habituel était de porteries 
hommes d' armes d' un lieu à un autre, le destrier ne servant 
qu'au moment deraction« Les roussins portaient halntuel- 
lement les chevaliers en voyage, les écuyers, les pages, 
les varlets. On s'en servait aussi pour le travail des 
champs ét le tirage des bastemes. £n un mot» le roussin 
était, au moyen âge, le type de notre cheval de poste 
actuel, plus ou moins lourd, plus ou moins distingué, 
plus ou moins maniable, selon son origine, sa race et le 
service auquel il était destiné. 11 tenait le milieu entre 
le destrier et le palefroi, d'un cdté, et le vulgaire sommier, 
d'un autre côté. Les roussins avaient queiquelois un très 
haut prix, il y eu avait qui touchaient de bien près aux 
destrier» et qui souvent en tenaient lieu. Cependant una 
difl'érence marquée existait ordinairement entr'eux : en 
elfet, le destrier, auquel il était nécessaire, d'avoir une 
marche tride et relevée, n'allait qu'aux allures régulières 
du pas, du trot et du galop; tandis que le rousân, des^ 



tiné princiiNilemeiit à la i:oule, était iaçonné aux allures 
de Tamble et du pas relevé, seule manière de .voyage à 

cheval vite et commodément, quaiid ou est chargé d'une 
armure pesante. L'habitude des chevaux amhleurs était 
très répandue au moyen âge. Nous avons vu qu'il en fui 
de même aux temps de la Grèce et de Rome ; mais id 
surtout c'était une impérieuse nécessité : le cLevai du 
Nord ne peut aller habituelleoWnt longtemps au galop, 
et le trot est insoutenable avec la position militaire que 
devaient avoir les hommes d'arme du moyen âge. Ces 
allures, d'abord acquises et données au cheval à force de 
soinset au moyen de cordes et d'entraves,sontdevenues, 
dans quelques contrées, héréditaires par la suite des gé- 
nérations. Longtemps T Angleterre conserva précieuse- 
ment ses chevaux ambleurs, que T habitude du trot à 
l'angluse lui fit abandonner* On conoait maintenant en^ 
core les bidets de train ou ambleurs de la Bretagne, et 
les chevaux d'allure ou de pas relevé de la Normandie, 
restes des anciens roussins si estimés des chevaliers. 

Les roussins n'avaient pas la vitesse des destriers, cela 
se conçoit. « Pareevaux monte mr le rouein du variez 
• et il va si grante allure corne il peut de roucin traire^ 
9 si a tant aU, qu'U veU devant Uti le ckevaiier f «t jV» 
» allaUêttr lede$trier, U grand galop» » 

.On tirait les roussins principalement d'Allemagne, 
d'Angleterre, de Bretagne, de Francbç-Comté et du 
Boulonnais. Du reste, toutes les contrées founnssajent 
leurs roussins, et c'était même une chose observée dès 
cette époque, que le cheval indigène résiste mieux aux 
fatigues et aux intempéries des saisons que le cheval im- 
porté. 



Digitized by Google 



Le sommiar était situé au plus bas de l'écbelle des 
races du moyen âge, et pourtant encore que de services 

il était appelé à rendre : c'était lui qui transportait les 
bagages et les marcbandises d'un bout à l'autre de l'Eu- 
rope. Alors point de canaux, de routes faciles, de rou- 
lages, de moyens de transport, si ce n'est dans les con- 
trées maritimes. Dans T intérieur des terres, tous les 
transports se faisaient nécessairement à dos de cheval. 
Qui ne se rappelle ces messagers que l'babitude des voi« 
tores fsût disparaître chaque jour? Qui ne voit encore 
leur panier majestueusement assis sur un bât relevé, et 
leur long fouet pendu sur leur épaule? — 11 restera en-- 
eore longtanps aux abords des forêts un petit cheval 
tout triste, tout frêle, tout maigre, c'est le cheval du 
charbonnier, dernier vestige du sommier d'autrefois. Le 
amnmîer portsdt le bagage des armées : 

« Rostre Gelde et nos hommes fêtes avant haiter 
• £ la preie caehier é li sommiers mener 
» Cels ki sont à cheval fêtes avant monter, » 

Nous trouvons dans la légende de saint Send un trait 

qui a rapport à raaioui extrême que les chevaliers por- 
taient à leurs chevaux. Un vassal ayant un jour, par 
mégarde, tué un beau cheval qui appartenait à son mat* 
tre, fut, par le commandement de celui-ci, mis eu pii- 
son, les fers aux pieds. Saint Serni alla trouver le sei- 
gneur et le pria d'élargir le pauvre prisonnier, mais il ne 
put rien obtenir, ce que voyant, il ressuscita le cheval 
et le rendit à son maître. 
Les chevaliers donnaient des noms à leurs chevaux, 
T. I. m 



Digitized by Google 



— 220 — 

selon Fiisage ancien et la coutume actuelle. La plupart 

de ces noms étaient tirés de la couleur du coursier, 
comme Moreau et Mélaiiie; le noir, la noire; Bayard ou 
BaiUard, le bai. Voici les plus fameux de ceux que citent 
l'histoire et les romans. Abjer, cheval d'Antar ; Babié* 
ca, cheval du- Ciel; Broiford et Floii, chevaux d'Oger- 
le-Danois ; Belche, coursier du liéros allemand Dietleib ; 
Benig, qui appartint à Ilsan ; Viellantîn, Mélanie et Bride- 
d*Or, dont chacun eut pour malU'e Roland, comme En- 
tencendur, Charlemagne; Estome, Perce-Forêt; Falke 
et Rispa, Dieterich von Benie ; Glorifier, Seghelin de Jé- 
rusalem ; Graminund, Yaldabrun ; Grane, Sigurd ; Grin* 
golette, WaleweiU; Grîvet, Froissard; Loëve, Hilde- 
brand ; Miseriou, Gilles de Ghin ; Passebreul et Passe- 
lande, Tristan; Rabican, Boger etBichardet; Bondel* 
Buèves d'Autone; Rusche, Eckehart; Salt-Perdut, Mal- 
quiant; Scheminc, Vidrik; Tachebrun et Gadifer, Gan- 
nelon, etc. 

Nous ajouterons à ces noms fameux THippogriffe, que 
l'Arioste fait voyager par les airs; te cheval de fitst (de 

bois) de Croppart, roi de Hongrie, dans le roiiian de Cléo- 
madès ; le cheval de bois sur lequel Pierre de Provence 
enleva la belle Bfaguelonne , lequel se manœuvrait au 
moyen d'une cheville qu'il avîdt au front et qui lui ser^ 
vait de mors. Il s'appelait Clavilègne ou Chevillard-le- 
Véloce. Ce fut lui que Malambruno envoya au chevalier 
de la Manche, et du haut duquel le bon Sancfao voyait 
la terrt^ tout entière pas plus grosse qu'un grain de 
moutarde, et les hommes qui marchaient dessus guère 
plus gros que des noisettes. 
Gambustan, roi de Tartarie, avait un cheval de bronze 



Digitized by Google 



oonstruit sur le même modèle, et qu'il dirigeait aussi 
daos Fair au moyeû d'une cheville placée dans l'oreille* 
Pacolet, qui était aussi de bois, fut la monture de Va- 

lentin, neveu du roi Pépin. Le célèbre Rossiiiante servit 
de destrier à Don Quichotte, le plus layM des ciievaliers, 
et la jument Alfana n'avait d'autre défaut que celui d'être 
morte. 

Mais le plus célèbre de tous ces chevaux fut le fameut 
Bayard, dont nous allons raconter l'histoire. 
- Bayard» ou plutôt Baillard, qui portait ainsi le même 
nom que Baltosy l'un des chevaux d'Achille, comme 
nous l'avons vu, et que tous les Baillet, très communs 
encore aujourd'hui dans les campagnes, était de couleur 
bai foncée marqué de blanc à la tête, comme son nom 
l'indique. 11 avait été nourri dans File de Brusîau, ([ui 
nous semble devoir être l'ancienne Brislaw, dans le cer- 
cle de Souabe, pays anciennement renommé pour ses 
races précieuses de coursiers. Maugis, fils du duc d'Ai- 
gremont, l'avait élevé et diessé dans le palais de son 
père» en Champagne, et l'avait donné à son cousin 
Renaud. 

Jamais un Usi cheval ne sera ni ne fut oncques, si ee 
iCest Bucéphalus, le cheval nu roi Alexandre-le-Crand, 

Renaud, après avoir tué Régnier, neveu de Tempe»- 
reur Charlemagne, quitte Paris sur son beau cheval 

Bayard, emmenant avec lui ses frères et son cousin Mau- 
gis. Ici, il est vrai, se présente une petit dilFiculté : la 
légende, la tradition, nous représentent les quatre frères 
montés sur Bayard, comme on peut le voir en mamtes 

belles enseignes, portant en exergue : Aux quatre fîU 
Aymon. Qui n'a vu, en effet, ces braves chevaliers, au 



Digitized by Google 



— — 

tasqUe de dragon et aux souliers à la poulaine, montés 
fièrement sur le dos un peu prolke deBayard? Tant que 
dureront les vieUle» iM>mies et les douces uoilnices, on 
n'empêchera pas Bayard de prêter son rein complaisant 
à la fuite des quatre frères. Renaud, d'ailleurs, pour- 
suivi par les chevaliers de Charlemagne, est forcé d'en 
taer trois* pour donner leurs chevaux à ses frères et sou- 
lafçerun peu Bayard. Quant à Maugis, il monte derrière 
son cousin. Dieu veuille les conduire et garder de mal. 

Tant s'en va Renaud* par nuit et par journées, qu'il ar- 
rive dans la forêt des Ardennes. Là, ses frères et lui bâ- 
tissent un château et s'y retranchent. Charlemagne vient 
les assiéger; mais ils se défendent vaillamment, et, dans 
de vigoureuses sorties* font reculer les preux de Vempe- 
reur. C'était dans ces combats qu'il fallait voir Renaud 
monté sur Bayard* et les armes qu'il faisait 1 Celui qu'il 
rencontrait jMmtaît se regarder comme malheureux ! 

Renaud s'empara du cheval de Yon de SainM)nier, 
(ju'il trouva digne d'aller de pair avec Bayard : Dieu 
merci 1 dit^il, nous avons maintenant deux chevaux aux- 
quels nous pouvons nous fier. 

Ne pouvant tenir plus longtemps à Montfort* les quar 
tre frères s'échappent de la place, poursuivis par Tannée 
de Charlemagne. Après une longue course* ils arrivent 
près d'une belle fontaine* où ils font paître leurs che- 
vaux. Pour eux, ils ne trouvent rien à manger. Réduits 
bientôt à la plus affreuse misère, il ne leur reste que 
quatre coursiers* Bayard et trois autres* auxquels ils 
n'avaient ni blé ni avoine à donner. Les quatre cour- 
siers, réduits ainsi à vivre seulement de racines, de- 
vinrent si maigres * qu'à peine pouvaient-ils marcher* 



Digitized by Googi 



— 229 — 

e?[cepté Bayard, qui se portait bien et gaiUardemest, 

vivant iiiieii\ avec des racines que les autres avec la 
meilleure avoine. Cependant les fils Aymon vont trouver 
leur mère, qui leur donne de l'argent et des soldats. 
Avec ce secours, ils ravagent les provinces de France et 
vont offrir leurs services au roi Yon, en Gascogne. Ce- 
lui-ci les emploie dans sa guerre contre les Sarrasins. 

Renaud attaque corps à corps leur roi, nommé Bour- 
gons. Tandis que lesdeux adversaires sont descendus de 
cheval et maixiheat l'un sur l'autre» l'épée à la main, 
le cheval de Boulions veut s'échapper ; maïs Bayard 
court aussitôt après lui^ le prend par la crinière et le ra- 
mène sur le champ de bataille. Les quatre frères ob- 
tiennent du roi de bâtir une forteresse appelée Montau- 
ban. Renaud épouse la sœur du roi Yon. Charlemagne 
fait demander au roi Yon de lui livrer les fils Aymon * 
Celui--ci refuse. Sur ces entrefaites, arri^ |k la cour, de 
Charlemagne, son neveu» Roland, qui, pour premier ex* 
ploit, bat les Sarrasins qiû désolaient le pays de Colo- 
gne, et feit prisonnier leur roi, nommé EseoursauL 
Charlemagne, enchanté de la valeur de son neveu, vou- 
lait le rendre tout à fait invincible.. Il ne s'agissait pour 
cela que de lui donner un bon cheval; mais il ne savait 
comment s'en procurer im. Alors, par le conseil du duc 
de Naismes, il fit publier une course pour trouver le 
meiUeùr cheval de l'armée. Le vainqueur devait avi^ 

une couronyie (Cor, cinq marcs d'argent et cent pièces de 
drap de soie. Le roi ordonna que l'on fît des lices pour 
la coursé de chevaux et qu'on plaçât au haut, le prix de 
la course. Renaud entend parler de cette course que 
veut donner l'empeicur, et l'envie lui prend d'aller jou- 



Digitized by Google 



— 230 — 

ter avec Bayard. Maugis frotta son coudn avec un cer- 
tain élexir, afin de le rendre méconnaissable ; il frotta 
également Bayard avec le jus d'une certaine herbe, de 
manière à le faire paraître tout blanc, comme un vieux 
cheval. Arrivés à Paris, Maugis lia le pied de Bayard 
avec de la soie cirée, pour qu'on le crut boiteux, de telle 
sorte que, quand ils arrivèrent aux lices, chacun de se 
moguer de Renaud et de son vieux cheval boiteux. L'un 
^Usait: (c Vous avez bien fait, vaillant chevalier, d'âme- 
» ner ici votre bon cheval ; ce sera lui sûrement qui ga- 
» gnera le prixl Voilà le vainqueur de la couronne 1 » di- 
saient les autres. Cependant les trompettes donnèrent 
]g Signal et la course commenr;i. Maugis alors délia le 
pied de Bayard. Les autres couisiers étaient déjà. loin. 
Renaud dit à Bayard : Nous sommes en arrière, et si 
vous n'êtes pas le premier, vous serez blâmé. Bayard, à 
ces paroles, fronça les narines, allongea le cou et partit 
comme un trait. Ën peu de temps, il eut dépassé tous 
ses rivaux. Chacun se disidt : « Voyez comme ce cheval 
» blanc court rapidement. Tout à l'heure, il boitait, et 
)) maintenant c'est le meilleur de tous. » L'empereur di- 
sait de son côté : « Grand Dieu! qu'il ressemblerait bien 
» à Bayard, s'il était de son poil I » Quand Renaud fut 
au bout des lices , il prit la couronne et la passa à son 
bras. Quant à l'argent et aux étoiles, il les laissa, puis 
s'achemina vers l'empereur à petits pas. Celui-ci, le 
voyant venir, lui dit joyeusement : « Ami, je vous prie, 
» arrêtez un peu. Si vous voulez ma couronne, vous l'au- 
» rez, et je donnerai tant de votre cheval, qu'en votre 
D vie vous ne serez pauvre. Parbleu I dit Renaud , vous 
» vous moquez : je m'appelle Renaud, et j'emporte votre 



Digitized by Google 



— 231 — 

» couronne. Cherchez un autre cheval pour llolaad ; car 
» vous n* aurez ni votre couronne ni Bayard I » Alors il 

partit comme la foudre. (Hiarleinagne ayant entendu ces 
paroles, en fut si irrité que de longtemps il ne put dire 
un mot. Renaud arriva sain et sauf à Montauban, et 
Gbarlemagne vint Ty assiéger à la tête d*une nombreuse 
armée. Cependant llenaud et ses frères se disposèrent à 
se défendre vigoureusement. Les trois frères disaient à 
Renaud s « Tant que nous vivrons et que nous vous ver- 
» ions monlc sur Bayard, nous ne craindrons ni Cbar- 
)) lemague ui sa puissance. » En elTet, dans chaque ren-> 
controi l'empereur n'avait que du pire ; les quatre frères 
tuaient les meilleurs chevaliers et s'emparaient des che- 
vaux et des enseignes de guerre. Alors Cliarlemagnc ré- 
solut de les avoir par ruse. 11 s'entendit avec h l oi Yon, 
beau-frère de Renaud, qui consentit à les lui livrer. |1 
leur fit entendre qu'ils auraient la paix avec l'empereur, 
s'ils se rendanent dans la plaine de Vaucouleurs, montés 
sur des mules, revêtus de manteaux d'écarlate et portant 
chacun une rose à la main. Renaud y consentit volon- 
tiers; mais ses frères s'y opposaient Ils auraient seule- 
ment voulu être montés sur leurs chevaux, ou du moins 
que Reni^ud fût monté sur Bayard. Quand ils furent dans 
la plaine de Vaucouleurs, mille hommes de la cavalerie 
de l'empereur s'avancèrent sur eux pour les prendre; 
mais Renaud tira son épée et trancha la tête au comte 
d'Aigon. Cependant ils allaient être accablés par le nom- 
bre, Renaud s'écria alors : « Oh 1 Bayard, mon bon che- 
» val, que ne suis-je sur toi, bien armé! je vengerais ma 
n mort avant de mourir ! » Tandis que les bons cheva- 
liers vendaient chèrement leur vie, Maugis, qui était à 



— 232 — 

Montauban, apprend la fâcheiffie position de ses cousins $ 
il monte sur Bayard et prend, avec cinq mille hommes, 
la route de Vaucouleurs. Bayard courait comme un cerf 
pour aller au secours de son maître. Cependant Maugis 
avait rejoint les quatre frères qui combattaient au pied 
du rocher. 11 donna Bayard à Renaud, qui le monta aus- 
sitôt, et ils tombèrent tous sur l'armée de l'empereur» 
qui prit la fuite. 

Cependant Renaud ayant défié Oger, celui-d s'arrêta 
et ils combattirent ensemble, d'abord à la lance, puis, 
ayant mis pied à terre, ils s'attaquèrent l'épée au poing. 
Les chevaux, voyant les maîtres qui se battaient, cou- 
rurent l'un contre l'autre et commencèrent à se mordre 
et à ruer. Oger, qui savait que Bayard était le plus fort, 
courut pour secourir son coursier. Mais Renaud lui dit : 
(t qu'alles-vous faire? ce n'est point avec mon cheval que 
h ^ (JUS allez combattre, mais contre moi. n Renaud re- 
tourna èk Montauban et la guerre continua. Dans une 
rencontre avec Roland, ils mirenttousdeux pied à terre, 
et Bayard, sdon sa coutume, courut sur le cheval de 
lioland et se mit à le frapper rudement, il était d'autant 
plus vigoureux et dispos qu'il avait bien mangé toute la 
nuit. Cependant la guerre continuait, et dans une es- 
carmoucbe, Richard, l'un des quatre frères, fut pris par 
Roland, amené devant Oharlemagne et condamné à être 
pendu. Alors il.dit àl'eippereur : « Sire, vous me tenes 
» prisonnier; mais tant que mon frère Renaud pourra 
i> niOiiter sur Bayard, je ne serai point pendu. » Renaud 
ayant appris comme quoi sou frère Richard avait été 
pris et comme quoi il allait être pendu, fait seller Bayard 
et se rend à la tète d'une troupe nombreuse dans un bois 



Digitized by Google 



— 233 — 

WÉi^ins proche dn gibet de Mofitfaiicony ou Bipus al- 
Isttt pendre son frère. Là il s'endormit. Cependant Ripus 
arriva et se mit en devoir de pendre Riciiard. Voyant 
cela, le bon cheval Bayard frappa du pied l'écu de Re- 
naud et le réveilla ainsi que les auties chevaliers, qui 
^délivrèrent Richard et pendirent Ripus à sa place. « Qui 
#*vons a réveillé? dit Maugis à Renaud ; c'est Bayard! 
« répondit celui-ci. L'excellent cheval! dit Maugis. » 
Cependant Charlemagne, qui croyait Richard pendu, 
s'en vint au devant de Ripus ; mais il fut bien étonné en 
apercevant Richard et ses frères ; il piqua son cheval 
et s'avança vers eox. Bans la mêlée, Renaud jouta con« 
tre Charlemagne sans le connaître: quand il vît que c'é- 
tait lui, il en fut bien fâché et, se mettant à genoux, il 
lui demanda grâce pour lui et pour ses frères. « Je vous 
» donnerai, lui dit-il, Montaubanavec mon cheval Bayard, 
» qui m'est bien nécessaire, et que j'aime le mieux après 
n ines frères et mon cher cousinMaugis : il n'y aaa monde 
»' iin pareil cheval, n L'empereur n'en voulut rien faire, 
et il dit à Renaud de se défendre et 1" attaqua viveiiient. 
Renaud voyant cela, s'empara de l'empereur, le prit par 
le milieu du corps et le mit en travers sur le cou de 
Bayard, mais sans vouloir lui faire aucun mal. Cepen- 
dant Roland vint délivrer Charlemagne. Maugis, à son 
tour, fut pris par Olivier et conduit à Charlemagne qui 
li^eondamna à être pendu ; mais il s'échappa durant la 
nuit et rencontra Renaud qui le cherchait. Bayard le 
sentit et commença à hennir bien fort et à aller vers 
Maugis, malgré Renaud qui, ne le reconnaissant pas, 
lui cria : « Vassal, qui èteskvousf » Le cheval avait mieux 
deviné que l'ami 1 Comme la guerre ne finissait pas, 



Digitized by Google 



— -234 — 

M£Migis entreprit de la terminer tout d'un coup» par sor- 
cellerie. Il s'en alla dans Técurie, détacha Bayard, 

monta dessus, sortit de Moiuauban, alla a la tente du 
roi, qu'il charma ainsi que tous ceux de l'armée; il se 
saisit ensuite de Tempereur, le mit sur Bayard, puis il 
ramena dans Hontauban et le coucha dans son lit ; après 
quoi, il fut se rendre ermite pour sauver son âme. Cepen- 
dant lienaud domia la liberté à dharlemagne et le fit re- 
conduire honorablement sur Bayard. Charlemagne, ne 
voulant pas absolument accorder la paix aux quatre fils 
Aimon, fit presser le siège avec vigueur» si bien qu'ils 
furent réduits à une affreuse famine; après avQÎr con- 
sommé tous les vivres de la place, ils en vinrent h 
manger leurs chevaux, et ils les mangèrent tous, jus- 
qu'au dernier , excepté toutefois Bayard. C^ependant 
Renaud voyant sa femme et sea enian^ prêts à expirer de 
besoin, consent à tuer Bayard. Ayant été à l'écurie, il le 
trouva qui poussait un grand soupir. Quand il vit cela, 
il dit qu'il aimerait mieux mourir que de tuer Bayard. 
Cependrât, comme ses enfans allaient mourir, il se ren- 
dit près du duc Aymon, son père, et lui demanda des 
vivres : Aymon lui en accorde ; il charge Bayard de 
pain et de viande fraiche. Bayard portait plus que n'eus- 
sent fait deux autres chevaux; niais le vieux AymoQ 
ayant été repris par l'empereur de fournir des vivres à 
ses eniaus, leur état devint biea pire qu'auparavant. 
Alors Renaud retourna à l'écurie » pour tuer Bayard { 
mûs l'idée lui vint de le saigner seulement ; ils prirent 
le sang, ce qui les soutint un peu. Cependant ils ne pou- 
vaient plus résister davantage, quand ils découvrifent 
un souterrain qui conduisait dans la campagne. R^aw} 



Digitized by Google 



sortit avec sa femme , ses fils et ses trois frères, em- 
menant Bayard avec eux ; de là, iis se réfugièrent eu 
Dofdogne, où ils furent de nouveau assiégés par Charles 
magne. Cependant l'empereur, menacé par les barons 
d'être abandonné par eux, consent à faire la paix avec 
les quatre chevaliers» pourvu qu*on lui livre Bayard» 
Renaud acquiesça au désir de Gharlemagne et livra 
Bayard au duc de Naismes. L'empereur ordonna que 
chacun décampât pour s'en aller au siège de Liège ; en 
passant sur le pont de Meuse ^ il fit amener Bayard* le 
bon cheval de Renaud, et quand il le vit, il lui dit : «Oh t 
» Bayard, tu m'as irrité bien des fois, mais je suis venu 
» à bout de me venger 1 » Alors il lui fit mettre une pierre 
au cou et le fit jeter pardessus le pont delà rivière de 
Meuse. Bayard alla au fond. Quand le roi vit cela, il en 
eut grande joie et dit : Voilà tout ce que j'ai demandé : 
eufm le voilà détruit; mais Bayard frappa tant des 
quatre pieds, qu'il vint à bout de se débarrasser de la 
pierre et il revint sur le bord ; il se mit à hennir hau- 
tement, puis prit sa course avec tant de rapidité, qu'il 
semblait que la foudre le poussât. Il entra dans la forêt 
des Ardennes. Gharlemagne, voyant que Bayard était 
échappé, en fut très irrité; mais tous les harons en fu- 
rent bien contens. Beaucoup de gens disent que Bayard 
est encore vivant dans le bois des Ardennes ; mais que, 
quand il voit homme ou femme, il fuit et on ne peut l'ap- 
procher. 

Une forêt en Brabant porte le nom de Meerdael, vaL* 
lie du cheval, à cause , ^t-on , du fameux Bayard. On 

voit encore dans cette forêt la crèche du célèbre cour- 
sier, ainsi qu'une tiès grande pierre qu'il frappa, dit-on,^ 



— 836 — 

de ses pieds si rudement, qu'elle en a conservé T em- 
preinte. Près de la forêt, est le village Ëygenhoven, ha^ 
bitatûm du cheval» Les armoiriès de ce village repré- 
sentaient Bayard portant les quatre fils Aymon. On 
trouve, près de Dinant, la roche à Bayard. Une foule de 
villes ont pour enseignes de leurs hdtels ou pour noms 
de rues : (es quatre fil$ Aymon, 

De même que les chevaux de Pallas et d'Ilippolyte, 
les chevaux des chevaliers s'associaient à la douleur de 
leurs maîtres. Bans le poème breton de Lez-Breiz, le 
cheval du héros est resté à garder sa tombe. 

s. 

Or, il y avait sept ans un mois que son 
Bcoyer le cberciiait partout. 



Alors il entendit à l'extrcDiité du bois 
Les bennissemens plaintifs d'un cheval. 
Et le sien incttani Je nez au vent y 

Répondit en caracolant. 
Arrivé à l'extrémilé du bois, il recenuut 

Lo clieval noir de'Lez-Breîz. 
11 était près de la fonlainc, la tOte j>euctiéc; 

Mais il ne paissait ni no buvait. 
Seulement il flairait le gazon vert 

VI il ^'rattaitavec les pieds. 
Puis il levait la téte et recommençait 

A benntr lugubrement. 
A bennir luguhn nn-iu, quelques-uns 

Disent qu'il pleurait. 

Marie de France a développé cette idée dans le lai de 
Gradlon-Mear. 

Son destrier qui d'eau l'cliappa. 
Pour sou seigueur i^rauU deuil uicna. 



Digitized by Google 



— Î37 — 

En CCS forêts fit son retour, 

Ne fut en paix ni nuit ni jour; 

Des pieds gratta, forlinent liennit, 

Par la contrée fîit ouï. 

Prendre cuident (le veulent) et retenir; 

Oncques nul d'eux ne 1 put i>atsir. 

Il ne voulait nu fui atendre, 

Nul ne le pul lacier ni prendre. 

Moult longtemps après ouît-on. 

Chacun an, en cette saison 

Que son ^re partit de lui, 

8t noise et la frcnte (baninement) et le cri 

Que le boa ebeval demeDait 

Peur floa sire que perdu avait. 

La religion chrétieuue n'a pas dédaigné de faire en- 
trer le cheval dans ses mystérieuses légendes. 

Les chevaliers de la milice céleste étaient saint Geor- 
ges, patron de l'Angleterre; saint Martin, saint Jacques 
de Matamores, patron d'Espagne; saint Michel, patron 
de Normandie ; saint Paul-le*Gentenier et saint Maurice» 
le chef illustre de la légion Thébaîne. Presque tous ont 
eu des ordres de chevalerie placés sous leur invocation. 
L*ordre de Saint-Michel fût longtemps un des plus no* 
bles du noble royaume de France. 

Jean, le solitaire de Pathmos, dans son apocalypse, 
fait monter à cheval Fange de la mort : 

« Après cela, je vis que l'agneau avait ouvert un des 
A sept sceaux, et j'entendis un des quatre animaux, qui 
» dit avec une voix co]iiiue un tonnerre: Venez et voyez, 
» et en même temps je vis paraître un cheval pâle, et ce- 
9 lui qui était monté dessus s'appelait la mort. » 

Plus loin, l'homme de IMeu dit encore : « Je vois aussi 
» des chevaux dans la vision, et ceux qui étaient montés 



— i3« — 

» dessus avaient des cuirasses comme de feu» d'Jbyacinthe 
» et de soufre, et les tètes des chevaux étaient comme 
» des tètes de lions, et il sortût de leur bouche du feu, 

» de la fumée et du soulre. » 

L'origine des tournois est inconnue. Ce sont de ces 
institutions sans date positive, qui se forment, à chaque 
période nouvelle de civilisation, des débris des institu- 
tions passées. La plupart des historiens en font honneur 
à la France. Pour nous, nous pensons que les tournois 
sont un souvenir de ces jeux équestres aussi anciens que 
le inonde, passant d'Egypte en Grèce, de Grèce en Italie, 
que les Komains appelèrent plus tard jeux troyens, et 
qui occupent une si grande place dans Thistoire de Tem- 
pire d'Orient. Les historiens, en rapportant l'anecdote 
où TArabe, combattant avec deux lances, est vaincu par 
un eunuque de la cour de Théophile, ne paraissent voir 
dans ce fait d'autre circonstance remarquable que celle 
des deux lances de l'Arabe; quant au combat en lui- 
même, vraie passe de tournois, ils semblent le regarder 
comme un détail ordinaire des fêtes du cirque. Or, Théo- 
phile viv^t vers l'an 8S0, àO ans avant que Louis-le- 
Débonnaire eiablil les tournois en France, en 870. De 
leur côté, les Maures d'Espagne f^ûsaient des tournois, 
bien avant cette époque, un de leurs spectacles favoris. 
Il est certain, toutefois, que ce fut en France que Fin- 
stîtutîon prit toute son importance, et cpi'elîe y jeta un 
immense éclat sur la chevalerie du moyen âge» Les Al- 
lemands, au reste, Tadoptèrent de bonne heure, et 
Henri I", dit l'Oiseleur, l'introduisit dans ses Etats, Fan 
930. Guillaume~le-Conquérant la popularisa en Angle- 
terre, où elle s'était déjà introduite pendant la période 



Digitized by Google 



— 239 — 

saxonne* GeofiOroi de Preuilly* mort en 1066, rédigea les 
réglemens des toomois. Cest ce qui Ten a fait regarder 
comme Finventeur pai (quelques écrivains ignorons ou 
distraits. 

Le nom de tournoi vient du latin tomeàmentunk et 

rappelle les jeux troyens décrits par Virgile, où le jeune 
Jules imitait, en se jouant, les tours et les détours du la« 
byrintlie de (a-ète. 

Voici la description des toumcMs français, sur lesquels 
se modelèrent tous ceux de TEurope. Lorsque le prince 
ou le haut baron avait projeté uû loumoi, li le faisait 
annoncer par toute la province, par tout le royaume, et 
même quelquefois dans les pays étrangers. Bes servans 
etdespoursui^ans d'armes couraient ainsi les villes et les 
châteaux en criant : a Or oiiez, or oiiez, or oiiez 1 — On 
» fait savoir à tous puissans princes, ducs, barons, cbe^ 
n valiers, à qui Dieu donne vie, que tel jour du mois, en 
» tel lieu, telle place, se fera grandissime pardon d'ar- 
» mes, et très noble tournois, Irappé de niasses de me- 
» sure, espées rabattues, etc., ainsi que de toute ancien* 
» neté est de se faire. Duquel tournois seront chefs très 
» hauts, etc., et audit tournois il y aura de nobles et 
» dignes prix donnés parles dames etdamoiselles. Outre, 
» seigneurs, vous êtes tenus de vous rendre quatre jours 
» avant le combat, pour pendre vos blasons aux fenê- 
» très ; voici les armes dont vous serez armés, etc. » 

Les lices étaient un quart plus longues que lai^, et 
palissadées de coeur de chêne; la pallissade de dehors 
beaucoup plus haute que celle du dedans. 

La veille du tournois, les hérauts revêtaient leurs 
cottes de mailles, et, tenant leurs verges à la main, se 



— 240 — 

rendaient dans les lieux publics en répétant leur cri: 
Or oiiez , or oiiez , or oiiez ! On fait savoir pour le 
jour de demain , etc. ; puis on suspendait les armures 
et les armoiries des prétendans ; ensuite les juges du 
camp conduisaient en cérémonie les dames et damoisel- 
les, trois fois à l'entour, afm qu'elles connussent les 
chevaliers qui devaient entrer en lice. Si dans le nom- 
bre il s'en trouvait quelqu'un qui eût médit des da- 
mes, l'offensée n'avait seulement qu'à toucher son cas- 
que, le lendemain il était sévèrement puni, ainsi que 
ceux qui auraient encore commis des crimes plus a- 
troces. 

Le chevalier convaincu d*un crime était battu, jusqu'à 
ce qu'il eût dit : « donne mon clievtd. » Alors on 
coupait les sangles de sa selle et on l'affourchait sur les 
barrières de la lice. Celui qui avait mal parlé des dames 
était battu jusqu'à ce qu'il criât : « Merci aux dames » , et 
qu'il promît de n'en plus mal parler. Lorsque les dames 
craignaient que la chaleur du combat ne dût entraîner 
trop loin les tournoyans, ou que les coupables ne fussent 
trop châtiés, elles nommaient un chevalier d'honneur et 
lui donnaient une de leurs coiffures magnifiquement 
ornée, afin qu'il l'a plaçât au bout de sa lance. C'était sa 
marque distinctive, et tout combat devait cesser alors 
qu'il abaissait le couvrechef de merci, vers l'écu du che- 
valier frappant. Quand les dames étaient assises, les 
trompettes sonnaient au dehors pour appeler les tour- 
noyans. Bientôt arrivait le seigneur appelant, qui défi- 
lait avec ses gens, sous les galeries. A son entrée dans 
la lice, il faisait demander aux juges quelle place on lui 
assignait. On lui donnait un des côtés. — Les défendans 



— 441 — 

arrivaient à leur tour; ils se rassemblaieut et venaient se 
placer dans la lice vis-à-vis des tenans. 

Les hérauts répétaient leur cri : Or oiiez, or oiiez, or 
oiîez ! Largesses, preux dievaliers. Alors on coupait les 
cordes et le combat s'engageait. Les varlets avaient l'of* 
fice, pendant le oombat, de relever les blessés, on de les 
protéger avec des iùts de lance de deux brasses qu'ils 
portaient à cet eiTet. 

L(»rsque le combat avait assez duré, les trompettes 
sonnaient la retraite, et les h^uts criaient : Or oiiez, 
or oiiez î Chevauchez bannières ! dépai tez vos rangs ! 

Le soir, le chevalier d'honneur rendait le couvrechef 
de merci, puis on donnait le prix au vainqueur, qui le re- 
cevait à genoux. 11 embrassait les dames et les demoi- 
selles, si c était son plaisir. 

Bans les tournois à plaisance, il était défendu de se 
servir de la pointe ; on ne pouvmt frapper que du plat ou 
du taillant, qui était rabattu et éinoussé, et seulement de 
la ceinture en haut. 

Les novices, bacheliers, varlets et damoiseaux com- 
battaient avec des épées peintes et des lances de sapin. 
Les combats à outrance avaient lieu à fer émoulé, à épées 
tranchantes et poignantes, avec brasses d'acier aiguisées* 

La haute utilité des tournois est incontestable pour Fé^ 
poque où ils avaient lieu : c'était d'abord une école de 
guerre. Les chevaUers apprenaient, dans ces jeux terri- 
bles» k attaquer et à se d^endre ; à monter solidement à 
dbeval ; à doubler rapidement le croupe de l'adversahre ; 
à supporter, sans plier, le ciioc des lances, des haches 
d'armes et des lourdes épées. Ce fut le principe du ma- 
nège militaire, tel qu'il s'est perpétué jusqu'à nos jours, 

T. 1. w 



Digitized by Google 



— M2 — 

•en possfttit par la filiation des briUans carrousels, jevx 

moins sanglans et plus appropriés aux changeinens sur- 
venus danâ les mœurs publiques. 

C'était aussi un moyen déjuger le mérite et la race 
des coursiers. Avoir paru avec distinction dans plusieurs 
passes d'armes était une haute recommandation pour im 
•destrier. Il acquérait ainsi cette valeur idéale que donne 
aux chevaux du désert le voyage de la Mecque, et aux 
chevaux de notre époque les victoires de l'Hippodrome. 

Déjà^ les tournois proprement dits n'étaient plus 
qu'une de ces vieilles instituti<ms qui ne se maintiennent 
que par la force de l'habitude, quand la mort de Henri II 
les fit irrévocablement abandonner. 

L'invention de la poudre, les cbangemens survenus 
dans les habitudes militaires leur avairat ôté toute leur 
importance. La force et le courage d'un ou plusieurs 
chevaliers ne décidaient plus du sort des batailles. Les 
tournois enfm n'étaient ])lus qu'un usage et non un be- 
soin ; et, nous l'avons déjà remarquét à Thonneur de 
l'esprit humain, les institutions en apparence unique- 
ment consacrées au plaisir disparaissent de chez un peu- 
ple à mesure qu'elles perdent le caractère d'utilité qui 
est toujours leur seule raison d'être. G'estainsi qu'étaient 
tombÔL'S les coui'ses de chars, chez les anciens, à. mcsuie 
que l'on oublia l'usage de combattie sur des chars ; c'est 
ainsi pareillement que s'étaient évanouis les combats de 
gladiateurs, qui, tout affreux qu'ils étaient, eurent long- 
temps leur utilité, chez les Romains, auxquels il impor- 
tait à un si haut degré de se servir habilement de cette 
<x)urte épée que pendant mille ans» la victoire suivit d'un 
bout du monde à l'autre. 



Digitized by Google 



— 243 

Cependant les tournois établis en France existèrent 
eaeore qnékiiie temps dans les autres contrées de TEu* 

rope. L'impératrice de Russie en fit célébrer un en 1766, 
et la comtesse Orloff un autre, à Moscou, en 1811 ; un 
excès d'excentricité britannique en ût essayer un dernier 
à Eclington, en 18A0. Mais, en marchant à rencontre 
des mœurs et des habitudes de son époque, en rebrous- 
sant trop rudement le cours des siècles, il est très diffi- 
cile, sinon impossible, de ne pas être près du ridî<^ 
cule. 

Si, comme nous l'avons dit, les tournois eussent cou-, 
servé leur utilité, ce n'eût pas été la mort d*un roi qui les 
eût fait supprimer; les jeux équestres ne disparurent 
d'ailleurs pas avec eux. Le combat d'homme à homme, 
trop souvent funeste, fut remplacé par des passes sa- 
vantes, des airs de manège étudiés, des courses de bague 
et autres exercices gracieux, qui, tout en continuant de 
donner à la jeunesse française T occasion d'étudier à fond 
Téquitation et la science des armes, forma le plus at- 
trayant et le plus pompeux des spectacles. 

L'étymologie de carrousel se trouve dans le mot latin 
currus, char, en celtique karr, La dénomination de car- 
rousel fut appliquée primitivement à ces cérémonies 
antiques où paradaient des chars et des cavaliers, où vin* 
rent briller successivement les pompes de l'Orient, les 
richesses de l'empire romain, la galanterie des peuples 
maures. Nous avons parlé de ces fêtes lorsque Toccasion 
• s'en est présentée; nous n'avons à prendre midntenant 
les carrousels qu'au moment où ils se renouvelèrent 
pour remplacer les tournois et jeter un vif éclat sur Té- 
quitation moderne, qu'ils ont contribué, comme nous 



Digitized by Google 



— 2i'i — 



le verrons, à porter au. plus haut degré de petfeetion. 

Voici, d'après les auteurs, la description é*m car- 
rousel. 

On y considérait : 

Le mestre de camp et ses aides ; 

2" Les cavaliers composant chaque quadrille ; 

S" Leurs cartels, leuxs noms, leurs iiabits, leurs de- 
vvises, leurs armes, leurs machines, leurs pages, leurs 
esclaves, leurs valets de pied ; les estafiers, leurs chevaux 
et leurs ornemens ; 

à"" Les personnes qui font jouer les machines, celles 
qui figurent dans les récits et^qui exécutent Ja musique; 

^ Les différentes courses quefont les cavalierset pour 
lesquelles on donne les prix. 

^ Le nombre des quadrilles est de quatre au moins, et 
de douze au plus. Chaque quadrille est composé de qua- 
tre cavaliers, quelquefois de six, huit et douze, non com- 
pris le chef. 11 y a deux sortes de quadrilles, le quadrille 
des t^oans et celui des assaillans. Le quadrille des te- 
nans est le plus considérable. 

Les tenans sont ceux qui ouvrent le carrousel et qui 
fout les premiers défis, par les cartels que les hérauts 
. publient. 

Les assaillans sont ceux qui répondent aux cartels. 

Les cartels se font au nom du chef de quadrille. Ils 
' contiennent ordinairement : 

Le nom et l'adresse de ceux que les tenans envoient 
défier, — la cause du combat, — les propositions qu ils 
veulent soutenir les armes à la main, — le lieu et le mode 
du combat, — le nom des tenans qui envoient le défi ou 
les cartels. 




Digitized by Google 



— 246 — 

tes exercices et les jeux équesti*es usités dans les car^ 

tels sont les suivans : 

Les courses contre la quintaine, — le combat à clie- 
vidv — la course des tètes, la course des bagues, et iar 
foule. 

La (juiûtaiue était autrefois uu automate, loriné d'un 
tronçon de l^ois taillé, représentant une figure d'homme 
armé de toutes pièces et monté sur un pivot. Cet auto- 
mate devait être touché au Iront et au cœur; s'il l'était 
ailleurs, ses ressorts étaient disposés de telle façon qu'il 
tournait rapidement sur lui-même et venait frapper l'as* 
saillant d*un coup de plat de sabre ou d'im sac de terre. 

Ce jeu remonte à une hante antiquité. Nous avons vu 
qu'il était en usage chez les ilomains ; on l'appelait aussi 
jeu du pal, poteau, ou jaquemard. Dans plusieurs con^ 
trées de France, on appelait encore naguèrcs Icjaqœ^ 
mard un poteau de bois orné d'un bouclier liché enterre 
sur lequel on s'exerçait à tirer au blanc. 

Quoique la quintaine paraisse avoir été introduite dans 
les carrousels par les Italiens, elle existait néanmoins, 
très anciennement en France, comme coutume seigneu* 
riale« £lle servait à exercer la jeunesse des campagnes au 
maniement de la lance et à l'équitation. On voit dans le 
roman des quatre fds Aymon, que Cliarlemagiie, avant 
de recevoir Renaud chevalier, le fait exercer contre la 
quintaine. On cite Saint-Léonard, en Limousin, où, de 
temps immémorial, le jour de la fête de saint Léonard, 
patron de la ville, on plante en terre un poteau sur- 
monté d'un coffret tournant sur un pivot. Les jeunes 
gens du pays montent à cheval, et, armés de lances de 
bois, courent contre le colfrct jus qu'à ce qu'il soit rom- 



— 246 — 

pu. Cet exercice s'appelle, par corruption, Tinqmn 
ou Tin can, 

La course des têtes est, dit-on, d'origine allemande. 
Elle consiste à abattre de la lance, à frapper du pistolet, 

à percer de l'épée des tète^ de bois placées à terre ou 
sur des poteaux. 

Les combats à cheval se faisaient à la lance et à r épée. 
On a vu qu'après la mort de Henri 11, les combats à la 
lance furent généralement abolis en France ; les autres 
se sont maintenus dans les carrousels et exercices mili- 
taires. 

La course des bagues est un des exercices les plus 
briUans et les plus utiles des carrousels. 11 consiste, 
comme tout le monde le sait, à prendre, avec la lance, 
une bague suspendue à un poteau. Cet exercice exige 
une grande habitude du cheval tt une main exercée, 

La fouUt en italien la fola, est le résumé du carrousel 
et la pierre de touche du paifait écuyer. Dans la foU^ 
les cavaliers, au son de la musique, mènent leurs che- 
vaux en leur faisant suivre les cadences des airs les plus 
variés. Us exécutât des danses comme ceUes des an- 
dens Sybarites, des Maures et des Italiens. Pdur cet exer- 
cice, U n'est rien de trop parfait dans le di'essage des 
clievaux, la justesse et la précision de leurs allures ; rien 
de trop exact dans les plus habiles calculs de la science 
du cavalier. Une /Sm/e bien exécutée est un de ces spec- 
tacles rares et magiques, auxquels il fallait ou les pompes 
de l'antiquité ou Tenthousiasme nourri dans l'oisive et 
riche activité de nos pères. Les modernes doivent re- 
noncer à ces splendeurs, dont on ne pourra désormais 
concevoir l'idée qu'à la vue des représentations offertes 



Digitized by Google 



— 347 — 

par les entrepreneurs ée spectacles, qui apprennent à* 
spéculer sur les glorieux et brillaos souvenirs de la na- 
tion. 

Les cairouséb ont existé jusqu*&répoque deLouis XIV. 

i\ous donnerons plus tard la description de celui qui eut 
fieu en 1662 et qui fut probablement le plus magnifique 
foe Ton ait jamais célébré. 

L'école dé cavalerie de Saumur a tenté de ressusciter 
ce noble spectacle, si bien approprié au but des études 
militaires; mais, malheureusement, ces essais n'ont ^oint 
été continués. Nous y reviendrons plus loin. 

Les chevaux jouent un i^n and rôle dans les mystères 
de la démonologie. On connaît le cheval noir de Lénore 
et son infernal galop* C'est aussi un cheval noir que 
monte l'isanant d- Areté , dans la ballade grecque. Les 
chevaux noirs ont été, de tout temps, suspectés de con- 
nivance avec Tesprit des ténèbres. Un cheval noir, sans 
aucune marque blanche, était autrefois regardé comme 
un animal funeste et qui devait porter malheur à lui ou 
à son maître. On n'en finirait pas, si Ton énumérait toutes 
les histoires de chevaux noirs, qui sont la monture des 
diables, des possédés, des damnés, et quelquefois Beké- 
buth lui-même. Nous citerons seulement l'histoire d'un 
maquignon, rapportée par Walter-Scott. 

Un hardi maquignon avait vendu un^^ cheval noir à un 
vieillard à Taîr vénérable, qui lui donna rendez-vous à 
liiinuit, pour la livraison , sur les montagnes sauvages 
d'Ëldon. Le maquignon y alla; l'argent lui fut compté 
en vieille monnaie, et l'acheteur l'invita à voir sa de- 
meure. Le maquignon le suivit dans une immense écurie 
fiemplie de chevaux, qui tous étaient dans la plus par- 



Digitized by Google 



— 248 — 

faite immobilité. Auprès de chaque coursier, était un 
guerrier également immobile. Tous ces hommes, lui dit 
le vieillard, s'éveilleront à la bataille de Sberifimoor. 

Orderic Vital raconte une histoire de revenans qni 
offre des détails curieux. La scène se passe au dixième 
siècle. Un prêtre nommé Gauchelin, allant, dit-il, voir 
un malade pendant la nuit, rencontra une troupe de dé* 
mons et de danonés qui chevauchaient sur des chevaux 
noirs. Les hommes étaient armés de toutes pièces et 
montés sur des eouv$ier$ gigantesques; les femmes étaient 
montées sur des selles à femmes dans lesquelles étaient 
enfoncées des clous en /lamniés. Gauchelin, pour prouver 
la vérité de la vision, voulut s'emparer d'un des chevaui 
libres jqui suivaient ce eonvoL 

Il se tint prêt au milieu du chemm, et, se présentant 
devant un cheval qui ^ enait à lui, il étendit la main. Le 
cheval s'arrêta po^u* a|.tendjL'e It^ piôtre, et, souillant par 
1^ na$eafu, il jc^ en ^^ant un^nuage grand comme un 
chêne élevé. Alors le prêtre mit le pied gauche àr Tétrier, 
saisit les rênes, porta la main sur la selle, puis aussitôt 
sentit soua le pied une cbaleur excessive, comme un feu 
jordent, tandis que par la main qui tenait la bride, un 
froid incroyable pénétra jusqu'à ses entrailles. 

Pendant .que ces choses se passent , quatre horribles 
chevaliers surviennent, et, jetant de terribles cris, pro- 
férèrent ces paroles : a Pourquoi vous emparez-vous de 
WL nos chevaux? » 

Mais si les chevaux noirs étaient la proie du démon^ 
les chevaux blancs étaient la monture des anges* Chaque 
fois que Gabriel ou Michel paraissent dans les légendes, 
c'est toujours sui' ua cheval blanc. Aussi cette nuance 




Digitized by Google 



— 249 — 

fut-elle toujours regardée comme un signe d'honneur et 
de noblesse. Nous avons vu que» dans l'antiquité, ches 
tons les peuples, le cheval blanc était préféré pour les 
rites religieux, les cadeaux ou les tributs. 11 en fut de 
même au moyen âge. Les papes et les empereurs parais- 
saient toujours en public montés sur des chevaux blancs. 
On sait que, lors de l'entrée du roi Jean à Londres, le 
prince noir le fit monter sur un superbe cheval blanc, 
tandis que lui-même montait à ses côtés un palefroi 
noir^ 

C'étaient sur des chevaux blancs que galopaient les 
fatales filles d'Odin ; c'est le coursier blanc que les Ara- 
bes célèbrent dans leurs chants, et c'était sur un cour- 
ber blanc que Napoléon gagna les batailles de Marengov 
d*Austcrlitz et d'Iéna. 

Parmi les gracieuses superstitions où se mêle le sou- 
venir du cheval, nous n'oublierons pas nos gentilles fées 
des Biontagnes de l'Ecosse et des vallons de la Bretagne, 
Si le matin les chevaux du pâturage ont le poil humide 
et rbaieine brûlante, soyez-en sûrs, ils auront servi de 
monture aux fées I Voyez leur crinière tressée, ces nœuds 
gordiens si finement enlacés ! La mâîn des fées a passé 
par là. Ces nœuds sont leurs étriers, et, toute la nuit, 
elles ont couru, folies et légères, suspendues à ces crî- 
nières volantes, dans les clairières des grands bms. 

Nous ne pouvons, en parlant de la chevalerie, passer 
sous silence le lai du trot, ce vieux récit breton où l'on 
voit, entre autres, deux choses fort intéressantes : pre- 
mièrement, que l'amble était, au moyen âge, beaucoup 
plus estimé que le trot, par les dames; secondement, que 
les dames pouvaient, à l'aide de certain moyen, peut-être 



— 280 — 

encore aujourd'hui praticable, se garder daos l'autre- 
vie de cette fatigante et pénible allure. 

LË Ul DU TROT 

« Il y avait jadis en Bretagne un chevalier très riche, 
hardi, coiurageux et fier. 11 faisait partie de ceux de U 
table ronde, que pré^dait le roi Arthur, qui savait ai 

bien honorer les bons chevaliers et les récompenser gé- 
néreusement. 

n Ce chevalier s'appelait Lorois: parmi toutes ses ri- 
chesses, il avait un fort beau château, clos de murs et de 
fossés. A Tentour, s'étendaient des rivières et des forêts 
où le chevalier allait souvent pécher et chasser. Un jour 
(au mois d'avril) , au temps où la verdure renaît et oùles 
oiseaux reparaissent avec leurs chansons, le chevalier 
s'était levé matin. Après avoir revêtu un surcot d'écar- 
late bordé d'hermine» puis des chausses élégantes, une^ 
cdnture argentée, il lui prit fantaisie d'aller dans la fo* 
rèt, pour entendre le rossignol. 

» 11 commanda à son valet de lui amener son chevaL 
Quand il eut chaussé ses éperons d'or, ceûit son épée à 
poignée dorée et mis son che\'al à l'amble , il s'avança 
vers la forêt, au milieu des prairies couvertes de fleurs 
bleues, blanches, vermeilles. Déjà il croyait entendre de 
loin les accens harmonieux du roi du printemps, quand 
un spectacle singulier vint le distraire et attira toute son 
attention. Quatre vingts jeunes filles, toutes belles, cour- 
toises, bien parées, sortaiént de la forêt. Pour couvre- 
chefs, au lieu de molequins en toile, comme ceux que- 
portent aujourd'hui les dames, elles portaient des cou- 

Digitized by Google 



2M — 

ronnes de roses et d'égîantines, qui répandaient les plus 
doux parfums. Elles avaient des blians dorés (sortes de 
blouses) dont les ceintures' pendaient à leurs côtés ; car 
il faisait très chaud. Tous leurs palefrois étaient blancs, 
et leur allure était très douce, bien que rapide ; car ils 
allaient pour ainsi dire au galop, et nul cheyal, fût-il de 
Gastille ou d'Allemagne, n*eût pu les rejoindre. Chacune 
de ces quatre-vingts demoiselles avait son ami pics 
d'elle, sur un destrier. Le costume de ces jeunes sei- 
gneurs n'était pas moins riche que celui des dames : 
chacun d'eux avait une cotte et un manteau fourrés, des 
éperons d'or, des harnais pareils à ceux qu*on voit aux 
IHÎnces,^ et, tout en courant, ils disaient de douces paroles 
et jetaient de tendres regards à leurs aimables compa- 
gnes. A la vue de cette bizarre apparition, le chevalier 
se signa ; mais que devint-il, quand il vit tout à coup 
quatre-vingts autres dames sortir de la forêt? Seulement 
fe costume et l'accoutrement de celles-ci ne ressem- 
blaient pas à ceux des premières. Elles étaient montées 
sur de mauvais roucins noirs, maigres, rompus de fati- 
gue et couraient, en suant, au trot, après les destriers 
que Lorois avait vus passer dabord. Ce trot était si dur, 
si horrible, que i homme le plus sage du monde, ou le 
plus fol, ne l'aurait pu supporter une lieue, lui eût-on 
promis pour cela 15 mille marcs d'ai^nt. Pour frein, 
ces mauvais coursiers avaient des branches de tilleul 
non rai)otées ; leurs selles étaient rapetassées en mille 
endroits, et les dames qui les occupaient n'avaient ni sou- 
liers, ni chausses. Leurs robes se composaient d'un froc 
noir décousu et déchiré en mille endroits, et sur elles 
fondaient avec impétuosité une pluie et une neige éter- . 



Digitized by Google 



252 — 

nelles. Près d'elles, se tenaient quatre-vingts cavaliers â 

la figure sinistre, au regard courroucé, qui, à chaque 
instant, heurtaient ces malheureuses et leur arracJiaieDt 
des cris de douleur. 

» Le chevalier, après son premier ét<mnement, piqua 
des deux, s*approclia des dames qui souflVaient ainsi et 
demanda à Tune d'elles ce que signifiait le triste spec* 
tacle dont il était témoin. La dame fut d'abord quelque 
temps sans lui répondre ; car elle était fort essoufflée ; 
elle ne pouvait d' ailleurs arrêter son cheval ni s' en lais- 
ser choir, bien que le meilleur écuyer ne Teût pu monter 
un moment. Enfin, au milieu de soupirs entrecoupés, 
elle répondit : Chevalier, nous vous remercions de votre 
pitié; mais nous avons bien mérité ce que nous souf- 
frons; car nous fûmes impitoyables. Les dames qui nous 
précèdent furent des épouses fidèles et tendres; nous, 
nous sommes des dames qui sommes restées sans affec- 
tion pour nos maris. Ils nous le rendent, comme vous 
voyez, à leur tour, et ne laissent à notre supplice ni re- 
pos, ni trêve. En vain essayeriez-vous de délivrer quel- 
ques-unes d'entre nous ; vous n'y réussiriez pas. C'est 
Dieu lui-même qui nous punit de la sorte. 

» A ces paroles, la vitesse de toute la troupe redoubla, 
et le chevalier, ébahi, perdit bientôt de vue cette appa- 
rition. De retour à son château, il Ht assembler toutes les 
jeunes dames du canton, leur raconta l'aventure, et les 
pria de se garder du trot dans l'autre vie, disant que 
l'amble valait mieux. Elles lu i promirent, sous serment, 
d'avoir égard à sa prière, et les chroniques racontent que 
chacune d'elles tint parole. 

» Et maintenant, châtelaines qui m' écoutez, vous pou- 



Digitized by GoOgle 



< 



— 253 — 

vez promettre et tenir, car j'ai fini le très véridique récit 
que les Bretons ont appelé le lal du trot,n 



FIN DU TOME PREMIER 



Typographie do. J. I rby, rue Croix-Jes-Petiis-Chainps , 311 



Digitized i 



Digitized by Google 



HISTOIRE 



Paris. — Imprimcrtp Schmidcr, I, nt «TErfnnh. 



Digitized by Google 



HISTOIRE 



DU CHEVAL 

m m ifi mm h u thu, 

DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A NOS JOURS. 

EPHREM HOliËL. 



TOME DEUXIÈME. 



PARIS, 

AU BUREAU DU JOURNAL DES HARAS ET DES CHASSES. 

Sf PUGB 9E LA VAOKLBIRE. 
1852 



Digitized by Google 



I 



t 

i 
I 

iSIOlBE DD CHEVAL. 



■--.•>! :..<f '.J'" ■ ■■ i. <\' f t lii} : . *T- ! ' 

CHAPITRE PREMIER. ' .' 



Le cheval ai\»bii iiiotierne. — Divisiou ôquestre de. l'Arabie. — Géiiéabjries. 
ADecdotfîs — MM. de Lamartine et de Chalciubriand. — Milicvoie et 
Vkkiewîez. 

De toutes les questions qui oot divisé et qui divisent en- 
core ks éorivsins hippiques il n en est point de plus conlro- 

versée que celle du cheval arabe. 

Pour les uns, la dénomination de cheval arabe doit s'é- 
tendre k tous les chevaoi orientaux; pour d'autres, an. 

cheval ué seulement dans les limites de la [»ëini)sule ara- 
bique. 

On a dit aussi qne le cheval arabe n'existait pas ; que c'é- 
tait un mythe, une liclion; qu'ignoré des peuples anciens, 
c'était une création nouvelle, sans importance hoi^ le sable 
du désert. 

Enfin, contrairement h celte dernière opinion, quelques 
pemonnes ont avancé qu'en et tei le cheval arabe exista jadis ; 
T, n. 1 



Digitized by GooQie 



— « - 

mm que le type en e(&cë : ^piecen'esipliis qu'un sou- 
venir, une ruine, comme eelle de Palmyre. 

Or, ii nous semble résulter des recherches auxqueiies 
nous noua asinwnes livié» que la rtfc« des obevaux arabes, 
origioaîre d^Àrabie, est aussi ancienne que Te monde ; que 
celle race, meDtioûDée depuis Job par tous les historiens, 
répandue par tout Tunivers à la suite de migrations infi- 
nies, s'est conservée dans son pays natal avec son cachet 
piimitif; et qu'on peut ajouter foi au double fait de son 
existence et de sa conservation, attesté par les preuves coo- - 
cordantes tirées de la notodétéy dea qualités et de la con- 
formation comparées. 

La notoriété a sa base dans la bonne loi instinctive, sau- 
vegardée par rintérét, depuis la hutte du sauvage jusqu'au 
palais én civilisé. Or, F Arabe, dont le chevul est Tami, lé 
compagaou, le gague-paui, le sauveur, a intérêt à conserver 
pure la race de ses chevaux, comme le berger a intérêt à 
conserver pure la race des brebis dont la laine fait la for- 
tune. Les Arabes uacent i égulièrement les généalogies de 
leur» chevaux; dans certaines tribus, des témoin» attestent 
la naissance des poulains ei le» dîvaraes phases de leur vie» 
On s'est demandé si i on pouvait accoi Jei luie entière con- 
fiance à ces généalogies. Le savant Lawrence, dont nous 
aûnona h eiler ref^iniaiiik avoue que les Tnm N^i. ura les 
John S..., des bords de TEuphrate, sont tout aussi capables 
de tromperies que s ils étaient né6 sui* les. bords de la Ta- 
mise; nous pounMMift^îottiér svK cent de quelque fiewi 
diiétieaque ce soit Gependuil il ptue fiie l'en peu t géoé* 
ralement se fier à des certificats authentique^, et il ajoute* 
en pariant d'une généalogie que nous citerons plus loin : 

père et la 



Digitized by Google 



« mèreMmtfiooiMU» etrépi»i^ d« race pwre; c*esX oommii 
c nous disiaDS par eiemple : Par Sêrurer Élé^nore. Il est 

« clair que, si le cheval mis m vente est porteur <le ce pe- 
« digree, cela peut être vériiié daas le pays où le cheval est 
fcné, oà rélève cheval est roccupatioo principale de la 
« iialioij, où Taulhenticité des généalogies de la race uatio- 
« jiaie est ua objet de la plus haute importance. » 

Lm qualités sodI la pluaadmirable véfificaUoa delà géoé»- 
logie. Qu'est-ce, en effet, qu'une généalof^ sans épreuves? 
Combieo d'erreurs peuvent se glisser daus la filiation la 
mieux attestée^ et d'ailleurs combien de fils indignes de 
leurs pères! Que de'canses» en modifiant le tempérament ou 
la conformation de 1 individu, le font dégénérer de sa race 
et le rendent impropre à perpétuer des qualités dont le 
germe s*est éteint chez lui ! 

Aussi les Arabes, et les Anglais a l iinii ation des Arabes, 
oat^ls admis des épreuves de vitesse et de lond pour der^» 
nière attestation du sang. Les Ârabea n'estiment les pouli» 
niclc^ (jue par leur vitesse, leur énergie et les services 
qu'eilei^ ieur reudeut. ies étalons sont également choisis 
parmi les cbevaun qui ont brillé dans la poursuite ou la 
conduite des caravanes, dans la chasse de Tautruche ou les 
glands pèlerinages. ' ' 

La conformation enfin ddt être une des bases du juge*: 
Dàent k porter sur le cheval arabe, parce que la beauté n'est 
pîis une chose idéale et cbiinérique. mais un sc^au divin 
réellement imprimé par . le Créateur à toute œuvre de sa 
main^ une perreGti<ui h hMfuellë ae lient toutes les antres 
perfecliuiis. Les Arabes cependant y tiennent peu ; ils no 
oonsidôrûnt généralement que ces deux caractères : le sang 
et les qmiMée; mais c'est que» par une propriété merveil- 



• 



-.4 - 

terne én sol et én dhnat, l'Arabie donne ou restîttie au 
cheval un type nécessaire que les circonstances ne peuvent 
qoê pa^agèremem altérer. Semblable à i'bamine créé paN 
fiitt dans l'ÉdeD, le cheval arabe semble n'avoir pas mangé 
le fruit fatal qui, dans les autres contrées du globe, soumet 
la race équestre k la loi de la dégéoération progressive de 
tous les êtres. La conformation, point secondairement inté- 
ressant pour les Arabes, est essentiellement inipoitanle 
pour les autres peuples. 

Les Arabes distinguent trois sortes de chevanic : ceux de 
la race pure et ancienne, remontant, par les jumeuls du 
prophète et les haras de Salomon, aux temps reculés au 
delk des limites du souvenir humain ; celle de la race mé- 
langée, et celle des chevaux communs. Cette classification 
est ralionnelle et évidemment raisonnable dans tout pa)s 
où le cheval est Tobjet de soins attentifs. £lle correspond à 
notre dislinctiôh entre le pur sang, le demi-sang, et le sang 
indigène. Mais ce qui prêle un vaste sujet a la controverse, 
€*est la iiUalion de cette race sublime de coursiers* si sou- 
vent célébrée par les poètes et les historiens. Chaque tribu 
s'enorgueillit de la posséder, chaque voyageur de l'avoir 
découverte* et chaque acheteur d'en ramener chez lui le 
type précieux. Cette race est d'ailleurs diversement nommée 
par les auteurs. Ydici les appellations qu'elle reçoit le plus 
communément ; kahel, kahejUy kaiUiun, koiiedan, et enlin 
kodUatd* Quoi qu'il en soit du nom, il est certain qu'il 
existe en Arabie une race supérieure, subdivisée en une 
foule de familles, mais particulièrement en cinq grandes 
sous-races, qui remontent, dit-on, aux juments de l'Égyre. 
S^ùQA dirons donc, avec divers auteufs qui ont traité ce 
sujet, qu'il y a en Arabie ime race puie, conservée sanS' 



Digitized by Google 



meiauge par tous les priucipes qui gouvernent le pays, par 
ramour du cheval, par le besoin de conserver dea eapèees 
énergiques, par la religion, par lefenaUsme si Ton veiil; 

nous (lirons que, malgré les li audes, le charlatanisme et le 
maquignonnage qui existent aussi bien sous la tente de l'A- 
rabe que sous le toit du marchand d'Europe, l'Arabie pos» 
sède encore la fleur des coursiers du désert, la lace de che- 
vaux des kalits et de Job. 

Ainsi» pour nous, un cheval ne sera pas de pure race 
arabe, parce que nous l'aurons trouvé sous la tente d'un 
scheik de rOman> de l'Yéiiien ou du Nedjd ; car ceux qui 
vietment d*hraël ne sont pas tam Israélites* Mais nops don- 
nerons le noble titre de cheval arabe au généreux coursier 
qui reaiiira les conditions de généalogie, de conformation et 
de performances que nous avons décrites, soit qu'il vienne 
de rirack, de l'Yémen ou de Maseat, Qu'a-tnm, an reste, 
besoin de lanl de formalités pour reconnaître le pur sang 
d'Orient? Est-il bien certain que les Arabes fassent enre- 
gistrer aathentiquement la naissance de leurs poulains?Ontr 
ils un stud'bookj un hudjé en règle? Le cheval dont le sang 
est le plus pur n'a-t-il pas, k la dixième génération, une 
tache dans sa filiation? £h ! que nous importent les livres, 
les [)archemins, les sachets' pendus au cou du coursier? Que 
nous luiporieul tous les témoignages plus ou moins sûrs 
des acheteurs et des vendeurs? Qui ne xeconnaitrait pas le 
vrai cheval arabe à la première vue, au frémissement de ses - 
ardentes narines, k la soie ondoyante de sa crinière, à 
Tongle aristocratique de son pied d'enJOant? Vous êtes 
peintre, poète, écuyer^ et vous ne verriez pas tout d'abord, 
entre cent, entre mille, le descendant de Mesroor et d'Elbo- 
rack? Ce pied si délicatement façonné, cette jambe large et 



narveiiè» eû tmtfÊ giadaaicttM amndf» cette eroope 

paissante et terminée cdirément par on mouva&t panache, 
cetle encolure sortant avec noblesse d'un garrot haut et 
trancfaiiit» celte tète où semblent rayonner TînteUigenee et 
la pensée, cet m\ de lion, si ealme ^ ai profond, cette ehe> 
Telure déliée qui se joue dans l'air comme un ondoyant 
éventail, cette peau si fine qui semble laisser apmevoir le 
jeu des muscles et les voyages réguliers du sang : tout cela 
n'est que l'esquisse du cheval arabe; mais ces caractties 
lui sont si particuliers, que quand, après ravoir aperçu et 
aspiré dans nos rêves, nous venons enfin à le rencontrer une 
seule fois, nous le reconnaissons aussitôt, ei nous nous 
écrions : Le voilà I 

Ceittî qni a vu un eheval arabe une seule fois en sa vie 
ne l'oublie plus; celui qui a monté un cheval arabe une 
seule Ibis en sa vie croit toujoui*s sentir les molles ondula- 
tions de son rein si souple et 81 liant; il semble que Ton soit 
assis sur le dos de quelques^ins de ces drains mystérieux 
qui tantôt marchaient sur la terre et tantôt s'élevaient par 
bonds dans les airs. 

Nous avons dit que tontes les contrées de rAnibie ne 
donnaieui pas le même cachet aux chevaux qu elles pro- 
duisaient. Il en est de même de tous les pays et sous toutes 
les latitudes : la mmndre diflérence dans l'air, dans fat noup- 
ri turc, dans les soins, se fait sentir chez l'individu, et à la 
longue chez l'espèce même, parmi les races les plus an- 
ciennes et les plus pures. 

Il fhnt ainsi distinguer en Arabie, principalonent, les di- 
verses tamilies dont nous allons parler. 

Nous y trouvons en première ligne les chevaux de TI- 
ndt. Llnck esl cette contrée située entre Bagdad et Bas- 



Digitized by Google 



iwt, mt Itt mes ét YEufkoÈ^ Blfe m jhiftAwte ^ 

pâturages exquis, jiche par la fécondité de son sol et les 
habitude» commercialea de «eâ kUiuiaaU. L'Iiack, dès les 
lenps les plw aneim, cmm mou ïmm f«* était 
gardé comme la patrie des ph» beaux cfaei^nx de l*Arabie. 
C'est \k surtout que i on retrouve la race des kodikui dans 
ton Éeroeau |MBftif» Ce ^ tetiqpn pmeipalMMBl les 
die^mrx piif sang ét rfrtck,-e*est It Mie eipitsaiiMi 
leur téte, leurs yenx grands et saillauta, leur cliâiifireiii lé(px 
imettt eslalaeé ^ donne à leors narioes tm ^l y w ssi oa 
fière et sopertiê, km fironila^^e et Mraeil» sàgse ée ofiHa 
liitellîgence si merveiliensement dévelu^|iée cliex tous les 
■wuibres de cette admuaiile iMaiile. 

Le ehewt de finck eal pins grand et ^rine tel i|iie le 
cheval du Nedjd; il est aussi plus robuste et plus dur que 
lui a la ialigoe. S'il a'a pas tout k fait sa suj^éme élégance» 
il le soffoan-oonMne pfiMkietewr,€hflskBpiii|iies dni^^eid, 
en ce qu'il a pins d^anpienr etpinade propension à se plie» 
à Tallure du trot. On trouve cette race priucipaWmeot dans 
lesnnvirens do Bsfdad» d'OiÉt elde âMonsninis il âiot 
snMheleflesdesMéantsà réintde jennes ponkins t esr 
ils sont si esUinés, qu'ils sont enlevés de bonne heure par 
tontes les tobus arabes* par la Pens« par la Inr^is et par 
les Anglais de rbidn. 

Les chevaux du N( djd sont ceux de ce pays qui repré 
sente à peu prè&i'ancieuoe Arabie d^i^te, cl Ibrme le centre 
de r Arabie, contrée aontagnooao et sonpdo do déaeris 4t 
sur un sol sec et pkrrenx» lotheval s'neeontnmo 
aux prlvâtioiis, aux comses longues et riapides. Les chevaux 
dflfJMifHMnl oinsii^iieponM^ km vitoeio et iem 
dnsty <^ fioMO mas *#s ehewaw des poitmira» ils sont 



itnn impénniettt see el nervenst el d'une glanés éUnanee. 

Ils sont» CD général, de petite taille; mais leurs muscles 
sont biea sortis; il& ont le firont haut, et le diaiiireia légè> 
rement bufiqué. Gomme, dans un pays stérile et dépourvu 
de ressources, ils ne rencouirent pas toujours kur nourri- 
tnre naturelle, la nécessité leur a fait prendre des halntttdes 
omniforee : le lait de dianielle» les dattes et le jus <|ai en 
déooale, la viande séchée, rédiôte en pondre, et même, dit- 
on» la viande cuite, aussi bien que les bouillons de viande, 
viennent remplaeer pour eux Toife et les lierbes SnlMtan^ 
tidks des vallées desséehées par les vents du Midi. 

On donne quelquefois abusivement le nom de nedjdi à 
une race de cbevaux répandue dans toute T Arabie» et que 
l'on suppose venir originairement dn Nedjd; car ce pays 
serait, d'après quelques légendes aiatjcs, la patrie primitive 
du cheval. Cette prétendue race du .Nedjd n'est qu'une va- 
riété de la race kooMani. On ne doit aeoepler»oonHoae cheval 
du Nt djd, que celui qui provient de ce pays et qui peut 
appartenir à des fainiiies plus ou nK>ins pures*. . 
' Les ehevanx de l'Yémmi sont ceux qui naisseiit dans ce 
divin pays, l^iioe des pins beHes eonirées de Pandenne 
Arabie heureuse, empire de cette reine de Saba, qui en- 
voyait il Salomon les beaux chevaux de ses haras. Ce pays 
est encore aujourd'hui renommé par les belles races qu'il 
possède. Tous les chevaux de l'Yémen sont bons el coura- 
geux, ils eot de la taille et du genre; mais c'est surtout ani 
environs de Djof que se trouvent les plus beaux et les meil- 
leurs. Ceux-ci oui beaiicnii|) de rapport avec les chevaux de 
l'Irack, dont il est même dijâîcile de les distinguer. Us ne 
le cèdent d'ailleurs ni en viteeee ni en ëlégtnoe aux chevaux 
du Nedjd. Ces chevaux sont d'un ^land prix etiecbercbés. 



Digitized by Google 



comme moDtnre, par tous les sciieiks et pachas d'une grande 
jMirtie de i'Ârabie. 

Les cheyaux de FOman soiil eeax de cette eontrée riche 
et fertile, située a Texlrémité est, de l'Arabie, qui a pour 
capitale la ville de Maseat. Ces chevaux sont généralement 
grands et forte ptivr des cketanx arabes. Ils reasenUent à 
des petits chevaux de pur sang occidental, bien doublés. 
Us possèdent des' qualités précieuses; mais ils n'ont pas le 
cachet prononcé qui distingue les antres races de rArafaie* ■ 

Les bords de la mer Rouge, depvis Snex jusqu'à la 
Mecque, vers le Iledjaz, nourrissent d'excellentes races de 
chevaux dont plusieurs reaKmteat au sang le plus pcécieBX* 
Ces chevaux ont plus de laitte que ceux de rintérienr de 
TAraliio; il s"( ii lait un grand commerce avec i'Lgjpte, et 
leur prix esl lort élevé. 

Le pays de Barhein, célèbre par les perles qu'il pèche 
dans le golfe Persique, possède aussi d'excellents chevaux; 
mais c'est surtout ille de ce nom qui ejst iaïueuse sous ce 
rapport. Des voyageurs rapportent avoir trouvé dans eetie 
lie une famille de juments de la pins gran(!e beauté, et 
tellement recherchée dans le pays, qu elle a été cause d'une 
guerre acharnée entre deux tribus de cetU; contrée qui dure 
détlMllkr><ièttiiMnééle. ! 
' Leî» Aiabes sont cucoïc uomades comme au temps des 
|{Mi¥là(rehcfS; ils vivent sous des tentes qu'ils ifansportcnt 
^'MI lÉ^^SOifamt saisons Jes Cidres des scbeiks et les 
iu'( essit/'S de lai^uerre, r4ha<fne Arabe, même les plus pau- 
vres, possède au moins un cheval, queiqueibis plusieurs. 
IkM àiite4duveliit'un«lieval d'un f haut prix, et surtout une 
jument de race précieuse, af)partfennent k plusieurs pro- 
priétairesv Mv le prince Puckleiv^uscau cite une cavale qui 



Digitized by Google 



appartenait k six malti^es; <)uatre d'entre eux possédaient 
chacun une jambe; le cinquième était propriétaire de la 
qMe, et li téU^ «i^ttiiait tu siuôme. 

Les Âmbe» iBtntê»t presque toujours des jumeiits; ils 
pensent qu'elles résistent mieux aux fatigues cl aux pnva- 
lioDs; qv'ollcs sont plus douées et iieirnsent moins firé^ 
qaeamioDt. IVud tntre eôté, ils en tirent plus de profit k 
cause du grand commerce de chevaux qu'ils font avec toutes 
les Dstions. 

Lorsqu'un pouhm naît h bb Irsbe» il fait constater avec 

soin sa naissance et sa descendance. Des témoins sont a|)- 
pelés; (e poulain est inscrit sur le liudjé, ou tables généa- 
logifnes. Le certifim constituil kt MUatioB du poulain est 
placé dans un petit sac de cuir recouvert d'une toile cirée 
et suspendu au cou du cheval. Malgré Texagération propre 
au caractère arabe qui se montve dona eesœrtifieats, ils sont 
en général véridiques, et les Arabes prennent entre eux des 
précautions extraordinaires pour prévenir les fraudes qui 
j^rraient s'y introduire. 

Voici diverses formules de certilicats : 

« Âu nom de Dieu très-miséricordieux» seigneur de toutes 
les créatures, que la paix et les prières sofeut avee notre 
saigneui' Mahomet, et sa famille, et ses tUsciples» jusqu'au 
jour du jugomant, et la paii sali afuc tous ceux qui liront 
cet écrit et en oMfpraadiP&nt l'objet : 

a Le présent acte est relatif au poulain Obeoian de la vraie 
Mae mM&mh hnm grÉiAtia» avee las quatre pieds blancs 
et «ne «arque blanehe sur la tiroal, é(M la peaa est aussi 
brillante et aussi pure que le miel, et i^ssemblant a ces 



Digitized by Google 



• - n - 

chevaux dont le prophète a dit ; De vraies lichesses sont une 
noble et courageuse race de chevaux; et dont Dieu a dit : 
Les chevaux de guerre, ceux qui se préclintent sur l'ennemi 
avec des naseaux soufflant fortementy ceux qui de grand 
matin se plongent dans les combats. El Dieu a dit la vérité 
dans son livre incomparable. Ce poulain sakiawi a été acheté 
par Cosrein,fï\s (ÏEmeit, de la tribu de Zebara, arabe anezé. 
Le père de ce poulain est rexcellent cheval bai nommé 
Merdjay de la race koheilan ; sa mère, la fameuse jument 
sakiawi, connue sous le nom de Djeroua. D'après ce que 
nous avons vu, nous attestons ici sur notre espérance de la 
félicité et sur nos ceintures, ô sclieiks de sagesse cl posses- 
seurs de chevaux, que ce poulain gris, désigné précédem- 
ment, est plus noble que son père et sa mère, et c'est ce que 
nous attestons, d'après notre connaissance la plus exacte, 
par cet acte valide el complet. • I ^ 

« Que des actions de grâces soient rendues a Dieu, sei- 
gneur de toutes les créatures 1 

/ « Écrit le 16 de safar de Tan 1223. » i n-in 

« Au nom de Dieu miséricordieux, c'est de lui que nous 
attendons assistance et protection. Le prophète a dit : Que 
mon peuple ne s'assemble jamais pour commettre des ac- 
tions illégitimes! ' • ' * 

« "Voici l'objet de ce document authentique : Nous sous- 
signés déclarons devant VEtre suprême, attestons, aflir- 
mons et jurons, par la destinée et par nos ceintures, que 

la jument M. N..., âgée de.l'i'.'I' ans et marquée de , 

descend, au troisième degré el en ligne directe, d'ancêtres 
nobles et illustres, attendu que sa mère est de la race N. N. 



Digitized by Google 



• 



— 12 — 

et le père de la race N. M., et qu'elle-même réunit en elle 
toutes les qualités de ces nobles créatures dont le prophète 
a dit : Leur sein est un coffre d'or et leurs cuisses sont un 
trône d'honneur. En vertu du témoignage de nos prédé- 
cesseurs, nous assurons encore une fois que la jument en 
question est aussi pure d'origine et sans mélange que le 
lait ; et nous attestons par serment qu'elle est célèbre par la 
rapidité de sa course, et son habitude à supporter les fati- 
gues, la faim et la soif. C'est d'après ce que nous savons et 
avons appris que nous avons délivré le présent témoignage : 
Dieu, d'ailleurs, est le meilleur de tous les témoins. » 

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux du seigneur 
Mahomet, j)roi)hète de Dieu et des compagnons de Maho- 
met, hommage a Dieu le créalenr tout-puissant. Ce cheval 
esl de pure race; sa denl de lail est dans un sac suspendu 
h son cou, avec sa généalogie, comme témoignage irrécu- 
sable auquel ancun fidèle ne peut refuser de croire. Son 
pènî esl Rabbamy et sa mère Lahahdadah, égaux tous deux 
en mérite, et appartenant k la tribu de Zazahalali. Sa con- 
formation est des plus gracieuses; il court comme l'Au- 
truche, et sa robe est douce à caresser. Parmi ses hono- 
rables ancêtres, il compte Zalicah, père de Mahat, père de 
Kellac, et le célèbre Alket, père de Manasseli, père de 
Alsheh, souche de la race dont est sorti le fameux cheval 
père de Lahalala. Il eut toujours en abondance l'herbe, 
l'avoine et l'eau limpide qui donnent la vie, comme récom- 
pense de la tribu de Zazahalah pour l'éclat de sa robe. Et 
puissent mille branches défendre son corps contre les at- 
taques de la hyène amie des tombes, contre le loup hurlant 



Digitized by Google 




- ii - 

dans les déserts 1 Qne la tribu de Zazahalah le présente en 
un jour de féte dans sou enceinte de murailles, et que là, 
assemblé» par milliers, au lei^er d« soleil, en troupes lé- 
gères, la tribu le place sous une tente ornée de signes cé- 
lestes, et lui mette sur le dos une selle où brillera le nom 
de famille de sod possesseur; qn'alm ils frappent des 
mains a grand bruit et sans relâche, et qu'ils prient Dien 
d'accorder ses faveurs à la tribu de Zoab, la tribu in-- 
spîrée. » ' 

La naissance d un poulain est un jour de féte pour l'A- 
rabe. Les Arabes, dit un auteur, ont coutume de &e livrer à 
de grandes réjowssaooes dans trois occasions solennelles :• 
quand la jument poalinièfe* donne un poulain de grande 
espérance ; quand il leur naît un fils, et quand il parait un 
poète. Quoi de plus complet et de plus juste qne cette tri- 
logie qui bat an fond du cœur de tous les hommes : la ^oire» 
le bonheur, le plaisir! Le Bédouin, que n'a pas encore cor- 
rompu le souille aride des civilisations, met sa gloire à pos« 
séder un rapide coursier, son bonheur k posséder un ûls en 
qui il se Toit renaître, sa joie a écouter les rêves de poésie, 
cet avant-goût des cieu\ . 

Le cheval de TArabe fait partie de la Êimille : la jument 
et le poulain vivent dans la tente avec la femme et les en- 
fants, caressés par leurs mains, soignes comme des amis, 
heureux des mêmes fêtes, sôufTraait des mêmes douleurs. 
Quand Torge ou les dattes abondent, quand la saison permet 
l'entrée des gras pâturages, tout est en joie, tout bondit 
d'aise; le lait de chamelle coule à longs flots, et le poulain 
8*abreuTe de ce dmix aliment, qu'il dispute, en se jouant,' 
aux jeunes iils de 1 Arabe, et tous, bien repus, s'endorment 



14 - 

pèle-méto, tes jimbea dciM le» }mh%» et las èhswéliiies 

mêlées aux douces crinières; mais, (juaiul la campagne est 
msiivsis6« qiiimd la guérie a ravagé les Iribos, qêSMd uugii 
le sâmotiiif quand le désert eat sans eau» quand la fentaine 

de Toasib est sèche, alors les mêmes besoins se font coin- 
]Arendre au^ mêmes c^ms&t se foiU seatk aux mêmes lè- 
vres : la tente est sans hennisa^aftents et aans jeux ; le ebe- 
val, qui a maniic le dernier aliiin^ul cl bu la dernière goutte 
ii^eau, n'a rien à demander; il se résigne et jelte un Irisla 
riegard sur la triste famille dont il est encore la consolation 
et rorgueîl. 

Le poulain est devenu cheval ; il compte deux ans passés ; 
c'est k cet âge qu'il va commencer sa dure et sobre vie. 
Nnl embarras pour le monler : son des^ sa croupe* son en- 
colure, ne sont-ils pas accoutumés à la main de l'homme? 
NVvil pas prêté son flanc docile à tous les entants de son 
nudtre? On lui met un pesant harnais, en lui passe dans la 
bouche un mors d'une etfravanic durcie : TArabe le monte, 
et, si ses pieds ne sont pas pourvus des éperons de TEuro- 
péen, il se sert, pour animer son eoumer» du coin de son 
étrier de fer, arme cent fois plus dure et cent fois plus cruelle. 
Ohl par quelle fatalité faut-il, pauvre gazelle, toi si douce, 
si sage, si rapide, si aimante et même si aimée, ponvqtoi 
faut-il que ces instruments de torture soient ton partage, 
taudis que le ruban du iront des suitaocs suttiiail pour te 
conduire, que la toison des chèvres d'Angora feraK ta selle, 
^ qu'un mot suffirait pour te faire voler dans les batailles, 
sans qu'il soit besoin de cet étrier meurlrissaiil tjui déchire 
tes hancs? Mais, nous Tavons déjà dit, tout cet attirail est 
venu du Nord s c'estnous qui tfavons porté ces tortures^ on 
reconnaît l'Europe à ses dons. 




Digitized by Google 



sei vé le simple harnais de leurs pères : un bridon léger, un 
licou garni de une simple sangle, de& conies pouiv 
élrier, foUà l'équipage de plus d'une belic esvek à Tceil 
diamant. Les chefs seuls, qui. pour la plupart, sont tous 
d'origine turque, emploient ces inâtruffleuu iiariiares qui 
font ^émir le ecu» des vient Àrabes; ear ce mon terriMe 
h la gourmette ovalaîre, que nous avons contume d'appeler 
mors arabdy ils i appellent mors ixirc, et en rejettent Tin- 
Tentkui à leuia donioaleiirs. 

Yoici vmir le joor de Tépreave; oar nous t^avons dit : 
en vain le jeune cheval descend d'une lioLle race ; il fant^ 
oeflime les aneieua chevaliera» qu'il gagne aea éperoM* 
Après on eatraiMaieBt de quelques jo«r8« TAradw nraate 
son coursier; il le |)oiisse îi travers les rochers et les 
plaines de «ahle; il presse ses flancs de son lacge étrier ; 
sans lepos, aam trêve* il lui f»t Irancfahr itt espacé, de chh 
quante a soixante kilomètres; pois, ruisselant de soeur, fn- 
uianl, palpitant, il le précipite dans une eau assee ptolonde 
poar le foreer à se mettre à la nage; attvsîl descend» hii 
présente le sae d'orge, et, si le brave cheval mange bien et 
avidement, il est reconnu comme digns de sa raoe, et sa 
réputation est laite dans Ia tribu* 

Le jour, le cbevil est altaehé \ la porte de la leiier tout 
sellé et bridé; il attend sou maître et le garde; souvent 
son hennissement annonce l'arrivée de Tennemi) son re* 
gard épie le ahnkal et la hyène; Son oieitîe écont» le 
moindre bruit venant de la montagne; sentinelle auentive 
U anncmce Tami par un jojeujL appel et reonemi par un 
cri belliqueux. Las Arabes attadmnt etémaifOMit léiim 
chevaux par un pied ; les trois antres resISnt Hbnls. L'îen» 



Digitized by Google 



tnm 68t ixée à ub piquet piaulé m Wre. Cm» ^ ènt 
i« «n Europe de vrais fibenm mSsm du disert savant 

couinieiit ces gracieux animaux vieuuent courber leur tête 
aoua les caresaea en avançaot le plus poasiUe vm la maio 
qui 1m iatte, mais en laissant toujours un piêd ooniaie 

attaché an Sdl; souvenir louchant de leur enfance, ils se 
croieul encore près de la tente prêts à bondir sur l'océan de 
aafale. 

Les Arabes sont peu empressés de montrer leurs chevaux 
aux étrangers, de crainte du mauvais o^i; ils invoquent le 
grand Maoha-Akah pour les en pr^mc. Ils pensent aussi 
que certaines marques portent malheur aux chevaux ou aux 
cavaliers qui les montent; que d'autres, au contraire, sont 
liOnieusM, et ils ne se déftmt pour 'aucun prix de «eux qui 
portent eellea^î. 

: Les Arabes donnent toutes sortes de nourriture à leurs 
elMvaux, mais les principales sont l'herbe panant où il s'en 
trouve, la paille d'oi^ etsurtowt Vot^ en grain, qui fome 
dans toutes les contrées méridioiiales le premier et h meil- 
leur alimait du cheval. Le lait de chamelle est donné aux 
poalains en supplément du lait de leur mère, et même aux 
chevaux faits: ce breuvage, dont ils sont très-friands, forme 
une nourriture substantielle et restaurante. Entin ils leur 
donneut auaai des dattes, et même quelqueim» comme nous 
l'avons- dit, des viandes aéehëes et réduites en poudre ; on 
dit même que, vers l'Hadramant, les pauvres Bédouins de 
la monlàgne' donnent aux leurs du poisson séché, péché 
dans la mer d'Oman. 

Un auteur anglais a donn<^ le récit suivant de ia chasiie 
de Tautrudie, amusement favori des Arabes : 

La chasse de rautnidKr est un ramMBoment privilégié 




Digitized by Google 



— ^7 

4m& im quart du globe. Arabes de l'Afrique eatraineoi 
leur» cbevaox pom chiner cet meao, comme nos sports* 

men pour chasser le lièvre. Ces divertissemeDts ont lieu 
dans leurs vastes déserts. Aussitôt que Ton voit l'autruche, 
la course commence : le cheval n'est d'abord qa'aa pelil 
galop seulement, pour ne pas perdre Tautruche de vue, el 
ne pas la forcer, en l'effrayant, k quitter la plaine pour la 
montagne. De tous les anîmanx eonnos qui se servent de 
leurs patles ponr courir, on dit que rantruche est le plus 
rapide. Dans cette chasse, cependant, lorsque cet oiseau se 
voit poursuivi k quelque distance, il ne court pas d'abord 
très-vite, soit ignorance du danger ou confiance dans sa vi* 
tesse. iJaiis cette situation, il ressemble k peu près à un 
homme courant à toute vitesse. Ses ailes, semblables à 
deux bras, s'agitent par un mouvement correspondant k 
celui de ses jambes. Bientôt sa vitesse s'accroît et le dé- 
robe k la vue des cliasseurs ; mais, comme le lièvre, au 
lieu de courir en ligne droite, il prend sa course en cercle, 
tandis que les chasseurs abrègent la distance, et, se re- 
lavant Win l autre, trouvent des dtiours inattendus. Bientôt 
brisée de fatigue, et voyant qu il lui est désormais impos- 
sible d'échapper, l'autruche s'efforce de se dérober aux en- 
nemis qu'elle ne peut éviter en cachant sa tête dans le sable 
ou dans le premier buisson qu'elle rencontre. Uu^^tiefois, 
cependant, elle attend en face les chasseurs, et, quoiqu'on 
général ce soit l'animal le plus doux de la nature, lors- 
qu'elle est poussée au désespoir, elle se défend avec le bec, 
les ailes et les pieds. Telle est l'énergie de ses mouvements, 
qu'uu homme serait tout k fait incapable de lui résister 
dans le combat. Des voyageurs ont dit que les autruches 
«. u. S 



Digitized by Google 



— 18 — 

étaient beaucoup plus vîtes que le eheval , et qm , lorsque 

les Arabes chassent cet oiseau, ils ne pouvaient s'en rendrè 
laaitres qu'eu se relevant l'un l'autre» comme nous Tavons 
dit; mais la chose est loin d'être prouvée. Quoiqu'il eu 
soil< la poursuite de Tant niche eét une des épreuves qui 
donueut le plus de prix à un cheval du désert. 

On sait que les Arabes aiment le merveilleui en toutes 
eboses, aussi les glorieux fails d'armes de nos ancêtres sont- 
ils restés dans leur mémoire, comme ces épopées mysté* 
lieuses que toutes les nations attribuent k leur berceau. 
Parmi les noms des héros francs restés populaires en Sy« 
rie, on rapporte que celui de Richard Cœur-de^Lion est 
encore un des plus vivants ; aussi , quand un cheval , «ans 
cause connue, frémit ou s*arréte, quand une de ces peurs 
étranges que tous les cavaliers ont pu remarquer chez les 
chevaux les plus dociles s'empare de lui : Marche , lui dit 
TArabe , crois-tu donc que ce soit le roi Richard) On dil 
aussi que les follali d'Egypte ont accoutumé leurs chevaux 
à hennir au nom de Bonaparte , le sultan du feu. 

Nous avons déjà eu roccasion plusieurs fois de montrer 
l'alliance intime qui se trouve entre la poésie et la science 
du cheval , nous en trouvons une nouvelle preuve dans les 
belles peintures du chèval oriental que M. de Lamartine 
nous a données dans son Vùyagê en Palestine, Nous ne 
pouvons donner une plus haute idée du cheval arabe qu'en 
empruntant quelques pages au grand poète dont la France 
s*bonore et qui est pour nous le dernier historien du cheval 
arahe comme Job en fut le premier. 

« Les liédouins aiment beaucoup à entendre des histoires 
« après souper. Su voici une que Témir nous raconta , elle 
« peint bien l'attachement extrême qu'ils ont pour lem^s 



Digitized by Google 



— 19 — 

« ohauuE et ramoiif»propre qu'ito moaifeiit pour leurs 

« Un homme de sa tribu , nommé Giabal, avait une ju- 
« meut très-reoomiaée* Uafisad-Pâcka, alors vizir 4e Duniius» 
« lui eo fit faire à plusieurs reprises Kmtes les offres ims-^ 
« ginables, mais inutilement, cai un Bédouin aime aulaiU 
f son cheval que sa femme. Le pacha lit des maoïaces qui 
« n'eurent pas plus de succès* Alors un autre Bëdouùif 
« nommé Giafar, étant venu le trouver, lui dtiiianda ce 
a qu'il lui donnerait s'il lui amenait la jument de Giabal. 
i( — « Je remplirai d'or ton sac à orge, » répondit Hasisd 
« qui regardait comme un affront de n'avoir pss réussi ; la 
€ chose ayant fait du bruit , Giabal attachait sa jument la 
< nuit par le pied avec un anneau de fer dont la cbaine pas^ 
« sait dans sa tente, étant arrêtée par un piquet fiché en 
« terre, sous le feutre qui servait de lit à lui et k sa femme. 
« A minuit, Gia&r pénètre dans la tente en rampant, et, sa 
« glissaat entre Giabal et sa femme, il pousse doucement, 

« lanlôL l'iui , tantôt l'autre; le nian se cruyait poussé par 
% sa ièinme, la femme par le mari, et chacun faisait place. 
« — Alors GiafiM*^ avec un couteau bien affîié, fait un trou 
« an feutre, retire le piquet> détache la jument, monte des- 
« sus, et, prenant la lance de Giabal, l'eu piq[ue légèrement 
« en disant : ^ « C'est moi, Giafar, qui ai pris ta belle 
« jument , je t'avertis à temps. » Et il part. — Giabal s'é- 
« lance hors de sa tente, appelle des cavaliers, prend la ju- 
« ment de son foère, et ils poursuivent Giafar pendant quatre 
« beures. La jument du frère de Giabal était du même sang 
« que la sienne, quoique moins bonne. — DevauçaiU tous 
« les autres cavaliers, il étaii au momeni d'atteindre Giaiar, 
« lorsqu'il hii crie : -«^ « Pince4tti roieille droite et dfmne 



— 50 — 

c un coup d'étrier. » Giafor obéit et part comme h foadre. 

« La poursuite devient alors inutile ; trop de distance les 
a sépare. Les autres Bédouins reprochent aGiabal d'être lui- 
€1 même la cause de la perte de sa jument. — « J'aime mieux, 
« Tépondit<il, la perdre que de ternir sa réputation. Voulez^ 
« vous que je laisse dire dans la tribu de Would-Ali qu'une 
« autre jument a pu dépasser la mienne? Il me reste du 
« moins la satisfaction de dire qu'aucune autre n*a pu Tat- 
« teindre. » 

« li revint chez lui avec celte consolation » et Giafar re« 
c çut le prix de son adresse* Un autre nous raconta que, 
a dans la tribu de Neggde, il y avait une jument aussi ré- 
« puiée que celle de GiabaU et qu'un Bédouin d'une autre 
« tribu» nommé Daher, était devenu comme fou du désir 
« de ravoir. Ayant offert en vain pour elle ses chameaux et 
« toutes ses richesses, il s'imagine de se teindre la figure avec 
« du jus d'herbe ) de se véiir de haillons, de se lier le cou 
« et les jambes comme un mendiant estropié, et d'aller ainsi 
« atteindre Nabee, le maître de la jument, dans un dtemin 
« où il sait qu'il doit passer. Quand il est proche, il lui dit 
« d'une voix éteinte : — € Je suis un pauvre étranger ; de- 
« puis trois jours je n'ai pu bouger d'ici pour aller chercher 
a de la nourriture. Je vais mourir, secourez-moi. Dieu vous 
« récompensera. » 

« Le Bédouin lui propose de le prendre sur son cheval 
« et de le conduire chez lui ; mais le fourbe répond : — « Je 
ft ne puis me lever, je n'en ai pas la force. » L'autre, plein 
« de compassion, descend, approche sa jument et le place 
« dessus à giaiid' peine. Sitôt qu'il se sent en selle, Daher 
« donne un coup d'étrier et part en disant : — « C'est moi, 
« Daher, qui Tai prise et qui remmène. » 



Digitized by Google 



— 21 — 

« Le mailiv de la jument lui me d'écouter; sûr (le ne 
f pouvoir être poursuivi , il se retourne et s'arrête un peu 
« au loin, car Nabeis était armé de sa lance. Gehii-ci lui dit : 
« — « Tu as pris ma jument. Puisqu'il plait à Dieu , je le 
f( souhaite prospérité ; mais je te conjure de ne dire à per- 
« sonne comnaenl ta l'as obtenue. — Ëtil pourquoi ? ré- 
« pondit Daber. ^ Parce qu'un autre pourrait être réelle- 
« meut malade el rester saus secours. Tu serais cause que 
« peisonne ne ferait plus un seul acte de charité, dans la 
« crainte d'être dupé comme moi. » 

« Frappé de ces mots, Daher réfléchit un moment, des- 
« cend du cheval et le rend à son propriétaire en l'embras^ 
< sant. Celui-ci le conduisit diez lui. Us restèrent ensemble 
« trois jours e! se jurèrent fraternilé. » 

Voici maintenant le récit de la visite de M. de Lamartine 
chez l'émir Beschir. 

« Noos allâmes, avec un des écuyers de l'émir, visiter 
« les cours et les écuries où ses magniûques étalons arabes 
« étaient enchaînés. Il faut avoir visité les écuries de Da- 
« mas ou celles de l'émir Beschir pour avoir une idée du 
« cheval arabe. Ce su[)eibe et gracieux animal perd de sa 
« beauté et de sa forme pittoresque quand on le transplante 
« de son pays natal et de ses habitudes familières dans nos 
« climats froids et dans rombre et la solitude de nos écu- 
« ries. Il faut le voir k la porte de la tente des Arabes du 
« désert, la tête entre les jambes, secouant sa longue cri- 
« nière noire , comme un parasol mobile , balayant ses 
c fUncs, polis comme du cuivre ou comme de l'argent , 
« avec le fouet tournant de sa queue dont Teitrémité est 
« toujours feinte en pourpre avec le henné; il faut le voir 
« vétu de ses housses éclatantes, relevées d*or et de brode- 



— M — 

a ries de perles, la tête couverte d'un réseau de soie bleue ou 
« roQge, tissé d'or oa d'argent avec des aiguillettes sonores 
« et flottantes qui tombent de son front sur ses naseaux 
« et dont il voile ou dévoile tour à tour^ à ebaque ondulation 
« de son cou, le globe enflammé immense» intellig^t, doux 
« et fier de son œil k fleur de féte ; il faut le voir surtout en 
« masse, comme il était là, de deux à trois cents cbevaux; 
« les uns ooucbés 4ans la poussière de la cour» les autres 
« entravés par des anneaux de fer et attachés k de longues 
c( cordes qui Iraversaient ces cours ; d'antres, échappés sur 
« le sable et franchissant d'un bond les ûles de chameaux 
« qui s'opposaient k leur course; eeux<i, tenus à la main 
« par de jeunes esclaves noirs, vêtus de vestes écarlates, et 
ce reposant leurs têtes caressantes sur Tépaule de ces en- 
« fonts; eenx-& jouant ensemble, libres et sans laisses, 
ce comme des poulains dans une prairie, se dressant Tua 
« contre l'autre , ou se frottant le front contre le front, on 
CE se léchant mutuellement leur beau poil luisant et argenté ; 
« tous nous regardant avec une attention inquiète et eu* 
ce rieuse à cause de nos costumes européens et de notre 
a langue étrangère, mais se familiarisant bientôt, en venant 
« gtacieusement tendre leur cou aux caresses et au Imiit 
« flatteur de notre main. C'est une chose incroyable que la 
« mobilité et la transparence de la physionomie deces cfae- 
« vaux quand on n'en a pas été témoin. 

oc Toutes leurs pensées se peignent dans leurs yeux et 
« dans le mouvement convulsif de leurs joues , de leurs 
«lèvres et de leurs naseaux, avee autant d'évidente» 
« avee autant de caractère et de mobilité que les im« 
a pressions de Fâme sur le visai^c d Un enfant. Quand 
« nous approchions d'eua^ pour la première ibis, ils M* 



* 



Digitized by Google 



— 25 — 

« saieot des moues et des grimaces dd répngiiaiiee el de 
« mnosiié toat à fiit semblafales à celle qu'un homme îm» 

« pressionnable aurait ]m faire a Taspect d'nn objet im- 
« prévu et iuquiétaai. xNotre langue surtout les frappait el 
« les étonnait vivement, et le mouvement de leurs oreilles* 
« dressées et renversées en arrière ou tendues en avaut, té- 
a moignait de leur surprise et de leur inquiétude. 

« J'admirais surtout plusieurs juments sans prix réser* 
f vées pour Témir lui-même. Je fis proposer par mon drog- 
« man h l'écuyer jusqu'à 10,000 piastres d'une des pius 
« jolies, mais à aucun prix on ne déeide un Arabe à se dé» 
« faire d'une jument de premier sang ; et je ne pus rien 

« acheter cette luis. » 

Dans une autre circonstance^ M, de Lamartine raconte 
un marché qu il fit svee deux agas auxquels il ftisaît une 
visite pendant son séjour a h 

Il Les deux agas chez lesquels je suis entré iii'out reçu 
« avee k politesse la plus exquise. J'ai témoigné à l'un 
« d'eux le désir de voir ses plus beaux chevaux et d'en 
9 acheter» s'il consentait à m'en veudre. Aussitôt il m a fait 
« condukOt par son fils et par son écuyer, dans une -vaste 
« écurie où il nourrit trente ou quarante des plus admira» 
« bles animaux du désert de Palmyre, Rien de si beau ne 
« s'était jamais offert à mes yeux : c'étaient en général des 
« elievaux'de très-haute taille, de poil gris sombre ou gris* 
« Lia ne . à crinière comme de la soie noire, avec des yeux 
« à lieur de tête, les jambes couleur marron foncé, d'une 
M force et d'une sécheresse admirables, des épaules larges 
« et plates, des encolures do cygne, Anssilôl que ces che- 
« vaux m'ont vu entrer et parler une langue élran^re, ils 
s ont tourné la téta de mon cM, ils ont (rémi/ils ont henni , 



Digitized by Google 



— 24 - 

« lis ont exprimé leur étonnement et leur effirdi par les re- 
« gards obliques et effrayés de leors yeux et par un pUsse- 

« ment de leurs naseaux qui donnaient à leurs belles têtes 
« la physionomie la plus iotelligeote et la plus extraordi* 
« naire. 

« J'avais déjà ou l'occasion de remarquer combien I cs- 
« prit des animaux en Syrie est plus prorapl et plus déve- 
« loppé qa*en Europe. Uoe assemblée de ero3^ts, surpris 
«t dans ta mosquée par un chrétien , n'aurait pas mieux 
ce exprime, dans ses attitudes et dans son visage^ 1 indigna- 
it tlon et Teffroi que ces chevaux ne le firent en Yoyant un 
€ visage étranger, én entendant parler une langue ineon* 
€ nue. J'en caressai quelques-uns, je les étudiai tous Je 
« les lis sortir dans la cour : je ne savais sur lequel arrêter 
« mon choix, tant ils étaient presque tous remarquables par 
« leur perfection. Enfm je me décidai pour un jeune étalon 
« blanc de trois ans qui me parut la perle de tous les che* 
« vaux du désert. Le prix fut débattu entre M. Baudin et 
« Faya et fixé h 6,000 piastres et un magnifique manteau 
« de soie et d'or. L'animal, comme tous les chevaux arabes, 
« portait an cou sa généalogie suspendue dans un sachet en 
« poil, et plusieurs amukttea pour le préserver du mauvais 
« œil. » 

Phis tard, M. de Lamartine achète encore d'autres che- 
vaux arabes et s'exprime ainsi «ir l'un d'eux : «c J'achète 

« un second étalon arabe ; il est de plus petite taille que 
« celui que j'ai acheté de Taga , mais plus fort et d'un poil 
« plus rare ; sa robe est flenr de pé«^er. Cet animal est 
« d'une race dont le nom signifie roi du jarret. On me le 
« cède pour 4,000 piastres ; je le monte pour ressayer. Il 
« est moins doux que mes autres chevaux arabes. Il a un 



Digitized by Google 



— 25 — 

m eanelèie sauvage et iadompté • mais panii ÎD&tigtible* 
« Je ferai conduire Tedmor, c'est le nom arabe de Fairoyre 

« que j'ai donné au cheval arheté à l'aga, par un de mes 
c sais k {ùed ; je monterai Scham pendant la route, Scham 
€ est le nom arabe de Damas* je l'ai donné au dernier cbe- 
c Tal que je y\ens d*acbeter. » 

M. de LamartïDe assistait au départ de Scherif-Bey, pen- 
dant son fl^our à Bamaa. « Les eoun, dit-il» sont remplies 
€ d'esdaves tenant en main les plus beanx chevaux de la 
« ville richement caparaçonnés. 

« Les chevaux de Scherif-Bey étaient là ; ce sont les plus 
c beaux animaux que j'aie encore vus k Damas ; ils sont 
« tuiconians, d*ime race infiniment pins giaiide et plus 
« forte que les chevaux arabes; iU ressemblent à de grands 
c chevaux normands, avec les membres plus fins et plus 
« musclés, la îôle pins légère et l'œil large, ardent, fier et 
« doux du cheval d Urieot ; ils sont tous bais-bruns et a 
c longue crinière, véritables chevaux hmnériques. » 

Yoici encore une histoire touchante que raconte M. de 
Lamartine avec le cbai iiie qu il sait mettre en toutes choses. 

« Un Arabe et sa tribu avaient attaqué dans le désert la 
« caravane de Damas . la victoire arait été complète et les 
« Arabes élait iU déjà occupés a charger leur riche butin, 
« quand les cavaliers du pacba d'Acre, qui venaient à la 
c rencontre de cette caravane, fondirent k rimprovkte sur 
«t les Arabes victorieux, en tuèrent un grand nombre, liiciU 
« les autres prisonniers, et, les ayant attachés avec des cor- 
m des, les emmenèrent k Acre pour en fkire présent au pa* 
« cha. Abou-el-Masch, c'est le nom de TArabedoot il nous 
« parlait, avait reçu une balle dans ie bras pendant le corn- 
c bat; comme sa blessure n'était pas mortelle, les Turcs 



Digitized by Google 



« Tavaient atUcbé sur un chameau, et, s'étant emparés du 
« cheval, cmmeiiaîent le eheval et. son cmlior. Le soir d« 
« |oar où ils devaient entrer à Acre ils campèrent avec leurs 

« prisonniers dans les montagnes de Saphadt ; l'Arabe blessé 
« avait les jambea liées ensemble par une courroie de cuir 
« et était étendu près de la tente où condutient les Tnres. 
« Pendant la nuit, tenu éveillé par la douleur de sa bles- 
% sure, ii entendit benuir son cheval parmi les autres che*- 
« vaux entravés autour des tentes, selon fosage des Orien* 
ff taux; il reconmit sa voix, et, ne pouvant résister au désir 
« d'aller parler encore une fois au compagnon de sa vie , 
< il se traîna pàiililement sur la terre à Taida de «es mains 

■ 

« et de ses genoux, et parvint jusqn'^ son coursier : « Pau<* 

« vre ami, lui dit-il, qne feras-tu parmi les Turcs? Tu seras 
f emprisonné sous les voûtes d'un kan avec les dievaux 
c d'un aga on d'un paeha ; les femmes et les enfknts ne 
•f t apporteront plus le lait de chameau, l'orge ou le doura 
« dans ie creux de la main ; tu ne courras plus libre dans 
« le désert comme le vent d'J^jpte; tu ne fendras plus du 
« poitrail l'eau du Jourdain qui rafraîchissait ton poil aussi 
« blanc que ton écume. Qu'au moins, si je suis esclave, tu 
« restes libre ! Tiens; va^ retourne à la tente qne tn connais, 
« va dire h ma femme qu'Àbon^UMarsch ne reviendra plos» 
« et passe la téte entre les rideaux de la tente pour lécber 
f la main do mes petits enfants. 

m En parlant ainsi TArabe avait rongé, avee ses dents, la 
« corde de poil de chèvre qui sert d'enii avcs aux chevaui 
« arabes, et l'ai^mal était libre; mais, voyant son maitre 
« Uessé et enchaîné k ses pieds, le fidèle et intelligent cour» 
« sier comprit avec son instinct ce (|u aucune langue ne 
« pouvait lui expliquer; il baissa la iéta , Ikira &m maître. 



Digitized by GoogI 



— 37 - 

« 

« et, le saisissant avec les deots par la nîinUue de cuir qu'il 
« avait autour du corps, il partit au galop et l'emiioi la vers 
« l€8 tentes. Ën y arrivant» et jetant son maître sur le sable 
« aux pieds de sa femme et de ses enfants, le cheval expira 
« die iatigue. Toute la tribu l'a pleuré : les poètes Tout chanté* 
ff et son nom est constanmient dans la bouche des Arabes 
c de Jërieho. » 

« Nous n'avuus nous-mêmes, a^ule M. de Lamartine, 
« aucune idée du degré d'intelligence et d'attachement aux- 
« quels l'habitude de YÎrre avec la (àmiUe, d'être caressé 
« par les enfants, nourri parles femmes, réprimande ou 

encouragé par la voix, du maitre, peuvent élever Tinsliact 

< du cheval arabe. L'animal est, par sa nature mémct plus 
« intelligeai et plus apprivoisé que les races de nos cli- 

< mats ; il en est de même de tou;» les animaux en Arabie. 
« La nature on le ciel leur ont donné plus d'instinct» plus 
€ de fraternité pour l'homme que chez nous ; ils se sou- 
te viennent mieux des jours d'Éden où ils s'étaient encore 
« soumis volontairement h la domination du roi de la na- 
« ture. Chez les Arabes , le cheval du maître est toujours 
« là, couvert de sou harnais magnilique, et prêt à être 
« monté ; il Dût complètement partie de la famille et semble 
«t prendre intérêt h tout ce qui se fait, à tout ce qui se dit 
« autour do lui : sa physionomie s anime comme celle d'nn 
ce visage hiimain. Q^and un étranger survient et lui parie, 
«c il dresse ses oreilles, H relève ses lèvres, ride ses naseaux^ 
« tend la icte au vent, flaire l'incomm qui le ilalte, ses yeux 
« doax, mais profonds et pensifs, hrilleul comme deux char« 
«( bons sous la belle et longue crinière de son front. Le ch^ 
« val du scheik de Jéricho, que j'achetai et que je montai, 
« me coanaiMit a^i i^oul de peu de Jours pour son mailre; 



— 2« — 

« i) ne voulait plus se laisser mouler par uu autre, et frau> 
« chissaîl tOQte la caravane poiir venir à ma voix, bien que 
«r ma langue lui fût une langue étrangère. Doux et cares- 
« saut pour moi et accoutumé aux soins de mes Arabes , il 
« marchait paisible et sage à son rang daos la caravane tant 
« que nous ne rencontrions que âes Turcs, des Arabes vé* 
a tus à la turque ou des Syriens; mais s il venait, même 
« un an après, à apercevoir on Bédouin monté snr un cfae- 
« val du désert, il devenait font & coup un autre animal ; son 
« œil s'allnmail, son cou se goiitlait, sa queue s'élevait et 
« battait ses Oaucs comme un ibuet ; il se dressait sur ses 
<i jarrets et marchait ainsi longtemps sous le poids de sa 
« selle et de son cavalier; il ne hennissait pas, mais il jet- 
ci tait un cri belliqueux comme celui d'une trompette d'ai- 
« rain, un cri tel qne tous les chevaux en étaient effrayés 
« et s'arrêtaient en dressant les oreilles pour récouter. » 

iM. de Lamartine raconte encore un marche conclu avec 
un Arabe. « L'Arabe, qui montait un beau chevaU que j'au- 
«t rais désiré emmener, avait pam admirer lui-même le 
« cheval Uircomaii (|uc je aïontais. La conversa lio a amenée 
c< hahilement sur nos chevaux mutuels, il fait Téloge de 
« plusieurs des miens. Je lui propose de changer le sien 
« contre le cheval turcoman. Nous débattons toute la soi- 
<c rée sur le surplus k donner par moi; rien ne se décida 
ic encore. A chaque fois que j'arrive à son prix, il témoi- 
« gne une si grande douleur de se détacher de sou cheval, 
« que nous allons nous coucher sans rien conclure. Le 
« lendemain, au moment du départ, tous les chevaux déjà 
(!c bridés et montés, je lui fis encore quelques avances. Il se 
« détermine enfin h monter lui-même mon cheval turco- 
« man : il le galope à travers la plaine ; séduit par les belles 



Digitized by Google 



— 29 — 

<< qualités de TanimaU ii m eovoie le sien par sou lils. Je 
«c iui remets 900 piastres» je monte le cheval et je pars. 
« Toute la tribu semblait le voir partir à regret : les en* 
«fents lui parlaient, les femmes le montraieot du doigt : 
a leur scbeik revenait sans cessfi le regarder et lui faisait 
« certains signes cabalistiques que les Arabes ont tou- 
« jours la précaiJiioii de fane au cheval qu'ils vendent 
tt et qu'ils achètent. L'auimal lui-même semblait corn- 
ac prendre la séparation, il baissait tristement sa téte om- 
« bragée d'une superbe crinière, en regardant à droite et 
« k gauche le désert d'un œil inquiet. L'œil des chevaux 
« arabes est une langue tout entière ; par leur bel œil, dont 
^ « la prunelle de feu se détadie du blanc large et marbré de 
tt sang de Torhiie, ils disent et compreaaeut tout. J'avais 
« cessé, depuis quelques Jours, de monter celui de mes 
« chevaux que je préférais h tous les autres. Par suite des 
« innonibrahles superstitions arabes, il y a soixante-dix si- 
a gnes, bons ou mauvais, pour Thoroscope d*un cheval, et 
tt c'est une science que possèdent presque tous les hommes 
« (lu desei L Le cheval dont je parle, et que j'avais appelé 
tt Liban, parce que je l'avais acheté dans ces campagnes, 
tt était un jeune et superbe étalon, grand, fort, courageux, 
a infiui^aljK' et sage, et à qui je n'ai jamais reconnu Fom- 
tt bre d un vice, pendant quinze mois que je l'ai monté, 
« mais il avait sur le poitrail, dans la position accidentelle 
« de son beau poil gris-cendré, un de ces épis que les Ara- 
tt bes ont mis au nombre des signes funestes. J'en avais été 
tt prévenu en l'achetant, mais je Tavais acquis par ce rai- 
tt sonnement bien simple et h leur portée, qu'un signe fu- 
tt neste pour un mahométan était un signe favorable pour 
tt un chrétien ; ils n'avaient trouvé rien à répondre, et je 



— 30 — 

a montais Liban toutes les fois que j'avais à faire des jour- 
a nées de route plus longues ou plus mauvaises que les au- 
« 1res, Lorsque nous approchions d'une ville ou d'une 
a tribu, et que l'on venait au-devant de la caravane» les 
i< Arabes ou les Turcs, firappës de la beauté et de la vigueuf 
« de Liban, commençaient par me faire compliment et par 
<c Tadmirer avec l'œil de Tenvie ; mais, après quelques mo- 
a ments d'admiration» le signe fatal, qui était cependant un 
c< peu couvert par le collier de soie et la musette suspendue 
a au cou que tout cheval portait toujours, venant k se dé- 
a couvrir, les Arabes, s'approchant de moi, changeaient 
ce de figure, prenaient l'air grave et aflligés et me disaient 
a signe de ne plus monter ce cheval. Cela était peu impor- 
te tant en Syrie, mais, dans la Judée et dans les tribus du 
a désert, je craignis que cela ne portât atteinte k ma consi- 
a dération, et ne détruisît le respect et le prestige d'obéis- 
c( sance qui nous entouraient. Je cessai donc de monter 
« Liban et le menai en main à ma suite. Je ne doute pas 
« que nous n'ayons dû une grande partie de la déférence 
a et de la crainte dont nous étions environnés k la beauté 
« de douze on quinze chevaux qui nous suivaient. Un che*. 
« val en Arabie, c'est la fortune d'un homme. Cela sup- 
K pose tout, cela tient lieu de tout. Ils prenaient une haute 
a idée d'un Franc qui possédait tant de chevaux aussi beaux 
« que ceux de leur scbeik et que les chevaux du pacha. » 

Vitinéraire de Jérusalem nous permet aussi d'embellir 
notre ouvrage de quelques lignes de M. de Chateaubriand. 
La gloire du cheval serait incomplète si ce nom, qui est 
mêlé a toutes les gloires, ne se trouvait pas pour quelque 
chose dans l'histoire qui lui est consacrée. 

« Les juments, selon la noblesse de leur race, sont tiai« 



Digitized by Google 



— 51 — 

« tëcs avec plus ou moins d'honneurs, mais toujours avec 
c( une eiiUémô rigui^iir. On ne met point les chevâux k 
« rwibre» oti les laltie éxposés k tonte Tardeur du soleil, 
« attachés éii terre k des piquets par les quatre pieds/ de 
ft manière à les rendre immobiles ; on ne leur ôte jamais 

la adle; aoaveot ik ne bomat qu'ime senle fois et ne 
« mangent qu'un peu d'orge en tingt - quatre heures. Un 
ft Uailement si rude, loin de les faire dépérir, leur donne 
« la sobriété, la patience et la vitesse. J'ai souvent admiré 
«un cheval arabe amai enchaîné dana le sable brûlant, les 
« crins épais descendant épars, la tête baissée entre les 
« jambes pour trouver un peu d'ombre et laissant tomber 
« de son œil sauvage, «o regard oblique sur son maître. 
« Avez-vous dégagé les pieds des entraves* vous êtes-Tous 
«élancé sur son dos, il écume ^ il frémit, il dévore la 
€ terre; la trompette smme^ il dil . allons l et vous recôn- 
t naisseï le cheval de Job. » 

Plus loin il raconte l'anecdote suivante : « L'histoire 
a d'une jument fait souvent l'entretien du pojs. On facon- 
« tait, pendantque j^étais à Jérusalem» les prouessés d'une 
« (ic ces ciivaîes merveilleuses. Le Bédouin qui la montait, 
a poursuivi par les sbires du gouverneur, s'était précipité 
« aveu elle du sommet des montagnes qui dominent Jéri- 
,a cho. La jument était descendue au grand galop, presque 
« perpendiculairement, sans broncher, laissant les soldats 
« dans l'admiratiofi et répouyante de cette fuite. Mais la 
« pauvre gabelle erevft c entrant k Jéricho, et le Bédouin, 
« qui ne voulut poijit Tabandonner, fut pris pleurant sur le 
« corps do sa compagne» Cette jument a un frère dans le dé« 
< sert. Il est si fameux, que les Arabes savent toujours où 
a il passé» oit il est, ce qu'il fait, comment il se porte. 



32 — 

« Ali Aga m'a religieiisement montré, dans les montagnes, 
« près de Jéricho» la marque des pas de la jument morte en 
« voulaot sauver son maître ; imMacédoDieo n'aurait pàs re- 
« gardé avec plus de respect la irace des pas de Bucéphale. » 

Voici maintenant quelques anecdotes sur Tamour des 
Arabes envers leurs chevaux, dlées par divers auteurs. 
Quoique fort connues, elles ne seront pas déplacées ici» 
tant à cause de Topportunité, qu'à cause de riutérèt qu'elles 
offrent. 

Tout ravoir d'un Arabe du désert consistait en une ju* 

ment, le coiisul de France lui offrit de Tacheter, dans le 
dessein de l'envoyer à son scHiverain Louis XIY. L'Arabe 
eiit voulu pouvoir rejeter avec mépris cette propositiout 
mais il était si pauvre qu'il ne pouvait se procurer les pre- 
mières nécessités de la vie. Il hésitait cependant encore. 
Il n'avait que de méchants baillons pour se couvrir» et sa 
femme et ses enfants n'avaient rien k manger. La somme 
(ju'on lui offrait était coiisidérable, il pouvait se procurer, 
à lui ei à sa famille» du pain pour leur vie entière. £nlin, 
après avoir bien hésité» il conduit sa jument ches le con- 
sul. 11 met pied à terre, il se penche vers elle, il regarde 
tantôt For et tantôt sa pauvre cavale^ il soupire, il pleure : 
« Quoi donc?8'écria«t-il» je vais t'abandonner à jamais, te 
céder aux Francs qui te chargeront de liens, qui te rendront 
misérable ; non reviens avec moi» mon amour, mon trésor, 
viens faire renaître la joie an cœur de mes enfants. » Gela 
dit» il s'élance sur son dos et disparait comme l'éclair. 

L'anecdote suivante n'est pas moins touchante et n'est 
pas aussi connue. Un Arabe nommé Ibrahim» pieuvre, 
mais distingué par sa naissance, ne pouvant pas payer une 
somme d'argent qu'il devait, fut forcé d'emprunter ce qu'il 



Digitized by Googl 



— 53 — 

loi fallait à un marchand de Rama, en laissant [mir gage 
«ûçjumeût d'ua grand prix. Lorsque le terme lut arrivé, 
il ne |>ot!pas rendre Targont el It jument fut vendoe. Sa 
généalogie remontait, du côté du père et de la mère, a plus 
de cinq cents ans:, le prix était de 500 livres, somme 
énorme pour ce pa^fB. Ibrakim aliaic sovrant à Bonne ponr 
s'informer de sa jument. Il l'embrassait îl lui essayait lea 
yeux avec son mouchoir, il la trottait avec la manche de sa 
chemise et lui donnait mille bénédictions, durant tout le 
temps quil restait avec elle. « Mes yenx, lui dîsaitHl» mon 
àme, mon cœur, suis-je donc assez infortuné pour l'avoir 
vendue à un autre maître et n'avoir pu te garder l Je suis 
pauvre, ma gaielle» je t'ai âevée dans une tente comme 
mon enfant 1 je ne t'ai jamais hallue iii grondée! je l'ai 
tot^ours caressée de la façon la plus aftectueuse; Dieu te 
^naerve» ma bien-^imée» tu es belle» tu es douce, tu es 
aimable. Dieu te défende contre Fcetl de TenvieuX'. 9 

Sir. John Malcoiw rapporte deux anecdotes sur le même 
siyet, d'une nature plus amusante. 

Lorsque l'ambassadeor, retournant de sa première mis** 
sion, était campé près Bagdad, un Arabe monté sur une 
jument bai clair, d'une taille et d'une beauté remarquable, 
vint rôder autour de sa tente, jusqu'à ce qu'il eât attiré son 
attention. On lui demanda s'il voulait la vendre. « Combien 
m'en oifi^vous? lui répondit-il. — Gela dépend de son 
âge ; je suppose qu'eUe.a plus de cinq ans; — Suppdaez de 
nouveau. — Quatre. — Regardez la bouche », dit l'Arabe 
en souriant. Eu elTet, après l'avoir examinée, il fut reconnu 
qu'elle arrivait à trois ans, ce qui, à cause de sa taille et de< 
sa conformation, rehaussait beaucoup sa valeur. « Eh bleo I. 
dit l'ambassadeur, je donnerai 50 tomans (le toman est h- 
n. 3 



I 



^ w — 

fm pth d'une Uvn aterUfig). ^ Un ^tt plus, tové 
pMt, répoadit ta tsoMm Arake. QatM^vingli) Mot. » 

Il secoua la tête en riant. Enlin Toffre s'életa à deux 6ttiti 
UNBaji& 1 • G'aat assez, dit l'Arabe» n'essayez pas daTan^ 
lige de me tenler» teve n'y réussiriez pas. Vous êtes «if 
riche seigneur, vous avei de beaux ciMrvant cl ém millei. 
Or m'a dit que vous aviez des mooeeaut d'argedt et d'or. 
Maie, a|eiita«t4l, il voue niaaqvem toejottre m Jument, 
f^iis ne r«iffiez pas pour tmi ee c|ue tw» poesédez. • Cék 
dit, il punit au galop. 

Ua ëimiijk» ea ehef arabe» ipà demeursût k eiaquanle 
mîUes de Baaaorâ avait one tact de ehevatt:! du iMgle 
plus précieux. Il perdit une de ses méilleuros cavales et 
fut longtemps sans découvrir si on la lui avait volée ou si 
eHe a^étail dganto. Qoekiee leiit|M apièi un Jeene ïiùmm 

d'une tribu diflérente, qui, depuis longtemps, déflirail 
épouser sa iiile, mais qui avait toujours été refusé par le 
aheiok, efaliat le eonaenteneiil de la jemie ftUe M e'eafoit 
avec elle. Le sheiek et ses gène se itàtenî I \mt tiettrsii}ti, 
mais l'amant Qt la maîtresse, montés sur le même cheval, 
Snmi m ebaniD incroyable et lewr éebappèt«at< 
U vien obd jnra ^n'ils éiiiéiti mmiê sur lé êbm 

Qtt sur la jument favorite qu'il avait perdue. A son retour, 
il trouva que la dernière supposition était la véritable, que 
FatnanI était le velenr de sa inment aussi bien «pie de sa 

Elle, et qu'il s'élait emparé de l'une pour pouvoir enlever 
rautre* Le vieil Arabe fut encbanté de voir qu'il n'avait pas 
été balin périme envale d*mMi antre racei et Se léeeneilia 
très-facilement avec le jeune homme fiàn de potlf^f ità^ 
trer en possession de sa jument, qui paraissait être d'titl 
bien pki pand pm» à sea ymtt^ qne ai ptnpie Ittle. 



Digitized by Google 



55 — 

Us vieil Arabe avait une cavale sans parëlle qui Tavait 
fmi paodaBt qaiait ana dam» maint È^tià eombal» 

dariB maints voyages longs et përillettx. Enfin, chargé tnl- 
méma du poida des ans et des fatigues, il la donna à son 
ftaaliié aieeun ciaetene qu'il tenait de mi p^e. «Moli 

iils, lui dit-il, je te donne les deux objets qui me sont les 
^iaa précieux sur la terre ; mais je t'adjure, au nom du 
Sien eUment et miaéricordieak, de de jamtia le Hvref aù 
repos de h nah, quelle qu'ait été la flitîfue du jour, qu'après 
les avoir rendus l'un et Fautie polis et luisants comme la 
«ur&ed d'en wmtok. x» Le jemie Arabe ât le serment qo'^i» 
0ait atti |)èreiflMia il fôt tnédaoeta pramiète âffiiife eA R 
fut engagé, et Tennemi s'cmpaiâ de la belle cavale. A cette 
nouvelle» le vieillard s'écria : « La vie m'est odieuse désor- 
mais, cstf j'ai perde h la fois mon fila et ma eavale, et la 
perte de l'un me navre comme celle de l'autre.» Cela dit» il 
pencba la tête et mourut. 
Nous terminons par une anecdote d'mie date peu éloii^ée : 

« En 4815, une lioupe de Druses bien naonlés attaqua 
« une troupe de Bédouins dans le Hauran, et les repoussa 
« jusque dans leur eamp ; là, entourés de tentes parts» as- 
« saillis [jar des forces supérieures, ils furent tous tués, k 
« Texception d'un seul, qui» rassemi^lant sa jument et pas- 
c aant k travera les lignes ennemies, prit la fuite poursuivi 
« par les cavaliers les mieux montés de la troupe vicio- 
« rieuse. Rochers, plaines, collines, tout était franchi avec 
« la rapidité du tourbillon, et la poursuite eontinuait tou- 
< jours. Car les Druses étaient Implacables et avaient juré 
a la mort du dernier de leurs ennemis. Enfin, après plu- 
« sieurs heures d'une course infernale» vainoua dans leur 
« colère par leur aAmiittion pour la Jument qot entraînait 



Digitized by Google 



m son maître ioin d'eux, ils lui promimil la via^ le cod* 
c jurèreil de s'arrêter, afin qa'û» posseot seiileneiit btiscr 
« le front de cet excellent coursier. L'Arabe y consentit, et 
« les Druses ea le (|uiitaiu lui répëlèreot cette phrase pro»- 
« mbiale cbes eux : Va laver les pieds de ta monture et 
« bois Teau ensuite. » 

Voici Boaintenant trois chants dont le cheval arabe est le 
sujet : le premier est mie tradiietion d'un chant arabe qu 
se ressent de la foogfuense imaginatâi» de FOrient; le 
deuxième est la cliarmaute ballade de Millevoie, intitulée 
le. Tombeau du Ccursier, qui inspira. le beau tableau de 
Mosès ; le troisièaie est traduit de la magnifique ballade d« 
^oble exilé Mickiewic^, intitulée le Farts. 

OHAIT 01 L'ARABE 0NA6A A %M 6MEVAL 

Itoble coursier prt'paré pour la guerre. 
Ta blanche robe est un rayon des eisux ; 
Les flof^i pressés de ta moUe crinière 
De la hoaii aoni les noufinls cheveux; 
Tes crins soyeux, ondulés par la brise. 
Sont le nuage envolé dans les airs ; 
Ton dos luisani est la roche qu'aiguise 
L'eaa du torrent qui va se perdre aux mers ; 
Ta queue agUe est la robe li'^rrc 
Qui flotte aux pieds de l'épouse du roi ; 
Tes flancs brûlants sont ceux de la panthère 
Qui vit rampant dan^ le sentier étroit; 
Ton enoolure est le palmier qui laisse 
Sur le paasant tomber un vuilo ami ; 
Ton iront mobile est la cuirasse épaisse 
Que Fouvrier de sa main a poli ; 
Tes naseaux sont l«f antres des hyènes. 
Tes yeax de feu sont des astres mouvants, 
Ten pas rapide est, aux vertes fontaines, 
îs pw léger des ch«Tfei|il8 hondi^Niiti j 



Digitized by Google 



— 37 — 

Ton fier galop «st h voU îles ong» 
Dint le niUon pbmgeiiiit te» roatements» * 
El ton port est odui qu'tmc OMiécagM 
1a tautcrelle ëèft aa gr& def venta. 
Viena, eber conraier, délieea de ma vie, 
Boiie avec mol le dons lait du diamean; 
Viena paiire, ami, l'herbe de la prairie» 
Vienet ai je meora, partager mon tomliean ; 

Tbtt Ime, au loin d'un mmide périssable. 
Avec la mienne aux espaces du ciel 
Ira, jouant, sur les plaines de sable, 
Le ubie d'or des chemins du soleil. 

LE TOMBEAU OU COURSIER. 

Ce noble ami, pins léger que les veuls, 
Il est tombé sur les sables mijjytnts î 

0 voyageur! partage ma tristasso» 
Mêle tes cris à mes cris superflot : 
Il est tombé, le roi de la vitesse, 
L'air des combats ne le ri veille plus; 
Il est tombé dans l'éclat de sa coora^ 
Le trait fatal a tremblé sur son flane^ 
Et les flots noirs de son généreux aing 
Ont altéré le cristal de b aonree. 

Ce noble ami, plus léger que lea venta^ 
Ji eat tombé aoua lea aablea mouvtnta* 

Du meurtrier j'ai puni llnadettee, 
Sa téte horrible aussitôt a roidé; 
J'ai dana aon sang désaltéré ma lance, 
fil aena mea pieda je Tai longtempa foulé; 
Puia» contemplant ipon cooraier aana haleine, 
Monw et penalf, je l'appdai tfois Ibit; 
flilasi «o vain : il Ait aonrd A ma veix, 
Et J'élevai aa tombe dane la plaine. 



- 3ë - 
Ce noble uni, piof légir fftê \t$ mUt, 
n eek tombé foqi 1m mMm Munit». 

Ikpine ce jour, 4 tvistft t» iw néntir^ 

Uni dou Mien m at t|t« n\ M; 

Nort au plaitir, ÎP Kta ii hl ^ I U jlw», 

Dmm le déiert je Inlat vnloQf emii, 

C«tte Arabie, «utrefiNs tint iMe, 

N'est plus pQQT moi qu'oa amw etgraaA t«nb«Mi» 

On me Toîtfoir le eenlier <tai dyuoean, 

L'aibre d'enoeni <! h phine embaumé. 

Ce noble ami» plus léger que lei tenta, 
n eat tombé aooa lea aablea monTinta. 

Sooa l^oi] jour quand la aoif noua défon, 
n me guidait vera l'arbre bospUalier; 
A mea eôtéa il combattait le Maure, 
8t aa poitrine Aait mon bouclier. 
De mea travaux compagnon intrépide, 
Fier et debout âè» le réveil du jour, 
Aux tendres voeux et de guerre et d'aïqour, 
Tu m'emportais comme l'écUir ra^tlde. 

Ce noble ami, plus léger (juc la veats, 
Il est tombé sou^ les s«ibles mouvante. 

Tu vis souvent cette jeune Azeîde, 
Trésor d'.imour, uiirLicli; de beauté; 
Tu lus vanU"; de =-a bcuche perfide. 
Ton cou nerveux de sa maui lui ilatté; 
Moins douce était la timide gabelle, 

¥1 1 • 1 .... . . .. -.1* tUiSti 

Le li uii palmier brdlait de moms d aç|||#^ , ^ . 
D ua beau Persan elle suivit les pas * . * , 

Toi seul, ami, tu me restai Qd^« 

Ce noble ami, plus léger que leç vents. 

Il est tombé sous les sables mouv4|its« . 

Entends du moins ton maître qui te ploaru; 



Digitized by Google 



n te 5Ui>-n : réams dans la mort, 

Noos dormi roos dans la 

Giisse sur nou^. fraîche haleine du aerd. 

Tu sortiras de la tombe pmjdreose, 

Et, soas Ion maître, au jour du grand réveU, 

Traaquiile et ûcr, dans les champs du SOieU^ 

Ta pounoiYras U itmle lninmaiiw. 

Mais, noble ami. pini légpr que \m venlt. 
Tu dors eocor dans les «abies moBvaatâ. 



LE 6AIAL1U AIABL 

Tel l'esquif fuit joTeui la rire sinoeose, 
Tel, TÏraiii et rasaiii le vi^rl cristal des eew. 
De sa 13 m I' il êlreini h ocr voluptueuse, 
Se courbe eu cou de cjgne au-desfus <4e ses 9iÀÉ^ 
Te! l'Arabe, el rinçant sa cavale indompLahJ^ 
La Toil, précipitée au déf^erl qui j étend, 
^oyerson blanc sabot d^ob le^ ra^ut & dti sabW 
Qui bnut conune ea l'eau bruit un fer ardeui ! 

Quel poitna<kd«iplmiMCWiii«r^a9f4K 
An flolt, cQ«laitt par giaiiis, du aaUi ^'il §u%9$f 

Tïte, fliu TÏ|e, à ginmà «at; 

Ei btlaytnl gravier, bruyère, 

Il t'âèra toiy<Hir« ffathttt 

1b imge €1* aMnw |« 4P 

Yole, 6 H» eml» w ||î|BÇf 1 

Afec son fruit et a^ «nliingea 
Le palmier rert 19'aUire CB ni«^ 
Moi, je m'arraehe dé loa «in. 



I 



— 40 — 

Et mille mou orgueil du bruit de son feuillii.:e. 
Aux confins du désert le granit, garde assis. 
Fixe sur le Bédouin un œil morne et sauva ;.'e. 
Des pas de mon coursier contrefait les échos 
Et murmure après moi la menace eu ces mots ; ' 

I 'i • 

>i Où court l'enrafré ? Mais arrête ! • ' • 

Là, du soleil aux traits ailé:> 

Ne sauraient préserver ta téte 

Ni les palmiers <*chevelés. 

Ni la tente au sein blanc de toilr. 

lÀ, point de tenle (]ue les cieux. 

Là, ne voyage que 1 étoile. 

Là, le roc seul dort sourcilleux ! >» • 

Vaine clameur 1 menace vaine! 

Je cours en redoublant mes coups ; 

Et les tiers granits dans la plaine 

Derrière moi sont restés tous : 

Honteux d'un impuissant courroux 

Tout ea fuyant forment la chaîne 1 

De saisir le Béclouiu par uu essor plus prompt 
Le vanL OUI , à leurs cris, senUt 1 aveugle joie : 
De 1 ailc, en sa poursuite, il vint frapper sa proie, 
Et d'un triple contour il couronDa mon front. 

t Des morts je sens la pourriture» 
Croassait-il. Sots, sota enfin, ' ' 
. Coursier qui eherdw la piture, 
CiVilKiâ'iâiiiMiàt lè chemin ' 

^'K'^'âfelfl y porte ses pas, ' ' 
Em|K>rtaiitliëcMklricîir^^^' 
IdnecoodKë'4^ieiiiori; 
Pour le counier point de pacage , 
Seul, le reptile y paît, s'y tord, 
et le seul vautour y voyage ! '» ' " 

Alors, en croassant, de aa serre qui luit 

il me raille.et trois foi* son <0il an «bb émuM. 



Digitized by Google 



- 41 — 

c Qui »'eirrai«? » -»lt t'effraie, «t êm Im cJeu tentait. 
Et quand pour te ptutr waxm ate a« bande. 
Quand déjà dn regard je viso l'insolent, 
Lui, d^i dans les airs comme on point gris il peml, 
De grandeur de moineau, de papillon, de mouche, 
Puis se fond dans Fasur de llioriion qu'il touche I 

Cours, ma cavale aux pieda hhmes, eoam t 
Arrière et voeban et ?a«lonril . 

Ihi soleil an couchant uA HAi^é s^arràche; ' 
Blanche, aux voûtes d'azti^', son aile à moi s'attadie;' ' 
Je franchis le désert ; il veut, courrier ardent» . i, . i 

Sar nuM l'emporter, mais s'arrête . n f 

^ Et siflte an^tëssus de ma téte' ■ ' ' 

Cette menace,' an bnrit du vent: 

« Où court l'enragé? Téméraire^; < . . , ^ ,<| 

Là, dû suif ton sein se £6ndra. 

Kul nuage n'y lavera 

Ton front tout couvert de poussière. 

Nul ruisseau n'abreuve ie ul ' 
De flots argentins Ointid l'aarore 
Y répand ses larmes, d'un vol 
Le vent alfamé les dévore I » 

Vains eris! doublant mes coups, je ooqnd'oB wl plus prompt, 
Le nuage hissé, ohiSMelMit et .iMbile, « 

Toujours plus Imm baime son fronts 

Puis aux mcbnrs reste înoiobibkt '-f' -^i^--^ 'ui<: 
Kt quand avec dédain je i«kMnielipijiBk*> iuirv - J 
Le voilà défUMsé de U-hMgaeur dii eirasL i \f 
Mats il médite nu «rime et son limit^lftidiD^MMe^ i 

ItafiireurjeleYoie tong|r,i(c , « , r i 

La bile à flele sur hii <ur^^. . j 
Enfin, noir comme un mort, dans les mouti> a eofonoe. 

Cours, nia cavale aux pîéds bla^^/ eèurst 
Arriére et nîii^îe et îrattiours! ' ' ' 

' i ,1 ■ I')-' ' •. , :' i 

D*un circuit soiaire, à la rive . ■' ' 

Jtt toame autour démolies jeus^ 



Et sur la terre et daas les cieui 
Piuf dâ coorner qui me pountttvt ! 

14 jamaU Us yewc 90 •'éf^UlHli 

llneu, )ei éléniflnti wonMjUttit; 
Tel anîmil wyiat Modoii 
L'honni» pwiir» mm te wniritu , 
Hé s'flnhîl ptt 4wiM «» milttti 

Qom, je ne nii pM laul ! (Mi lenfWfti «I peiP 

Govitien «Tiiii Vin» borribl^ ^ voVi cfiviliwf 
Eirei-vous? 6uelt«»-TD«>, eail)ps|iilt| tHi» 9HM Î 
J'iGooiin.— Fkesl l'iiii|pelie,>r^eii ^ Hf* ot 

De quelque umum tMWfp$, 

Déterrât ptr un vent profane» 
Dee iquelettei humaini aur dea oa de diamettix. 

Le aable en aa fureup aawage 

GooUnt dea michonrea tant chair, 

Dea creux M Vofl Inçail féebâr, 

Hucle fera moi ce Bofr présage : 

c Où eowa-to, émoà de Bédawnt 
Ll-baa l'onnigan gfoadn m iaint a 

4© vola sani peur. Vers i'orapo 
0 Yole, ô nia cavale aux pieds blancs I 

Morts, arrière ! arrière, oura^ns ! 
Sur des bancs de gravier eheminanl solitaire, 
Le nmoun, en Afrique, outagan saaa livri, 
Me Toit de loin, s'airAle, al, surpris, sur la terre 
Tourbillonne, et murauire en son s^ iépnleral : 
€ Quel vent, là, mon puUiA parai mes jeuaèa ftèèèlt 
D'un aspect misérable et d'un essor si bas, 
Ose Mer le aaè que m*e«t Ugu4 mes pèreaf é 
U hurie, en pyramide ^ qpoi marche à lon^ ppf^ 
Et Toyani on mortd lana qraintç, de ^çlléfp. 

Frappe au aol et, d'un coup troublant 

L'Yémen , m'étrein^ dan» la acHi^ 
Ainaî que l'aigle ilMiVl h Wmm^fK^ménàh 



Digitized by Google 



~ 43 — 

I)e l'aile il m'abat dans son nA, 
86me ^ gnvier, m'eo éeviMp 
VMM «I f alTf «• taiM M itf . 

S^cooant tés ra^mbrea ar^enti 
J'éearttiA M» fioipt da table 
et Jt l< bftiewi^ lii taift 

Su» s'urraener relança à aii-^rps« naïf ret^nbe. 

Je respire et, tout fier, contemple les étoiles. 
Toutes de leurs yeux d'or put soulevé ]^ y^ni&t, 

Toutes sur moi fixent ces )'êux, 
Car personne que moi sur terre ne chenuut. 
Qu'il est doux d'aspirer l'air à toute poitrine! 

SouHle plein, large I Tes cicux, 

Tuui tes cieux, Arabie, à peine 

Peuvent sufUre à mon liaîeine. 
Qu'il est doux de plonger de tous ^cux dans la plainet 

J'y plonge mon regard §^.rpin, 

Vue et si large et si profonde 

Que mon œil embrasse du monde 

Plus ^ue 1 horizon n'en éireint I 

Qa'9 estdenx de s'étendre à tona braal De na plaea 
roovre au mande mes bcaa, pleiii d'aBseur et jejeox. 
Il semide que de Yeat an eoadantjel'anliraaie, 
Plus baut, toujours plus haut, jusqu'en liùte des cieux 1 
Mon penser Tole en traits dans Fasur de reapaee, 
Et mon âme s'y noie ainsi qu'en sa fureur, 
L'abeille noie, enterre et sa trompe et son cceur t 

[Traduciion d» M. i. JoLnGOonr.) 



Le piivil^ de la haute poésie, comme celui des divi- 
nations antiques, est de prêter un thème \ toutes les bril* 



lanles allusions , nous ne chercherons pas à découvrir ici 
quel» mystérieux rapports peuvent se trouver dans le Faris 
eaUre la course de l'ardeiile cainde el les deHns da graad 
peuple qui plie sans périr sous tant d'affreux cauchemars ; 
mais, au point de vue de notre sujet, nous voulons y voir la 
régénération des races éqfuestres par le eheval arabe. La 
brillant numide que ymt arrêter en vain le stnpide rodier 
des préjugés, que poursuit le vautour cherchant pâture, que 
*le simoun va engloutir, qui passe à travers les ossements 
de mille générations, est le dieval da désert d^Arabie, qui 
seul a gardé le secret de la perfection divine. 

• Et dont i'œB embrasse du mondt 
Uns qae rboriaon n'ai étraist. 




Digitized by Google 



CliAPITRE II, 

♦ 

Cheviiux. turcs, persans, circasMeni, géorgiens, 2;iporavieo8, turcomaiu, 
kalmouks, mongob, chinois, cochinchinois cl indiens. 



Après le cheval arabe, il nous reste k étudier les autres 
cheva«K de TAsie do ni quelques-uus semblent garder uo 
Iwîllaot r^t d0 leur iHustre tdSùtiâge; (and» qae d'antm 
Irampent ao nittou des races les plus dégénérées et les plus 
débiles. - ■ '''^''^ ' 

ii^Le premier qui fixe nos vegîltils est 1ë ehenti iiirc. Mvds; 
d*atM>rd. y a-t-îl un eheval turc? N'est-il pas, comme son 
maître, un étranger campé depuis dix siècles au sein de la 
civitisatioD ? D'oii viendrait-il ? De Fantique Épire, où dor- 
néAt les divins cétiMiers d'Acliille; d'Olvmple, oh le vent 
sêul soulève cette glorieuse poussière duiil s'iionorerail là 
poarpre des rois ; des vallons de Thessalie, où se sont ef-^ 
feoées les traces du galop des GenlaoresP Hélas ! depnis qné 
les échos du Parnasse oril oublié les chants d'Homère, de- 
puis que les marbres vivants de Phidias et de Praxitèle 



— 46 — 

sonl tombés sous les haches biutales des barbares et sous 
celles plus brutales encore des civîliséSt depuis que les fa- 
rouches Osmanlis ont remplacé la \ie iuteiligente à laquelle 
ils durent leurs succès, par rimmobilité du fatalisme, les 
chevaux byzantins ont disparu sans qu'il en reste même le 
plus léger souTenir. Le che?ai a quelque chose de la sensi- 
tWe et de la prévoyance de fabeille qui s'attache à la fa- 
mille active et henrèuse, et fuit le toit du paresseux et du 
turbulent. 

Il est d'obser? ation que la civilisalion musulmane a al- 
• teint son apogée dans les premiers siècles de son existence. 
Arts, HidttÉtrie, eomiBeroe, «He a tout cultité; mais, oottime 

le soufQe qui la poussait ne résidait que dans rélémeiit des- 
potique et en dehors de tout esprit de famille et de nado- 
nalité» 11 s'est éteûit promptement et n'a plus produit que 
des ruines. 

Les Turcs de Stamboul ont remplacé dans leur sommeil 
hw BMnaiM du Bas-fi»pivs ( Isa suhans se som eiMlsiwii 
•ur les lits enivrants des Césars? iiB odI| conmi» eux^ de<- 

niaûdé auiL nations voisines les coursiers de leurs fêles et 

9 

de leurs armées. L'Atmeïdan, comme rhippodrooM* fait 
aceMrir chaque jour les chevaux de la TahKshie» de FAiia- 

lolie, de 1 Egypte, de la Syiie, du Kurdistan» de la Perse, 
de lArabie» ceux même du nord de rem|ùre et dos conMréas 
occidentales du Caucase. 

4 

Cependant les auteurs ont coutume de parler de la racs 
turque, à laquelle ils donnent certaine conformatiout oer* 
laines qualités» certains débuls. La laee tiin|ue propranent 
dite est ramassée et trapue; ^ aie cou courte la téte forts 
et l'œil bien sorti. Du reste, les vastes États de la Turquie 
piMsèdent quelques {HMmea races de «hewua indigènes; on 



Digitized by Google 



- 47 — 

yi^aOUIre piiftcipalement uoe race de petits chevaux noirs 
tua méAtê Iflèt^fitestiMei Le» «lievàak de GàptmdM 6m 
iMli Miftérvé leur antique renom, grâce aux soins hérédi- 
taires des hâbiiaots du pays. Ceux-ci se souviennent encore 
ài teflipi où Ha payalèBl àax RomÉids uii (fibul dé qaiiizê 
mm eMnkH d^éliie i ho&nenr qui tant I h Gajiypadôee de 
porter encore le nom glorieux de Rome, Romanie. 

Voiei la deacrlptkHi qu'en donne le savant fiarbeqdis» 
mïmiÊimtt aiigM» h CoBilanlinèple i « J'ai vv, k/fàtfaA 

« j'étais dans le Pont, voyageant dans cette partie de là Bi- 
t tUnie» appelée les Ailles, rers la Cappadoce, combien leâ 
É natnrela da pays sont bona poitr lenrs jennés poulains, 

« avec quelle douceur ils les élèvent depuis leur nàissance. 
« Ils les caressent sans cesse, ils les admettent dans leurs 

« mIooiis ei jMsqnli iemu laUee, et teuf donnent lei mé- 
t mea s<^i qd'h leurs enfônts; quelqueMa lU Mpendetit 

« à leur oou tm collier ou un sachet rempli d'amulettes 

a comte les aarta et le p^ieon, cboaee qn'ila redeotent le 
« plu»t Les saM qd les eoignent sont anisi dont qite lédrs 

« niiiUres : ils s'occupent cootimf^tement à leur lisser le 
« poil atee le asain i îia ne les teppent jafiaais sans la pins 
« absoloe nécessité. Ces bons Mftênients ftmt que le« ebe^ 

« ym\ ont on grarn] Luiiour [)ouf l'homme, et, loin de se 
a montrer méebants ou ramingues comme les chevaux de 
« tm éhMk, &ù peut dire qu'on en tfonireralt dlffidle^ 

« ment un seul qui se montre d'un caractère difficile. 

« Les Turcs> ajoute le mémo auteur, ont des cheYaui 
a dieieir il bien dressés, qnè, an mobidré MAmande» 
« ment, ils se mettent à geiionK pour prêter leur doè an ca^ 
4i valier qui va les monter. Si le cavalier laisse tomber à 

c leiMAon bMen en son djérid^ ils le ramuneot avec len^ 



48 — 

« deaU et le lui redouueot. Un usage a$sez bizarre, mais 
« sfi^ géDéral.en Tor<|uîe, est de déporer leschevauK dont 
c rînslractîoii et le dressage sont arrivés au plus haut pràit 
M de peilection.Pour cetcflel, on leur passe dans les narines 
f ua aoneatt d'^i^eiU^eo signe d'iioooeur et de boane édur 
« cation. J*ai tu pksieurs cbevaux qui* lorsque leur m^tre 
« lombaii à tene, s'arrêlaient aussi, sans remuer le pied, 
« jusqu'à ce qu*il se fût relevé. Une antre û>is, j'ai va un 
H palefrenier s'éloigner à quelque distance d'une troupe de 
«f chevaux qu'il l'aisail accourir ou s'arrêter à son comman- 
ft dément. J ai vu enpore plusteiu's chevaux dont le m^tre 
« était à diner chez moi, dans un kiosque étevé, dresser 
«t leurs oreilles en reconnaissant sa toîi:* et accourir en hen- 
« aissant de plaisir. » . 
. Depuis ré(»oque o<i écrivait Barhequins, lûen dearéfolu- 
lions se sont opérées h la Sublime Porte, et les voyageurs 
s accordent à dire que l'éieve du cheval n'y a point gagné; 
les chetvaux commencent k être aussi durement traités en 
Turquie que dans les États dirétiens; ils sont logés dans 
des écuries incommodes et mal pavées, et attachés paf les 
quatre, pieds avec des entraves fixées en terre par ua piquet 
de fer» ce qui leis fiitigne horriUement. 

Le nom de cheval turc s'appliquait autrefois à tous les 
d^vaux d'Orient; c'est ainsi qu'en Angleterre on cite iea 
noms de Byerley-Turk^deHe)ma&ejr-Tttrk» d'Âney-YeUow^ 
Tork, etc., sans qu'il soit certain que ces chevaux fussent 
Oiîil^uaires de Turquie. On appelait de même, en France, 
tMrcs é^Aa^ietârre des chevaux orientaux, harhes» persans*, 
et même de pur sang anglais. Le mot turc exprimaîlt sen- 
lement leur origine orientale. Aussi faut-il remarquer 
que souvent l0s anciens auteurs nous oui doijuné des des- 



Digitized by Google 



— 49 — 

criptions du cheval turc qui s'appliquent beaucoup mieux 
au cheval persan et au cheval turcoman qu'au cheval turc 
pruprenoent dit. 

Toutefois il se trouve a Gonàianlinople d'excellents et 
magûiUques chevaux provenant de tous les pachas de Tem- 
pire et des gouverneurs de province. Quand un scheik, ou 
même un sujet bédouin, a un bon cheval qui convient au 
pacha ou au gouverneur, celui-ci fait en sorte de l'obtenir 
par un moyen quelconque ; puis il renvoie en présent aux 
ministres et aux grands de l'État : aussi est-ce peut-être k 
Gonstaminople que l'on trouve uiaintenant les plus beaux 
types des races orientales. 

L'équitatîon turque est une des grandes variétés de Técole 
méridionale, qui consiste principalement h porter Tétrier 
très-court et à remonter les genoux. Cette équitaiion, d'où 
les Anglais ont pris leur tenue habituelle dans les courses 
rapides, a plusiLms avantages que ïon n'a pas toujours 
bien compris : d'abord, elle favorise la tenue quand il làut 
franchir de longues distances k toute vitesse et fait éviter 
de nombreux dangers; puis, dans l'Orient, où le chevalest 
généralement de petite taille et a le ventre mince» il fallait 
bien raccourcir la jambe pour qu'elle pût embrasser conve- 
nablement le corps du cheval. Pour la tenue européenne, 
il faut que le cavalier soit proportionné au cheval; sans 
cela, sa position sera gauche et forcée. Au reste, Téquita- 
tion orientale admet, comme la nôtre, le moelleux, l'as- 
siette, Taplomb parfait du corps, la fermeté et la douceur 
de la main^ mais eUe ne connaît pas cette finesse d'exéco^ 
tion qui fera h jamais de l'ancienne école française la pre« 
mière école du inonde. Les Turcs font usage de selles 
hautes et lourdes, de grands étriers triangulaires qui leur 
u 4 



Digitized by Google 



— «0 — 

servent d'éperons ; des garnitures de soie et d*or couvrent 
la selle et la bride» et g'éieadeat ea hrillaots réseaux sur 
rencolure et la croupe du cheval. Les Turcs élaieot reoom- 
mes autrefois par leur talent en équiialion. Sous ce rapport, 
ils ont beaucoup déchu ; leurs cavaliers ont généralement 
maintenaiit la main dure et agisseot par saccades; ils de- 
mandent ^ la forte ce qu'un habile cavalier ne doit deman- 
der qu'k Tadresse, et ils sont d autant plus coupables en 
cela, que leurs intelligents et dociles coursiers <mt une ca- 
dence et une souplesse natureltes qui vont au-devuRt du 
désir de 1 ecuyer. Espérons que les rapports journaliers 
qu'ils ont maintenant avec l'Uccidânt, et auxquels ils doi** 
vient déjk de nolables amëlioraUons physiques, se feront 
sentir aussi dans Téquitalion; qu'ils aboliront Tusage de 
cette selle lourde et informe, de ce mors barbare, de cet 
étrier pesant et acéré, avec lesquds ils martyrisent lenrt 
douces moutures, et qu'ils reviendront un jour à être les 
premiers cavaliers du moodCf puisque Dieu a voulu qu'ils 
tu possédassent les molleturs ehevaui* 

Parmi les exercices équestres les plus célèbres, on cite 
celui du djérid. Ce mot vient de l'arabe, et signiiie palmier 
os dattier. C'est en eflët une brandie de palmier sèche et 
sans feuilles, façonnée en sorte de bâton long d'envtroti un 
mètre^ qui forme la pièce principale du jeu du ^jérid. La 
jenneMe de Tempire raffolait autrefois de cet amusement, 
qui ne laissait pas d'avoir ses dangers. Chaque vendredi, les 
cavaliers se rassemblaient sur TAlmeidan; ils se partageaient 
ea deux bandes, et, au signal donné, Un cavalier partait de 
chaque cèté. Arrivés Tan auprès de l'autre, ils se lançaient 
le djérid. Lliabileté consistait à frapper son adversaire et k 
éviter soi-même les qu'il vous portait. lis jcama*- 



Digitized by Google 



— 51 — 

saient le tijénd en courant^ et salsiMaieftt h mtmm «fti 
dans sft cotirfie rapide, le ventre dit cheval louchait presque 
Atterre. 

Dans CCS jeux, ils s'exerçaient àtoutee teB eepèeésite 
voJtigee ogiiëes en Orienti ils paseai^t aous le ventre dé 
leurs ehevatti, se remetUient en selle, descendaient et re- 
montaient au galop, et ce qu'il y a de plus surprenant» dit 
Torajlbrd, c'est de les voir renversés sur la eroupe de teurs 
ehèvanx^ courant bride abattue, tirer une flèche en l'afr 
avec lani (J'adiesse, qu'elle venait toucher le pied de der- 
rière du cheval sur lequel ils étaient montés. Maintenant ta 
plupart de ces usages sont tombés en désuétudo. Lorsque 
les jeunes Turcs se réunissent, ils se bornent à se lancer 
muiueileinent le djérid et à le ramasser en courant. Pour 
faciliter cet exerctee. ils attachent l'étrier à la sangle du 
ehevaUau plus bas de Vélrivière. Quaudie cavalier se baisse^ 
son pied s'accroche k 1 étrier renversé qui lui sert de poiut 
d'appui pour sè relever; Au reste, ou court encore le djérid 
en Orient : c'est un moyen d'exercer les chevaux qui ré* 
pond aux laiitasias algérieunes, aux counes et aux tbasses 
occideuules. L exercice journalier et même violent est le 
seul mdyen d'entretenir et de développer le mérite des che- 
vaux. Partout où la jeunesse se livrera a ces jeux équestres^ 
la nation aura de bons chevauii partout oh les jeux cessa^ 
ront, les chevaux ne seront plus que des automates dont on 
estimera la ciiair au poids et les formes à la rectitude des 
lignes. 

Un des plus gracieux ornements du cheval oriental est 
cette quëue soyeuse et toutiue qu'il secoue dans l'air ou ba- 
lance en éventail autour de ses flanesi Les Levantins en ont 
tt&iMÎn eitptae, ils tiennent à m qn'elte soit touffue et 



Digitized by Google 



— 52 — 

loisame, et, camiiie nous rayons déjà vu, ik en roagissent 

le bout» quand elle est blanche, avec le suc du heooé. 

Cette parure a tant d attrait pour les Orientaux, qu'ils en. 
çui fait un signe d'honneur. Dès les temps les plus reculés, 
les crins des coursiers floUaieot sur les épaules des chefs de 
guerre ; les Turcs les transportèrent sur leurs enseigoes. 
On sait que les pachas se dîstinguent entre eux pour Vim- 
portance de leurs provinces par le noiubre de queues de 
cheval qu'ils font porter devant eux. C'est du reste un bel 
et gracieux étendard que celui-lk! il rappelle toutes les idées 
nobles ci glorieuses, il est léger à porter, le vent ue peut 
pas s'engouflrer dans ses plis, et les balles peuvent y passer 
sans y laisser de traces. Certes le peuple qui portait devant 
lui une crinière ondoyante, surmontée d'un croissaiit, devait 

« 

être grand par sa vaillance et ses conquêtes. Pourquoi faut- 
9 qu'un principe incMmteur se soit attaché k ses nobles 
instincts? 

Le cheval persan a un peu dégénéré de son antique 
gloire^ c'est encore le digne héritier de cette race formée 
par Gyms et qui passa dans raniiquilé pour la première du 
monde ; mais il s'est ressenti de l'état précaire et de l'aftai- 
blissement du puissant empire à la splendeur duquel il était 
associé. Le cheval persan est plus grand que le cheval 
arabe, ses membres sont forts et nerveux, sa poiii ine est 
haute, et son garrot, pour parier le style de l'Orient, s'é- 
lève sur son dos uni comme une montagne sur un désert 
de sable; actifs, courageux, légers, pleins de douceur et de 
liant, nuis chevaux ne sont plus propres aux voyages, à la 
chasse, à la guerre ; leur seul défaut marquant est de porter 
au vent, ce qui fait que les anciens écrivains anglais les 
avaient suraoniuiéâ astronomes. Cela tient prohablement au 



Digitized by Google 



— 55 — 

genre d'équiiation des Persans et à leur habitude de se 
servir du mors brisé sans avoir soin de porter les mains 
assez basses. Peut-être aussi celte disposition, qui se re- 
marque chez un grand nombre de chevaux orientaux , est-elle 
un don de la nature pour faire éviter au cheval les chaudes 
exhalaisons d'un sable brûlant et la réverbération mono- 
tone qui pourrait a la longue blesser leurs regards. Le cha- 
meau, l'autruche, la gazelle, qui habitent les vastes déserts 
de sable, ont tous les narines élevées et les yeux en l'air. 

La haute réputation des chevaux persans les faisait re- 
chercher autrefois de tous les peuples de l'Asie ; mais de- 
puis un demi-siècle ils ont déchu dans l'opinion, et leur 
usage est moins répandu. Les principaux pays d'élève sont 
les plaines de Persépolis, de Médie, d'Ardebil, où les Per- 
sans vont adorer le tombeau de leur prophète, de Derbent 
et d'Erivan, célèbre par le Mont-Arrarat et la muraille qui 
unissait la mer Caspienne au Pont-Euxin. Ceux du Kur- 
distan sont renommés pour leur énergie. « Les chevaux des 
« montn(jnes sont plus beaux que les autres, disent les Per- 
ce sans, parce qu'Us respirent un air qui n'a jamais passépar 
« d'autres poumons ! » On distingue principalement en 
Perse deux races de chevaux : l'une grande et forte, por- 
tant le type marqué de son pays, que nous avons décrite 
sous le nom générique de cheval persan ; l'autre plus pe- 
tite et plus commune, aux formes arrondies, a la forte en- 
colure. Cette espèce a beaucoup de rapports avec les che- 
vaux des montagnes de plusieurs contrées de la France et 
particulièrement avec le cheval de la Cornouaille bretonne, 
dont, par une bizarre analogie, elle rappelle le poil alezan 
clair et la marche amblée. Tels sont les chevaux du Kara- 
bak au nord de l'Arax, remarquables par leur ensemble et 



« 



— M — 

Içur vigueur. Ces chevaux >'iei)i|Êi|t, dit-iio, de» malw d<| 
ta Rqssîe méridional^* eolevéea par les kans peiBaoa ; \&m 
pères sont des meilleures r^ces d'Arabie: ils soiil souveot 
donnés en cadeau par les scha|is de fam aux gouverneuri 
de |a province d'j^rivsiq. C^a rqi>uates obevaux ont beau- 
coup d'ensemble et de gros ; i\s 80Qt ordinairement alezans. 
1,06 prjnces du pays eu oui graad ^oîq et en possèdanl un 
graqd ppmbre^ 4oat ila font cominerpe avec les Russes de 
Tiilis ; c*est avec ces chevaux que se fait la guerre du 
Caucase contre te fameuik Schamil, l'Abd el .Ivader de cette 
autre Algérie. 

Nous donnons ici la deseriptiop des chevaux de la Pme 

et des habiiuilcb liijjpique§ de ce pays d'après un célèbre 
vojageur aogiajSi ut foru^. Les pbevaux persans* dU-iU 
n'expèJ^nt pi^s quatOFse oi| quiose paumes loepeodant ils 

buuU ^tnit compris, jilu.s grands quf les arabes. Les clicvaux 
di) Ue^fip et ceux des oiivjrqus d'HissaU sont petits, mais 
fpr^epi^ent charpentés et i'n^m grande vitesse ; la coutume 
générale est de ne leur donner à boire que deux fois, au 
Ipvci'^t au coucher du soleil, après un bon paRSpiD^i^t- 1 euf 
UQurriture est l'pcge et la mjile hachée que Tou met dans 
une musette pendue a leur téte, ranimai est dehors, et, 
^'il est daiib i ccuvic, dans un |rou en luriiie de losange 
pratiqué à cette iqteatioa daus Tinténeur de la miirajUa, 
(nais beauequp plus haut que neus ne mettpns nés ma»-' 

geoires. Le foin e^i ujcquuu eu Perse. Les chevaux persan^ 

SQnf I0^ie^l>s i^puvert^ d^ns répurte: la frmde saisen 
ils ^pv^ltipp^^ ^%ï^ Ip large mmmif vaste eauverlur» 

de l'eulrc qui les couvre depuis la lèle jusqu'aux [>ieds, et 
^ui ps|. solidcnieuL tixée ^utqur d eux par un long suriaiilf 
qpi jqsqu di^^'Cftis |p tpqr ^ ^m- ka im§ê 



Digitized by Google 



— 55 ~ 

chauds» ils ne sont couveris que la nuit d'une couTcrture 

d'étoiïe légère. 
Qadquelbis on renferme lâ nuit un assez grand nomlm 

de chevaux dans la cour de rhabitalîon dn chef? les têtes 
des chevaux sont alors attachées k leur place par les dou- 
bles cordes de leurs Iléons, et leurs pieds sont enlacés paf 
des cordes de crin fixées k des anneanx de fer rortement 
fichés en lerre. La même coutume existait du temps de 
Xénophon, et par la même raison, pour qu'il Mt plus facile 
le maintenir chaque animal séparément, les écuries n'étant 
nontées généralement qu'en chevaux mfdes. Les palefre- 
ners cependant dorment toujours sur leurs couvertures 
parmi eui, a6n de prévenir tout accident, car ces animaux 
si coux h l'homme sont très-méchants entre eux ; quelque- 
fois, en effet, malgré ces soins, ils parviennent à se délivrer 
de leurs liens, et alors un grand combat s'ensuit. Un ben* 
nlsséinent général, des cris, des coups de pied, des renifle- 
ments de rage ont bieptôt réveillé les gardiens, et la scène 
devient terrible. On ne peut se faire idée, quand on n'en a 
pas été témoin, de ce que ce spectacle a d'eflIVayant; ies 
chevaux se saisissent, se mordent, se frappent i un l'autre 
avec fureur ; on ne peut les séparer avant que leurs flancs 
ne ruissellent de sang* Bans les combats des peuples de ce 
jiciys entre eux, les chevaux prennent part li la querelle de 
leurs maîtres; ils se déchirent à copps de dents, tandis que 
les cavaliers combattent sur leurs dos. 

On racontait des choses merveilleuses de FéqitflatioR des 
Perses : tantôt, djsait-on, montés sur leurs chevaux et armés 
d^bàtons ferrés, ils jouent au mail et se renvoient la balle 
avec autant d^adresse et d'assurance qne s'ils étaient k pied ; 
ta&lût 41s placent sur un pilier une pomme ou une balle. 



Digitized by Google 



— 56 — 

eourent dessus li toute vitesse, et, iorsquils Font dépassée, 

ils se retoiirnonl sur leurs chevaux, saisissent leur arc et 
manquent raremeDl de l'abattre. C'est un souvenir de Tan- 
eîeone manière de combattre des Partbes encore en usage 
chez les Tarlares. On citait encore le jeu du tuibaii, ijui 
consiste à tirer un certain nombre de ilècbes dans un tur- 
ban, tandis que le cbeval court à toute vitesse, ou bien k 
prendre un turban, à le jeter en Tair on devant soi en ayant 
soin de ne jamais le laisser tomber à terre. ËiUiu, les exer- 
cices de voltige qui sont chez nous ia spécialité des acteurf 
de théâtre. Sauter d'un cheval sur Tautre ou sur plosieuri, 
se laisser glisser sous le ventre, tourner autour du cou d'in 
cheval lancé au galop et se mettre en selle, se tenir deboat, 
en avant* de côté, en arrière, avec autant d*aisance qm si 
ron était a pied, et tout cela à une allure fougueuse ! Voilà 
ce qu'avaient produit les leçons de C^rus ; mais ou nous 
assure que toutes ces vieilles coutumes disparaissent peu à 
peu, et que les Persans tint beaucoup perdu de leurs habi- 
tudes cavalières. A mesure que les peuples se dénaiiona- 
li^t Téquilation s'en va ; c*est un des signes les plus mar* 
qués de la décrépitude de^ nations, comme au contraire les 
mœurs cavalières en sont un de vie et de durée. 

Les Persans ont aussi leurs courses de chevaux. Voici ce 
qu'en rapporte un voyageur anglais : a J'étais fort curieux de 
voirleschevauxdecoui se quije ne pouvais en douter, avaient 
été choisis parmi les meilleurs du pays, aiin de montrer 
toutê la beauté de cette race aux ye^x du louverain. Les 
concurrenls furent divisés en trois séries pour prolonger le 
divertissement ; ils avaient été entraînés depub plusieurs 

m 

semaines, durant lesquelles on les avait plusieurs (bis con* 
duits sur le champ de course ; mais on s'était donné tant 

m 



Digitized by Googl 



— 57 - 

de peine pour les taire suer et réduire leur poids, que leurs 
os perçaient la peau. La distance marquée pour la course 
était de vingt-quatre milles» environ trente-huit kilomètres» 
et, afin que Sa Majesté n'eût pas 2i attendre, les chevaux 
avaient été envoyés longtemps d'avance par trois divisions 
au pdnt de départ» de manière a ce qu'ils eussent h passer 
devant le roi peu de minutes après son arrivée. Un court 
intervalle séparait chaque peloton ; ils arrivereiu au but 
dans leur ordre de départ, mais tellement fatigués, telle- 
ment épuisés, que leur vitesse si vantée ne surpassait pas 
le train (Y un petit galop de chasse lorsqu'ils passèrent sous 
les yeux du roi. » 

Yoid h quoi se fait connaître un bon cheval, suivant un 
poète persan : « Je viens et je te dis, écoute ô prince ! et 
apprends à quoi se fait connaître un bon cheval, actil et 
alerte. Vois si ses naseaux s'enflent et se dilaleni alternat!* 
vement, si ses jambes sèches et déliées sont comme les 
jambes de la gazelle, prête k commencer sa course ; ses 
hanches doivent ressembler k celles des chamois ; sa bouche 
délicate cède h la plus légère pression de la bride, comme la 
bouche du jeune chameau, (juand il inange, ses dents 
broient le grain comme la meule d'un moulin en mouve- 
ment, et il l'avale comme un loup affiimé>son cou est élevé 
et majestueux comme celui du faon ; le meilleur temps pour 
le monter est entre sa quatrième et sa cinquième année ; 
sa téte est fine et petite comme celle du grand serpent 
chahmaur ; ses yeux sont saillants comme deux pommes ; 
ses dents semblent autant de diamants; la forme de sa 
bouche doit approcher de celle du chameau màle; ses mem- 
bres sont finement dessinés et plutôt arrondis qu'allongés ; 
quand on le sort de Técurie, il est joyeux et il se cabre ; ses 



Digitized by Google 



— 58 

yeux reisembleiit li eeux de Taigle» el il mardie Vin* 
qiiièie impatience d'un loup affamé; son ventre et ses e^tea 
reiupiissciu exaclement la sangle. Un jeune homme de 
bonne ikniille prête une oreille obéissante aux leçons de ses 
parents ; il aime ton cheval et en prend le plus grand soin; 
il sait par cœur la généalogie ol la pureté de son sang; il 
essaye souvent la vigueur des articulations de son genou; 
en un mot, il doit étreee qn'était Mirza^âerrafdans sa jeut 
nesse. » 

Mirza-Serraf était le père de Kourougiou, l'ancien diei 
des barae du sultan ; le poêle avait donc été élevé à bonnt 
école pour apprécier nn bon cheval et les soins dont il doit 
être entouré. 

Len Gircassiens sont très-amateurs de ebevanz, ei chaque 
prince on même chaque noble se vante de posséder une 

race particulière de chevaux à laquelle ils aiiribnent un 
mérite spécial. Pour éviter toute fraude k cet ^ard, iU mar< 
quent à la cuisse les rejetons de chaque famille. Cette céréi 
monie a une telle importance à leurs yeux, que celui qui 
s'aviserait d'imprimer ce signe de noblesse a un cheval de 
race commune payerait de 1^ vie cette infraction aux. vieilles 
coutumes nationales. 

La race la plus vantée naguère en Gircassie portait Is 
nom de ipahds; elle appartenait exclusivemeni au kan et 
il sa femille. Le principal mérite de cette race était la fores 
et la douceur; sa marque distinctive eiaii un fer à cheval 
vu de côté. Maintenant la race prineipale du paye appar- 
tient au prince régnant, au chef Abachideié, sa marque est 
un N russe. 

Les chei^aux circassiens sont très-renonuaés en Turquie 
nh les aMnlMds ks copdiriteDt en gsaari noairiH'e. On aajt 



Digitized by Google 



que ce pays fournil aussi son brillant contingent aux Iré- 
sar$ «de$ harems d Orient. Il 6&t da remarque coa^tante 
que les pays privilégiés pour la beauté des femmes le 
soient aussi pour la grâce et I ciégancc particulière des 
ci^evauii;; nous aurons occasion d'en oiUir pius d'une 
preuve en Europe comme en Asie* 

)jes peuples du Gaqease sont considérés comme les meil" 
leurs! cavaliers de c^s contrées. Les chrétiens surtout, qui 
se distinguent par l'élég9|ice de leurs mœurs, leur întelli* 
genee et leur activité, sont peut-être maintenant les plus 
habiles écnyers de FOrient. Leur équipement est léger : il 
consiste dans nn feutre ployé en quatie sons i^arçon de hi 
selle. Cet arçon, aussi gracieux que eommode, est reeon* 
\cil un coussin roiul, atlaclié par un long suiiaix; le 
tout est parsemé de boutons à léte ronde, argent émaillé 
de noip ; ils ont pour bride un simple brîdon k mors brisé 
et arrêté, comme nos bridons, par deux larges auncaux. 
{Is se servent de ce hridon ^nee une adresse merveilleuse, 
et en nbtiminept, par la pose et la légèreté de la main, tous 
les effets de la bride. 

Le jour de la iéie de saint Georges, patron de la Géorgie 
k ia<iuelle il a donné son nom, des courses de chevaux s'é-^ 
tablisseat de toutes parts. G^est ordinairement autour des 
églises qu'elles ont lieu. Les uns luttent de vitesse, les au- 
tres lancent le djérid, d'autres jettent à terre leur bonnet 
et le rsmassent en courant, ou, tandis qu'il est en Taîr, 
rajustent (le leurs longs pistolets et le percent de leurs bal- 
les. Cependant des da^ises s'enlacent sur les pelouses, les 
belles Géorgiennes» qui gardant pour ce jour-lk leurs plus 
brillants atotirs, encouragent les cavaliers de leurs bravos 
^ d^ \mm Wi^4â» . d'mimi plus enviés que c'est la seule 



Digitized by Google 



— 60 — 

circonstance de l'aonée où il leur soit permis de paraître 
sans voiles. Le beau idéal de l'écoyer est le Gircassien des 
provinces de la Kabardie et de l'Abcasie. 

Parmi les peuplades nomades de la grande famille des 
Tartares, on distingue, en Asie, les Turkomans, qui se sont 
fixés, depuis des siècles, au nord-est de la mer Caspienne» 
dans les plaines du Turkislan. Campés comme leurs pères 
les Kalmouks sous des tentes de feutre, ils vivent ordinai- 
rement de rapines et de brigandages, ou des tributs qu'ils 
imposent souvent h des peupks plus puissants qu'eux pour 
le salaire de leurs armes vénales. Les chevaux turkomans 
sont en grand renom parmi les races hippiques ; on les met 
au rang des plus fameuses d'Orient pour le service et les 
qualités. Leur taille est élevée, leur constitution forte et 
énergique, leur caractère est patient et lenr vigueur est 
telle, qu'ils supportent habituellement les plus grandes 
tigues sans montrer le moindre signe de faiblesse ou de 
lassitude. On en voit souvent parcourir, pendant des mois 
entiers, des distances de cent trente à cent quarante kilo- 
mètres par jour, sans autre nourriture qu'une poignée 
d*orge au coucher du soleil. Toutefois les voyageurs n'ac- 
cordent pas k cette race précieuse une beauté comparable 
à ses qualités. Voici ce que diL le capitaine Fraser dans son 
Voyage en Korassan. 

«t Les chevaux turkomans, dit-il, manquent d'ensemble 
et de muscles, ils sont longs de corps et enlevés, ils ont la 
côte courte, la poitrine étroite et le tendon laiili, le cou 
long, la téte forte, commune et rarement bien attachée. 
Telle est l'impression qu*il$ ont produite sur moi à la pre- 
mière vue, et je fus longtemps à reconnaître les qualités 
remarquables et vraiment supérieures qui les distinguent* » 



Digitized by Google 



Les chevaux turkomaus proviennent du croisement d'éta- 
lons arabes avec des jumenU du nord de la Perse, Tartarie» 
Scythie, ou rËrgris ; ils ressembleot aa cheval anglais de 
demksang, niais ils sont im peu moins corsés. Ces che- 
yaux soDt recherchés dans tout rOrieot par les nobles et 
les guerriers* et s'achètent à grand prix. Les meilleurs 
chevaux turkomaos sont élevés sur les bords de la iivière 
Ledjen. 

.Les Kurdes, qui secondèrent si bien les armes de Saladin» 
mootaieiit des cbevaox Tenus dn Torkislan. 

Les Kalmouks sont, pour le pays qu'ils habitent, pour les 
mœ\irSf pour les habitudes, pour la âgure même, le tjpe 
du Tartare d'Europe et d*Â8Îe. Fils ainës de la race moogo- 
lique» les Kalnaouiis moulent un cheval aussi laid, aussi dur, 
aussi sobre, aussi sauvage qu'eux* 11 semble que ces deux 
êtres h Toeil hagard, h la charpente osseuse, au rade tem- 
pérament, aient entre eux de mystérieuses affmilés. Le che- 
val, en elïèt, est tout pour le Tartare ; s'il est des peuples ca- 
valiers pour lesquels le cheval soit le plus grand agrément 
de la vie, le plus suprême besoin dans ses habitudes guer» 
rières, agricoles ou commerciales, le Tartare lui demande 
encore autre chose : sa vie ! Le cheval porte, défend, ha- 
bille et nourrit le Tartare ; celui-ci vit du lait de la jument, 
mange la chair du poulain, fait des habits de sa peau et ses 
étendards de sa queue. Il pait des troupeaux de che- 
vaux comme d'autres des troupeaux de bœufs. Descendant 
des Scythes hippomologues, ou buveurs de lait de cheval, 
ces peuplades ont conservé toutes les habitudes, toute la 
vie nomade et guerrière de leurs ancêtres. Le lait de ju- 
ment, fermenté et préparé par les femnies, sous \c uoni de 
kmmms aschbaf fiàit la principale boisson des iialmouks. 



^ 0â - 

Les enfants des Kalniouks sonl élevés dans les babi- 
tades équestres dès leurs plus jeunes ans. Autrefois comme 
maintenant encore^ k peine peovent*iU fie tenir sur leurs 

jambes qu'on les cnfourcbe sur des moulons, el qu'armés 
de petits arcs on les fait chasser des oiseaux, des rats, des 
fouria. Tels sont les jeux de renfuûee. Plus tard» on léur 
donne de petits cbe^aux et on les envoie k la dbaase dés 
lièvres qui abondent en ce pays; eoûn ils s'élancent sur de 
bondiaeants et rapidea coursiers ^ la pouranite des rois des 
forêts, et deviennent propres aui fatîgneaet k toutes les «ab^ 
tilités que demandent leurs terribles expcdiiious et leur vie 
de brigands audacieux. 

Le cheval kalinouk est de petite taille, H est lacaricatafe 
du che\al perSan. Rapide, souple el liant comme lui, il en a 
le port superbe et altier ; soa jarret est iiaut et traudiaot, 
sa queue est bien portée, et ses tendons sont forts et bien 
attachés ; mais sa tête est lourde et disgracieuse, sa côte 
mal £iàite, ses hanches saillantes ; il semble que la naiure 
lui a retranché tout ce qui peut donner Id grâce et la 
beauté, et qu'elle ne lui a laissé que des os, des (endbns, 
des muscles, tout cela aiiaché au hasard, mais animé par 
une haute et vigoureuse poitrine. 

On trouve encore des contrées païennes dans ces vastes 
déserts, et les habitants, suivant la coutume des vieai 
Scythes, immolent un cheval à teurs divinités. Un voyageur 
dit k ce sujet que, pour être admis k manger de cette viande 
sacrée, il laut préalablement Irempcr une chemise blanche 
dans le sang de 1 animai ; mais un auteur lau observer avec 
raison que cet objet doit être asses difficile k trouver dans 
la i;aide-robe d'un Tarlare. 

Les voyageurs ont raconté des merveilles sur la forée 



Digitized by Google 



-65^ 

ÎH ttgueiir des chevaux lai tares ; on a dit Qu'ils marthàietit 
deux ou trois jours saus s'arrêter, qu'Us passaient quatre 
ou cinq jours sans autre nourriture qu'une poignée d'her- 
bes, de liait liL'ures en huit heures, et qu'ils pouvaient 
marcher viûgt-qualre heures sans boire. 

Pour tout celâ noué sommes parfoitement de Fàvis de 
rexccllent auteur anglais, Lawrence, qui pense qu'il y a 
beaucoup d'exagération dans ces récils. Cependant il est 
reeonaa qu'ils sont sobres, robustes et durs à la fatigue, 
comme tous les ehetattx d'une race ancienne, nés dand un 
pavs l'avorable et élevés énergiquement. 

Du vaste empire des Mongols, qui tant de lois meo&ça 
de subjuguer le monde, il ne reste plus que quelques pett* 
plades errantes, vivant de rapines et de guerres comnie les 
Kalmouks leurs frères. Le cltevai mongolique est fin et 
i^uvage, âa longue crinière obdoie sur le désert comme la 
cime des vagues sur la mer écumeuse. C'est lui qui fit 
rayonner dans l'histoire les noms de Gengisldiau et de Ta- 
merlan ; leur audace fut son ouvrage. 

Ce forent les Mongols qui firent la conquête delà Chine. 
Lliistorien Palafox nous représente les sauvages vain- 
queurs attachant lés rênes de leurs brides à leur ceinture, 
et guidant leurs chevaux par les jambes et Içs mouvements 
du corps ; ayant par ce moyen l'usage complet de leurs 
bras et de leurs mains pour manier leurs armes, ils avaient 
m avantage marqué dans ces combats. D'autres, tenant 
dans la même main leur bride et leur arc et se levant de- 
bout sur leurs courts étriers, se donnaient une lorce double. 
Enfin; comme les Scythes, les Parthes et les Huns, leurs 
ancêtres, ils savaient encore combattre en fuyant, et ils n'é- 
taient jamais plus redoutables que lorsque, tournant le dos 



4f 

Digitized by Google 



— 64 — 

à leors ennemiS; ils faisaient Toter le trait aigu de leurs 
arcSy avec ce coup d'œii exercé qui oe les trompe jamais. 

Nous alloDS mainlenant demander îi l'antique et mysté* 
rieux empire de la Chine de nous ouvrir ses portes et de 
laisser lomber un coin de sa baute muraille popr nous 
montrer ses races chevalines; mais, malgré sa bonne vo- 

lonté, elle a peu de chose a nous offrir. Le cheval ciiiiiois 
n'a jamais été considéré» sous quelque rapport que ce soit, 
. et ces deux mots même hurlent de se trouver ensemble. 
Qu irait faire, en effet, le cheval, symbolo do lu vitesse et 
du mouvement, dans cet immobile empire, momifié, ou 
plutôt stéréotypé depuis trois mille ans? Un cheval chinais 
doit ètic un petit animal rond comme une boule, doux et 
bénin comme une levrette, et capable tout au plus de porter 
au pas un mandarin orné de pandeloques en erin rouget 
suspendues au poitrail et à la tête et eemeri de hamm do- 
rés et brillants de mille couleurs. 

Une remarque curieuse h constater et qui peut même 
donner lieu h des études sur la physiologie du cheval, mais 
qui s^écarle du but que nous nous proposons dans cet ou- 
vrage, est la dilTérence qu'opère, sur Torgamsalion du che- 
val, le plus faible changement de latitude et de climat. 
Ainsi, l\ côté de la Tartaric au cheval indomptable, la Chine 
au petit cheval chélif et sans force ; à côté de la Perse et 
de l'Arabie, les deux principales contrées hippiques du 
monde, les Indes, où le cheval originel n'est rien, et où 
tout l'or, tout le solo, tout le zèle de la nation la plus 
écuyère de Tunivers n*a pu créer une race. Nous parlerons 
plus longuement de ce phénomène à Tarticle des Indes, 
r^ous uous horoerous ici h établir que, en tirant une ligue 



Digitized by Google 



— 65 — 

droite depuis le golfe de l'Inde, en suivant le' cours da Bad- 
dor et remontant aux sources du Gange vers Agra ; de Ik, 
eDtrant dans la Tartarie en suivant les limites du grand 
Thibet ; enfin se dirigeant dans la Tartarie chinoise, vers le 
lac Hoho, et suivant le tracé de la grande aiui aille jusqu'au 
golfe de Petchelli, on sépare de TAsie, pairie du cheval, 
les contrées qui lui sont le plus antipathiques. 

D'après les annales de la Chine, folu apprit au peuple à 
élever six animaux domestiques propres au service de 
l'homme 9 k sa nourriture et aux sacrifices religieux. Ces 
animaux sont : le cheval, le bœuf, la poule , le cochon, le 
chien et le mouton. 

Ce fut lors du règne de Hoang-ti» troisième successeur 
de Fobi , que Ton inventa les chariots et que Ton dressa 
les bœufs et les chevaux à les tirer. Hoang-ti vivait vers 
l'an dn monde 2298, ou 1702 ans avant Jésus-Christ. Une 
ancienne tradition chinoise fait remonter Féquitation en 
Chine a l'an 2155 avaiit Jésus-Christ, époque de Téclipse 
dont semble parler le Chang-K.ing : a Le premier jour de la 
dernière lune d'automne le soleil et la lune, dans leur con* 
jonction, ne lurent point d'accord dans le Fauy, l'aveugle 
frappa le tambour, les mandarins montèrent à cheval et 
le peuple accourut. » 

Oa n'admet généralement l'ère historique des Chinois 
<p'jWn;l!ègne d'Yao, mais l'histoire constate que sous son 
fègMA*ii6age des chevaux et des chars était usité en Chine. 
Le règne d'Yao remonte^ selon la chronologie des septantes, 
à j'ao 2559 avant l'ère chrétienne; selon de modernes cora- 
msi^^KkJS&f il ne remonte qu'à Tan 2479> ou seulement 1521 
aojs^liasIiJésus-Christ. 



~ «6 

Du reste, si les chevaux de Chine ne sont pais beaux, il» 
0Bt au moins en paHage tes qualités du oœur, la recon- 
Baisdaoee et la Sdélité. Un grave hislorien a mueilU l'a- 
necdote suWanle s 

L^an 704, le rebelle Nyro-lo Ghan pilla le palais du sou- 
verafai de la Chine. Il trouva dana les écuries eent ehemx 
dressés h danser devant l'emperear. L'usurpateur voahit 
les coaUaiadre à montrer devant lui leur hâbileté, mais les 
nobles animaui, ne le reconnaissant pas eomme emperear, 
refosèreut de danser h ses yeux, et préférèrent la mort. 

Malgré l ancienneté de leurs liabiiiides hippiques, les 
GhiDois , comme nous Tavons dit, ont peu Tusage du ehe- 
vah Aussi furent-ils, malgré leur civilisation bien aupérieore 
en tout, vaincus par ce ebeval tartare, qui s'élança eomme 
un torrent de ses steppes sauvages et brisa la grande mu- 
raille. La dynastie tartare ne renonça pas fiaeilement à ses 
Habitudes cavalières; cependant, avec le temps elle s'en» 
dormit dans la molle indolence des successeurs de Pobi. 
G^est la vengeance des vainoua de rabaisser plus tajrd ki 
vainqueurs h leur niveau. 

Du reste, on ne peut rien dire de positif sur les ressouroes 
chevalines de oet immense empire; ilest encore trop peuconna 
pour cela; il serait même étonnant que, parmi les eHmsil* 
divers qui s'y trouvent, les zones qui le partagent, il ne s'y 
rencontrât pas quelques contrées où , aveo des soins et de 
bona types, on ne pût créer el développer des races de che* 
vaux utiles aux divers services du commerce ou du loiOt 
et spécialement aux besoins de la guerre. Est-ce quo kft 
prairies qu'arrosent le IleuTe Jaune et le fleuve Bleu n% 
pourraient pas nourrir de bons et valeurenx ooursiera^Koai 
engageons les lellrés chinois k se préoccuper da cette 



Digitized by Google 



4 



— 61 ^ 

diront peut-être : 

Tmm iJ&m9*f et fiftna kruut««. 

ÇQmiue nous n'avons pas ici à faire le métier 4e ^Qn, 
nous ne leur répondrons pas. 

Le royaume de Tong-King possède une race de chevaux re- 
marquables par leur geriUllesse, leur léçèr^léel leur vi^ueiif 
qjais ils sont de petite taille çt ipopropres aux tr^vanx 4es 
terres ^ aussi se sert-on habituellement d'éléphants pour 1q 
service du pays. L'empereur eo nourrit à lui seul et en po^-» 
sède ordiaaireoiept plus de çia<} cents { les h^bitsints sq ^r- 
vent de bulBes pour les transports et les labours ; ils les. at- , 
lellent comme iiaus attelons nos chevaux. 

La Cochinchine e$t semblable k la Chine pour se^ rae^ 
ehevalines. Les chevaux y sont petits, fsibles et 4^ eb^vei 
apparence. On trouve dans les mpnlagnes de ce pays de 
petits chevaux sauvages que les habitants chassent çonune 
nous qhassons les cerfs et les chevreuils» et dont il^ r^r- 
deot la chair comme un mao([er déllçiei\x. 

Nous avons vu limportaiieê que les anekns Indiens atta- 
chaient au cheval, mais ce souvenir venait saut doute ées 
ancieiiDes tniditioni répandues chez les peuple» qui» tour 
k tour, firent la eoiNfuéte ée ce pays. Iëb aflbl, le» Inde» 
B^Q»t pas de race chevaline ; on ae peut pas tout avoir 1 Et 
quand on a les teintures et la rose du Bengale» lesdianant» 



4 

Digitized by Google 



— 68 — 

de Golconde, l'or et les rubis du Gange, on peut bien aller 
demandér au pauvre Arabe ud noble coursier pour prome- 
ner son indolence sur les rives fleuries du Malhabar etdn 

Goiomandel. 

lies chevaux qui naissent dans llnde sont petits et fai- 
bles, aussi coûtent-ils très4xm marché. Ceux qui servent 

aux princes, aux nababs et aux besoins des armées, vieo- 
neui des pays étrangers; mais il faut les entourer de soius 
minutieux et leur préparer une nourriture particulière, sans 
cela on ne pourrait les conserver ; on les nourrit, dans car- 
taios'lieux, de pois cuiis avec du beurre et du sucre; on se 
sert aussi et plus habituellement de mâches d'avoine. 

Les Anglais qui ont exploré les Indes en connaisseurs et 
qui 01) L tait les plus grands eflbris pour améliorer les races 
de ce pays et en implanter de nouvelles, nous ont donné 
quelques renseignements sur les races indigènes les moins 
infimes ; les voici, d'après un de leurs ouvrages les plus es- 
timés : Nous avons d'abord le cheval toarhy, provenant du 
croisement des chevaux turkomans et des chevaux perses;, 
ses formes sont belles, ses mouvements gracieux et son ca- 
ractère doux. Ou dit que, lorsque les chevaux de cette race 
sont ménagés avec soin, leur taille, leur force, leur corpu- 
lence, paient tout ce qu*on peut demander li un cheval. 
Pleins d'ardeur et de feu dans le travail , le spectateur les 
prend pour des démons déchaînés, tandis que le cavalier 
n'éprouve que leur gentillesse. 

Vient ensuite la race U'Yrany, remarquable par la beauté 
de ses membres, la ibrce de ses articulations et de ses jar- 
rets ; mais elle manque de vigaeur, et ses oreilles sont laiig^ 
et pendantes. 



Digitized by Google 



— e« - 

Le cheval cosaque, patient et docile, a la poitrine pro- 
fonde; il a de forts avaat-bras» mais une téle trop forte et 
de mauvais jarrets; du reste, assez conrageux et propi^li 
faire de longs voyages et un service pénible. 

Les mojaûis ont la vigueur, la beauté* la vitesse et le 
fond. 

Le tarscc est mince et a les reins bas : c'est pour cela 
peul-étie que, quoique d'un caractère irritable, manquant 
de force et n'ayant pas de suite dans rarrière-main, il est 
cependant recherché pour h douceur particulière de ses 

allures. 

On cite encore, parmi les meilleurs chevaux de Tlnde» le 
tator, petit cheval fort laid> mais d'une vitesse et d'un fond 

prodigieux. 

Un connaisseur décrit ainsi les chevaux d'une vente pro* 
venant des haras de la compagnie des Indes à Heissas. 

« Il y avait au moins mille chevaux en vente; ils étaient 
a tous de la taille d'environ quatorze paumes et demie* 
« Leur encolure était haute et leur regard superbe. Leur 
( gi and défaut semblait être de manquer de force sous le 
« genou, ce qui est général parmi les chevaux indigènes 
« de rinde, et surtout une trop grande tendance à Tempâ- 
ff tement des jarrets, ce qui ferait qu'en Angleterre la moitid 
« passerait pour avoir des vessigons. » 

Comme ou le voit, la Compagnie des Indes fait d'im- 
menses sacrifices pour ramélioraiion des races équestres; 
mais, jusqu'à présent, elle n'a pas eu le succès qu'elle de- 
vait attendre. On a formé dans le Bengale quelques haras 
publics ; ils sont montés presque en totalité d'étalons arabes» 
saut quelques anglais, destinés h produire des chevaux de 



Digitized by Google 



— 70 — 

«miMt« On Impmè ^« dè elimi«« les 

Indos; le climât leur est défiivôfable. (^opendant, comme 
les Anglais ne peuYeot pftâêér de txmm de cbevaut, 
ib ont établi à CftlcMa dêS MIMê dMiMel il» ebeVttQk 
4e leur nation; Itô autres 6ôur6ô& se ïoai eaife les chêvaux 
orientaux. 



Il fcAfti 



Digitized by Google 



CHAPITRE IIL 



U tht^\ kiï îtalie. — L'dquiUtbia. ^ IM tMMel. >— MlAe ^ Snfi. «m 
Li Sicile. — L» Ssrdiigae. ^IhafiifMt LtdwvA «s|^ftga«l*^ Le gen^té 
^ L'an4«l«ii«,* La diartreiue.— Arai^nei. 



Qiliad «a joug tr<^ lourd mi htïèét quaad ios tj^raaa 4Mit 
fei loiirs palais^ Mtis de tanné* et de aaog, les eaekvaa 

lèvent la lète sur ce seuil où ils ne passaient qu'a genoux i 
Ui eeiieaent de ieurs piedê poudreux lee niosat(|uee de 
mertire et les lapis soyeux ; ils se pArtageot les jofeuv, et 

s'en liaient comme d'oripeaux» Puis ils 6e font desehau>-> 
mières de porpbyre» des gamelles d'or» des «aroiagnoles Oi 
p6«rpre« et jouent awL boules aveo les tites de marbre dee 
dieux et des héros. Tel fut le sort de l'Itatie k Vtvé^êm^ 
des barbares, après le renversemeot de Tempire du monde* 
iMlittitioos, lois% cottiufines, jeux» pelais, diviuiiési tout fm 
Uf ré au pillage de vingt peuples, qui s'en approprièrent les 
lambeaux Bans en eonuaitre le prix. Eu général, les hommes 
da Hord prirent les ioiiitiitioiis sôlidesi les lois» les soieiMlee 
militaires, ils emprantèrent les durs ciments» les vastes ba- 



Digitized by Google 



— 78 — 

siliques ; tandis que les hommes du Midi en continuèrent 
les folles joies, les arts légers et les jeux sans but. C'est 
ainsi que les amasenients équestres et le go&t d'une équî- 
tation frivole survécurent en Italie aux besoins qui les 
avaient créés ; tandis que nul éleveur ne songeait k perfec- 
tionner les baras détruits^ tandis que nul cavalier ne son- 
geait k reporter le nom du Latinm aux confins de la terre. 
Bientôt ce lut un mélange confus de mœurs, de soins et 
de besoins divers : avec Tbéodoric, le Dietrich des légendes» 
apparaissent les coutumes d'Orient. Âlboin, ebef des Lom- 
bards, fait gravir les degrés du Capitole au coursier ger- 
main. EnÛQ, Cbarlemagne fonde cette souveraineté tempo- 
relle des papes, à Tabri de laquelle s*élèva bientôt la puis- 
sance commerciale et maritime de l'Italie du moyen âge. 

Vers le onzième siécie, les pêcheurs des côtes italiennes 
s'emparèrent du commerce de la Méditerranée, leurs bar- 
ques se changèrent en galères marchandes et leurs cabanes 
en palais. Le cheval ne fut pour rien dans celte régcné- 
rescence sociale : de petites cités s'élevanl péniblement par 
un petit commerce, des rivalités de municipe h municipe, 
de familles h familles, la guerre des Guelfes et des Gibelins, 
des blancs et des noirs« tem|>étes dans un verre d*eau pour 
le reste du monde, tout cela ne pouvait prêter à Torgani* 
sation cavalière. Cependant la richesse maritime amène la 
richesse territoriale, la valeur du marin celle du che- 
valier, comme si la mer faisait encore naître le cheval 
aons le trident de Neptune. Les habitudes équestres reflea* 
rirent en Italie quand les l>uondeimonli, les Donali. les 
Ubati, les Amédéi, les Médicis» ces marchands devenus 
rots» eurent fait Tenir de Syrie les pins beaux types de la 



Digitized by Google 



— 75 — 

race arabe pour régéném les race» chevalines de la Veille 
Italie. 

Laurent de Mcdicis passait pour un des plus habiles 
écuyers de soq temps ; la jeunesse de Florence et de l'Italie 
entière se pressait ^ ses carrousels et à ses fêtes, où 11 dé« 
ployait une pompe royale. 

Pendant la durée de la puissance italienne, le cbeval fut 
en honneur, les habitudes équestres brillèrent d'un vif 
éclat, et des haras nombreux s'établirent de toutes parts. La 
Fouille et la Calabre, principalement, avaient des établis- 
sements considérables, dont les chevaux étaient distingués 
par une marque particulière. De tout temps, en Italie, on 
attacha une haute importance aux marques des haras, ce 
qui, du reste, est fort rationnel : c'est le principe de la conser- 
vation du sang; nous avons vu cette sorte d'iconographie 
équestre, observée en Grèce, dès les temps les plus anciens ; 
nous la retrouvons en Italie, en Allemagne, eu Espagne et 
chez plusieurs autres peuples anciens ou modernes. Les 
Arabes ont remplacé cet usage par celui des généalogies 
écrites, ainsi que l'ont fait plus tard les Anglais et les Fran- 
çais, à leur imitation. On voit que, partout et en tout temps, 
le même principe a présidé k la conservation et à Tamélio* 
rai ion des races. 

Les principaux auteurs qui ont traité des marques des 
haras italiens sont : H signor Aloîse Morosini, da Pietro- 

Franc, et plus récemment Dufourni. 

Parmi les races de chevaux longtemps célèbres en Italie, 
on vante principalement les chevaux napolitains joignant la 
taille à Télégance, la douceur au liant, ils étaient estimés 
pour le manège et l'attelage. Avant que les Anglais eussent 



74 — 

acquis le monopole de l'iaduAtrie chevaline» les hommei 
riches de la Grande-Bretagne faisaient Tenir à grands fiais 
des chevaux napolilains pour leur service. 

On connaît i hi&ioire de ce cheval de bronze, s^ml>ûlô éê 
la liberté des Mapolitaias» sioguliAre liberté qm^ comne Iss 
éruptions de leur volcan, ne se répand en laves brûlantas 
que pour se refroidir ausailùi et s'endormir sous le doux 
Mmrife de son beau ciel. 

On dit que Conrad IT fit mettna an firein k ce cbeval, pav 
lequel, du reste, le peuple avait une vénération si piofonde» 
qu'il attribuait k son ombre le pouvoir de guérir les cbevaux 
naïades. Ces pratiques superatilieuses furent eause qu'an 
brisa le cheval de bronze ; peut-être aussi voulait-on, comma 
Conrad, briser le palladium de la liberté de Naples* La tôto 
seule en est restée ; elle sert maintenant d'ornement h 
quelque musée napolitain. 

Le roi de Naples a établi un haras k Persano, qui donae 
de grandes espérances. Plusieurs pereonnesi panni ks- 
quelles nous citeiroiis le priaee Pignatelli, Strangoli et la 
duc de Miranda, s'occupent avec snccès de l'élève des che- 
vaux. Ce dénier se livre spécialoment k l'introduction dans 
son pays dti oheval de pur sang anglais. 

Les chevaux destinés a la cavalerie sont payîs un prix 
élevé; ils sont achetés aux principales Ibires du royaume, 
et» apvëa lin certain tem|M» réparti* dans les réfimeaCs* La 
roi lui-même préside souvent à cette répartition ; hooneaf 
au souverain qui comprend si bien Fimportance de 1^ 
quattion ëqae8tre% Le bon exemple vient de beat. 

La république de Venise possédait une race préeieilse 4a 
ahevauXi caais plus spécialement destinés à la guerre et 



Digitized by Google 



-t5- 

iB^Hégé. Le berceàu de cette race était la Poimésie» ûtaéé 
entre TAdige, le Pô et la mer Adriatique. 

(jHi èn^re ddns les ridies vallées de t^eseontrées qu'on 
trouve les meilleurs chevaux d'Italie. 

La tëpQtatioo des chetaui des rives de TAdige s'eât ré^ 
putAnt jasqa'k PidtMe, êoit parée que la eontrée oti Toft 
élèvè cette race fameuse s'étend jusqu'à cette vîîle, soit 
parce qu'il s y tient une foire céiébfe de chevaux où se ren- 
daient uuttefeis le* Mrebaiids de tous les eoins de l'Eu- 
rope. On entrelient dans les environs de Padoue une race 
de célèbres trotteurs, qui peuvent rivaliser avec les trotteurs 
amérieuilMOu tûMé t attelés ftuiléKei9^^dii)li,iiiiltSitSiMi du 
èhat Milîque, Us Mot joumeHemeut tttuttih dans le Cmo. 
et vendus k de très-hauts prix. La ville de Padoue est Sotts 

flnveeàiiMi ét sftikit Antoine* qui partage avee aaint Éloi le 
p»fmugé én dieval él de Oéux qui en predtiâil aôtâ. On 

Connaît le mol de Ce postillon qui, voyant mourir Bon 
fldète eompagnon, s*écriait avec ferveur : 0 son ÀnUnUù, 

La campagne de Rome et quelques contrées de la Calabre 
possèdent une espèce de chevaux qu'on élève dans un état 
4ietti«ttvage* Gee ehftvanx Mdt gaidës ^mme eeox dee 
steppes, par des picet^m \ cheval arméé de lauees, qtii lèi 
suivent dans les vastes terrains qu'on leur abandonne. 
Hê aofU dnergiqnee ei pleins de feu, ei li dépense de 
km MNiien m presque nulle; mais ihi eont difficiles h 

dresser, et n'ont jamais Télégance et les qualités des che- 
vaux élevés avec les soins de la domesticité. C'est ce que 
eonpiènuienl lee àndens, qui, eomme nous Tavons vu» en* 

touraient les chevaux de soins infinis. Semblable au sauva- 
geoâf qui ne denne que des flruiu ankèrs» lé cheval aban^ 



— 76 — 

donné à la nature perd la moitié des qualités dont il est 
doué. 

Ce qui distingue parUculièrement la nation italienne» ce 
qui lui fait un titre immortel de gloire, c'est le perfection- 
nement qu elle apporta a Téquitalion. Alborayque, Frédéric 
Grison, Flaschi César» Alexandre Malœtesta, Pistoiiio et 
plusieurs autres auteurs, nous ont laissé des traités qui 
prouvent jusqu'à quel point Tari du iiiaiiége fut porté en 
Italie ; aussi la plupart des termes de manège viennent-ils 
de ce pays. Nous citerons principalement : ÀmbU de Ambio, 
cajn iole de Gapra, foule de Fola, escapade de Scappare, 
meiuir de Mezza aria, piste de Pista, liste de Lista, etc. 

La première académie fut établie k Napies par Frédéric 
Grisou, qui peut être regardé comme le restaurateur de l'é- 
quitalion. Deux élèves ibrmés par ses soi us portèrent en 
Angleterre l'art du manège, qui s'y répandit rapidement. 
Après lui vint Pîgnatelli, sous lequel étudièrent Labroue 
et Pluvinel, les deux maîtres de Téquitation française. 
Les académies de Padoue et de Borne furent aussi long* 
temps fameuses; toute l'Europe y envoyait des élèves» et 
on peut dire que le siècle et le pays qui vireui renaître 
la peinture» la sculpture» la poésie» la uHisique, tous les arts 
enfin, furent aussi ceux à qui le monde doit la renaissance 
de i'équitation. Les auteurs ont cherché une foule de causes 
à la dégénératioA des chevaux, italiens ; on a dit que les 
croisements avaient été mal faits ; qu'au lieu de recourir au 
saijg arabe» on avait eu recours au sang du Nord, qui avait 
abâtardi les races ; on a attribué cette décadence aux 
guerres et aux révolutions, mais toutes ces causes ne sont 
vraies qu'en partie. Le véritable motif de tonte dégénération 
équestre est dans rabâtardissement et Tanéantissement des 



Digitized by Google 



— 77 — 

peuples. La richesse et la puissance appellent la corruption, 

et la corruption appelle la dissoluiion ; on se souvient de 
cette voix qui iit trembler le vieux monde : Les dieux s'en 
vont ! Kh bien, les nations n'ont qu'à trembler quand on 
peut dire: Les chevaux s'en vont ! 

Depuis quelques années on s'occupe sérieusement en 
Italie de ramélioration des races équestres. Dans le royaume 
de Naples surtout, des efforts, couronnés de succès, ont eu 
lieu. Puisse cet élan se continuer; puissent les projets agri- 
coles» qui fermentent dans la patrie de Virgile, de Pline, de 
Golumelle, lui rendre sa fécondité première. Espérons que 
nous verrons refleurir encore les roses de Pœsluin et d ls- 
cliia et renaître ces coursiers k la large hanche, qui font ré- 
9onuer la terre sous leurs pas, et y inqtriment fortement 
leurs traces. 

kl duplt^x ag;i{ur per lumbos spina : cavatque 
TeUurenir ti Miido granter sonat iinguU cornu. 

Les Anglais, ces Romains de nos jours, qui promènent 
par tout l'univers leurs goûts et leurs usages, ont porté 
leurs courses de chevaux et leurs chasses au renard dans 
toutes les villes d lialie. Il peut certainement en résulter un 
grand bien pour Tavenir équestre ; mais nous n'avons pu 
nous défendre d'un sentiment de tristesse en lisant le 
récit d'une chasse aux environs de Rome : 

Le renard était sorti des Catacombes, il s'était lait battre 
anr la mie Appierme^ et était allé se faire prendre sur le tom« 
beau de Cieéron. Ce que c'est que la gloire? 

Nous avons dit que les courses de chevaux et les jeux 
chevaleresques avaient continué en Italie après l'invasion de 



Digitized by Google 



— 78- 

ce pays par lea anties peuples de l'Eorppe ; <^ ^/wm 
et ces jeux n'ayant d'autre bu^ que le plaisir de$ yeux, 
servaient en riea ramélioratioD, et les iébn& qui «A 
existent encore, tels qae les courses çhar çt les courses 
de chevaux libres, en sont une preuve. Les seules couises 
utiles qui existent en Italie spnt les cour^s^ au tj^Qt, dqnt 
nous avons parlé, et qui ont lieu k PadouQ dwi qoM* 
ques autres villes d*ltalie. 

Ces courses prireat oai^sauc^ ^ l'époque où les cQursQ^ 
de char g^lop |ombèreii( ^ désuétude. On fit svbir 
au véhicule des changements qui le rendirent plus com-^ 
mode et plus doux. Ou l'attela d'un seul cheval au moyen 
d'un brancard au lieu du timon^ luais ou çoit^rv^ U 
forme du joug en faisant porter les deux iK^Uts du hrau- 
cai d sur la sellette, au inoven d'un surdos fixé solidement 
aux deux extrémités. Le siège du conducteur devint le 
siège principal, et la place du guerrier fut suj^irimée ou 
remplacée par une simple banquette propre à mettre les 
paquets, et dont souvent, en Italie, les conducteurs se ser- 
vit po«r diriger le chenal par Tel M Voiigine 
dQs gracieux «abriolets qui couvrent maintenant l'Europe 
et le n^onde, et que l ou iitm\Q emm^ k 1 eiat priiuiiûf dan& 

tj^ut^ Vt^lie, sous (ea wm% de laiIjW», o^tri^ 
4i Nap^h etc. A meawe que le cbar ae transfoinait 

^n voiture, on y altelail de^^ chevaux trotteurs, doutTallure 

était plus vive quo le pas» umm daogereusia et mmm 
B^IP^^ que te galop» el n'avait paa danaee cas osl mmé^ 

nient de dureté qui la faisait rejeier du service de la selle. Le 
^ trot est, coninie on sait. TaUni^i ^omk et préde^ttfté^i i}k 
9tt«lé. C^tUi aUurct durMie^eom^e Hniaa tas aNiifs* 
^ IW^^l^ 4q «AQdi^Uau ; elle paut sufioui 



Digitized by Google 



■ 



— !• — 

Uûe giaade viiease par la conl'ormalion du oheval par 
rbiibilude. ikieotôt done cm iie bc coiUenia pluâ d uoe vit 
teue ordipam, on en vint à ailaober du prix a« ehoni 
pût, fatigue, aeeompKr une longue tâebe éaaa le plut 
eourt e^paoe de temps i oa forma des espèces de chevaux qui 
itarâttittni au plus tam depé la oonfornalioa néMaiaire 
an trotteur I enfin, en élablil des luttes dana lesquelles les 
ehevaux qui ^nnonçaieut le plus de dis|jt)biùoas ^ inpent 
moDtrer aux yeux des acheteurs leur mérite et leur agiUié. 
Ces eonrsea, eomnenoas Tavona dît, ont lien, spécialement 

à Padouc, sur une place hors de la ville, appelée // Cow; 
car twtea iea villes de lltalie oui leur corso, eowme le§ 
vilkis graequea avaient lenr UppodramOt les villea romaines 
leur cirque^ couime niai^^euaut les villes d'Angleterre mi 
la tnrf « 

CSetti» idaan est dn Ibmn eireulaira, et le eeqtre est 

occupé par un grand nombre de petites horpea, antanr des» 
fneUea il faut taurner une ou deux fciâ» selon les couven- 
liena. Les prix aani peu élevés ^t aenlenient bnnorifiqnea) 
le principal hnt est de donnep de la réputation au eheval 

vainqueur, qui acquiert par la victoire une valeur triple ou 
^natniple de celie qu'il avait anlérieuremeni; sa gloire se 
idpand dans tout le paya, et lea plus rielies amatonra sn 
disputent à qui en deviendra l'heureux possesseur. Les 
eaAettrreats courept deux k deux seulâtueut ; il y aurait de 
fpavet ineenvénienta k en ifife eourî? un plus grand nom* 
bre. l es clievaux sont attelés a de légers chars et cendoita 
a\ ( un caveçou, dont les lènes très-épaisses, cordées de 
il ^t de laine, servent de earveclien au ebeval s'il veut s'enh 
porter au galop. Cas eottiaes offrent m speelaele cliar» 
Biant i les chevaux, plems de ^ et d ardeur, sout retenus 



Digitized by Google 



— 80 — 

an départ par trois oa quatre hommes. Le seéiolo auquel 

ils sont attelés est peint de brillantes couleurs ; un léger 
harnais laisse presque toul le corps à découvert ; les bran- 
eards même» suspendus au haut de la sellette» ne les gênent 
en rien. Leur énergie» leurs brillantes allures, l'expression 
orientale de leurs tètes, la vigueur de toul leur ensemble, 
expliquent suffisamment le nom de aaallo d'un senUmento 
terribile, que les Italiens donnent au dieval qui se distingue 
k cet exercice. 

Mais les courses les plus fameuses de Titalie sont les 
courses de chevaux libres qui ont lieu à Rome à Fé- 
poque du carnaval. Nous en donnerons ici deux descrip- 
tions : l'une de madame de Staël ; l'autre, plus récente, ex- 
traite des notes d'un jeune voyageur. On doit à M. Carie 
Vernet un bon tableau des courses de Rome ; le peintre 
s'est représenté lui-même, dans ce tableau» sous Thabii d'un 
spectateur français. 

Les chevaux qui paraissent dans ce divertissement 
appartiennent en grande partie à cette espèce inculte et 
demi-sauvage qui bondit dans les marais pontins et la cam- 
pagne de Rome. 

u La course de chevaux, dit madame de Staël, attire sin- 
gulièrement rattention des Romains. Au moment où le 
spectacle commence, toute la foule se range des deux cêlés 
de la rue qui aboutit a la [ilace du Peuple; cIkk un luoiUe 
sur les amples amphithéâtres qui entourent 1 obélisque, et 
tous les yeux sont tournés vers la barrière d*où les chevaux 
doivent s*élancer. Ils arrivent sans bride et sans selle, seu- 
lement le dos couvert d'une etolïe brillante, bordée de pe- 
tites clochettes, et conduits par des paleDreniers très-bien 
vétuSf qui mettent h leurs succès on intérêt passionné. On 




Digitized by Google 



— 81 — 

passe les chevaux derrière la barrière, et Fimpatience que 
montreol ces animaux pour la franchir, dès que les trom- 
pettes ont donné le signal, est inexprimable ; ils offrent un 
spectacle difficile k décrire, tandis que les palefreniers 
crient : Place, place, en traversant la foule du peuple et sans 
blesser personne. Les coursiers sont jaloux l'un de Tautre, 
comme les hommes animés de jalousie et d'un égal amour 
de la gloire. Le pavé étincelle sous leurs pas ; et leur désir 
de gagner le prix» ainsi abandonnés à eux-mêmes, est tel» 
qu'en arrivant au but il en est qui sont morts de la rapidité 
de leur course. La foule iorii[)t les rangs quand les chevaux 
sont passés et les suit en tumulte, et les cris ont bientôt 
annoncé le vainqueur. Souvent le palefrenier qui gagne le 
prix se jette à genoux devant le vainqueur, et le recom- 
m^de a saint Antoine, patron de ces nobles et généreux 
amis de Thomme» avec un enthousiasme aussi sérieux eu 
lui-même que comique pour les spectateurs. 

Voici un fragment d'une lettre écrite par uu voyageur 
sur les courses de chevaux à Rome : 

« Je vais te parier du spectacle qui intéresse le plus 

toi et les Romains; ce sont les courses de chevaux. En les 
voyant, je me suis demandé à quelle époque elles remon- 
taient et si leur origine était antique. Ces courses ne res^ 
semblent ni aux courses du cirque, ni à la voltige des Fran- 
coni des anciens temps, et Ton pourrait encore moins y 
reconnaître ces exercices du bataillon troyen dont Virgile a 
été loi-même chercher Torigine dans les jeux enfantins 
du Parvus Julus. On a rattaché Tusage des courses mo- 
dernes aux humiliations que subirent les juifs captifs à * , 
RomCt du temps des empereurs, forcés à courir eux-mêmes 
lenfennes daus des sacs pour le divertissement des maîtres 
II. 6 



Digitized by Google 



— — 

4ii mmle. Us oui piiCeiui dqwii» d'itie reo^çés par i» 

chevaux dans ces courses, dont ils font encore les frais au- 
jourd'hui. U est certain qu'elles avaient lieu au quinzième 
&iède> sous le pape Paul 11 ; mais je ne pe&fie pas que h 
seule tradilion ait doooé des jeux aux nomaÎDS de nos jours, 
iU ont été trop ionglemps luicrroiupus dans la vilie am 
sept GoUines pour qu'on puisse voir dans ceux-ci la conti- 
nuatîon de ceux-là. Les barbares qui ont enlevé les bronzes 
du Golyscc pour eu iaire des armes, n'étaient pas gens à 
perpétuer les amusennents des vaincus; et puis, de Tha- 
meur dont je sais les modernes Romains , ils sont bien 
gens a iiivoiiLer des jeux et des spectacles sans les emprun- 
ter à personne; quoi qu'il soit, quelques*unes des di^posi- 
tiims sont les mêmes qu'autrefois; comme aux beaux jouis 
du cirque, c'est au moyen d'une corde que les cheYaus 
^uantur frontibus, 2i\2ifk{ de s'élancer; et, transportée des 
enseignes des bataillons romain^ sur un champ de gueuleB» 
kl Êimeuse légende S. P. Q. R. qui se voit en tète du pro- 
gramme des courses, appreud k loua que le sénat et k 
peuple romain prennent part aux affaires publiques si pea 
fuertêH, On pourrait dire, cependant, que les conrsesd'aih 
jourd'bui doivent moius au r.H aclère qui cuuslilua les exer- 
cions équestres des premiers liomains qu'à celui qui» pour- 
suivant les extrêmes, imagina de Êûre eombattre ensembitt 
des animaux, puis des hommes. La, c'élail l'usage de la 
force aidée de l'adresse; ici l'abus le plus outré. Si^deveQue 
plus humaine, Rome n'exige plus dans ses jeux la vie des 
animaux et des hommes, si elle veut bien se couieuier de 
* voir courir quelques chevaux, il faudra du moius que rien ne 
. mi ménagé pour exciter leur fougue et qu'ils soient forcés 
die GMre» h vie i^auvejes plus grands elToris doui leur na- 



Digitized by Google 



— 83 

tore 8oU capnbld. Peu importe au Romun que h» ûmm» 

destinés a courir ensemble diflëreiU d'ùge et de lailki, que 
leur pgit suit court et lisse comme uu velourë ou loog 
comme cehii d'une ebàvre; il s'embarresse eocore meim- 
dc savoir quelle distance ils parcourent dans un temps 
donné ; ce qu il lui taut, c est que, entraîné» de la plai^ du 
Peuple aa palais de Veoise par une ardeor eonvuteive» ils 
arrivent si promptement qu'ils ne puissent davantage. 

a Ci i^i beaucoup que i admitiistraiion ait exigé que tous 
les cbevaox aoient italiens et âgés de trois ans an moins. 11 
y a du reste entre les courses de Rome et les courses de 
New-Mai kel ou de Paris louLe la différence qui existe entre 
le caractère d'une nation frivole e( inspucianle qui ne aeoge^ 
Il semer qu'au moment de recueillir, et cet esprit de con- 
slauce qui sait préparer les résultais et les poursuivre a 
travers les géoéraUaus. Ici, point de race améliorée et pré-< 
parée de longue main li la course; si, dans les pkinea 

d'Aibano ou de Poli, il se rencontre un cheval d'un i('n)[)é- 
rament de feu, qui souifre impatiemment rapproche de 
^l)omm^t dont i'mil intrépide atteste- ^n'il aimerait mieux 
laisser sa vie dans la course que de s'arrêter avant le but; 
qn'o^ Torrete, et dans huit jours il preudi'a rang parmi les 
€our«rurs« Tel était FuocheUOt dont j'ai vu &ire la toileAte 
le saoaedi 16 ttvrier. FuoeheUô a einq ans; il est b tons 
crius> sa taille est annlessous de la moyenne du pa)s. 11 est 
fier comme un ancien Romain, vif et turtmlent comme on 
Romain d'aujourd'hui; pour rien son œil s'enflamme, sts 
naseaui se gonflent, sa petite tête carrée, et ses jambes sur- 
tout, prennent une attitude menaçante* Du reste, dans ses 
moments de calme, rien n'annoncerait en lui mu prétendant.' 
k la noble palme dé4;ernée par le séual et le peuple l umain;. 



Digitized by Google 



— 84 — 

son flanc retroussé et un peu ému atteste que depuis quel- 
ques jours uoe nourriture échauffante a augmenté son ar- 
deur naturelle, et Tunique soin qu'on ait pris de son exté- 
rieur, c'est de raser le poil qui Holtait à ses jambes, 
moins encore pour leur donner de la gnice que pour rendre 
plus efficaces les frictions de liquides spiritueux. Tel est 
Fuochelto lorsqu'il est amené dans la cour des écuries voi- 
sines de la place du Peuple^ point de départ des coureur»; 
c'est là qu'on le ferre k neuf. Âh! Fuochetto, que tu te pré- 
pares de mauvaise grâce k la gloire qui l'attend! N ( tau nt 
ces quatre iiommes qui te contiennent, je ne sais si tu serais 
prêt k temps pour la course, et pourtant l'on te ferre kfroidi 
J'ai entendu reprocher k je ne sais quel artiste de n'avoir 
mis que six clous k chacun des fers de son cheval de 
bronze, c'est que l'artiste habillait ses héros k la romaine; 
les fers des die?anx romains n'ont que six clous, mais ceux 
des coureurs ont bien d'autres accessoires : ceux de devant 
sont crénelés en pincé ée huit ou dix coups de lime: 
ceux de derrière ont chacun^ sept k huit crampons très- 
longs et très-forts, deux h Texlréniité des branches, le reste 
en pince, car la longue rue qui sert d'hippodrome, // Corso, 
est payée, et malgré les précautions il arrive que descon^ 
reurs tombent en partant. Ainsi ferré, on fait entrer Fuo- 
chetto dans Tune des petites écuries destinées aux chevaux 
de course. Lk se voient un râtelier très*ordinaire, une man- 
geoire en pierre établie dans un coin ; et, ce qu'il y a de 
mieux, c'est une aire bien faite qui incline vers une large 
pierre percée de plusieurs trous, placée près de la porte 
sur un conduit souterrain. Arrivé lk, voici ce qui est réservé 
k ce cheval qui souflVe k peine une main caressante : des 
plaques de cuir de diilërentes grandeurs ayant des anneaux 



Digitized by Google 



— 85 * 

à l 'une de leur surface, endaites de poix sur l^autre» ont été 
préparées à TavaDoe ; on les chauffe et on les applique sur 
les hanches, sur la croupe, sur les flancs, sur. les reins ; en 
tout dix-sept, si j'ai bonne mémoire; la plupart sont desti- 
nées k recevoir une ou deux balles de plomb armées drcu- 
lairement de plusieurs pointes de fer aiguisées; quel- 
ques-unes doivent supporter d'autres engins dont je vais 
parler tout a 1 heure; d*autres servent seulement à fixer 
l'extrémité des cordons qui réunissent et consolident tonl 
ce harnais. Mais la maître pièce, c'est cette balle armée 
aussi d'une auréole d'aiguillons, et qui, iixéeau hautd*une 
spirale élastique en fil de fer, doit voltiger ^ et là tout au- 
tour de la pièce de cuir où elle est attachée, eUe se place 
sur le sommet de la croupe au pomt où elle commence à 
s^indiner et k se confondre avec le rein. U y a certaine- 
ment beaucoup d'art dans la disposition de ces diverses 
pièces; on voit le groom romain mesurer une ou deux palmes 
entre chacune d'elles, puis s'assurer avec le doigt s'il a bien 
rencontré le muscle auquel elle doit correspondre. Alors 
s'aUacheul les In illaiils orpelii qui doivent, comme les ailes 
des oiseaux, mais en agissant tout ditléremment, liàler le 
vol des coursiers; ce sont des feuilles très-minces d'ori- 
peaux qui, roulées au commencement de la course, se dé- 
ploient bientôt et redoublent par leur sifflement la lureur et 
les craintes des pauvres, animaux. Deux sont fixées à des 
tresses formées des crins les plus voisins du garrot, une 
autre sur le dos k la place de la selle. Une bande rouge 
entoure et presse les vertèbres de la queue. On attache des 
étuis de fer-blanc ouverts au milieu pour laisser passer les 
mèches d'amadou qu'ils renferment. La bride a deux mors, 
tous deux en demi-cercle; Tua est brisé» l'autre entier i ils 



— 86 — 

sont attachés au même montant. La têtière est ornée d'un 
(Mmadie tle piumes de diverses couleurs. Outre les rênes ca 
cmir« ttqe treaae de rubans également bigarrée offire une 
noofeUe garaniie contre rindocilité do coureur. Il n'est pas 
encore temps de le brider: le premier coup de cauou n'a 
pM encore averti la foale jojeate i|ai remplit le eoun de 
Aire plaœ )i ee apectaole ai envté et pourtant si oobHé de- 
puis deux lieures, car, à voir /I Corso k quatre heures de 
t'aprèsHOiidi, oo ne ae douterait pas qm bientôt huit cb^ 
vaux furledx vont le parcourir d*an bout à l'autre lans 
jrêiivoiëtu (juciquos milliers de personnes. A cette heure, 
deux, Ulea de voitures, l'une descendante l'autre ascendante, 
oceupenl toute eaite rue longue de deux kilomètres. L'in- 
tervalle qu'elles laissent entre elles et les hauts irolloirsest 
couvert de gens à pied, les fenêtres sont encombrées de 
tagardenta appuyée sur des draperies, le luxe de la maison. 

« Cependant» le troisième coup de eanon a invité les vei» 
lure^ ii 3e retirer; les tentes préparées pour les privilégiés 
près des modernes eaf*eêre$ se remplissent déjà, ainsi que 
ka esiradea élevées pour l'aristocratie à deuxpaoli, près de 
Tobéliaque de la pince du Peuple, et près palnis de 
Venise* Au delà de ee palais, au point où tinit le cours, on 
tend, d'un o6té de la rue k l'autre, une large toile plus faits 
pour avertir les chevaux que leur course osl finie que ca- 
pable de les arrêter, et aux ordres d un oUicier supérieur, 
qgi, comme autrefoia Ënée en semblable oceaaioD : 

Omnem longo 4ecQdere ci?co 
Inrusum populum el c«mpos jubet esse patentes. 

« Un bataillon de soldats romains se forme en croix et 
refckde sur les trottoirs le peuple qui encombre l'bippo- 



Digitized by Google 



— w - 

drome. Un piquet de cavalerie le soit* et ees gei»*ft tnoiK 
tenl si bien h cheval qne sans les deux elefk en santerir 

qui décorent leur casque, on ne devinerait jamais a quelle 
milice ils appartiennent. Il revient bientôt sar la place da 
Pe(i|)]e annoncer que tout est disposé; alors la trom- 

pelte appelle les chevaux, ils paraissent Heureusement 

qu'il n'j a pas loin de leur écurie au point de départ, laoïa*- 
dou les chauffe déjà , et sept ou huit palefreniers les tenant» 
qui par la tèlo, (pii par la queue, suffîsenl k peine à les 
mailriser. Ils sont arrivés près de la ligne lineOf et c'est 
alors que leur rage redouble, car on enlève les aiguillettes 
qui jusquc-la niainlenaioul les éperons dans rinaclion. et il 
ne faut rien moins que l'énorme câble placé devant eux 
pour les empêcher de s'élancer avamt le siguah Phisteiirs 
déjà se sont débarrassés de ces strands coquins \t bonnet 
rouge qui les retiennent ; ils allaient Iranciiir le cable, au 
moment où îl tombe ; ils s'élancent alors au milieu des 
applandissements et des acclamations, et disparaissent bien- 
tôt entre les deux tiles de spectateurs qui descendent des 
trottoirs et se pressent derrière eux. Ils sont partis huit, ils 
n^arrîvent que sept, trois devant, les autres bien loitt ; les 
jup^es sont placés sur un haul l)alron près du bnl de la 
course. AUons voir délivrer maintenant aux vainqueurs le 

pallio de satin bleu et les éeos promis » 

La Sicile fut longlemps un caravansérail ouvert k toutes 
les nations ; les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois, les 
Romains, les Sarrasins, les Normands, les Espagnols vi»» 
rent tour I tour se réchauffer aux f&m de l'Etna, et Ép«- 
porler à ce pays leurs lois et leurs coutumes. iSous avons 
vu que la Sicile antique était un paya renommé pour sea 
races de ebevaux et que les rois éê lE^raeuse s'étaient Mt- 



- 8« — 

■ 

remarquer par les pompes de leurs équipages ei leurs vic- 
toires olympiques. L'apogée de la prospérité nationale de la 
Sicile fut aussi celle de ses races chevalines ; les mono- 
ments de Palerme, d'Agrigenle, de Syracuse, étaient con- 
temporains des rapides coursiers de Denis. 

On raconte que ce roi, qui fut depuis maître d'école à 
Coriniho, promenait un jour Platon dans un char qu'il con- 
duisait lui-même, aux applaudissements du peuple de %ra* 
cose, qui rappelait ces vers d'Homère : 

L'essieu plie et frémit portant l'énorme poids 
De la science du sage et du pouvoir des rois. 

I 

Uieron avait un haras dans Tile d'Ûrtygie où s'élevaient 
les chevaui destinés à ses chars. 

La supériorité des cbeTâux sidliens subsista jusqu'à la fin 
de l'empire romain, qui amena dans sa chute la ruine de la 
Sicile. Vers le neuvième siècle, les Arabes s'établirent en 
Sicile ; ils eurent pendant trois siècles des émirs k PaMiUI; 
et les jeux chevaleresques des Maures remplacèrent les 
courses de cbars et les exercices de la jeunesse romaine. 

Le onzième «ècle apporta de nouveaux maîtres k la Si- 
cile. C'était le temps où les pèlerins du bocage normand 
allaient conquérant des royaumes, et, comme le héros de la 
Manche, donnaient des iles k leurs écuyers ; car rhomme 
n'invente rien, et, quelque fantasti4|ue que soit le drame, il 
est toujours au-dessous de 1 instoire. Les iils du châtelain 
d'Hauteville-le-Guichard fondèrent l'empire de Sicile après 
mille fortunes diverses, mais il n'est pas présnmable que la 
race chevaline ait reçu a cette époque quelque niodilicalion 
par soit^de son croisement avec celles du Nord ; les ehe- 

* 

Digitized by Google 



- 89 — 

vaux amenés par Jes Normands lurent peu nombreux, et la 
plupart même, étant priDcîpalement des ehevaui de routé et 
non des chevaux de firiierre, étaient de petite taille. On lit 
dai0 la chronique d Aimé que, quand Richard Tancrède 
arriva en Sicile, ee»toi par industrie chevauchait un petit 
dieval «t que petit s*en fallait que H pié ne seraient à 
terre. Du reste, comme tous les homiiies qui possèdent le 
génie de la conquête, s'ils n'avaienl pas amené de chevaux^ 
il leur suffisait de savoir où ils en pourraient prendre? A 
la bataille de Castro Giovanni, les Normands étaient au 
nombre de 7U0 cavaliers, et autant de fantassins ; ils avaient 
k combattre 15»0Û0 Arabes; ils furent vainqueurs et chaque 
cavalier eut dix chevaux pour sa part de butin. 

Un fait assez curieuxc est que le tanieux lloger,ie plusglo- 
rleux de celte race de géants, s'étani brouillé avec ses frères» 
et réduit à la misère, se fit voleur de chevaux pour vivre. 

Les Normands apportèrent à la Sicile les mœurs féodales 
et les coutumes du Nord. La plus grande punition que pou* 
vait subir ua chevalier était la perte de ses armes et de ses 
chevaux. 

Le duc euUva à h clievalier de Pierre le cheval et armes 
quil trova dedans sa terre. 

Depuis l'époque normande, la Sicile a vu sa gloire dé- 
choir à chaque siècle ; commerce, agriculture, beaux-arts, 
tout a disparu ; le mulet et Tène ont remplacé le noble 
coursier dans les habitudes de la vie sicilienne, et cepeiK 
dant les vertes vallées de Catannes, de Villa-I^ova et de 
Syracuse pourraient encore nourrir de rapides cavales 
et de belliqueux coursiers. On dit que le haras fondé 
par le [»rince de Butera ulirc des chances de succès ; il est 
composé de chevaux aoghiis. Nous aimerions à voir essafer 



4 



- 90 - 

dans le pays les grandes races orientales qui nous semblent 
oii* ux a[)propriée8 au climal el k ia nalare du sol. 

La Sîirdaigne est eueoro «d de ces temples poétiques que 
la nature a créés pour le repos de toutes les gloires; toirl 
tour grecque, romaine, arabe, normande et toujoui s ita- 
Ileooe, elle tsst célèbre par la douceor de md dimai, T^ft- 
lité de m température, la beauté de ses femmes, la vi- 
gueur et réiégance de ses coursiers, choses qui vont 
toujours eosembie, sous toutes les latitudes et dans tous 
les climats. Le cheval sarde étoit estimé k Rome pour la 
guerre et le (irage des chars, et maintenant encore, si l'on 
s*occupait de régénérer sa race par des croisements orkn- 
taux, on y renouvellerait les merveilles des vieux âges* 
Mais Undoleiice des habitants leur a fait préférer k l'usage 
* du ebeval celui plus paisible dei'àne et dumulel. lUen n'est 
curieux comme de voir les princes et les geas riches vojar* 
géant an petit trot de leur âne; ils ressemblent assez dans 
cet équipage a récolier en vacance des allées de Montmo- 
rency. Aussi le rm de Sardaigoe fail-ii acbeler«es chevaux 
en Angleterre, tandis qu'il possède Tlle fameuse qui jadis 
en iomiiissail aux maîtres du monde. 

La Corse entretenait autrefois une très-petite race de 
chevaux» fameuse par sa rusticité et son énergis. Cette race 
avait beaucoup d'analogie avec celle de certaines lies et de 
certains littoraux des mers ou même de certaines vastes 
chaînes de montagne» qui sans doute se trouvaient soumises 
aux mêmes inftuences. On trouve spécialement en France 
des espèces analogues dans les Pyrénées, et les lies d'Oues- 
sant et de Noirmoutier. 

L'habitant de la Corse aime le cheval et en fait un usage 
iiaiiiiuel ; c'est avec lui qu'il parcuuii leâ iM}mbres maquù»> 



Digitized by Google 



--.91- 

les foréls centenaires et les humides vallées qui donnent un 
eaohet si particulier à cette )le célèbre. Des courses de che- 
vaux sont établies depuis un temps immémorial dans la 
Corso : elles onl lieu priiici(jaleiueut aux é[Joques des foires 
de Bastia et d'AJaecio, le jour de la Saint-Pancrasse. Jadis 
elles avaient lien II Saint-Pancrasse même dans la plaine de 
Marana. 

Du reste, ces chevaux, qui atteignent à peine la taille de 
on mètre quarante centimètres, ressentent les effets de 
l'incurie avec laquelle on les traite et de l'étal si reculé 
de 1 agriculture. 

Fier et vindicatif, le Corse n'a pas encore perdu les ca* 
iietères de sa nationalité. Il eroirait déroger k soii honneur 
s'il cultivait lui-même son champ, et il regarde comme 
des esclaves les pajsans de la côte d'Italie, qui à chaque 
printemps viennent lui prêter le secours de leurs bras. 

Aussi insouciants envers leurs chevaux, ils les laissent 
errer dans les maquis où ils trouvent pour toute nourriture 
pendant l'hiver deséeorces et des feuilles d'arbrisseaux. 
Quand ils veulent s'en servir, ils leur distribucnl avant de 
partir quelques poignées d'orge^ mais Jamais d'avoine, in- 
connue en Corse , et, pendant le voyage, rarement on leur 
iail prendre quelque nourriture. 

Les chevaux de l lie de Corse se composent maintenant 
des restes de l'ancienne race, qui sont devenus fort rares , 
des chevaux mélangés provenant des divers croisements 
qui ont eu lieu dans les racés du pays et dans les races 
importées, et des cbevanx étrangers qu'y exportent les 
oontrées voisines et principalement la Sardaigne. 

Divers essais d'amélioration ont été tentés avec succès 
dans ce pays> et» bien qu'on ne doive jamais en attendre un 



Digitized by Google 



grand résultat pour Timportation et l'amélioration générale 
des races, on peut espérer d'y propager uoe ei»pèce utile 
aux besoins du pays et d'arriver k se passer, pour le ser- 
vice inférieur, de l'importation des chevaux étrangers. Un 
dépôt d'étalons doit y être prochainement créé dans ce 
but. 

Nous a vous vu» dans uu autre chapitre, quelle lut dans 
l'ancien monde la haute réputation des chevaux des Gelii- 
bères ; cette réputation ne fit que s'accroître encore par 
suite de Tinvasion des Arabes daus la Péninsule; nous 
ne pouvons mieux faire que de citer textuellement à cet 
égard les judicieuses et savantes observations de M. de 

Morris : 

a Lorsque les Maures tirent la conquête de 1 Espagne, en 
«c 711 ,ils y trouvèrent d'une part la fameuse raceibérienne,qiii 
«( depuis des siècles avait les honneurs des courses de Rome 
a et de la Grèce, et de l'autre cette cavalerie qui avait éprouvé 
« tant de ibis la valeur des Romains. Celle desGoths quiré- 
« gnaientenEspagne depuis deux cent quarante-quatre ans, 
« les races espagnoles apportées d'Arabie, selon quelques 
« historiens phéniciens les premiers vainqueurs du monde» 
« on venues d'Afrique à la suite de nombreuses migrations 
« coiiiiiie le prétendent d'autres auteurs, avaii;ut subi de- 
a puis l'arrivée des Goths de grandes modihcations. Il se 
« trouvait donc alors eu Espagne, d'abord les chevaux du 
« pays, ceux du Xord, et enfin les produits du croisemmit 
« de ces deux espèces. Les Maures occupci * m l'Espagne 
« sept cents ans ; pendant cette longue suite de siècles passés 
« en guerre active contre les chrétiens ou en traité de paix ' 
« ou de commerce avec eux, il s'opère encore des cnrise* 

i 



Digitized by Google 



— 95 — 

« roeots nécessités par la manière de combattre des uns et 
a des autres. Les Maures durent fairedes efforts pour don- 
c Der à leurs chevaux la force de résistance dont ils avaient 
c besoin poor soutenir le choc des puissants destriers des 
« cbevaliers chrétiens; ces derniers durent s altacher à ac- 
c quérir pour les leurs la grande vélocité qui distinguait 
« oeox de leurs ennemis. Ces croisements, suivis avec le 
« goût éclairé des princes de te ienips du lùcds ou maures, 
€ dont le plus grand luxe consistait dans la beauté de leurs 
ff coursiers, furent lessouches de la race andalouse, dont la 
« répuiaUoii et le mérite sont incontestables, et aussi de 
c quelques-unes de nos meilleures races. » 

Un phénomène politique et religieux fort curieux est la 
hauie civilisation qui se développa chez les peuples arabes, 
peu de siècles après la promulgalion de rb^ire* soit que 
cette loi, copie matérialisée de l'Évangile, reflétât encore 
assez de ravons divins pour fondre les dernières glaces 
paienues, et que d un autre côté la puissauce du glaive lui 
prêtât un appui qui manquait à TÉglise, soit que Tbabitude 
de monter d'impétueux et magnifiques coursiers ait donné 
a ces hardis missionnaires la soif de toutes les gnuideui*s. 
Toujours est-il que les Arabes de Syrie et d'Afrique, princi- 
palement ceux qui s'établirent en Espagne, furent pendant 
quatre cents ans à lalète de la civilisation du monde entier; 
le souvenir des Maures de Grenade elde Cordoue, de leurs 
brillants tournois, de leurs splendides carrousels, est resté 
vivant dans la mémoire des peuples. Ce fut du mélange de 
ces féies guerrières et des jeux plus barbares, mais nou 
moins valeureux, des hommes du Nord que se formèrent les 
eoatumes de la chevalerie dont l'histoire et les romans ont 
conservé jusqu à nous les poétiques tiadiiioui». Ou oe sau- 



Digitized by Google 



- 94 - 

rsiit croire k quel point lu passion du cheval élait portée 
daos ceue brillante période où ce noble aDÎmal préuit 
toutes ses facoUés 2i la gloire, anx plaisirs, aux aoiom; 
aussi l'histoire a-l-elle conservé une l'oule de trails ijai prou- 
vent toute rimportauce que les Maures attaiibaîeol à leur 
noble compagnon. L'un d'eux vendit la ville de A^aman mo- 
nasicio de Lorvaiipour une jurnent ]ile'ine,Lesc-à\ïk\es plus 
renommés daos h s légeodes pour le mérite de leurs cbevaui 
furent AbderamUi et Àlmansor; ils entretenaient de su» 
perbes haras et faisaient venir de Barbarieetde Syrie les plus 
beaux types de chevaux orientaux. Oo cite euire autres le 
présent de quinze chevaux arabes que lit dans le dixième 
siècle le grand vizir Abd-el-Maleck-ben-Scbeid au ealîf 
Abd-el-Rabniaii III. Depuis la bataille de Gnadalèti , qui 
comriK ?iça la domination des Maures en Espagne, il s'écoula 
sept siècles jusqu'au jour où Boabdil, dernier roi de Gre* 
nade, se prit k verser des larmes en voyant, du sommet du 
moutPadul, cet empire détruit que sa race perdait sans 
retour* Pendant ce long espace de temps, rois, émirs, califs, 
sultans, perfectionnèrent ^ l'envi le cheval et établirent en 
divers lieux des haras dont les traces sont l eslées imprimées 
dans le sang des coursiers, dans les nueors populaires, les 
monuments du sol et les récits de l'histoire. 

Nous avons dit ailleurs que pendant tout le moyen âge le 
plus beau présent qui pût se faire entre rois et héros était 
un ou plusieurs chevaux espagnols ; il est aussi prouvé que 
c'est par eux que le sang oriental commença a j)énétrerdans 
l'Occident, ou du moins y entra en plu^ grande abondanc^. 
La France et l'Angleterre principalement opérèrent leiirs 
premiers croisements avec des chevaux espagnols. Honorius 
e( Théodore signaitmi parmi les déli^ de la cité Coosiaur 

« 



Digitized by Google 



- 1>5 — 

line d'Arles Tavantage d'y rencontrer ces nobles animaux 
que l'Ëspâgnc élevait avec (aat de soin. S'il faut en croira 
les historiens, jamais cheval ancien ni moderne n'a surpassé 
le cheval de bataille espagnol, le magnifique p^cnet andalous : 
taille élevée, encolure majestueuse et rouée, tête large et 
altière, membres forts et oerveui, allures trides et bril- 
lantes, fond inépuisable, il possédait tout k la fois la 
vitesse et le liant du chovai an Midi, et la force, la douceur 
et la patience du cheval du Nord. Ou peut dire que, sem* 
hiable à ces grandes renommées qui vivent de lenia soave- 
nirs, le genêt espagnol a survécu 11 1iii*méme. 

Bien que 1 Espague recoiiuaisse eile-méiue que ses races 
ofaevalines sont depuis longtempa dégénérées, nons avons 
encore vu de nos jours les chevaux de ce pays vantés 
comme les régénérateurs des uôlrcs. 

Plusieurs causes ont contribué à faire déchoir la race 
espagnole; d*abord les rois ehrétiens qui succédèrent aux 
Zegris et aux Abencerages n'avaient pas au même degré le 
goût des fêtes et des jeux équestres; ceux-ci même furent 
profits comme entachés de mahométîsme, et le goât du 
ebeval se perdit peu k peu dans la naiiou ; puis l'agriculture, 
sans laquelle il n'y a point de chevaux, s'en allait dégéné^ 
nnt h mesure que les Arabes quittaient TEspagne où ils s'en 
occupaient spécialement, k mesure aussi que l'or du Nou- 
veau-Monde venait encourager la paresse du peuple qui 
s'accoutumait k vivre sans rien faire* symplAme effrayant de 
la décadence des nations. On vit aussi, k la honte de la noble 
Espagne, les rois, et principalement Charles III, y introduire 
les chevaux étrangers; les haras forent encombrés de che- 
vaui: napolitains qui, tout en donnant de la taille an cheval 
espagnol, lui iireut perdre son cachet primitii ; 1 habitude 



Digitized by Google 



— »6 — 

de l'âne et du mulet, dont le service plus commode et plus 
patient est si favorable à la apuchalauce à laquelle iiniie uo 
climat trop doux ; eoÛD, et par-desaus tout» Tiiabitudle où 
enlrainait réquitation de manëge de rechercher nniquenieat 
dans les producteurs les allures cadencées et raccourcies et 
non plus la vigueur des muscles, la puissance des poumons, 
la longueur et la force des articulations. Le cheval est né 
pour l'action, c'est par l'action que nous devons le juger; 
les courses antiques, les tournois du moyen âge, les fantasia 
mauresques, les chasses et les courses modernes, vmlà le ' 
moyen d'apprécier le mérite d'un cheval. L'art du manège 
fera des chevaux agréables k monter, les exercices vioieut^ 
feront seuls d'énergiques chevaux. Ce fut pour remédier en 
partie à cet état de choses que le roi Alphonse défendit k 
toute la noblesse de monter des mulets ; mais ce sage rè- 
glement fut bientôt éludé. 

Parmi les principaux haras d'Espagne on compte celui 
de la Chartreuse de Xérès. Ce couvent possédait un établis- 
sement magnifique où Ton élevait les chevaux les plus 
renommés de l'Andalousie. Longtemps sa réputalîm fut 
européenne, et maintenant on ne voit plus que des ruines 
là où s élevaient les immenses écuries* là où bondissaient 
les innombrables cavales qui portèrent si haut la renommé 
de la Gartouga. Les environs de Xérès possèdent encore 
des restes précieux de celte race célèbre. 

Le haras d'Aranjuez, appartenant aux rois d'£spagne, et 
qui a pour succursale le haras de Gordone, s'est acquis une 
haute célébrité : ou y entretenait une race de chevaux con- 
nus sous la dénomination de Hacas de la Regm^ haquenées 
de kl reune, remarquables par leur souplesse, la délicatesse 
de lems membres, la beauté de leurs iormes, leur tête 



Digitized by Google 



- 97 — 

roDde €ft la sfngularUé de leur robe qui n'avait pas varié de- 
puis an ^and nombre de générations» c*éCait un isabelle 

foncé 011 un bai doré excessivenieol clair. 

Ce haras avail beaucoup souffert des dernières guerres 
qui ont déchiré l'Espagne » mais, depuis quelques années, il 
a repris sa splendeur première, et c'est oiaiiiteuanl le plus 
remarquable de TEspagae. 11 contient plusieurs centaines 
de belles juments et de nombreux étalons, dont quelques- 
uns sont de pur saug anglais. Ce haras, liabileuïent dirigé 
par M. le duc de San Carlos, peut être appelié un Jour à 
jouer un grand rôle dans la régénération des races es- 
pagnoles. 

On ne. peut nier louielois que ia nation espagnole ne 
fosse beaucoup pour sa race équestre ; il ne manque pas de 
lois et de prescriptions pour encourager l'industrie cheva- 
line, quelques-unes même sont par Uup iiiiuutieuses et par 
conséquent inexécutables ; mais on ne peut trop en louer le 
but et Tesprit. Ainsi plusieurs provinces sont consacrées 
spécialeuienl a rélevage des chevaux: ce senties royauiiies 
de Cordoue, de Jean, de Sévilie, de Grenade et de Murcie, et 
la province d'Ëstramadure; et en cela les Espagnols se mon- 
trent fort judicieux, car lauatui e a accordé a cerlaines loca- 
lités les conditions nécessaires pour i'aire prospérer la race 
équestre, et ces conditions ne se trouvent pas partout. 
C'est là une des grandes causes des déceptioûs qu'éprouvent 
les éleveurs français. Les Espagnole oui parlaitenienl com- 
pris cette loi de la nature, et les prescriptions qui favorisent 
dans les provinces que nous venons de citer l'élevage du 
cheval y défendent en même temps celui de lïuie et du 
mulet. D'un autre côté, de grands avantages et des hon- 
neurs sont léservés h ceux qui se livrent h cette noble oc* 

T. 1» 7 



Digitized by Google 



— 98 — 

cupatioQ ; le possesseur de douze jaments podinières elde 
trois étalons ne peut être arrêté pour dettes, il est exempt 
de logement , d'iiii{»ôU en nature» de réquisitions» de ta- 
teltes, de curatelles, enfin de tirage on de levées qnekon- 
ques pour le service des aruiécs; Celui qui possède six ju- 
ments, n'a qu^nne partie de ces avantages» et ainsi de suite. 
Yoilk certes de magni6ques prérogatives» et une nation sî 
soigneuse de ses intérêts méritait vraiment de porter le 
sceptre équestre pendant une longue suite de siècles. 

Les courses de vitesse ont été récemment organisées dans 
plusieurs localités, mais il leur nianque la sanction du 
temps» l acclimaUtion, la généralisation. Quand l'Espagne 
comprendra bien que c'était par les courses anciennes et les 
jeux équestres qu'elle était arrivée k Tapogée de sa gloire, 
et que c est k leur chute qu'elle Ta perdue, elle adoptera 
lescoursesde vitesse. L'Ë^KUgnen^aqu'à suivre» k cet égard» 
les idées de M. le duc de San Carlos. C'est k lui qu'est 
atiaclié le sort de la régénération de la race chevaline 
d'Ëspagoe : il sauvera Troie» si Troie peut être sauvée. Es- 
pérons que ce beau pays, se reposant enfin de ses luttes 
intestines, tournera sa l)i illante intelligence et l'activité de 
son bras vers les soins agricoles, et qu'un jour le cheval 
espagnol reparaltiaavec sa natitm au premier rang des gran- 
deuis humaines. 

Nous ne parlerons ici que pour mémoire des courses de 
taureaux» reste des anciens spectacles du cirque» qui ont 
résisté en Espagne à toutes les révolutions; là le cheval 
n'est pas le héros, c'est la victmie dévouée du sacritice; 
quand, orné de riches banderoles» il vient piaffer avec grâce 
et relever sa noble tête aux yeux de la foule, c'est l'ancien 
gladiateur disant k César: morituri te salutanL 



Digitized by Google 



— 99 — 

Les Espagndhi obI eonsenré dans leurs hahitiides le goût 
^du cheval qui se lie à toutes leurs traditions ; en Andalousie 
parliculièfement il existe des sociélés appelées MaesUanzay 
qm ont pour bat Tari da manège et l'éducation des chevaux. 
A certains jours, les membres de rassociation. vctus d'ha- 
bits rouges brodés d or et montés sur des chevaux aux sa- 
bots dorés, exécutent des exercices équestres qui rappdient 
^s jeux mauresques ; ils courent la bague, la quin laine et 
la léle de l'épée, puis, parés des couleurs de leur belle, ils 
essayent d'enlever un ruban dont Textrémité passe d'un tra- 
vers de main l'orbe agité d'une roue. 

Les sociétés hippiques d'Espagne ont adopté une noble 
devise, qui devrait être celle du sport de toutes kft na- 
tions : 

Pro rcjjublica est, dnm luàere vOnnur. 
(Nos jeux, à nous, sont le bien du paya.) 

L'équitation espagnole a rivalisé longtemps avec celle 
des écoles italiennes et françaises, et Tamour du cheval est 
fortement empreint dans le cœur des enfants de la vieille 
Ibérie. Aussi, tandis que des Pyrénées aux coiouues d'Her- 
cule le muletier répète son vieux reirain ; 

Vhrtt, vita mî caballo 
Gaballo mio caretto, 

les fils des vieux chrétiens savent encore manier leurs ar- 
dents coursiers comme au temps du Cid et d'Isabelle. 
Voici une anecdote qui résume à la fois le mérite du cheval 
et celui du cavalier : 



•> 

Digitized by Google 



- 100 — 

« Parmi les belles ruines qai couvrent l'Espagne, on re- 
iiiaKiiie un ancien aqueduc destiné ^ conduire II Tarragone 
des eaux provenant du pont d Armantcra. Cet acqueduc, 
composé d'un double rang d'arcades et un des mieux con- 
servés (lue l'on connaisse, est d'un aspect trèspélégant à 
cause des bossages dont il est orné et des reliefs de ses ar- 
diivoltes; il importait pour la solidité de ces constructions 
de leur donner peu d'épaisseur : dans le haut elles se termi- 
nent ordinairement par une simple rigole plus ou moio» 
profonde, selon le volume d'eau qu'elle avait à porter, mais 
toujours fort étroite. Sur un défi, un cavalier s'éuit engagé 
à parcourir celte rigole dans toute sa longueur sans avoir 
remarqué qu'elle est interrompue i)ar une large brèche, 
précisément k l'endroit où le vallon au-dessous est le plus 
profond ; arrivé a ce point, le cheval ne pouvait plus retour- 
ner, et il eût été fâcheux pour le cavalier de descendre et 
de revenir à pied* Il donna des éperons, le cheval s'élança, 
franchit l'espace, acheva le trajet, et gagna le pari. 9 



Digitized by Googl 



CHAPIT|IE IV. 



Le Gkeval africain. ~~ L'Égypte. L'Abyssinie. ^ La Barbarie. — L'AIgMe. 

Les Gonnea. <— La Fantatia. 



0 

Autant TEgypte des Busirîs et des Pliai aon brilla par ses 
chevaux nombreux et rapides, autant la pauvre nation qui 
vînt courber tour & tour son front sous le joug des Perses, 
des Macédoniens, des Koiiiaiiis, ol plus tard des Arabes fut 
inhabile a produire le cheval, symbole de vaillance et de li- 
berté. L'Egypte, décimée par les guerres, courbée sous les 
tyrans, épuisée par les exactions, abandonna les soins agri- 
coles et les habitudes cavalières. Aussi, les auteurs qui ont 
écrit touchant les Ptolémées et leurs successeurs n'ont pomt 
fait mention des chevaux d'Égypte. Toutefois il ne faut pas 
croire qu'ils y dégénérèrent complètement ; mais ils lurent 
moins nombreux, moins soignés, moins appréciés. Déjà, 
sous les Romains, quoiqu'il s'en fit une assez forle expor- 
tation pom riialie, ils étaient moins estimés que ceux des 
autres contrées tributaires ; et cependant, parmi les gigan- 



— 102 — 

tesques monumeots doDt les ruines couvrent ce pays, se 
trouve partout le souvenir rlîi cheval. Sur les bas-reliefs, 
comme nous l*avons vu, il traiue les chars et porte les cava- 
lim ; de magnifiques hippodromes se dessinent parmi les 
ruines de ses palais détruits, et de vastes écuries abandon- 
nées sont quelquetois le seul indice qui fasse reconnaître 
aux voyageurs le passage de Thomme» effacé depuis mille 
ans par le vent du désert. C'est ainsi qu'au voisinage de 
rancienne Mediue, près de la bulle de Gorbel-Logar, on 
aperçoit une ancienne écurie voûtée en grosses briques; 
cette construction a plus de soixante mètres de long sur sept 
de large, elle représente un vaste corridor, où Ton pénètre 
du côté de Torient par quatre grandes portes; près de là 
est un cimetière couvert de débris ensevelis dans le sable. 
Sous les califes, rédiication du cheval revint en honneur ; ils 
se iaisaient gloire de posséder de vastes haras et d'entre- 
tenir pour leur service un grand nombre de chevaux. L'his^ 
toire nous apprend que, lors de la disette qui eut lieu en 
Egypte, sous le caille EI-Mostanser, les chevaux de ses écu- 
ries étaient au nombre de dix mille ; mais que trois chevaux 
seulement résistèrent au fléau qui ravagea ce pays. 

Lorsque l'Egypte passa sous la domination des Mame- 
louks, cette milice célèbre, qui peut être comparée jusqu'à 
un certain point k la chevalerie d*Occident, dut comme elle 
toute sa puissance au cheval. C'étaient d'admirables cava- 
tiers que ces Mamelouks» terribles au combat, redoutables 
k leurs maîtres, dont ils se délivraient d'un coup de yatagan 
quand ils les gênaient, tyrans du pauvre fellah, qu'ils dé- 
pouillaient chaque jour de l'or qu'il demandait à la fange 
du Nil ; ils n'avaient qu'un seul amour au monde» leur die- 



Digitized by Google 



— 103 — 

val! Ils le soignaient de leurs mains, le noorrissaient des 
fourrages les pins exquis, lai parlaient comme h leur ami le 
plus cher ; aussi le cheval du Mamelouk coonaissait-il sou 
maître à la voix ; au moindre appel il accourait près de lui, 
et recevait avec joie, de ses mains, la lourde selle et la bride 
cruelle des Turcs. Aussi, eu face de Fennemi, rien n'était 
terrible, rien n'était beau comme ces chevaux et ces cava- 
liers, couverts de fer et de soie, d'or et de cachemire, bon- 
dissant dans la plaine comme les béliers de rÉcriture. Lors 
de la campagne d'Égypte, nos pères eut pu juger eux- 
mêmes ces braves cavaliers, dont Taudaee surprit les vain- 
queurs de Lodi. 

On dît qu'au premier choc de ces tiers ctrcoacit 
Les YÎMx répnblicaiiis pftlirâiit indécis 1 
Jamds dans flUlie, inz glori«ii86trives> 
Ni les Genoains coût erts de cuîiuses masiiTes, 
Ni des légers Hongrois les pondrenx tourbillons 
N'avaient d'un pareil choc heorté nos bataillons. 

Les dragons d'Aboukir, » connaisseurs en fait de gloire, 

ne pouvaient se lasser de raconter les hauts faits de ces fils 
du désert, qui, aiïrontanl la muraille el le fer, ne se lais^ 
saîent étonner que par la mort. On en cite qui, ne pouvant 
pénétrer dans les carrés hérissés de baïonnettes, y faisaient 
entrer leurs clievaux k reculons. Le poêle que nous avons 
dté n'a pas oubhé ce brillant fait d*armes. 

k ces mots, entraînant un escadron d'élite, 
Vers le front de Desaix Sélim se précipite, 
£i le premier de tous» «ur le rcm{>art d'acier, 



Digitizecfby CoH^Ie 




— m — 

Fuit voicr i)ai'cljns son nipiilc coursier. 
Tel un obus vomi par le bronze qui tonne 
Labotirc Hnns ses lionds l'immense polygone. 
Tous arrivent de front, devant les fantassins ; 
Ils iixent brusquement leurs coucsiers abyssins; 
Lé mors impérieux qiiî leiT pousse^guirrière 
Les force à se cabrer sur la triple liofri&rey 
'v?Et dans le bataillon ébranlé soa's leur pm^'^^j^^- 
Les qovaqto idbefuz retombent i la fois . ^â^i^ ^ ' T ' 

On sait qiie cette milice disparut comme corps constitué, 
lorsque, au €ummencemei)Ulece siècle, i homuie éiii'igiqi|^ 
qui restaura le trdoe de l'Ëgypte entreprit la régéKkéi^^ 
sociale de ce beau pays. 

Muliénu;! ilali ri a j)as oublié d'associer la destinée du 
cheval à l'ère nouvelle de TÉgypte; upe école vétéri- 
naire, placée d'abofd près de Técole de médecine d*Â- 
bouzabel, a été définitivement établie près du haras de 
Choubrah. Ce haras eustait d'abord à Nayé, village de la 
Basse-Égypte ; plus tard» il le fit transférer k peu de distance 
du Caire, près de sa maison de campagne de Choubrah. Il 
se compose de vastes bâtiments et de domaines étendus U- 
vrés à ragricnlture, et contient environ mille chevaux, dont 
près de cinq cents juments, le reste étalons et poulains ; 
quatre cents hoinmcs sont employés au travail des écuries 
el aux soins agricoles. 

Quelques voyageurs pensent que le climat de la Basse* 
Égypte est peu favorable au cheval, en raison de l'humidité 
qu'y apportent les débordenicnis du Nil, et que celui de la 
Haute-Ëgypte, du côté de TAbyssinie, leur convient mieux* 
Quoi qu'il en $oit> Thistoire et b tradition sont là pour 



Digitized by Google 



— 105 ^ 

prouver qu'on peut faire en Égypte de bons et magnifiques 
clievaux. Avec tics inslilulious solides, uû avenir assuré, 
une civilisation vraie et adaptée au milieu politique et reli- 
gieux de ce pays, le cheval égyptien, digne frère de Tarabe, 
peutcûcore briller pai mi les plus parfaits du monde. 

Le luxe des voilures n'a pas encore pénétré en Kgypte ; 
le pacha, quelques grands» et les étrangers, en font seuls 
usage. Les cheiks et les hommes riches ne sortent qu'à 
cheval ; comme dans tout rOrient, le cheval esi un signe 
d'honneur et de distinction* On se sert pour les voyages^ 
les courses dans les campagnes et dans les villes, du mulet, 
de Fane et du chameau. Une coutume, fort curieuse et fort 
rationnelle d'ailleurs, a lieu dans la Turquie, en Syrie, et 
particulièrement en Egypte, c'est de mettre pendant qua- 
rante jours, chaque année, les chevaux au vert; ce temps 
écoulé, ceux qui appartiennent aux habitants des bords de 
la mer reçoivent un bain complet d'eau salée, après lequel 
on les lave soigneusement k Teau de savon. Pendant ce ca* 
réme végétal, les chevaux sont dans le repos le plus absolu, 
et ce n'est qu'après le bain qui le termine qu'ils reprennent, 
avec la nourriture sèche et tonique, le travail du jour et les 
entraves de la nuit. 

Les chevaux d'Abyssinie ont une haute réputation parmi 
les Orientaux ; quelques auteurs même avaient été jusqu'à 
penser que le berceau primitif du cheval était TAbyssinie, 
et que c'était de ce pays que 1 espèce s'était répandue dans 
l'univers. Cette prétention n'a pas besoin, ce nous semble, 
d'être réfutée ; mais elle sert k prqfiver l'ancienne renonmiée 
du cheval d'Abyssinie. 

Les chevaux abyssins sont d'une taille relativement éle- 



Digitized by Google 



— 106 — 

vée, gris pour h plupart, et presque entièremenl blancs de 
très-boime heure ; ils ont beaucoup de rapport avec ceux du 
rojfaume de Dongola et des eontrées voisines qui s'étendent 
entre TÉgypte et TAbyssIttie. Le voyagenr Bosenal fait de 
ceux-ci le plus séduisant portrait : « Les chevaux de Don- 
c gobt dit-il, sont les plus parfaits du monde entier; ils 
€ sont beaux h l'œil, symétriques dans leurs formes, ner* 
flt veux et souples dans leurs mouvements, dociles et atta- 
« chés k leurs maîtres ; l'un d'eux toi vendu an Caire, en 
c 1816, pour une somme équivalant !i S5,000 fr. » Ce pON 
trait est fort embelli ; la plupart des auteurs s'accordent îi 
dire que les chevaux de Dongola ont la tête busquée, Ten- 
colure longue, la croupe avalée, et qnlls sont généralement 
enlevés comme la plupart des orientaux. Les habitants de 
cette partie de l'Afrique racontent aussi que leurs chevaux 
descendent d'une des juments favorites du prophète. Il faut 
que celte question du sang et de la race soit enracinée bien 
profondément dans le cœur de tous les hommes qui ont 
fiiit usage d'un coursier généreux et rapide, pour qu'ils re- 
cherchent si avidement les titres de noblesse qui peuvent 
rehausser leur gloire. Du reste, Tusage de l'âne et du mulet 
a remplacé chez les Abyssiniens en général celui du che^ 
val , surtout dans les contrées les plus montagneuses et 
les plus escarj)oes. Les contrées chevalines sont principa- 
lement celles de Godjcan , de Damol et de Schoa ; cette 
dernière surtout produit d'excellents chevaux, mais qui 
malheureusement sont mal élevés et mal soignés. L'état 
politique du pays s'oppose à toute améUoraiîon sensible de 
la race équestre. 
Bruce nous apprend que si les Arabes montent de préfé- 



Digitized by Google 



— 107 

rence les juments, les Africains, an contraire, ne montent 

jamais que des chevaux. La raison en es( claire, dit-il, les 
Arabes étant constamment en guerre avec leurs voisins, 
tâchent de prendre leurs ennemis par surprise, dans le 
crépuscule du soir ou l'aurore du matin. Les juraenls sont 
plus sages, moins bruyantes, et hennissent moins fréquem- 
menti c'est ce qui fait qu'ils leur donnent la préférence. 
L'Africain, an contraire, attaque à force ouverte, il s'avance 
sans crainte dans la plaine sans horizon; les surprises et les 
Stratagèmes lui sont inutiles. 

Nous ne nous étendrons pas dayantagc sur les races che- 
valines et les habitudes équestres de celte ]>ariie de l'A- 
frique; les nations de ces contrées sont trop peu connues, 
et leurs usages sont d'ailleurs enveloppés de tant de bar- 
barie, qu'il est difficile d'en faire ressortir quelque lait 
utile et intéressant pour la science ou Tagrément. 

D'après le récit des voyageurs, plusieurs contrées du 
ceiiiie de l Afrique, et principalement le royaume de Bor- 
nou, possèdent d'excellentes races de chevaux. M. Tully, 
dans son Eistoire de Tripoli^ dit que ceux de cette dernière 
contrée sont supérieurs k ceux de la Barbarie et même de 
l'Arabie; ils possèdent, selon lui, les qualités de ces deux 
races : ils sont vigoureux comme l'arabe et beaux comme 
l'africain ; mais il faut, en général, se méfier des voyageurs, 
qui souvent n'ont pas de grandes connaissances en chevaux, 
et qui se laissent séduire facilement par quelques qualités 
spéciales, sans pour cela que l'ensemble réponde aux bril* 
lants récits dont leur imagination a fait les frais. 

Dans tes contrées méridionales et occidentales de l'A- 
frique, et particulièrement dans le voisinage des côtes de 



Digitized by Google 



— i08 — 

Guinée, les chevaux sont médiocres, périls, faibles, ramin- 
gues et méchants ; mais, outre qu'un climat trop chaud et 
des sables arides sont des conditions peu favorables an dé- 
veloppemeiU de la perfection chevaline, quel secours peut- 
on attendre des soins de Thomme, dans un pays où Tabru- 
lissement et la dégradation humaine sont poussés à leurs 
derniers degrés? là où Thomme est vendu comme un vil 
troupeau, le cheval, qui participe des instincts et des sen- 
timwts de Thomme, ne pouvait être qu'un être dégradé et 
sans valeur. 

Dans l'histoire du ch('v;il alï icain, ijoiis avons gardé pour 
le dernier le plus remarquable et le plus illustre de tous, le 
cheval barbe. I^a Barbarie, proprement dite, comprend les 
régences de Tunis, les royaumes de Maroc et de Fez, et cette 
terre d'Alger, si fameuse dans les histoires anciennes et 
modernes, et qui méritait par sa gloire et ses malheurs de 
devenir une terre française. Bornée au nord par la Médi- 
terranée, au midi par une chaîne de moiilagnes, qui la sé- 
pare du grand désert, cette contrée jouit d'une température 
douce et régulière, d'un del d'azur et d'un sol d'une fécon- 
dité si merveilleuse, que Rome eii avait tait le grenier de 
l'univers. Des cours d'eau nombreux entretiennent dans 
ses vallons une étemelle fraîcheur; une herbe substantielle 
et appétissante croit dans ses prairies, et les vents balancent 
dans ses plaines la vague dorée de ses céréales. Le cheval 
barbe est le descendant du numide, le rival de Tarabe, le 
pèi*e du cheval espagnol, et la source la plus féconde de ce 
sang fameux que les Anglais ont amené a une perfection 
idéale. Toutes les causes qui peuvent contribuer k Tamé- 
lioration, au perfectionnement d'une race, se sont réunies 



Digitized by Google 



t 

pour faire du cheval barbe un modèle de vigueur et d'âé- 
gaiice : magnificence du climat^ fécondité du sol, fréquenee 
de communications avec l'Arabie par les pèlerinages et les 

caravanes, goût prononcé de tous les peuples qui oui ha- 
bité ce pays, Arabes, Carthaginois, Romains, Turcs, Maures, 
pour le cheval et les habitudes cavalières, haute civilisation 

el mœurs clégaiiles des hahilanls <le ces coiUrées, |iendanl 
plus de dix siècles ; tout a conspiré, Thomme et la nature, 
pour faire du cheval barbe un magnifique monument, dont 

malheureusement maiiuenaal il ne reste plus que les 
débris. 

JNous avons vu les Numides sans frein de Jogurtha 
combattre tour à tour les armées romaines ou participer à 

leurs victoires. Nous voyous plus tard les Arabes et les 
Tures créer dans ce pays une race particulière aussi gra- 
cieuse que la race arabe, et plus appi opriée aux mœm^ et 
aux habitudes des habilanls. Tant que la fièvre de coMqiiéle, 
qui poussait il y a mille ans le Midi sur le Nord, lit au be- 
soin aux Maures d'Afrique et d'Ëspagne de bons et éner- 
giques coursiers, les races de clievan\ s'améliorèrent rapi- 
demait. Le cheval barbe devint le premier cheval du monde, 
plus grand que l'arabe, plus gracieux que Tégyptien, plus _ 
énergique que tous les chevaux du Nord, eu y comprenant 
même Tïtalie et la Sardaignc, le cheval barbe est ordiiiai- 
jrement le plus beau modèle que Ton puisse donner; il est 
calme au combat, sobre sous la tente, et terrible & Tennemi. 
Mais riieure du déclin s'entendit a la bouche du Muezzin, 
sur les hauts minarets. L'e.sciavage abrutit bientôt les iits 
des Abencerrages et des Zégris; la noble guerre, qui est hi* 
mère du noble coursier, ne l'ut plus qu'un pillage organisé 



Digitized by Google 



et une suite de brigandages. Bien plus, le gracieux cavalier 
de Grenade abaudoima le cheval, et s>e lit pùate de la mer. 
Alors, adieu les beaux coursiers, adieu les souvenirs des 
haras du prophète* De ce moment, date la dégénâratlmi 
etïrayauie dans laquelle nous avons uouvc la race barbe 
lors de la conquête d'Algérie. 

Le cheval barbe a plus de taille que le cheval arabe; il a 
la lélc un peu plus longue et légèrement busquée, sa poi- 
tiûne est magoiûque» ses membres forts et nerveux. Son 
arrière*mam laisse quelquefois à désirer, mais son ensem- 
ble est merveilleux de grâce et d'élégance ; il a le pied sûr, 
la course rapide, et se plie néanmoins lacilement aux tra- 
vaux les plus compliqués du wmégd ; sa doeililé est extrême, 
et la plupart du temps son msdtre le conduit sans bride, par 
la VOIX seulement et la fameuse baguette traditionnelle des 
peuples nuniides: NumùU infreni. 

Les chevaux barbes ont été renommés dans tout le 
moyen âge à cause de leur douceur, de leur mérite et de 
Tàge avancé auquel ils parviennent, et qui a donné lieu 
b ce proverbe : Les barbes meuretU^ mais Us ne vietUiisent 
pas. l.es mœurs de cette partie de l'Afrique pendant plu- 
sieurs siècles ont eu beaucoup de rapports avec celles de 
PEspagne; les rapports fréquents des Maures entre eux, 
les invasions et le contact des chrétiens, les rapports du 
sol, de la température, des usages, tout concourait a opé- 
rer cette fusion; aussi, jusqu'au siède dernier, la race 
barbe, comme nous Tavons dk, fut'^le estimée au moins à 
régal de la race arabe. 

L'intérêt qui s'attache au cheval algérien depuis la con- 
quête nous permet d'entrer ici dans quelques détails cir- 



Digitized by Google 



coDStanciés que nous prendrous dans i lotéressaat ouvrage 
publié sur l'Algérie par M* MolL 
« Les cKyergeDces entore fort récentes d'opinion k Té*- 

i^ard des chevaux de l'Algérie ne rend j ont peut-être pas 
mutiles quelques développements sur cette importante ques- 
tion. 

«On est lellemeiit habitué h juger les chevaux sur Texté- 
rieor» qu'il n'y a rien d étonnant a ce qu'on ait pris une 
mauvaise opinion de la raee barbe, telle qu'elle existe au- 
jourd'hui dans noire colonie. En effet, pour les gens non 
counaisseur^s ou iiabilués aux formes développées du Nord, 
respect de ces animaux justifie cette assertion que les che- 
vaux actuels de TAfrique valent tout au plus nos rosses de 
fiacre. On ne voit pas chez eux celte couloniiaiioa que le 
vulgaire confond avec la beautéf parce qu'elle plaît aux re- 
gards» et on leur attribue des défectuosités, parce que sons 
certains rapports ils sont disgracieux. D ailleurs, l'exiguïté 
de leur taille» plus apparente encore par suite de la taille 
ordinairement grande des cavaliers qui les montent» suffi- 
rait pour les déprécier aux yeux d'une foule de personnes. 

« C'est a l'œuvre qu'il faut les voir pour les bien juger, et 
e'est chez eux qu'on peut apprécier l'influence de ce mysté- 
rieux principe d'action, qu'en physiologie on appdle Ttn- 
flux nerveux, et que le viiltraire reconnaît et désigne, chez 
certains animaux» en disant qu'ils ont de l'âme. Sobres» 
dociles» patients, ils sont cependant» en gteéral» plans de 
courage et de ioiids, et d'une sûreté de jambes k toute 
épreuve. On voit ces soi-disant rossea galoper dans des 
terrains où un cheval du Nord passerait difficilement au 
pas, contourner ou franchir les obbUcleb avec uiie mer- 



Digitized by Google 



I 



^ 112 — 

veilleuse agililé, et, sous un soleil brûlant, montés par (l<^ 
lourds cavaliers, souvent mal uuurris, n'ayant pas Loujours 
de Tean a discrétion, traités coaiiite le cavalier français 
traite en général son cheval , c'est-k-dire sans soins, 
sans amour, iuire malgré cela, pendant une série (l6 
quinze, vingt et même trente jours» des marches jovroa- 
lières de trente k quarante kilomètres, dans un pays aeei- 
deuté et privé de roules, au travers des torrents et des 
* broussailles, sur des pentes rocheuses et ravinées, marche;» 
qui se compliquent encore souvent de courses rapides 
nécessitées par les al(M*tes ou la poursuit des enne- 
mis. Et cependant, loin d'avoir ce qu'il y a de mieux dans 
le pays, c'est k peine si, jusqu'à présent, nous avons eu le 
choix dans le rebut. 

« Le cheval airicain, tel qu'il existe aujourd'hui dans la 
colonie, et malgré les causes nombreuses qui ont contribué 
& fiia dégénération , est encore, k mon a vis, le cheval de gtierre 
par excellence. On puni l ait désirer un peu plus de taille, 
mais peut-être n'y arriveraii-oa qu'au déU'iment de cette lé- 
gèreté, de cette force, de cette constitution robuste, de 
celte âme, de ce qui fait, en un mot, le mérite de ces che- 
vaux. Dans tous les cas, rien ne sera plus facile à obtenir 
que cette augmentation de taille, lorsque la production des 
chevaux ne sera plus uniquement enlre les mains des 
Arabes. 

« Jen'entrerai que dans peu de détails sur rextérieuret la 
conformation de ces animaux, sujet qui a déjà dù être traité 
avec étendue par des houjuies spéciaux. Je dirai seuleuieiil 
que la taille vaiie entre un mètre quarante-cinq centûnètres 
' e|r un mètre cinquante-cinq centimètres ; que les formes sont 



Digitized by Google 



— ils — 

sèches, anguleuses» et, généralement, flattent peu i'œil.; 
q«e» néanmoins, lorsqu'on examine ces animaux de prèst 

on trouve que tout est combiné de manière à réunir les con- 
diiions de loi ce, de vigueur et de légèreté. Aini>i, capacité 
tlioraclque trèsHléveloppée; épaules mosculeuses, fortement 
inclinées; avanUbras longs et recouverts de forles saillies 
musculaires; genoux larges, canons courts, tendons forts et 
détachés ; sabots dui^ et bien contournés ; reins droits et 
courts; jarrets étirés, larges et plais. 

« J'ai vu, en outre, dans la province de Constantine et à 
Orài), plusieurs chevaux a^aut des formes plus arrondies, 
plus déveloiqpées, et se rapportant tout à fait à celles sous 
lesquelles on représente habituellement les chevaux turcs, 
et même quelqueiois, quoiqu'à tort, les chevaux arabes. 
Le poitrail et la téte sont plus larges, Tencolure plus épaisse 
et rouée, le corps plus cy]indn(|ue et la croupe plus char- 
gée. J'ai iiicme \u, chez plusieurs d'entre eux, des cous de • 
cochon. . 

aCeschevaux, m'a l-on dit, proviennent de chevaux turcs 

ti tnrcomans importés, k diverses époques, de la régence. 

«Danslaprovincede Constantine, il existe égalemeiitune 
race plus grande, plus développée, plus haute sur jambes, 
mais moins bien faile que la race ordinaire, cique Ton con- 
nait sous le nom de Trass-Berdee (jument de bât). Celte 
race, peu estimée, et qu'on dit provenir de Tunis, sert, en 
efifet, principalement h porter des fardeaux. On l'emploie 
également, et de préférence, à la production des nmlets. 

«Dans la province de Constantine, et surtout dans celle 
d'Oran, les chevaux sont plus nombreux et meilleurs que 
dans les provinces d'Alger et de Titterie. Peut-être notre 
II. 8 



Digitized by Google 



oceupatton a-t«elie coDtfilmé à cette différenee, mais il pth 
raltrait qu'elle existait avant notre arrivée. Â part les ei^ 

constances lihysiques, plus iavorables dans les deux pre- 
mières provinees» par suite du grand nomiure de plaines et 
de riches vallées qui s'y rencontrent, on expliqnerait très- 
bien celte difterenci^ par \v fait seul de raclion plus iinmé- 
di iie (le Tniicieu guuverncmcut sur les proviiices d'Alger el 
de Tiiterie. Les Turcs avaient, en effet, le triste privilège 
de tarir tontes les sources de richesse dont ils s'occupaient» 
et c'esl iiotauimcrit dans la production des chevaux que 
leur influence nuisible se £atisait sentir. Les beaux chevaux 
étaient Tobjet de la convoitise des officiers turcs qui, mé- 
prisant les formes légales, liahilués d'ailleurs a traiter les 
Arabes en peuple conquis» s'en emparaient purement el 
simplement toutes les fois qu'ils le pouvaient. Bien des raz- 
zias ont été exécutées dans le seul but d'acquérir un beau 
cheval. Renchérissant sur leurs chefs, les soldats tores, 
dans beaucoup de garnisons» ne se gênaient pas pour arrê- 
ter aux portes les Arabes qui arrivaient montés sur de bons 
chevaux, pour les en faire desceudre à coups de bâton et 
s'en emparer. Aussi las Arabes avaient-ils fini par ne plus 
venir dans ces villes que montés sur des ftnes, des mulets 
ou ce qu'ils avaient de plus mauvais en chevaux. Des Ara- 
bes des environs de Bone m'avouaient qu'une des causes 
qui leur faisait accepter la domination française avec plai- 
sir, c'était de n'avoir pins h cacher leurs moulures de choix. 
De la vient que les grandes et fortes tribus possèdent seules 
de bons chevaux, et que la province d'Oran, où ces tribus 
sont plus multipliées qu'ailleurs, eu a le plus grand noiubre. 
Ainsi, les Ouled-Sidi-ei-Aribi, riche tribu des marabouts de 



Digitized by Google 



- lift - 

la plaine du Chéliif, les Oulassas, les Ilachemsrûharabas, 
les Oaled-Sidi-BeleïmaD, ies OuledrGiaf&r, mïm 61 paur 
santés tribus, s'adonnaient el s'adonnem encore, avee sue* 
cès, à l'élève des chevaux, et en ont un grand nombre de 
fort beaux dans leurs vastes plaines. 

« lien eside même, dans la province deCionstantine» ciiet 
les puissantes et populeuses tribus des Abd-el-Nour, de 
Hauenchas, des Haractas, de Ouled-Soltani, des Ouled- 
Ammer-Ben-Seba, de Ouled-Righaa, ete. 

« Les tribus do d^ert, malgré les obitaeles que le»» op» 
posait la nature de leur pays> élevaient et élèvent encore un 
grand nombre de bops chevaux» grftce k la liberté dom elles 
Jouissaient, tandis qu'aux environs des villes, et partout oè 
le pouvoir turc était fort, les tribus, même les mieux pla»- 
cées, à l'exception de celles du Makbzen, s'adonnaient peu 
k l'élève des chevaux, et beaucoup plus k celui des malots 
et des ânes. 

<i Les tribus kabyles sont dans le même cas, non pas k 
cause des Turcs, mais k cause de la nature montagneuse 
des contrées qu'elles habitent. 

«c Disons cependant que les chevaux des plaines basses et 
fertiles qui avoisinent la cdte passent, panm les Arabes, 
pour inférieurs à ceux des montagnes et des {^ines arides 
du Midi, quoiqu ils aient plus de taille et d'étoffe. 

« On sait qu'en général les Arabes estimait plus les ju- 
ments que les chevaux, ils ne s'en défont que difficilement, 
et comptent la généalogie de leurs chevaux plutôt d'après 
ies mères que d'après les pères. 

d Autrefois, ils vendaient leurs plus beaux chevaux aux 
Turcs, qui les préféraieul aux juments. Ils en vendaient éga- 



Digitized by Google 



— ne — 

lement daas le Maroc, et les tribus des oonfias du désert ne 
conservaient même généralement qne quelques cfaevaax 
d'élite pour la reproduction. 

« Les diverses tribus eu iclalion avec nous lioiis ont ven- 
du un assez grand nombre de chevaux à diverses époques; 
mais il a toujours été très-difficile d'en obtenir des juments. 
D'ailleurs, la plupart de ces tribus, étant précisément au- 
trefois exposées aux spoliations des Turcs, se trouvent daus 
le cas déjà signalé, c'est-à-dire ont peu de chevaux* De là, 
en partie, la difficulté que nous avons eue pour la remonte 
de notre cavalerie. Du moment où nous clommerous au 
loin» nos besoins eu chevaux, seront, je pense, facilement 
satisfaits ; car tout ce que j'ai entendu dire des graqdes 
tribus du Midi me porto à croire, même en faisant la part 
de l'exagération habiluelle des Arabes, que, malgré Téiat 
de guerre, état qui, du reste, comme on le sait, n'est point 
anormal chez les Arabes, il s\y trouve encore d'importantes 
ressources en chevaux. 

ce On serait porté à croire que l'Ai'abe, peuple pasteur et 
guerrier, tenant avant tout à ses chevaux, qu'il estime bien 
au-dessus de ses femmes, devrait avoir acquis «ne expé- 
rience consommée dans la connaissance du cheval, de 
meilleurs modes d'élève, d'entretien et d'emploi de cet ani- 
mal. Il n'en esl rien cependant ; et, comme si ces hommes, 
passés maîtres en ruses et en commerce, étaient frappés 
d'incapacité en présence des laits naturels, on retrouve 
chez eux la stupidité du sauvage, même en ce qui concerne 
leur animal de prédilection. On en jugera par ce qui va 
suivre. Mais disons tout de suite que ce qu'on a conté de 
l'amour de l'Arabe pour son cheval, et des soins qu'il loi 



Dtgitized by Google 



prodigue, est digne d'être rangé à côté de rénnmératioD- 
des autres vertus qu'oïl lui a si étrangemeot prodiguées. 
L'Arabe aime sou cheval plus que sa femme, mais cela ne 
proave nollemeat qu'il l'aime beaucoup. Il passe souvent de 
longues heures à le contempler, et refuse pailois de le 
vendre k des prix très-^levés ; mais il n'y a la rien de ce 
sentiment qui porterait, par exemple, beaucoup de per- 
sonnes h conserver leurs chiens, même au prix de grvids 
sacrilices, et (pioiqu'ils ne leur soient d'aucune utilité. 
C'est tout simplemeol l'avare qui se complaît dans la vue 
d'un objet d'une haute valeur à ses yeux. C'est le guerrier 
qui tient à ses armes, parce qu'elles lui sont utiles, ou 
rhomme vaniteux qui contemple avec orgueil les riclieâses 
qu'il possède. 

<!c L'Arabe abuse de son cheval comme il abuse de tout. 

« Mettez un cheval, dit M. Baude, entre les mains <1 un 
enfant qui ne le craigne pas, Tenfant abusera de tous les 
moyens de l'animal ; ainsi font les vieux Arabes. Élevés dè& 
renfance à manier des chevaux, les Ai abes sont inconles- 
tabiement des cavaliers plus exercés que nous, mais leur 
équitatiott ne vaut pas la nôtre. L'art patient de beaucoup 
obtenir de Fanimal en le fatiguant peu leur est inconnu : ils 
l'attaquent du mors et de l'éperon par brusques saccades, 
et e'est malgré la manière dont il est conduit que le cheval 
barbe conserve tant de grâce, de vigueur et de solidité. » 

« On sèvre les poulains à sept ou huit mois ; a un an on 
lui coupe les crins, et, à partir de ce moment, il devient le 
compagnon des jeux des enfants, qui commencent son édu- 
caiion en le montant, les plus jeunes d'abord, les plus âgés 
ensuite, à mesure que les forces de ranimai augmentent. 



Digitized by Google 



 ràge de trente mois, on lui met la selle et la bride» et on 
le lient entravé euprès de la tente, pendant un tempg gra* 
doellemeot pins long, afin de ThaMtoef li la sotmoiflaion* 
Alors les hommes le montent ; mais, au lieu d'user de mé- 
nagements k son égard, ils le soumetteni presque immé« 
dlatèment anx plua rudes ëpreuves^lui font faii^ des fiinla^ 

sias, le lancent à fond de train et Tarrétent court, lui font 
parcourir rapidement des terrains accidentés, lui appren* 
fient k s'enléYei* par-dessus les obstacles ou & les contour- 
fler, l'habltuêtit k la détonation des armes h fen, et enfin 
s'attachent à lui donner un bon pas, qui, avec le galop, 
est la seule allure que les Arabes laissent prendre à leurs 
éhevaux. 

« AquaUeaiis, Tanimal, lorsqu'il a supporte ces épreuves, 
ce qui n'arrive pas toujours, è&i regardé comme dressé ; 
Mais souvent il est déjli presque tulué. A partir de ee mo- 
ment, et pour le refaire, on le soumet a nu traitement plus 
dont, et on lui donne une bonne nourriture. A cinq ans, on 
lui coupe de nouveau les crins, et les Arabes, qui ignorent 
le moyen de reconnaître F Age du cheval par l'usure des 
dents, l'estiment approximâtivement par la longueur de la 
erinière. 

a A sept ans, rantttiat est censé avoir acquis toutes ses fa- 
cultés, ou être complètement ruiné. Aussi les Arabes dlséflt- 
lls : « Sept ans pour mon père, sept ans pour moi^ sept 
aus pour mou eunéint. » Ce proverbe constitue, avec le sui- 
vaul, la base du système et des connaissances hippiques des 
Arabes : « Fais manger le poulain d'un an pour le conduire 
k bien ; monte-le k trois ans, jusqu'à ce qu^il en plie ; soigne- 
lé pariliiteAient de quatre a cinq ans, et alors, s*il ne te con- 
vient pas, vends-le. >^ 

4 



Digitized by Google 



— 119 — 

Les jent équestm des peuples ont ordiiudieniMt m 

rapport direct avec leur manière de combattre. Les fanta- 
sias algérieuoes sont un composé des ancifios carrousels 
des Maures el des évolutioas nilitaires eo usage dans leurs 
combats ; mais, au lieu des exercices savants, des méthodes 
gracieuses des anciens Maures, on ne trouve ici que la fdu« 
gue, rûnpétvosilé Si le désordre du sanvage i lancer son 
Aeffti à tome tiride* l'arrêter conit, le mener tantôt ^ 
droite, tantôt k gauche, sans but déterminé, tirer son coup de 
fiisil el diarger en oouranl» tel .esl le fond des iemlasîas^ 
spectacles si cher aux peuplades de Tancienne barbarie* 
Quoi qu'il en soit de la bizarrerie, il y a quelque chose qui 
émeut fortement Tàme k voir s'élancer ces nombreux cava- 
liers, partant tous à la folllpoussant des cris, agitant leurs 
armes, faisant feu de toutes parts; à voir les chevaux s'ani- 
mer k l'iuiilalion de leurs maîtres, bondir et se cabrer, 
suer le sang et l'eau» franchir les ravins, descendre les col- 
lines, voler comme des flèches, et s'arrêter court tandis que 
leurs naseaux fument et que le feu semble sortir de leurs 
ardentes prunelles. C'est vraiment un thème militaire, et il 
ne faudrait que le régulariser pour y donner peut-être un 
but d'utilité pratique, utile dans les évolutions de la cavale- 
rie légère. 

Depuis la conquête, des courses de chevaux ont été éta- 
blies h Alger, kOran, k^one, par nos braves officiers; c'est 
une institution à encourager, et qui portera un jour ses 
fruits. Des tentatives ont été aussi faites par Tadministra- 
tion de la guerre pour ramélioration des races cheva- 
hues ; mais les types du pays ne sont pas assez purs pour 
servir de fondement à une régénération complète de Tes- 
pëce. 



Digitized by Go<^Ie 



— 120 — 

C'est è nous qui possédons maônleiitntle sol fécond qui 

vit naître les chevaux de Jugurllia et d'Abderame, et auquel 
]e monde est redevable de Godolphin-Arabian et des Barb' 
MarCf qui formèrent la race pure ; c'est k nous qn'il aiHttr- 
tient de fsiîre renaître la race barbe, atec son énergie, si 
grâce et ses facultés régénératrices. Il ne faut, pour cela, 
qn'aller chereber sur les bords de r£uphrate quelqaes-nns 
de ces types que rOri«it conserve encore, et les semer avec 
intelligence et patience sur cette terre promise qui attend 
de nous son réveil à la civilisation et au partage de nos 
gloires. 




Digitized by Google 



CHAPITRE V. 



CheTain rosses et cotaqnes. Cli«niix aanvages. — Mue^Mi. * CbeTanz 

poloutis. 



Depuis la fondation de Tempire de Russie par le vieux 
chef Scandinave Ruric» joaqa'au règne de Pierre le Qrand« 
les peuples k demi sauvages de la Mescovie s'occupèrent 
fort peu de la science du cheval. Semblables aux.S^ctbeSy 
leurs pères, ila bavaient le lait de leurs juments, se nonr 
rissaient de la chair de leurs poulains, et pareouraîent les 
steppes en troupes vagabondes, comme le font encore les 
Tartares et les Cosaques des bords de la mer Caspienne. 
La Moscovie devait au voisinage de la Perse et de la 
Turquie une race excellente de chevaux. Passant sans tran- 
sition de la patrie du soleil dans celle des frimas, le che- 
val russe était sobre comme tous les fils du désert, dur k 



la fatigue, robuste et plein de feu. Il conservait, de son 
fllnstre origine, Fœil de la gazelle et la démarche altièie ; 
mais il avait pris la robe fournée du Nord, la longue cri- 
nière et Taspect misérable du riche déshérité. 

Longtemps la civilisation sommeilla comme engourdie 
sur cette terre glacée; un jour enfin, un coursier de TU- 
kraine conduisit k Sardam le civilisateur du Nord ; sa main 
apprit à construire des navires , son grand cœur en sa- 
vait la marcbe. Plus tard, le même coursier le porta dans 
Paris, où trônait alors le roi du monde. Pierre vit et 
comprit toutes les grandeurs de la terre, et les légua a son 
peuple, en le conviant à son tour au mystérieux banquet du 
progrès. 

C'est au cheval que la Russie dut Thonneur de sortir de 
sa longue léthargie ; c'est k lui qu'elle dut la formation de 
ce vaste empire qui s'étend sur deux mondes, et qui du pôle 
glacé des bords du Kamtchatka touche aux contrées heu- 
reuses de Tantique Éden. 

Parmi les miUe transformations que les climato divers, 
les habitudes variées de ces peuplades, l'inégalité des con»» 
ditions et des fortunes, viennent a[)porter k la race cheva- 
line en Hussie, on distingue cependant deux grandaiypes 
spéciaux : le cheval du Cosaque et le cheval desthié m ti- 
rage des traincaux. Qu'impoilc qm h race arabe presque 
pure s'élève dans les riches haras par les soins d'intelli- 
gents boyards? Qu'importe que des familles de par sang 
anglais, transportées à grands frais et s'alHant toujours 
entre elles, maintiennent, sous un climat analogue, la pureté 
aristocratique de leur nom et adoucissent les chagrins de 
Vexil, en retrouvant sur les bords de la Neva et du Dneiper 



Digitized by Google 



— m- 

les jeux du turf et les souvenirs de la pairie? Qu'importe, 
eofîo» qae de judicieux croiseménts, des soins fionstanlâ éC 
éclairés, un amour instinctif dé la science hippique, amé- 
liorent et modifient chaque jour les espèces chevalines en 
Russie? Pour l'étranger» pour le poète» il n'y en a que 
deux: 

Le cheval du Cosaque, 

Le cheval du traîneau. 

Qui ne connaît le cheval du Cosaque, qtif n'a vu sa lon- 
gue crinière, cette téte osseuse et énergique, cette maigreur 
apocalyptique et cet air d'indépendance et de sauvagerie qui 
rappelle le souvenir des coursiers d'Attila 1 M. de Béranger 
Ta peint pour Téternité dans ses helles odes : 

Viens» mon eonnkitt noble ami do CSoM^e, 
Voie au signal des trompeUes du Nord ; 
Prompt au pillage, Intrépide i Tattaquc, 
PHHé sousmd des attesà la morl. 

L'or n'enrichit ni ton frein ni ta selle, 
Hais attend tout du prix do mes cxploils, 
Hennis d'orgueil, 6 mon coursier litlcic, 
Et foule aux pieds les p^ipies et les rois. 

Nous reviendrons à ce type, d'ailleurs si connu, (juaiid 
nous parierons des chevaux à demi sauvages de la Russie 
d'Europe. 

Le cheval russe, proprement dit, est de corpulence 
moyenne, peu distingué, mais vigoureux, sobre et iulali- 
gable, plus propre pour le tirage que pour la selle. C'est Ik 
que Ton trouve la souche de ces chevaux qui font voler les 

rapides traîneaux sur les routes glacées, a travers ies dé- 



serls.\c traîneau remonte en Russie plus haute anti- 
quité, c'est la voilure de l'hiver sous les pôles arctiques; 
Tété, on le remplace par le léger droskij, qui n'est, à vrai 
dire, qu'un traîneau porté sur quatre roues. On attelle ordi- 
nairement trois ou quatre chevaux de front; le postillon les 
dirige du siège . il les anime, les ralentit, les arrête au son 
de sa voix ; les côtes les plus rapides sont descendues et 
montées du même train, et la vitesse avec laquelle disparait 
la dislance semble réaliser les poétiques fictions de l'Orient, 
ou les miracles que notre siècle a vus naître a l'aide des 
chemins de fer et de la vapeur. Le fonds que possèdent ces . 
chevaux est inépuisable ; souvent, en arrivant au relais, le 
postillon demande au voyageur la permission de continuer, 
quoiqu'il ait déjà parcouru trente et quelques werstes, en-* 
viron trente-deux kilomètres et qu'une distance pareille» 
reste encore à parcourir. Les coiurriers vont ordinairement 
de St-Pétersbourg a Moscou en quarante-deux heures. On 
compte, de l'une à l'autre de ces deuxvilles, sept cent vingt- 
neuf werstes, c'est donc environ dix-huit werstes ou dix-huit 
kilomètres à l'heure, vitesse prodigieuse, si Ton compte le 
temps de relayer et les repas des voyageurs. L'empereur 
Alexandre et son père Constantin voyageaient avec une ra- 
pidité qui tenait du prodige. L'empereur allait de Saint- 
Pétersbourg a Moscou en trente-six heures, cependant il ne 
mangeait pas dans sa voiture et prenait ses repas à l'aise. 
Le grand-duc Constantin franchissait la distance de Varsovie 
à Pétersbourg d'une manière encore plus rapide ; cette dis- 
tance est de seize cenls kilomètres ; il menait quatre-vingts 
heures à la parcourir, c'est vingt kilomètres h l'heure. S. M. 
l'empereur Nicolas a encore reculé ces extrêmes limites ; le 



Digitized by Google 



— 125- 

graod empeieor, qui tient d^iine main si ferme le sceptre de 

Pierre ï", veut tout voir par liii-même,et souvent, tandis 
qu'on le croit paisible au fond de son palais, il vient tomber 
Il rimproviste chez Ton de ses puissants sujets, pénètre 
sous la hutte du KaUaoulk, dans les tentes des soldats qui 
gardent les frontières de Tempire, ou se fait annoncer à la 
porte des rois ses voisins. 

Un voyageur nous a transmis le récit de la vigueur et 
des misères du dievai russe employé aux travaux des gran- 
des villes. 

<i On est dans l'habitude, dit-ii, de plaindre les chevaux 

de liacre, à Paris; les travaux, les peines, les privaiions, 
les mauvais traitements auxquels ces malheureux animaux 
sont soumis et exposés, ont donné lieu à un proverbe que 
tout le monde connaît: Paris est l'enfer des chevaux. Eh 
bienluntel enter peut cire considéré comme le paradis 
pour les chevaux de place à Pétersbourg, car leur sort est 
bien autrement rigoureux. 

« Les paysans, qu un sol glacé enipeelie pendant l'hiver 
de se livrer aux travaux de l'agriculture, et qui n en doi- 
vent pas moins payer la redevance, sollicitent un permis de 
leur seigneur, et, l'auint obtenu, partent sur un traîneau 
façonné de leurs mains, attelé d un maigre cheval, pour 
Tune des principales villes de Tempire, dans l'espoir d'y 
gagner quelqu'argent au service public. 

«Le paysan qui s'absente ainsi de son village n'a, jusqu au 
moment de son retour- dans sa chaumière, pour abri que le 
ciel, et pour lit que le banc de son frêle équipage ; il fait 
ses repas en plein air, et rien n'égaie sa fnig dite. Le désir 
d*amasscr un petit pcculc lui fait supporter avec courage 



loutes les privations. N'accordant aucun relâcbe m puiqre 
animal sur Je travail duquel sont fondées toutes ses espé- 
rances, il le flatte par de douces paroles, rappelle soupère^ 
^un unchy son petit pigeoUf et mille autres expressions 
semblables; i| lai promet mille félicités daps une autre vie, 
en récompense des peines qu'il éprouve dans celle-ci. Oa 
ne saurait dire si ces hommes incultes croient à la réalité 
de pareils dédommagements pour tous les êtres; mais» dans 
ce cas particulier, ce serait ea vérité un vœu bien U^ûm, 
car CCS malheureux chevaux passent quelquefois une partie 
de 1 hiver sans étr^ dételés et s^ pouvoir se coucher un 
seul instant. On ne conçoit pas comment ils peuvent lésiS" 
1er k de pareilles fatigues, torsque le froid est vif, dans la 
cr«ît)te qu'ils ^e|)ej issent d'engourdissement, on les force 
^ marciier sanilc^cT 4 le jour et la nuit. J)aDS toutes les 
nies sont disposées de^^ maogeoires pour leur donner Ts- 
voine; ils ne s'arrêleiit que là, par iaterv^Ue^ quand ils 
sont exténués. Du reste, ferrés à trois ta^pom et naturel- 
liuneot ayant le pied très-sûr, ils galopent sur b| glace, sans 
que presque jamais il leur arrive d'accidents. 

a On pourrait croire qu'il y a exagération dans le ré^t 
des souffrances et du service des chevaux russes, dans k& 
grandes villes, pendant l'hiver; eh hien ! ce n'est que 
Tex^cle vérité. Un grand nombre de chevaux passent ^ 
mois d'hiver dans les rues de Pétersbourg, faisupt un exer- 
cice continuel, trahiant la nuit leur maître endormi, qui se 
réveille aussitôt qu'ils s'arrêtent pour leur crier: « Eu 
ava^t ! » et leur appliquer un vigoureux coup de knoui. 

<x Un cheval de fiacre est vieux, à Paris, quand il compte 
douze à quinze années ; en Russie, il est souvent encore 



Digitized by Govi^^l 



^ — 127 — 

plein de force et de légèreté à vingt-cinq ans, malgré la * 
négligence ou les mauvais traitements qu'il supporte, ce 
qui prouve l'excellence de sa constitution. Les maladies 
sont rares chez lui, surtout celles qui attaquent les mem- 
bres et la vue. Il est sobre, patient, et très-sensible aux ca- 
resses; il a, pour la reconnaissance, des facultés pres- 
que aussi développées que le chien; entin, dans les chevaux 
russes les plus commus, on trouve une intelligence et des 
moyens physiques approchanl beaucoup de ce qui dislingue 
les chevaux arabes. » ■ jt^ 

La Russie est maintenant une des contrées du monde où 
Ton 8*occupe le plus de Famélioration du cheval ; le nom- 
bre des haras est considérable. Les chevaux élevés chez les ^ 
seigneurs et les riches boyards se distinguent du cheval in- 
digène par les croisements orientaux et anglais qui ont mo- 
difié leur conformation, par les soins qui leur sont donnés 
et la nourriture plus substantielle et plus succulente qu'ils 
reçoivent. Leur taille est généralenjent élevée, leur port 
élégant, leur peau line et leur œil ardent. Parmi les che- 
vaux russes on cite particulièrement les rissah ou trotteurs, 
de la race d'Orlow. Ces chevaux ont, dit-on, pour origine 
un cheval arabe donné en 1780 au comte d'Orlow par le 
Grand Turc. Ce cheval fut placé dans le haras du comte, 
situé près d'Aroul; il se com[X)sait principalement de ju- 
ments danoises. Quoi qu'il en soit de cette origine, c'est ac- 
tuellement encore de ce haras, entretenu avec le plus grand 
soin par la comtesse Orlow-Tschemansky, que sortent les ^ 
meilleurs trotteurs. Ce sont eux qui traînent les voilures 
légères qui sillonnent les rues de Saint-Pétersbourg et ces 
traîneaux qui glissent sur les Ilots glacés de la Neva. Lçs 




Digitized by Google 



— 188 — 

rissuh soDt, avec les trotteurs américaios, les hardraveset 
les padouans, les premiers trotteurs da monde ; leor coa- 
formation n'est pas tonjoors régnlière, mais ils ont la forée, 
la vitesse, l'énergie : c'est là tout le cheval. On rapporte que 
les i^vaus attelés au droskj» et donués par le czar à uolre 
grand peintre Horace Vernet, sont issus de cette espèce fo- 
meuse. Les trotteurs rossesCrottentI la vitesse d'environ sept 
minutes pour quatre kilomètres, ce qui est la plus grande 
vitesse connue. Les petits trotteurs d'Estonie, eaajk 
Vîatka et de Kolywan, égalent presque en vitesse œuf W 
haras d'Orlow, mais ils ont moins d'élégance et de taille. 

La cavalerie r^lière de Tarmée russe, en y comp»pmt 
les soipante-donze escadrons de la gâffde, s'élève enfîroii ï 
90,000 hommes. La cavalerie irrégulière est innombrable; 
elle se compose des Cosaques du Don , de TOural el;^;^;^ 
Noire, ddi !pi;^â|ss, Tartares, Baskirs, e^gffg^^fjlifi 
tributaires. Leur cflectif militaire habituel est d'enviroD 
i50»()p0 hontes. Voilà, à proprement parler, la vérilable 
cavalerie russe ; car, autant le Cosaque» iils des Scy tlies, esl^ 
cavalier de sa nature, autant le paysan moscovite Fest péa; 
auisi, la cavalerie de ligne, recrutée particulièrement dans les 
provinces impériales, est*eUe d'une notable infériorité sur 
toute la cavalerie de l'Europe. Mats, m levancàe, ilitfi# 
magnifique, rien d'imposant, comme l'aspect de la garde im- 
périale : les soldats de la garde sont choisis dans l'élite de 
l'armée ; ils sont tous de la même taiHe, de la même loiicc 
nure, du même aspect, et semblent, comme on l'a éW; 
taillés sur le même patron par un ukase; malheureusement, 
par une coutume singulière, adoptée généra||||||gpir4oiis 
les peuples, ces cavaliers sont d'une taille disproportionnée 



Digitized by Google 



— m — 

avec ieuis chevaux; il en résulte que cei> corps soal peu 
aptes k supporter de grandes fatigues et qu'ils semblent 
plutôt organisés pour la parade que pour le combat. Rien 
n'est beau comme le défilé de la fjarde a la &uite d'une re- 
vue : après les innombrables balailions de i'intanterie, on 
voit s'avancer les cavaliers des gardes avec leur uniforme 
Manc couvert de broderies d'or, et leurs cuirasses noires et 
polies ; les cuirassiers do Gatchiua, avec leurs casques et 
leurs cuirasses luisantes ; la pesante cavalerie des dragons de 
la garde ; les lanciers et les hussards aux rouges uniformes; 
les cosaques rouges et bleus dont les longues lances s'élè- 
vent comme une forêt mouvante. Chaque régiment a ses 
chevaux d'une même couleur, les uns noirs, les autres bais, 
gris ou alezans; la maiclie esl fermée par un régiment ma- 
hométan, avec ses quatre escadrons composés de Circas- 
siens, de Kurdes» de Turcomans, et d'autres tribus du Gau* 
case. Cliaquo escadnui a sou uuiloi me particulier: ici, le 
bonnet pointu des Persans en agneau noir ; là, le haut tur- 
ban des provinces du Caucase. Le plus singulier de tous, 
c'est celui que composent les jeunes nobles du Caucase. Ils 
portent le costume uatiuiial , un casque surmonté d'une 
pointe d'acier, une brillante cotte de mailles sur un justau- 
corps écarlate, une riche et coûteuse armoi'e; c'est le faste 
militaire de rOrieut dans ce qu'il a de plus éclatant, de 
plus pittoresque et de plus splendide. Us montent de petits 
chevaux à l'œil de feu et au pied de fer ; ardents, vifs et lé- 
gers, ils ont toute la vigueur et le brillant du cheval arabe, 
s'ils n'en ont pas la gcàce et la perfection ; ces chevaux 
sont gris pour la plupart et le bout de leur queue blanche 
est teint en rouge par le henné. 
Nous l'avons déjà dit, iedeiaut de la garde rus^e est de 



— 130 — 

chercher des homiMS de trop grande taille, il faat» par 
suite, recourir aox fortes espèces cheTaUnes t aussi, uëgli- 

peant la race indigène des chevaux cosaques et des autres 
provinces niéridionales où ils trouveraient les éléments 
d^une formidable cavalerie, le gourememeut fait tout aa 
contraire pour obtenir celle espèce de chevaux épais, lourds 
et charnus, qui plaisent tant aux cavaliers de Técole alle- 
mande : aussi sont-ils peu capables de résister à de grandes 
fatigues. La tenue des cavaliers à cheval est celle adoptée 
depuis quelques années en Prusse et en Hollande ; elle con- 
siste k porter la jambe en arrière de manière à rompre la 
ligne perpendiculaire à laquelle s'attache, au contraire, 
récole allemande. 

Les régiments cosaques, hommes et chevaux, difiè- 
rent essentiellement de la cavalerie moscovite; il y a, chez 
le Cosaque, une liberté d'allures, un nir (Undépendanee 
que n'ont pu détruire ni la servitude ni la discipline. Les 
Cosaques de la garde sont l'élite d'une belle race ; leur 
bonnet sans visière, leur regard libre et décidé, leur panta- 
lon a plis et leur justaucorps sur lequel vient flotter une 
large veste sans boutons, leur donnent un aspect particu- 
lier. Ils suspendent un pistolet h leur ceinture ; un sabre et 
une longue lance complètent leur équipement. Les Cosa- 
ques portent Tétrier court, et leurs chevaux n'ont point de 
mors ; aussi, dans le premier moment de la charge, le dés- 
onire semble régner dans leurs rangs ; mais peu à peu les 
lignes se rétablissent et bientôt elles égalent, si elles ne la 
surpassent pas, la merveilleuse rëgularitédes troupes d'élite. 

Chaque conirée founiit son genre de cheval; la Livonie 
etTEslonie ont leurs doubles bidets robustes et corsés; le 
pays d'Archangel, les petits chevaux appelés messenshî, ii 



Digitized by Google 



- 151 — 

la paissante encolure, et les anesehkif aux erinières 
pendantes et aux yeux effrontés. Les environs de Vkftka 

s'enorgueillissent de leur famille de trotteurs. Dans la Si- 
bérie, Tespèce est chétive en général, et cependant les 
Tartares d'i4/tot ont smélîoré une race particulièie dont ils 
foiil grand conamerce. Les loiujoimes et les Tartares* 
Bratzky nourrissent de jolis chevaux, mais d'une taille peu 
élevée et pea aptes à aucun service. La plupart de ces die- 
vaux ont la robe tigrée de bai et d'alezan, leurs crinières et 
leurs queues sont épaisses et légèrement frisées. Enfin, en 
continuant vers le nord» les JukulUs et les KamUckadoUê 
n*ont presque pins de chevaux, et se servent plus habi- 
tuellement du renne et du chien, qu'ils attellent k leurs 
traîneaux. 

En remontant vers le sud, on trouve les Kirgbises, dont 

le cheval est en général petit et disgracieux ; cependant, 
quoique peu apprécié hors de son pays, il est vigoureux et 
hardi. Les Kirghises aiment le cheval, et en font l'insépa- 
rable compagnon de leur vie. Les femmes même, plus li- 
bres qu'elles ne le sont habitueilcment chez les peuples de 
ces contrées, montent à cheval comme les hommes ; elles 
prennent part aux courses et aux chasses. L'Amour 
même se lail ecu^er, l'amant délie à la course la jeune 
beauté qui Ta séduit; s'il atteint le coursier de i'hippoda- 
miehyperboréenne, elle n'a, pour s'avouer vaincue, qu'à se 
laisser loucher de la main ; dans le cas contraire, c*est à 
coups de knout qu'elle éconduit ie poursuivant. 

Les Kalmonks nourrissent, dans les excellents pAturages 
de leurs iiiimenses steppes, un grand nombre de chevaux 
renommés ; on sait que ces peuples sont comptés parmi 
les plus belliqueux de la Tartane et qu'ils forment 



Digitized by Google 



— 132 — 

une partie notable des troupes îiréguHères de l'empire. 

Mais les chevaux les plus fameux de la famille cosaque 
sonl ceux de l'Ukraine, des Cosaques du Don et des Cosa- 
ques zaporoges. Le cheval de l'Ukraine est spécialement 
(h^stiné h la cavalerie légère; il est vigoureux, léger, plein 
de souplesse et d'élégauce : c'est le coursier des l^eodes 
Scandinaves à la crinière lumineuse. 

Le cheval do Don ressemble au cheval circassien ; comme 
lui, il porte encore le reflet pâli de la race d'Orient: il est 
sobre» dur à la fatigue» plein de grâce et d'énergie; malhea« 
rensement la chétivité de la nourriture et un travail excès* 
sif lui oient son aspect brillant et ses formes majeslueuses, 
fruits des climats plus doux et de soins mieux entendus. 

Les Cosaques zaporoges élèvent, sur les bords du Dneiper 
et du Bui^, les meilleui'es races de chevaux, non-seulenit'ul 
de la Russie, mais encore pcui-ctre du monde entier, pour 
les besoins de la cavalerie. G'esl le cheval orienta^ grandi 
par le climat et la nourriture; sa téte est légère et intelli- 
gente, son encolure souple et gracieuse ; ses muscles se 
dessinent fièrement sous une peau line et rosée» et ses 
membres, robustes et d'un aplomb parfait» ont Tair de dé- 
fier le travail et la fatigue. 

Comme les habitudes équestres des Tartares sont presque 
partout les mêmes» nous allons décrire ce qui se passe or- 
dinairement dans la tabune ou troupeau de chevaux d*an 
grand propriétaire cosaque : 

Chaque tabune est sous le commandement d'un chef 
nommé Attaman» qui a sous ses ordres un certain nombre 
de gardiens nommés Tabuuzecks. 

Durant les beaux jours» si rares en ce pays, la tabune 
erre en liberlé jour et nuit k travers les stepi)cs ; pendant 



Digitized by Google 



— 135 ^ 

les six autres mois de l'année elle passe la nrit à coaveit» 

le jour venu, on la laisse sortir dans la plaine, et la les 
pauvres chevaux écartent avec leur sabot la coucbe de 
neige répandue sur le soU afin d'y chercher un peu d'herbe. 
Quant k Tabri de la nuit, ( \ si jnu de chose; c'est un en- 
clos lermé par un mur en iioioa dessèche el sur lequel on 
a construit du cdté du nord une espèce de toiture grossière, 
afin de le garantir de la bise. Les étalons s'emparent d'a- 
bord des meilleures places de ce hangar, les jeunes pou- 
lains forment des groupes le long du mur et se serrent les 
uns contre les autres pour entretenir parmi eux «n reste de 
chaleur. Ce n'est pas du froid qu'ils ont le plus a suallrir; 
le tabunzeck leur délivre une certaine provision de four- 
rage, mais celte provision est rarement suffisante. A mesure 
que l'hiver avance, le foin de\ietil de plus en plus rare, et 
Ton est forcé d'y substituer de la paille et des roseaux des- 
séchés. Si l'hiver ^ prolonge au delà du terme ordinaire, 
*ies malheureux chevaux sont réduits h manger la terre dont 
le mur de ra|H)enli8 est formé; qnehiuefois même ils 
s'arrachent les uns aux autres les crins de la queue, ei ils 
les dévorent; tandis que dans ce pays fertile un seul été 
pioduitplus d'herlH' (iifil n on faudrait pour approvisionner 
toutes les tabunes pendant cent hivers. 

Aussi la saison d'hiver enlève-t-elle un nombre considé- 
rable de chevaux. Près de la moitié des produits périssent 
ainsi chaque année de faim et de misère, et ceux qui sur- 
vivent sont tellement amaigris, tellement épuisés, que sis 
mois suffisent k peine pour les rétablir. 

Dans une tabune de mille chevaux, il y a généralement 
quinze à vingt étalons et quatre ou cinq cents cavales. Les 
étalons, surtout les vieux, se considèrent comme les sei- 



Digitized by Google 



— 134 — 

gnenrs et matcres de h commtinauté ; Ils exercent lenr an- 
torilé avec fort peu de mo l» ralion, et se livrent entre eux des 
comliats désespérés. Il eiiste toujours dans chaque tabune 
en étalon qui, plus méchant on plos fort que ses camarades, 
s*esl acquis une sorte de suprématie. Les tactions, les ca- 
bales» les intrigues s'agitent parmi cette foule ; souTent une 
coalition générale se forme contre un seul individu : on se 
jette sur lui, on l'accable de ruades et de morsures, on le 
contraint de vivre k l'écart. 

C'est lorsque deux tabunes se rencontrent que des com- 
bats terribles s'engagent, riidinairement les labunzecks ont 
soin de laisser, entre leurs troupeaux respectifs, une dis- 
tance convenable ; mais cette rencontre peut avoir lieu par 
suite de quelque négligence des gardiens. Souvent aussi 
ils la provoquent quand, par exempl», il s'agit d occuper ua 
pftturage contesté. Dans ces occasions, les cavales et les 
jeunes poulains ne pi'ennent point part & l'action. Des deux 
côtés, les étalons s élancent avec une furie et une impëiuo- 
sité dont ne peuvent se faire une idée ceux qui n'ont vu 
le cheval que dans l'état domestique. La rage éclate dans 
leurs yeux, ils hérissent leur crinière comme des lions ; ils 
se déchirent avec leurs dents ; le bruit de leurs sabots qui 
s'entre-choquent retentit au loin, et pendant cette lutte 
acharnée, dont le tumulte et l'agitation ne sauraient se dé- 
crire, ils rugissent, ils beuglent, ils poussent des cris si 
perçants et si étranges, que le souvenir ne s'en perd plujs 
quand on l'a entendu une fois. La troupe victorieuse em- 
mène toujours en triomphe un certain nombre de cavales 
prisonnières. 

Les tabunzecks s'occupent alors de l'échange dés cap- 
tives. Il est bien raie qu'à propos de cet échange ils n'eu 




Digitized by Google 



— 135 — 

vicanent pas aux mains, eux aussi, si toutefois ils ont pu 
rester neutres josque-là. 

Le iMrinlemps raia, les diemx s'indemniseiit des priia- 
tions de l'hiver. Les loups, de leur côté, ne sont pas moins 
pressés de réparer les jeûnes qu'ils ont endurés. C'est l'é- 
poque où la chair des poilaios est la {ftlas délicate, et les 
loups laprëlèrentà tonte autre. Nuit et jour ils errent dans 
ItToisinâge des lalmnes, comme le lion de rÉcriture» cher- 
chant qaelqoe chose h dévorer. Commt^ ils soat les pl«s 
fiâiles, ils ont lecoars h la rose : ils n'oseraient s'exposer à 
allaquer une tabuue en pleiu jour; et, quelque pressés qu'ils 
soient par la faim» ils ne se hasardent Janais h oommettie 
im pareil acte de témérité. Cest pendant la miit» lors- 
que le troupeau est dispersé dans la plaine, et qu'ils se 
tronveat assez nombreux, qu'ils attaquent leur proie. Alors 
un admirable esprit d'ensemble et d'union se déploie panni 
les ciievaux; les étalons et les cavales se jiai teiif rapidement 
vers le point menacé, et londent sur les assaillants avec 
une impétuosité qui met souvent eenx-cî en déroute. Les 
loups reviennent ^ la charge ; ils s'emparent de quelque 
pauvre poulain qui s est écarté de quelques pas du gros de 
la troupe, et s'apprêtent k Taitiaîner ; sa mère se précipite 
pour le délivrer, au risque de partager son sort. C'est ici 
que le combat s eugage véniablemeot ; les cavales s'avan- 
cent sur le« ennemis en phalange serrée; e|les les pour* 
suivent des pieds et des dents, tandis que les étalons se tien- 
nenl en dehors de la ligne ; les crins hérissés et les naseaux 
ouverts par la colère» ils galopent sur les flancs de leur 
armée et remplissent li la fois les fonctions de génteux, 
de tronipetles el de porte-élendard. Si un loup ose les 
effronter, ils s'élancent sur lui, et souvent ils l'assomment 



Digitized by Google 



— i36 — 

(l'un seul coup de leur puissant sabot. Alors, ils traînent le 
cadavre^avec leurs deuts jusqu'au milieu des cavales, qui le 
broient sous leurs pieds. Si» au contraire, l'étaion échoue 
dans son premier élan, c'en est fait de lui ; huit ou dix loups 
aflanics lui sautent li la gorge, et ne lâchent point jii ise qu'il 
ne tombe mort sur le soi* Crime inutile, liélas ! its^ 
fiteront point de leur victoire: les compagn jMfiiiii -vioh^m- 
précipitent sur les assaillants et le \engent avec usure. L# 
loups liuisseiit toujours par être complétipent délait&;Jls 
fuient en désordre, laissent iur le corps des vain^i^uîi liii 

d'une marque sanglante, plus d'une Bntaiil^ profonde qui 

,■•> ' 

atteste racharnement de la luUe. 

Ces grandes batailles^ sont rares en général, le loup les 
évite. Sa tactiquè consiste en surprises : il se glisse sournoi- 
sement k travers les herbes de la steppe, il s'approche de la 
tabune en prenant le vent, et reste en embuscade pendant 
des heures entières, jusqu'à ce qu'une cavale vienne k s'é- 
carter avec son [îoulain du reste du troupeau. Même alors 
il tente rarement une attaque à force ouverte ; il s'approche 
encore davantage en rampant, il imite le chien par les mou- 
vements de sa queue. Si la cavale, trompée par ces démons- 
trations amicales, le laisse s'approche d'assez près, il lui 
saute à la gorge, et en un moment il la saigne et la tue ; 
puis, s'emparant du poulain, il rentraine,il l'emporte, et il 
disparait avec. son butin avant que. le tabunzeck ait soup- 
çonné sa présence. Ses tentatives de maraude n'obtiennent 
pas toujours un succès aussi complet; souvent la cavale 
évente sa ruse et donne l'alarme ; le tabunzeck accourt, cl 
le déuoûment dei'ail'aire est qu'il augmente son bagage 
d'une belle fourrure. La seule ehance qui reste au loup 
pour s'échapper, c'est de rouler la téte la première au fond 




Digitized by Google 



— 157 — 

de quelque ravin, exercice gymnaslique que le cavalier s'abs- 
tient prademment d'imiter. 

Voici Tenir Tété; les loups ne sont plus a craindre, mais 
les malheureux ciievaux veut avoir à soulTnr de la soif plus 
qu'ils n'ont souffert de ia faim pendant l'hiver. La chaleur 
est extrême : de l'ombre nulle part , si ce n'est celle que les 
animaux produisent en forniaiu de petits groupes. Ils se 
rasflemblent donc çk et là, chacun d'eux cherchant k placer 
le corps de son voisin entre lui et les tayons du soleil brû- 
lant. Souvent le tabunzeck cherche un abri au centre d'un 
de ces groupes; il s eiciul la terre, tandis que le che- 
vaux se tiennent immobiles» la téte baissée et leur prunelle 
ardente liiée sur le sol. 

L'automne ramène les plaisirs et la joie* La plaine se 
couvre d'une herbe verdoyante; les sources fournissent de 
reaii en abondance. Les chevaux prennent des forces» afin 
de se préparer aux piivaùons de l'hiver. 

Le cheval sauvage obéit au chef du troupeau ; il semble 
que cet animal soit né pour la soumission. Âu hennissement 
du aiaiiie comme au son de la trompette, il se répand dans 
la plaine, s'arrête, tourne, se masse en escadrons, s'allonge 
en file, ou s'avance on corps sur l'ennemi ; soit qu'il con- 
serve dans la vie sauvage le souvenir de son ancienne do- 
mesticatiou, soit que riustijiel que Dieu lui a doiinc le porte 
à celte noble (^issance qui le rapproche de l'homme, dont 
la destinée est d'obéir. 

Lorsqu'on veut s'emparer d'un ou deux chevaux de la 
tabune, voici ordinairement comme ou s'y prend ; l'attaman 
monte un cheval dressé pour cet usage et s'avance vers le 
gros de la troupe, suivi de plusieurs tabunzecks m clieval. 
Les captifs sont désigués d*avauce ; ou les pousse, à Ibrce 



Digitized by Google 



- 1S8 - 

de cris, vers quelque préau moelleusementgazonoé, elTât- 
taman s'avance, armé de son arkao« L'arkan est une eorde 
de chanvre on de crin, longue d'enTÎfon vingt mèljres, mu- 

nie, à Tune des exii émiiés, d'un auueau de fer, formant un 
iKBild eoidant, que Tattaman tient de la main droita» nmiée 
antonr du poignet ; c'est le lasao des ganchos, arme redon- 
table dans la main habile des peuples pasteurs. Quelque- 
fois i'attaman n'atteint pas son but du premier coup, nuis 
le cheval, frappé par Tarkan, s'écarte du troupeau et fîiit à 
toute vitesse, suivi de près par le cheval dompté qui, ména- 
geant mieux ses forces el son courage, finit bientôt par re^ 
joindre le fuyard. L/arkan esi lancé de nouveau, et cette fois 
l'animal est pris ; il so débat en vain, plus il résiste et plus 
il accr(4t sa souffrance ; le nœud coulant presse son cou, et 
la secousse est telle, qu'il en est souvent renversé; mais 
bientôt il se relevé, il bondit de nouveau, le sang sort de sa 
bouche écumante, mais i'attaniau l'attire vers lui à Taide 
de farkan qu'il raccourcit peu à peu. Alors arrivent les 
tabunsecks, ils s'emparent de la victime, -la saisissent par 
les oreilles, et lui bouclienl la vue. Dès qu'un instant de calme 
se fait apercevoir, on lui met aux jambes une entiave à 
triple branche, on place dans sa boudie un simple bridon, 
et on lui retire l'arkan. Une fois en cet état, le pauvre ani- 
mal se croit libre, il veut se lever, ou fuir s'il est debout; 
mais il reçoit k Finslant une grêle de coups de kanUch». 
Les soulïraiices qu'd éiirouve, les efforts qu'il vient de faire, 
la course longue et rapide qui a précédé sa défaite, ont épui- 
sé ses forces ; une écume rougeâtre suinte de tout son corps« 
et un tremblement nerveux fint palpiter toutes les libres de 
son être. G'esit alors qu'un tabunzeck reçoit Tordre de le 
monter; on lui place uneselle sur le dos ; s'ilrésiste, on a re» 



Digitized by Google 



cours au kantschn jusqu'à ce qu'il ne Aissc plus aucune ré- 
sistance. La selle est garnie d un poiUail, d'une croupière 
et de deux sangles ; le tout est eaeore assujetti au mtnjfm 

d'une corde qui paiise plusieurs fois autour de sou corj>s. 
Bientôt Tintrépide tatmnzeck s'asseoit sur le dos du cour- 
sier sauvage^ qui part vaatre k tme, en dieretuoit surtout k 

se débarrasser de son bridon. 

La déiénse priDcipaie de ces chevaux cousisie dans Le 
saut de mouton $ ils se eabre&trtiement, et cherdient en 
général h se dérober k la gêne qui leur est imposée par une 
fuite précipitée ; bientôt, cependant, succombant à tant de 
tortures» le cheval, déjà h demi dompté^ finit par se ralen- 
tir;* son souffle ardent se précipite, son flanc bat eoi^vul* 
sivement, il respire k peine, il va s'arrêter ; c'est alors que 
le cavalier le presse k son tour ; il l'excite de la voix, s'em- 
pare vigoureusement des rênes, et lui fidt accomplir, autour 
de la tabune, des cercles de plus en plus rétrécis. Enfin, il 
jette k ses compagnons le bout de la longe du bridon ; ceux- 
ci s^approchent de ranimai, le saisissent par les oreilles, et 
lui attachent la bride snr le sommet de la tête. Le cavalier 
descend, et le cheval est abandonné tout sellé et bridé jus- 
qu'au lendemain. 

Pendant trois jours on renouvelle ces tortures sans le 
laisser ni manger ni boire ; ce n'est que le quatrième jour 
qa'on lui permet de prendre quelque nourriture, mais aussi 
la transformation s'est opérée ; le sauvage est apprivoisé, le 
cheval indompté des steppes est propre k rendre presque im- 
médiatement tous les services qu'on voudra lui imposer.^ 
Tel est le sort du cheval k demi sauvage dans l'ancien et le 
nouveau monde ; nous retrouverons les mêmes usages quand 
nous parlerons des chevaux des pampas d'Amérique. Rien, 



* 



Digitized by Google 



— 140 — 

du reste, n'est plus a déplorer que ces barbares usages; le 
cheval doit être élevé, dès sa plus tendre entauce, ëous rœil 
etsouskmaio de l'hoinme; les victoires obteoues plus 
tard sur un instinct ineivilisé ne s'acquièrent jamais qu'aux 
dé|>ens de sa force et de son tempérament. 

On rapporte que les chevaux sauvages prennent Thabitude, 
pendant l'hiver, de eourir contre le vent, ce qui cause quel- 
quefois de grandes pertes dans les tabunes. Ainsi, quand la 
neige vole en tourbillons, on a vu des troupeaux entiers se 
jeter dans la mer d'Âzof ; les chevaux courent d'abord sur 
les glaces qui garnissent les rives, mais, ébranlée bientôt 
par la masse de chevaux qui s'y précipitent, la surface de 
ces glaces ne tarde pas k se rompre^ et ils périssent engloutis 
dans les flots. 

Les Tarlares Shehit ont dans leur village une place qu'ils 
nomment Taulga ; c'est un carré oii-sont quatre poteaox; 
c'est h qu'ils célèbrent tous les ans, une ou plusieurs fois, 
la cérémonie suivante: 

Ils tuent un cheval, lui ôtent la peau, et mangent sa cbair 
près du Taulga. Us empaillent ensuite la peau et mettent le 
cbeval empaillé sur des bâtons qui liaversent les qnatre po- 
teaux. A côté du Taulga sont d'autres pièces où sont atta- 
chés des peaux de lièvre et d'hermine. Le Tau^a est pour 
eux un lieu sacré, et les peaux qu'ils y exposent sont une 
oITrande qu'ils font à leurs dieux. 

La marque distinctive des chevaux tartares est une lonr 
gue raie, faiteh Taide d'un fer chaud, et qui descend en 
biais le long de la cuisse. Quelquefois on les marque à 
Tépaule; les Kalmouks leur font une entaille a l'extrémité 
sopérieure des oreilles, etsouvent leur fendent les naseaux» 
«ous prétexte de leur donner plus de facilité h respirer. 



Digitized by Google 



— 441 — 

Dans les haras des bords du Dniéper et dans ceux de TU- 
kraine on marque les chevaux par une lettre, maïs souvent 
il se commet des fraudes k cet égard ; c'est ce qui explique 
le grand nombre de chevaux marqués d'un sabre que Ton * 
rencontre dans les foires de ces contrées. Cette marque est 
celle d'un riche boyard, nommé Tomanow» grand éleveur 
tai lare, célèbre par ses connaissance^ et la supériarité de 
ses chevaux. 

Terminons l'histoire du cheval des steppes par la pein- 
ture qu'en fait lord Byron dans Tépisode de Mazeppa. Je me 
sers ici de la traduction de M. Bonnefin ; 

MAZEPPA. 

c Lecbml, crta*t-0,leclieTa)t...» Onrimène* 

C'était un vni coursier des steppes de l'Ukraine, 
Prompt comme la pensée, aux vigoureux j trret<5, 
Mais sauvage, iadompté comme un daim des orits, 
n n'avait été prw, je crois, que de k veille. 
Epouvanté da bruU qti frappait aon oreitler 
On conduit devant moi cet enfant dtt dé<erl, 
La crinière hérissée et d'écnmc couvert. 
Résistant fièrement ; ar d^s bonds recoul bles. 
Soudaiu, i triples nœuds des vjIcIs misérables 
M'altacbent sur le dos du fougueux animal^ 
Excitent dn fouet et lâclient le clieval. 
En avant 1 en avant I... Comme un torrent rapide 
Il s'élaoce à ces cris et l'effroi seul le gutdx». 



Vers nous avec fierté galopent les coursiers ; 
Toili mille e^evaix..* où sont les cavaltera? 



Digitized by GoOsIe 



QaeUe main dirigea cette course tapide? 

Ifon regard inpiiei cbercbe en nia ^ ki galde^ 

Iienr ^ncne liAiite et Ugère ondoie au gré du f eut* 

Lee criiu, qui nur leur col <e dressent fièrement, 

D^aucune main jamais n'éprouvèrent l'atteinte; 

Jamais l'acier du mors de sa cruelle empreinte 

N'ensanglanta lear bouche. Â lears pieds, pomt de (en. 

L'éperon, le fouet, tons ces tonnncntd difersj 

N ' excitèren t jamais leur ardeur généreuse, 

El leurs larges nasantx, d« la bride edieufe, 

Même pour la sentir, n'approchèrent jamais ; 

C'est de libres coursiers un escadron cpais, 

Fier, sauvage, et semblable aux vagues vagabondes 

Que roule l'Océan sur ses plaines profondes. 

JU terre sous leurs pas a retenti soudain 

Gomme le sourd écho d'un tonnerre lointain. 

Ils arrivent I nous: leurappfoche bruyante 

Ranime du.cheTaï laflwn{he chaneelaiite; 

n semble relrourer sa vigueur un moment ; 

Prêt à bondir de joie, hennit, mais faibleroont, 

Puis... tombe tout à coup. — Quelque temps il palpite^ 

Sous ses membre^ fnmnts vainement je m'agite : 

Son eerps sana mouvement no sent plus mon iflbrt \ 

Son œil teme et glecé reste Ûx^^,, Il eal moitl 

XXL 

Cependant, près de lui, sur les sombres bruyères, 
ÎS'élend à flots pressés la foule de ses frères; 
Pour ton denûer moment ils semblent arriver : 
)lais sur leur compagnon étonnés de trouver 

Un homine ^u'^ retientune corde sanglante, 
Ils s'trrétent d'abord, reculent d'épouvante, 
Rcs| ire t inquiet-;, tounieut rapidcuiei.t, 
Hennissent.,., puis autour galopent vaguement. 



Digitized by Google 



— 145 — 
Iteiiià coup, un coornernir scipai lei tntnîne; 
Cest le roi dn troopem... Sombre comme l'ébène,' 
Sa robe sans mélange a tout l'éclat du jais. 
De ses larges naseaux en tourbillons épais 
Il jellG au loin Técume et vers le bois s'élaoce; 
Au seul aspect de llieimDe une rnéoe démence 
Saisit ses eompagiioiityet, prampta cméhm le fent, 
Tous ÊÊt leur firèr» mort m'abudoniMat auMVipt 1... 

Les peuples vahieas n'om pas d'bisitire, mais leurs «he- 
vaax ne disparaissent pas eommeeax de la scène dn monde; 

ils ne se laissent pas aller à ces foi les illusions, a ces accès 
de Êinalismey d'orgueil on de râ)elUon qui sont l'écoeil d€i 
nations. Slls ne progressent pas, si la main de Fhomme 
manque au développement de leur organisation, la nature 
ne les abandonne pas ; ils retrouvent toujoum» dans leurs 
antiques berceaux, l'berbe des mêmes prairies et les eanx 
des mêmes foulai nés. Vieille terre de Pologne, vous avez 
ployé un genou sanglant sous le joug de votre superbe voi- 
sine, mtts vous avez conservé le noble coursier de iSdfriesil^, 
et les chevaux des lanciers de la grande armée n'avaientrieu 
k envier k ceux des tiers palatins vain(|aenrs de Vienne. 

Le cbeval polonais appartient k ia famille équestre des 
coursiers d*Odin ; i) joint k ta taille développée des cbevaux 
dn Nord le feu et 1 énergie du chevai du Midi. 

La nation polonaise fut célèbre, au moyen âge, par ses 
races chevalines, et la première page de son histoire, comme 
celle de la Perse, est une chronique équestre. 

Nous lisons dans Fouvrage de M. de Marmier : 

ff Parmi les traditions des âges merveilleux de la Polo- 
gne, on II Olive le lecil d'une course de chevaux qui devait 
donner au vainqueur la couronne de son pays. Le roi For* 



Digitized by Google 



geroQ Prez6ini3las venait de mourir ; on convint d'assigner 
une course de chevaux, et Ton déclara que celui qui arrive- 
rait le preuiier au but proposé aurait la couronne. 

« Un des concurreotSy nommé Leszek, pour mieux assu- 
rer ses succès, eut recours à l'artifice. Il s'agissait d'une 
couronne, et tous les moyens loi étaient bous pour l'obte- 
nir. La lice était marquée dans une vasteplainesurJi s [loids 
du Prondnik» qui se jette dans la Yistule» à l'est de lirako- 
vie : il la sema de tors pointus qu'il «ouvrit de sable, et se 
traça lui-même une route où il pouvait courir saub danger. 
Il ferra même son cheval contre Tvsage ordinaire, et y em- 
ploya des fers entiers et épais, en cas que, par mégarde, il 
donnât lui-même dans les pièges qu'il avait tendus. Deux 
Jeunes gens inconnus les aperçurent : cherchant à s'amu- 
ser, ili s'exercèrent k pied dans la carrière, en attendant 
que le peuple fût assemblé. 

a Surpris de ce qu'ils voyaient, et fouillant plus avaiit» 
ils reconnurent le sentier que s'élait réservé l'auteur de ce 
stratagème et les marques mêmes qui l'indiquaient. La 
^crainte empêcha i un de découvrir ce mystère; l'autre con- 
çut .d'ahord le dessein d'en profiter. 

«( Les candidats arrivent. Toute la nation, dans le silence, 
attend Je moment qui va lui donner un souverain. Lesztk 
court avec force; personne ne peut le devancer. Le jeuoe 
homme, courant à pied, cherche à lutter avec lui. On rit de 
ses cflbrls. 11 poursuit sa route, jusqu'à ce qu'ainvé à la 
borne, et voyant le cavalier prêt à recevoir la couronne, il 
découvre sa trahison. Ceux qui étaient restés en chemin fa* 
vaient déjà reconnue. Ils s'élevèrent eux-mêmes conire 
Lcszek cl demandèrent sa mort. Le peuple indigné le mil 
en pièces; et, par un caprice qt i se rcsseiU de la simpiiciic 



Digitized by Co< 



• f 



— 145 — 

de ces vieux temps, mais qui marquait aussi tm grand fonds 
de droiture et de bonne foi, il déféra le trdne an jeune homme 

qui l'avait gagné en effet, admirant sa noble audace ; les 
palatins eux-mêmes approuvèrent ce choix, et il monta sur 
le trône sous le nom de Leszek VI. » 

Lorsque Henri de France s'assît sur le trône des Jagel- 
lons, les nobles polonais vinrent au-devant de lui, montés 
sur de magnifiques chevaux qui firent Tadmiralion des sei- 
goeurs Irarirais de l'escorte du jeuiie roi. 

Le cheval polonais a été chanté par les poètes, il vit dans 
les légendes et partage la gloire des vieux guerriers vain- 
queurs des Turcs, dans les souvenirs traditionnel]» de la na- 
tion. 

Voici une de ces ballades : 

hk MORT nu CtUEBUEB, 

♦ _ ' 

a Le brouillard est tombé sur la mer bleue et la douleur 
sur le cœur ardent ; le brouillard ne se dispersera pas sur 
la mer, la douleur ne s'éloignera pas du cœur. 

« Ce n'ef^ pas un astre qui brille sur la plaine lointaine, 

c'est un petit bûcher qui fume. Auprès du bûcher est uu ta- 
pis de soie, et sur ce tapis de soie est couché le jeune homme 
audacieux. 

« Il presse son mouchoir sur sa blessure mortelle et tente 
d'arrêter son sang brûlant et impétueux. Au[ircs de lui est 
on fier coursier qui frappe du pied le sol humide comme s'il 
•voulait parler a son maître. 

« Lève-toi, dit-il, beau jeune honune, mets-toi sur ma 
croupe, et je t'emporterai sur la terre natale, vers ton père. 



Digitized by Google 



— 446 

vers ta mère* vers tes pareAts et tes petits enûtnts, et vers 
ta jenne épouse. 

a Le jeune homme audacieux sou[)m'; sa loile poitrine 
palpite; ses blaucbes mains retojouJDent iiatiguées ; sa bles- 
sure mortelle s'est rouverte, son sang coule eomme une 
rivière» et il dit h son cheval : 

«i Âh ! mou bou coursier, mon coursier fidèle, mon iidèle 
camarade de bataille au service du tsar, dis k ma jeune 
épouse que je suis marié avec une autre femme, que j'ai 
pris pour dot la plaine déserte, que Tépée aiguë nous a 
fiancés, et que la flèche acérée nous a réunis sur la couche 
nuptiale. » 

A certaines fêles de l'année, les jeunes tilles se font don- 
ner un cheval et un chariot, et s'en vont dans le village en 
chantant : 

« Dans les prairies, dans les prairies vertes, sur une herbe 
tendre, le bon paysan faisait paître ses torts chevaux. Leurs 
pieds sont liés avec de la soie, leurs crinières sont ornées de 
perlcii liiics. Poui'(|uoi ne boiveut-ils pas l'eau delà source? 
Pourquoi ne mangeni ils pas Therbe tendre? Pourquoi res- 
tenl41s immobiles 1 Us ont pressenti quelques malheurs ; ils 
ont prévu qu'ils allaient faire un long voyage. » 

Les coui'ses de chevaux sont £ort anciennes en Pologne; 
elles font encore ramnsement favori des jeunes Polonais. 
Les plus fameuses se célèbrent ordinairement dans les allées 
d'Uiardow, magnifiques avenues bordées d'arbres et de 
verdure. 

La Pologne, réunie k la Lithuanie, M un jour la natico 
la plus puissante du monde; mais la division se mit parmi 
les grands, et chacun vendit sa' part de royauté pour satis- 
flure sa rancune ou son dédain. Depuis deux cents aos, dix 



Digitized by Google 



t 

147 

partages ont eu lieu, et celui qui lui fut le plus funeste eut 
lieu taodisqae sa sœur, la pauvre France, ne p<Nivait la 
oMrir* 8d>is8aiit alors le joug honteux qne d'odieux tyrans 

lui imposaienl sous couleur de liberté. 

On conçoit que la race équestre eut peu à gagner parmi 
tous ces désastres, aussi n'avon^-notts rien k dire du chevtf 
polonais moderne ; mais ce beau pays n'est pas voué h une 
éteiueile misère; un jour il réparera ses ruines, il respirera, 
tranquille et fier, à Tombre d'institutions fortes et fécondes ; 
un jour on terra le cheval polonais le disputer aux plus di- 
gues coursiers de T avenir. Les destins réaliseronl pour lui 
la prédiction du poète : 

« Les champs que Ton traverse ne sont plus soumis à la 
verge du despotisme ; un pou[)le libre et fort les féconde par 
son travail} les défend par son courage ; les châteaux élevés 
sur les collines ne sont plus déserts et silencieux ; sur les 
remparts j'entends sonner le cor du gardien qui annonce 
l'arrivée d^une troupe d'hommes d'armes; sur le pont-levis» 
les chevaliers passent fièrement avec leur armure de fer, 
leur casque empanaché et leur glaive étincelant. Dans les 
villes, les cloches résonnent, les églises sont parées comme 
pour un jour de fête, les fifres et les cymbales retentissent 
avec les chants nationaux; une foule joyeuse, bruyante, 
exaltée, inonde les rues et les places et se précipite vers les 
portes couvertes de guirlandes de fleurs, et les arcs de triom« 
phe ornés de signes symboliques. Sur le chemin, on voit 
de loin llotter un nuage de poussière, et k travers ce nuage 
on distingue les hetmami avec leurs chevaux fougueux et 
leurs larges cimeterres revêtus de pierres précieuses, les pa- 
latins avec leur ceinture d'or et leur aigrette de diaiiiaiits, 
et des cohortes de grands seigneurs, plus riches que des 



Digitized by Google 



rois, et des légions de gentiifiboiiim^s lapporiaut eo triom- 
phe les dépouilles de leurs enaernis» tralnanlf captifs spiès 
eux les chefe des tribus tartares. Salai \l 'vous, jours heu- 
reux de la Pologne, jours de magnificence et de batailles, 
de triomphe et de galanterie» où l'amour de la gloire psi- 
pitait dans tous les cœurs, où le sourire de la beauté se 
mêlait à toutes les victoires ! Salut a vous, nobles enfants 
de cette contrée, Sobieski» Koseiusko» vous ions qui avei 
Taillamment combattu pour l'honneur de voire patrie, 
vous qui l'avez soutenue .sur le penchant de sa ruine, et 
qui Tauriez sauvée, si elle eut pu être sauvée ! » 




Digitized by Google 



CHAPITRE VI 



Chevau armorietiiii : Le Oanemaik, leHolstein, 1« TurtaDiiMrg, la BélgiqM,' 
la BfefièK, la Holtande, le Hanovre m lé KaeUiBMliaqirg; CàsHm âH i 

La grande et forte race de chevaux ai ancienne et si re- 
nommée du carrossier armoricain occape sur la carte da 

monde un espace de huit degrés en\iroii. IN'ous la retrou-' 
vons en France depuis la Bretagne jusqu'aux vertes vallées 
du Calaisis» et» en Angielerre, depuis la pomte de Falmouth 
jusqu'à la Tweed, qui sépare ce royaume de FÉcosse. Nous 
allons nous occuper ici de quelques contrées spéciales que 
Fou a ccmsidérées comme le berceau de la forte espèce de 
tirage, en opposition avec la race légère, dont le berceau 
est attribué à l'Orieut. Ces deux types , comme tous ceux 
qui existent sur la surface de la terre, sont le produit du 
sol et du climat. Comme tous les antres, ils peuvent se 
modifier en changeant de latitude, ou par les suius ei 1 iu- 



^ 150 

teliigeoce de Thomme. H est prouvé maintenaiit qu'on peut 
fitife descendre la plus pure race de rOrient au deroier 
degré de la dégénération ou a Tampleur la plus exagérée ; 
et, si Ton ne peut pas également ramener le grossier cheval 
de trait au type graeieux du cheval d'Orient* c'est qu'il est 
en toutes choses plus facile de descendre que de monter. 

Fkcilis dcMenms Atemo est, 
Sed moaregndiim sapetuque adiré td ton», 
Hocopus, hic labor. 

■ 

Le cheval qui mérite à tous égards d'être placé en téte de 

cette famille est le cheval danois, formant le demi» i aimoau 
de cette chaîne inaguitique qui, depuis la pointe du Con- 
quête dans la petite Bretagne» longe TEurope maritime 
jusqu'à la pointe Skogen, au diocèse d*Alborgf et qui, sous 
le nom de destrier au moyen âge et de carrossier au nôtre, 
est et fut le cheval de tous les services» soit en paix, soit en 
guerre. Le Danemark est, comme noos l'avons vu, un pays 
irès-aacieunement renommé pour sa race c)ievaline» nous 
avons dit ailleurs que son nom Agnifle : Protfiitee dtô ton* 
mes de ehemd. Les Romams Ihisaient grand cas des chevaux 
danois, qu'ils attelaient a leurs clmrs et qui Ibrinaient en 
grande partie la monture des chevaliers, l'endant tout le 
moyen âge« le cheval dsoms ftn recherché par les honunes 
d'armes, principalement comme cheval de tournoi ou cheval 
de bataille, c'était le grand cheval des légendes, d'où est 
^ mm le proverhe i MofU^ sur m grands ckevem. Le cheval 
danois, en effet, était remarquable p»r sa haute taille, sa 
tête fière ornée de petites oreilles , son chanfrein busqué, 
et ses lèvm Met^ipâminHm t» d&k$ un wn^, eemme 



Digitized by Gopgle 



— 151 — 

disaient les anciens ëcuyers. Son encolure était rouée et 
majestueuse , ses épaules étaient un peu rondes, ses mem- 
bres forts^ fiels et bien dessinés» sa crinière et sa qoeoe 
épaisses et ondoyantes, ses pieds un peu trop larges, ce 
qu'il devait à Thumidité du sol et des prairies. 

Mais ce qai le faisait remarquer snrtoat, c'était son beau 
poiï pie, tigré on Wanc comme le lait, qui lui donnait un 
cachet tout particulier et tout différent des autres races. Le 
cheval danois provenait da croisement des chevaux orien* 
taux avecles juments indigènes; il est probable que e'é. 
taient des chevaux venant d'Espagne et de Barharie, chez 
lesquels dominait la forme de téte que Ton appelle busquée^ 
ce qui, joint à la consanguinité et \ la mode qui exagère 
tout, fit arriver cette particularité à un degré tel, qu'elle 
devint une véritable difibrmité. Les contrées les plus favo- 
rables pour l'élève du cheval sont TOldembourg et le Jut- 
land. Ces chevaux à la vaste poitrine, à la démarche altiere, 
et doués en général de la plus grande docilité, se trouvèrent 
tout formés quand l'usage des carrosses et des voilures 
s^troduîsit dans les mœurs publiques , vers le seizième 
siècle. Aussi, non-seulement les rois et les grands seigneurs 
en faisaient venir pour traîner leurs équipages, mais, quand 
l'Europe s'occupa systématiquement de l'élevage du cheval, 
elle prit pour modèle du carrossier le cheval d.uiois. Le 
vieil auteur Winier le cite parmi les principaux types d'a- 
mélioration pour la formation d'un haras* Quel que soit, en 
effet, le jugement favorable ou défavorable que l'on puisse 
porter sur Teflet que ce croisement produisit dans les races 
européennes, et principalement dans les races françaises, 
on doit reconnaître que pendant deux siècles environ, ainsi 
que nous le verrons plus loin, le cheval dout nous avons 



t 



^ JÔ2 — 

fait le portrait convenait merveilieiisernent au service au- 
quel il était deslint). Le beau cbeval danois, par ses qualités, 
et même par ses défauis» est le carrossier parfait. Getle 
téte superbement et fièrement porlée, cette ganache mince 
qui permet a l'encolure le plus beau ramener, ces allures 
trides et cadencées, celle crinière ondoyante, cette queue 
attachée hant, ce rein un peu bas qui fait paraître Teo** 
Golure plus relevée, enfin ce poil si brillant sous l'équi- 
page, tel était, tel est encore le carrossier, mais les car- 
rosses ne sont plus ! 
' Les rois de Danemark possédaient depuis de longs sièdes 
près de Copenhague un haras magnifique, ou naguère en- 
core on entretenait près. de deux mille chevaux; ces che- 
vaux étaient marqués par une lettre initiale à une cuisse, 
et à l'antre par la date de leur naissance. Cette coutume, 
empruntée k l'Espagne, vient encore corroborer l'opinion 
que nous avons émise que les premiers producteurs em- 
ployés, en Danemark étaient des dievaux espagnols. 

Le duché de Schleswig-Holstein, qui touche au Dane- 
mark, peut lui être comparé pour le genre de son espèce 
chevaline ; cependant la nature des prairies de cette pro- 
vince donne an cheval des formes plus massives, ei plus 
d'empâtement dans les extrémités; mais des soins habites, 
et d'heureuses introductions de types étrangers, ont modifié 
ces dispositions naturelles. Aussi les chevaux du Holstein 
se sont-ils tait une haute réputation parmi les espèces car- 
rossières. L'agriculture^ Télève des bestiaux, et Téducaiion 
du cheval particulièrement, ont fait de remarquables progrès 
dans celte contrée. L'iFiiporiaûou des chevaux est une des 
principales branches du commerce; et, grâce aux iniali- 
gables et patriotiques efforts du duc de Schleswig-Holstein. 



Digitized by Google 



— 155 — 

Âugttstenbarg , qui a iolroduil le cheval de pur saDg dans 
ses Étals, le cheval du Holsteio $*est placé en première ligne 
parmi les espèces dites du Nord. Nous devons ici rendre 
UD double bommage au due bippiatre, auteur d'escellenls 
ouvrages sur la question chevaline, il a encore formé lui- 
même, dans Tilc d Alben, le haras d*Augustenburg. Bien 
que cet établissement date seulement de quelques années , 
il compte déjk parmi les plus importants de l'Europe. Le 
système d'amélioration suivi dans le Holstein est celui de 
l'Angleterre; pour un esprit judicieux, il n'y avait pas 
d'autre marche k suivre : les mêmes causes produisent les 
mêmes résultats dans des circonstances pareilles. Les phé- 
nomènes identiques de sol et de climat se relrouveut dans 
ces deui pays sous des latitudes égales; il n'y avait donc 
qu'k transporter la race anglaise sur les bords de TElbe, 
eu la soumettant aux lois qui président à sa conservation, 
pour la voir se continuer aussi parfaite. 

Maintenant, non^^ulement le Holstein sufiit à sa con- 
sommaiioii , mais encore, ainsi que nous l'avons dit, il 
taurnit à l'exportation , concurremment avec le Mecklem* 
bourg et le Hanovre, une grande partie des chevaux que 
les Etats inhabiles vont mendier honteusement h leur porte. 

Le WMvUmhen} n'était pas spécialement renommé pour 
ses races chevalines, et encore maintenant Tamélioration 
qui s'y est développée tienl-elle plus aux soins intelligents 
et à la volonté terme des souverains de ce pays qu'h ces 
causes naturelles qui indiquent à l'homme la voie indus- 
trielle dans laquelle il doit marcher. Déjà, vers la On du dix- 
septième .sit cle, des haras avaieiil éié c réés sur les mêmes 
bases que ceux d'aujourd'hui. Ces haras arrivèrent h un 
haut degré de pt-ospérilé sous le règne du duc Charles* 



Digitized by Google 



— 154 — 

Alexandre , et l'exportation des chevaux , signe éclatant de 
la prospérité hippiqae d'un pays, rapporte au Wurtem- 
berg des sommes considérables. 

Les guerres et les invasions vinrent modifier cet état de 
choses. Ce pays eut beaucoup à souiïrir des troubles qui 
signalèrent la fin du siècle dernier et le commencement de 
celui-ci; et, malgré la sollicitude éclairée de Frédéric II, 
et les sages règlements qu'il ût a ce sujet, la campagne 
désastreuse de 1812 ruina pour plusieurs années Findos- 
trie chevaline du Wurtemberg. Cependant le gouverne- 
ment ne se découragea pas ; des les premiers jours de 
paix^ les haras furent rétablis et sagement administrés; 
on comprit que la prospérité hippique tenait à l'écoule- 
ment facile et avantageux des produits ; le roi ordonna que 
ses écuries ne fussent montées qu'en chevaux indigènes, 
l'exemple de la cour fit loi, comme il est d'usage, et en 
ptu iraniiées le Wurtemberg fut en état non-seulement d6 
remonter sa cavalerie et de faire £ace à tous les besoins 
du luxe et du commerce intérieur, mais encore de foomir 
un nombre considérable de chevaux h Texportatioa étran* 
gère. L'importation, au contraire, se borna exclusivement 
aux étalons et auxj'uments de races distinguées destinées à 
l'amélioration. 

Le principal haras est celui de Marbach, situé à peu de 
distance de Stuttgard, au bailliage de Musingen, dansua 
paisible et silencieux vallon , sur la gauche de la rivière de 
TAlp; il se compose de juments des races orientale, an- 
glaise, française, hongroise, mecklembourgeoise, et trot- 
teuse de rOstfriesland. Les étalons, qui font l'hiver le ser- 
vice des écuries de la cour, appartiennent aux races arabes 
et anglaises. 



Digitized by Google 



- 155 — 

L'amélioratioiie^lKiséeprincipalemeiit» comme dans pla- 
sieors ham d'Autriche, sur le sang arabe , et les résultats 

qui en sont la suite prouvent que la réussiie dans les choses 
de la nature ne tient pas autant a l'absolutisme dans la forme 
qu'il la persévérance et surtout à fintelligence dans le fond 
des idées; qu'importe, en cûet, que la lumière soU prise à 
tel ou tel flambeau pourvu que ce soit la lumière? 

Le cheval de la Belgique moderne est l'ancien cheval 
flamand, dont le nom a, dit-on» servi k faire donner le sobri* 
quet de flandrin à un homme grand et efllanqué. Cette 
dénomination peint du reste assez bien le cheval de cette 
contrée, qui n*a jamais en d'autre réputation que celle du 
poids et de la taille. C'est principalement le type du cheval 
flamand qui domine dans les tableaux de bataille du dix- 
huitième siècle; l'école flamande, en eflSst, fut en v(^ue à 
cette époque, et recherchée pour la vérité et le naturel de 
son faire. Les peintres de ce pays copièrent le cheval qu'ils 
avaient sons les yeux, il s*y joignit un certain mélange da 
type antique, que l'on baptisa du nom de cheval héroïque, 
et Tusage s'introduisit de lu onier les combattants, héros et 
rois, sur on monstre fabuleux qui n'a jamais existé que sur 
la toile. 

Un grand nombre de persoimes et même d'artistes pen- 
sent encore que les hommes d'armes du moyen âge étaient 
montés sur des chevaux de cette espèce, représentés au jour- 
d hui par notre cheval de trait : une forte tête, une enco- 
lure épaisse, une crinière .abondante, une croupe arrondie, 
des membres chargés de crins, et des pieds larges et plats; 
tandis que les anciens bas-reliefs, les vitraux et les vi- 
gnettes des missels, les tapisseries antiques et les sceaux 
des Chartres les peignent sous l'aspect qui leur appartient. 



celui du plus beau et du plus vigoureux demi-saug de notre 
époque. Souvent même on se servaii des dievaux de par 
saog, témoins les chevamx ramenés par Richard, le dieval 
espagnol de Guillaume le Conquérant, et une foule d'autres. 
Nous traiterons ailleurs la question du cheval artistique. 
Revenons au ehevai belge. 

Depuis plusieurs années que la Belgique forme un État 
séparé, la sagesse de ses habitants, Fhabileté de son roi, 
loi ont Élit des loisirs de |faix et de confiance qui ont élevé 
au premier rang sa situation agricole, déjk si faTOrisée par h 
nature. La quesiiou chevaline y a été étudiée avec une con- 
science et une hauteur de vues qui méritent tous les éloges. 
Le système anglais y est adopté avec tous ses développe- 
ments, des courses ont lieu sur plusieurs hippodromes, ft 
des éleveurs intelligents et zélés s'elKorcent de placer la Bel- 
gique au nombre des contrées hippiques de l'ancien eoDli« 
nent. 

La Bavière, séparée par le Khin, nous oiïre une partie 
presque française, qui a conservé nos institutions et nos 
lois; c'est de celle-ci dont nous parlerons d'abord 

La Bavière rhénane est 1 ancien pa)s de Deux-Ponts, 
dont les races chevalines avaient acquis une haute répuu- 
tion. Le haras de Deux-Ponts avait été fondé par le duc 
Christian, il était luruié de chevaux et de juaKMits d'ori- 
gine orientale. Le mérite des reproducteurs était éprouvé 
par des chasses à courre, qui remplaçaient à cette époque 
les courses encore inusitées, comme institution, sur le con- 
tinent. Ou sait qu'après la conquête de la Bavière, laite par 
la France, le haras de Deux-Ponts fut conservé, que d'ex- 
cellents étalons arabes y forent placés, et qu'il acquit, sous 
rhabile direction de M. Slrubberg, une grande prospérité. 



Digftized by Gopgle 



— 157 — 

Lors de Tinvasiou de 1814, tous les élalous iureat ame- 
nés en France et pkeés la plupart au haras de RoBîèfes. 

Redevenu bavarois en 4815 , le vieux haras répara ses 
pertes, des chevaux supérieurs de race orientale y furent 
conduits, ainsi que quelques belles juments anglaises ; on ' 
y remarque enfin plosieura étalons des diverses races alle- 
mandes, et même de race l'iançaise. Quoi qu'il en soit de 
ces éléments variés , le système qui domine est cahii de 
ramélioration par les races orientales, et peat-étre nulle 
paiL les croisements du sang orienlal pur avec la jument 
du Nord n'a produit des résultats plus brillants par leur 
forme et leurs qualités que dans la Bavière. L'existence du 
cheval deux-pontois était un de ces phénomènes physiolo- 
giques qui donnent un sj puissant intérêt à la science che- 
valine. Procédant comme le eheval anglais du cheval d'O- 
rient, il en avait la grâce et la fierté, le liant et la souplesse, 
mais il n'avait pas, comme son illustre rival, subi la ter- 
rible épreuve des courses, baptême indispensable sans le- 
quel le noble sang perd, dans nos firoids climats, la chaleur 
qu'il a puisée aux rayons du soleil. Cependant, il faut le 
dire, les chasses, l'attelage, le service du manège ou de la 
guerre» smaient aussi h développer chez le cheval de Deux- 
Ponts ses qualités natives, et à désigner les t}pes d'amélio- 
ration ; aussi les hommes de guerre principalement avaient^ 
ils en hante estime cette variété câèbre dont la France a 
possédé longtemps une branche importante, mais qu'elle 
n'a su ni conserver, ni transformer utilement, comme nous 
le dirons plus loin. 

La vieille Bavière possède le haras de Rohrenfeld, qui 
appartient en proprci aii roi ; les f'Ialoiis l'ont en hiver le 
service des écuries de ia cour, et reviennent au printemps - 



Digitized by Google 



- 16g — 

aa haïas. Ainsi qu'à Deiix-Poiiti, ie type oriental domme 

comme reproducteur ; cependant, depuis quelques années, 
le uoiiibre des éuious anglais tend a s'accroître. 

L'amélioration qoi se développe dans le paya est die 
principalement, eomme dans les aoties États d'Allemagne, 
au soin qu'oui eu les gouvernements d'eocouiager la vente 
des produits chez les éleveurs en proscrivant le cheval 
étranger, et en favorisant an eontraire l'exportation. 

Le sysiome des primes y est bien entend u , elles sont 
distribuées avec un grand éclat. Le montant de la prime, 
[)ayée à Vélevenr en éeus nmfs^ est contenu dans une bonne 
en suie aux couleurs nationales, blanc et bleu clair. On y 
ajoute un I lendard en soie blancbe, sur lequel est brodée 
la lettre initiale du nom du prince régnant, avec cette in- 
scription : 

Der Landes Vater dem tkatigen Burger, 

(Le père dn pays an dtoyai intentent.) 

Les courses de chevaux ont été introduites en Bsvièie 
depuis quelques années, mais elles oui peu progressé; les 
principales ont lieu k Munich lors de la grande féte agricole 
du mois d'oetobre s Oetober FesU 

La Hollande n'est point un pays hippique. Ce sol arli- 
Bdel, conquis sur la mer par un peuple industrieux, ne 
fournit que des plantes aqueuses et sans saveur; Tair, con- 
siaïuinont impréi^né d'bumidité» pousse au développement 
anormal de la masse lymphatique; et, quelques soins que 
rhomme puisse prendre, il ne peut vaincre la nature an 
point de la forcer a produire un noble et vigoureux cour- 
sier Ik où ses lois éternelles s'y opposent. Le cheval hollan- 
dais offre le type des'plus fortes races de trait, il est de 
haute taille, son eorps est long, sa croupe avalée, ses hao- 



Digitized by Google 



I 



- 159 - 

ches aont MdllAnies, ses membres épa» ei ehangés de loup 
poils, enfin ses pieds sont larges et plats; On voit les plus 

beaux types de cette espèce traîner ûam les rue^» de Londres 
le fourgon du marchand de bière» couverte de briUants har- 
nais et omës de pompons rouges. 

Le meilleur cheval de la lloliaiide est le cheval frison, 
renommé autrefois parmi les fortes races de r£arope; son 
poil était noir, c'était encore le cheval d'Ârmorique, mais 
arrivé à son plus lumt dei^rë de force corporelle. Ctîj>eii(Jaiit, 
à côté de cette race mdigène, ie patient et judicieux Batave 
avait trouvé mo^fen de créer une espèce spéciale dont il 
avait développé la vitesse ^ l'énergie. Lé cheval hartdrme, 
ou fort trotteur , fut célèbre parliculièremeut a la lin du 
siècle dernier ; le hartdrave était ordinairement de couleur 
sombre, noir ou bai bran ; sa poitrine était profmide, sa 
tête lourde, ses membres secs et cependaut communs vers 
les extrémités ; sa taille était élevée, et son arrière*main 
offrait, vers les hanches surtout, une grande puissance d'o^ 
gaiiisalion. L'allure de ces chevaux était uue espèce de Irot 
désuni, tenant ie milieu entre le traquenard, le pas relevé 
et le trot de course des Anglais et des Amérioaina. 

A l'époque encore peu éloignée où le continent n'avait 
point de routes voiturables, et où par conséquent ie cheval 
de sdle était le seul moyen de transport rapide pour le plaisir 
ou pour les affoires, le cheval hartdrave eut, comme nous 
Vavons dit, son ère de célébrité; mais, maintenant que 
d'incroyables^ améliorations ont moditié par toute r£urope 
fanden système de voirie, ce genre de cheval a été rem- 
placé chez les gens de luxe par le cheval anglais et allemand. 
11 s'en va comme s'en vont toutes choses, comme s'en vont 



-Ido- 
les iiistilulions qai ii'oot plus de bases, les dieux qui n'ooi 
plus d'autels. 

La race du Hanovre était peu estimée autrefois, quoique 
ce pays Iburiùt depuis ioDglemps un très-grand nonihre de 
chevaux au commefce extérieur. C'était plutét par leur boa 
marché que par leurs qualités qu'ils trouvaient faeilement 
acquéreur. Mais depuis plusieurs années de grands change- 
ments ont eu lieu, les méthodes anglaises ont été adoptées 
dans ce royaume , des chevaux supérieurs, et même de 
nombreuses poulimères. y ont été iiilroduits; mauiteuaiil 
le cheval hanovrieu se l'ait remarquer non-seulement par 
la régularité de sa conformation et sa docilité de caractère, 
mais encore par les qualités physiques qu'on lui avait refti^ 
s»ees jusqu'ici. On n'admet dans les haras du Hanovre que 
des chevaux prouvés par les courses; aussi, après TAngie- 
terre, le Hanovre est-*il la nation d'Ënrope qui possède re- 
lativement le pins d hippodromes. On a compris aussi qoe 
le plus puissant mobile de Tamélioration était la vente laciie 
et assurée des produits, et par conséquent rexclusiondi 
cheval étranger ; tous les efforts du gouvernement se sont 
portés dans ce sens.. 

L'établissement des haras date, en Hanovre, de TaD* 
née 1736; les deux principaux furent celui de Celle et 
celui de Hanovre. Les étalons de ce dernier étaient ks che- 
vaux des écuries du roi ; plus tard, deux autres furent créés : 
Neuhaus, dans la forêt de Solingen, et Mensen, dans le 
cercle Uoya. Un demi-siècle avait suffi pour développer en 
Hanovre une haute prospérité chevaline. Vers 1800, cette 
industrie ^t la principale richesse du pays , l'exportation 
montait annuellement k près de six mille létes. 
Le Hanovre mi hoauroup à souflirir, comme tous les pays 



Digitized by Google 



- 161 — 

Yoisiiii du AhiD, des guerres et de» iovaaions qui signalèrent 
TaYénement do quatorzième siècle. L'industrie chevaline 

spécialement lut anéantie, mais elle se releva vers la fin 
de 1813, et depuis ce temps sa prospérité va toujours en 
croissant, par suite de la facilité avec laquelle se fait le 
commerce du cheval hanovrien, qui, comme nous l'avons 
dit, joint au mérite de la conformation celui de la douceur 
et d'un diesss^e parfait. Il £iut le dire aussi, rintelligence 
des gonvernants a répondu h celle des éleveurs : les uns et 
les autres ont compris qu'ils devaient s'unir dans une même 
' pensée et marcher d'accord au même but. Aussi, tandis 
que l'administration introduisait les types améllorateurs les 
plus perfecti<»i)iiés, et favorisait chez les éleveurs Técoule- 
ment des produits, ceux-ci répudiaient les anciens chevaux, 
les bannissaient de tous leurs services, même de celui du 
labourage, et consacraient tous leurs soins h cette espèce de 
chevaux a deux tins, propre à la guerre, à la chasse, au 
tirage de toute nature , espèce caractéristique des besoins 
de la civilisation du dix*neuvième siècle, qui semble naître 
et s'élever presque spontanément dans certaines contrées 
privilégiées. 

Le cheval du duché de Brunswick a beaucoup de rap- 
ports avec le cheval du Hanovre; il a progressé parles 
m^es moyens. Un haras miportant existe a Hatzhuig, et 
les courses de Brunswick, fondées en 1858, sont rangées 
depuis longtemps parmi les plus importantes de rÂllemagne 
du Nord. * ' 

Le Mecklembourg est, de toutes les contrées transrhé* 
nanes, k plus fameuse pour sa race chevaline; aussi, en 
France surtout, donne-t-on leiioin de meckkuibourgeois \ 
tous les chevaux du Nord. Le mérite du cheval de cette race 
II. 11 



Digitized by Google 



— 162 

consiste priacrpaleiiient dans Fensemble, la force de la char- 
pente rénnie k Félëganee> la noblesse des allnfes, la doaeâur 
dnearaetèreetla vîgaeifrde1ae6ns(ftaft(Hi. DepokilottgtsoiiPg 
les auteurs, qui se sont répétés les uus les autres, ont con- 
sacré la ressemblance da cheyal cotentin avec le chefsl da 
MecUeiiibmirg:; toua deux, en effet» ent été eélébféa cemme 
destriers parmi les hommes d'armes do moyen âge , tous 
deux aussi ont conservé cette célébrité pour les attelages de 
line de répoqne moderne. 

Naguère encore l'étalon oriental régnait senl daiiê l<i8 
baras du Mecklembourg; aujourd'hui le cheval anglais, les 
courseSf les ateefde^haaest. ont passé êaos altération dts 
fiords de la Tamise sur les riires de TESbe. Les hommes ta- 
telligents et riches se sont mis à la tète du mouvement, et, 
bien qae ces modifications datent seulement de 1822, et 
n'aient étë adoptées parle gouvernement que depaié quel- 
ques aniRM S, l'élève du cheval dans le Mecklembourg I 
atteint son apogée. Les principaux haras du Mecklembooig 
sont : celni do grand-dne; celui do comte de Pleftsen^ k 
Ivenack; celui du baron de Biel, a Lierow t celui du comte 
de Halm, à iBasedovir ; et celui du comte de BasservetZi à 
Prebberede. 

Les hippodromes sont situés k Gasfroii, k Doberan, à 

Neubrandeiibourg; les courses durent plusieurs jours et 
sont divisées en courses de vitesse, en courses an trot» mo- 
delées sarcelles qui ont lien en France, et en steepleHSliaaes, 

dans lesquels se distinguent les j(Mines amateurs du pays. 

Gréé pour le service de Thomme, le cheval, comme le 
ebien, est, de tons les animaux, cdni qni alDronte le pbis 
sèment la diversité des climats ; s'il atteint, dans les régiofl* 
tempérées, l'apogée de sa puissance, de son énergie et de 



Digitized by Google 



sa beauté» il accomps^jne son maître soi» la zone tonde e4 
le suit encore près des glaces du pôle. 

Les autres animaux ont leurs zones habitables spéciales, 
leurs limites, au delà desquelles ils ue vivent plus que d'une 
vie de misère et de chétiveté. Mais le cheval et Je chien, 
quoique subissaiit de grands changements, semblent se re- 
vêtir d'une vie nouvelle et se transformer au |pé des cli- 
mats et des besoins qu'ils imposent à Thomme. Le cheval 
du Nord n'est plus, il est vrai, le coursier oriental, à la 
peau fine, aux crins soyeux, ni le puissant destriei» des val., 
lées herbues des plages armoricaines; mais c'est encore le 
serviteur utile et palient,4'ami de la famille; c'est le rous- 
sin laineuv du lialave, ou le poiic) des Urcades, à la cri- 
nière Irisée et ondoyante. Longtemps, les nations du iNord 
sommeillèrent dans leur sauvage enfance; elles s'éveillèrent 
à la vie, lors du brisement de l'ancien monde. Nous les 
avons vues suivre la trace sanglante d'Alliia, ou monter sur 
les barques normandes k la suite de.RoUon; nous avons 
alors répété ce que l'histoire nous avait appris de leurs che- 
vaux et de louis habitudes cavaijcrcs. Nous n'aurons k noua 
occuper ici que des nations modernes, qui habitent main- 
tenant le nord de l'Europe. 

Nous comiiiiuccrons par la Suède : Les cheyaux de ce 
pays ont peu de réputaûon; ceux qui appartiennent k l'aiis- 
tocratie ont beaucoup d'analogie avec les chevaux danois 
dont ils descendent, quoique des mdaijges judicieux aient 
été faits avec le cheval .oriental et le cl^eval angls^. f^. 
général, la race du pays est petite, d'une conforoMitîoii 
régulière et arrondie ; ils sont vigoureux et rapides comm» 
tous lefc chevaux montagnards. Dans plusieurs provinces, 
on les abandonne durant l'hiver dans de vastes lamks^ 



Digitized by Google 



— 164 — 

et on les reprend à Tontrée du j)i iiuemps pour les tra- 
vaux (les campagoes» le service du commerce et des 
▼oitares publiques. En général, les Suédois sont moins 
compatissants envers leurs chevaux que leurs voisins les 
Danois; souvent, après une longue course ou des travaui 
épuisants» on voit sur le bord du chemin un pauvre ani- 
maU debout et haletant, broutant les chardons et les ronces 
du chemin ; quelquefois le conducteur y ajoute des croûtes 
de pain dur» mais c'est un luie qui ne s'accorde que rare- 
ment. Heureusement, la nature bienveillante, qui ménage 
le vent h la brebis privv'e de sa loison, accorda au cheval 
suédois un cuir épais,. un caractère patient, et lui apprit à 
faire sa nourriture des moindres miettes tombées de la 
table providentielle. 

La Norwége n'est point une contrée hippique. Depuis les 
temps les plus reculés, l'habitant de ses contrées apprit à 
voler sur mer, h courir sur les rames en mouvement, 
comme disent les anciens iabliaux normands; mais, quoi- 
qu'il y rende encore d'utiles services, Taspect du cheval, 
dans ces froides régions, n*a plus cette grâce et cette poésie 
qui fait naître, dans des pays plus privilégiés, uoe aiîection 
profonde entre 1 homme et son magoihque esclave. Le che- 
val norwégien est de taille médiocre : sa téte est forte, son 
encolure courte, son poil long et terne, sa queue touffue et 
frisée; en général, son aspect est misérable; et, bien que 
ses qualités le fassent encore rechercher pour le tirage des 
traîneaux et le service mtérieur, il fout malheureusement 
admettre que Ik, plus qu'en aucun lieu du monde, le cheval 
est réduit k l'état de bête de somme. 

Cependant, une espèce se distingue au milieu de cette 
variété dégénérée, c'est le cheval trotteur, appelé trauvère. 



Digitized by Google 



— 165 — 

depuis un temps immémorial. Le cheval trauvèi^ a acquis 
une haute célébrité parmi les races du Nord pour sa vi- 
tesse et sa résistance ati iravail. On voit des chevaux de 
cette espèce fraDchir d'énormes distances > attelés. Tété» 
aux voitures légères, l'hiver^ aux traîneaux qui les rem- 
placent. Souvent aussi ces chevaux sont employés k la 
selle. Plusieurs contrées de la Norwége sont encore privées 
de routes, et les habitants ont conservé Tusage du cheval» 
mais plutôt, ainsi que nous Tavons dit, comme machine 
animée servant à transporter le voyageur d'un point k un 
autre, que comme compagnon de plaisir et de gloire. 

Dans plusieurs pays du Nord, l'usage du cheval est pres- 
que aussi connu que chez les peuples orientaux ; mais là 
c'est un instrument, ici c'est un ami. 

Le cheval islandais est arrivé au dernier degré de ré> 
chelle animale ; il baigne sa longue crinière dans les eaux 
delà mer glaciale, et, cependant, il conserve encore un ca« 
chet particulier, qui le distingue de tous les autres animaux 
de la création. 

Le cheval islandais est ordinairement de couleur baie 
terne ; son poil est long, sa queue touifue, sa croupe courte 
et avalée, sa poitrine large, son encolure courte, son œil 
petit, son chanfrein long sans être busqué, sa p^anache 
forte et épaisse ; ses jambes sont sèches et peu garnies de 
poil, mais les tendons sont entièrement noyés dans les 
tissus; le sabot est bien fait, le corps et le rein sont bien 
conformés, enfin, la taille ne s'élève pas au-dessus d'un 
mètre k un mètre vingt centimètres au plus. 

Pauvre ou riche* Thabitant d'Islande ne voyage jamais 
qu'k cheval, et les traditions du pays conservent le souve* 
nir des services rendus k chaque famille par ce précieux 



— 166 — 

serviteur; aussi, dans la hutte enliimée du paysan, le siège 
d'honneur est formé par ces têtes de chevaux, blanchies 
par le temps, qu*on trouve dans les grands bois et les pales 
bruyères. 

Nous ne pouvons mieux terminer le portrait du chevdl 
d'Islande qfue par le récit suivant que nous empruntons ï 

M. Maimier : 

a Tous les voyages se font avec des chevaux d'une race 
particulière, des chevaux petits comme ceux de la Goise, 
forts et adroits comme ceux des Pyrénées, agiles comme 
les poneys de rirlande. La nature les a donnés, comme une 
compensation, à cette pauvre terre d'Islande, car ils sont 
doués d'une patience, d'une douceur, d'une sobriété admi*. 
rables. Le voyageur peut se fier k eux (juaiid il gravit les 
montagnes, quand il traverse les marais. L'insliacl les guide 
Il travers les sinuosités les plus tortueuses et le sol le plus 
fangeux. La où ils posent le pied, le terrain est sûr; s'ils 
tâtonnent, c'est qu'ils cherchent leur route; s'ils résistent 
à la bride, c'est que le cavalier se trompe. Quand ils oot 
voyagé tout le jour, llslandais les lâche au milieu des 
champs; ils s'en vont ronger la mousse des rochers et re- 
paraissent le lendemain, frais et dispos comme la veille. 
Quand vient l'hiver, le sort de ces pauvres bêtes est bien 
triste. Le paysan, qui ii a jamais assez de foin pour nourrir 
tout son troupeau, garde seulement un ou deux chevaux et 
chasse les autres dans la campagne. C'est grande pitié qae 
de les voir alors errer au hasard pour chercher un peu de 
nourriture et un abri. Ils grattent le sol avec leurs pieds 
pour trouver sous la neige quelques touiïes de gazoa. Bs 
s'en vont au bord de la mer mâcher les racines flottantes 
des jucus ; quelquelois ou les a vus ronger les planches hu- 



Digitized by Google 



— 16Ï — 

mides des bateaux. Lorsque le printeuips arriTe, beanconp 

d'entre eii\ ont péri, et ceux qui résistent à la disette et k 
la rigueur de l'hiver sont tellement maigres et exténués, 
qu'à peine peuvent-ils fie soutenir; mais, dès que la neige 
est fondue et que Therbe pousse, ils reprennent leur 
gueur.... Aussi, dit encore M. Marmier, celui qui étudie la 
nature sous ees divers aspects doit-il une belle page à ces 
pauvres et ehëtifs animaux qui, sur une terre ingrate 
comme celle d Islande, partagent toutes les privations, 
toutes les ndsères de rhomme. Poujr moi, dit-il, dussé-je 
faire rire ceux qui n'ont jamais compati aux misères des 
animaux, j'avouerai que, dans mes excursions en Islande, 
j'ai souvent pressé avec attendrissement la tète de mon 
cbeval qui me portait si patiemment à travers les sentiers 
rocailleux» qui n'abusait ni de mon ignorapce des cbçipins 
ni de ma maladresse de cavalier, et, lorsqu'il m'ai rivait de 
le frapper, à le voir pencher humblement le cou et re- 
prendre une nouvelle allure, je me sentais saisi d'une sorte 
dé remords, comme lorsqu'on commet une injustice. 
a Au commencement de joiii, il csi toujours a«sez dilB- 

cU^ dd se procurer de bons cbevm- Peodant I Xàm* oo^ 
ne tour doone qu'une chétive ration ; ils dépérissent josqu'i 

ce qu'au printemps on les reconduisu daiib les pâturages, 

et U laut qu'ils y resteut quâkmes semaioe» p^ lepff^dfn». 
leurs fonces* » 




Digitized by Google 



CHAPITRE yil. 

% 

Dts chevaux allemands, la Pnuse, rAutnche, ia iioDgrie, la Semé. 



Parmi les natkmsde FËuiope cenUale, la Prusse est es- 
sentiellement la pins cavalière. Sa position géographique 
la force à tenir le balancier polilique entre les civilLsations 
jeunes ei vieilles da continent. Cet état de choses néces- 
sita, dès longtemps, Torganisation tonte guerrière de ce 
peuple, dont on a pu dire justement : € On ne sait où coffl- 
« mence son état militaire, où finit son état bourgeois! » 
LaPmsse a sans cesse sur pied une armée considérable, et 
surtout forte en cavalerie, afin de pouvoir lutter avec les 
nations voisines, dont la plupart entretienuent, à peo de 
frais, dans leurs vastes steppes, d'immenses troupeaux de 
chevaux. Lè caractère prussien est un mélange de bon 



Digitized by Google 



sens, de giandeor et de téDocité, qui coomet iiierailleii<- 
sèment aoi destinées de ee peuple : c'est on hooneor poor 

lui d'avoir compris que la question chevalme intéressait 
sa puissance et sa nationalité. 

Ge fot an moment où la France, après la prodigîeaae 
apogée (le sa gloire, se laissait retomber daus celle stupide 
barliarie qui suit les civilisations et déiruisait les institu- 
tions qui avaient élevé si haut sa puissance; an moment 
où, avec tant d'autres f<mdations niiles, les haras fhinçais 
étalent tranchés par la sape des Vandales, que la Prusse 
adoptait, non le système mixte qui avait été établi en France 
par Louis XIV, mais une organisation régiriière, qui sub* 
siste encore avec d'utiles modifications, et qui avait la plus 
grande analogie avec radministratiou des haras restaurée, 
en 1806, par Mapoléoo. Vers 1786, le gouvernement prus- 
sien avait posé les bases de l'organisation de ses haras. 

Des établissements lureut iormés dans de vastes do~ 
maines» achetés ou concédés par la couronne. Le roi Fré* 
déric-Goillaume illustra son règne par Tappui qu'il donna 
à rinslinuioii iiaissanie, et, pour preuve de sa sollicitude, 
il permit que le haras de Neustadt portât son nom. Comme 
tout était à ûire, on chercha les éléments partout : l'Eu- 
rope, l'Afrique et l'Asie furent mises à contribution; l'An- 
gleterre, la France, Tltalie, 1 Espagne, le Maroc, TArabie, 
fournirent leur contingent ; les savanis dirent qu'il n'y «tait 
point Ik de principes, mais la Prusse avait besoin de die- 
vaux et non point de jiriocipes; elle réussit. 

Quatre grands haras, Uaupt-Gestut, furent établis en 
Prusse, coomie quatre sources fécondes d'où le cheval na- 
tional devait jaillir. 

Trakhenen, dans la vieille Prusse ; lieustadt, sur la ri* 



Digitized by Google 



vtàre ie Dassfi; Gradim, daoâlaâ proviui^ $di^oQoes,et 
Fim, pfèfd'Ër&irtb. 
Eb oiutre, dix dépdts d'étahma* Land-Gestut, furent iu- 

blis dans les contrées les plus favorables a la production. 

liu^qu à la guerra de l'ajcnélioration marcha à pas 
dagéam» €t kProsie id nt eoétatde j^iw rieadenaih 
der ï l'étranger ; mais la guerre de Fraiee rât «éeber 
dans son germe cette prospérité uaisaaote ; les haras et les 
dépQt« bumi dépouillé» de toun pruicipauii reprodiM^rs» 
et respôee «méliorée Ait conipl^ement détndte. H fleitit 

difficile, dit M. de Monteodre, d'énumérer la quantité de 
chevaux eoievés de cerUdoes contréfift, situées sur les l)ordft 
des fleuves; par exemple, le nche M fertile pays» antDiiri 
par les deux bras de la Vistule, connu sous le nom de Vile 
de Nogat, a aourri, babillé, équipé et monté» pendant deuik 
ans, la plaa grande partie de nos régioienta» eontenns dam 
ces opulents villages : les bords de l'Oder, ceux de l'Elbe, 
ont fourni des milliers de bons et beaux chevaux. 

Vomi un fait, raconté par le néme auteur, qui pioum 
tout le «oîn que les pauvres Prussiens mettaient k dérober 
leurs richesses hippiques k l'exploitation des vainqueurs : 

Un régiment de dragons était disséminé dans plusieurs 
vfliages, au milieu des belles prairies qu'arrose k Vistide; 
depuis plus de trois mois, une compagnie occupait une 
fevme isolée* mais trèa-eonsidérable. Un grand nombre de 
ebevaux, de bcenfe, de montons avaient été fournis par le 
fermier, soit pour le régiment en particulier, soit ]iour l'ar- 
mée en général. Tous étaient remarquables par leur beauté, 
et 'la ferme avait la réputation de posséder les plus belles 
races du pays. GepeiidaiU, uu niai^iiitique étalon avait pu, 
selon le dire du fermier, être emmené au loin avant notre 



Digitized by Google 



arrivée, aiDsi qoe des poulMèras ei des pooMas préelen; 

Un jour, un paysîin, qui froysH avefr h se plaindre da fer- 
mier, vint trouver i'otlicier qui commaodait ce détache- 
ment et ravertit que le magnifique étalon, qif on erojaft; 
parti, était eaché dans la ferme ; le liett, 3 ne pnt Findiqaer, 
mais il jura que le cheval ne pouvait être ailleurs. 

D'après cette assertion, on fit, pluûeurs jours de suite, 
tontes les redierchea possibles, mais sans rien désoavrir; 
on pensa que le paysan en avait imposé, ou était dans l'er- 
reur, car on ne cadie pas un cheval, et un étalon surtout, 
eomme on eaehe nne poule on nn lapin. 

On avait done renonoé I rien déeoumrir concernant Téta- 
Ion sî vanlé, lorsqu'un soir Folficier lui-même, s'élant re- 
levé par hasard, et ayant regardé par mw petite lenétre qui 
donnait dans nne des cours de la ferme, aperçut du mouve* 
ment. Curieux de savoir ce qui pouvait se passer \k une 
heure anssi avancée de la nuit, ii chercha k découvrir ce 
qu'on faisait dans la cour, au milieu de laquelle se trouvait 
une énorme meule de paille entourée de fagots. Deux ou 
trois personnes, dont Tune portait une lanterne, étaient oo^ 
cnpées à déranger les fagots; après en avoir enlevé deux ou 
trois, elles disparurent dans le flanc de la meule et ibrent 
très-longtemps sans reparaître; enfin, elles sortirent de 
leur cachette, remirent les Êigots en place et se retirèrent. 

L'officier ne pouvait deviner ce que ces hommes avalent 
été faire dans l'intérieur de la meule; il soupçonnait cepen» 
dant qu'on pouvait y avoir caché des provisions ou des 
armes; il résolut de s'en assurer : dàar le lendemain, préoc^ 
cupé de celte idée, il lit venir, k la pointe du jour, quelques 
cuirassiers, et, en présence du fermier et de ses gens, il fit 
. déranger les fiigots. On ne vit rien d'abord, le tour de la 



— 172 - 

meule paraissait intact; cependant, à force de sonder* on 
. dëeon^t nn endroit où la paille était moins tassée . Bi^tôt 

on trouva un passage étroit, dans lequel un homme à peine 
pouvait se glisser. Au lx>ut de ce passage» un grand espace 
vide, occupé par quoi? par qui? par un cheval. Éviden* 
ment» la meule avait été faite au-dessus de lui, car on fut 
obligé de la défaire pour le faire sortir de sa cachette. C'é- 
tait le superbe étalon en question. On peut juger du déss^ 
pointement, de la stupeur et de la douleur du fermier. 

Le pays tout entier partageait son chagrin ; mais, en re- 
Tanche, la joie des Français était grande, la capture était 
importante, et bientôt, conduit au quartier général de Fin* 
kenstein, ranimai fut admiré du maître et de son brillant 
éiat-niajor, avant d'être dirigé sur la France, oà, sous le 
nom de Nénm^ il a fait, pendant plusieurs années» Torgueil 
d'un de nos principaux haras. 

Aux malheurs de la guerre succéda le caUne de la paix. 
On se mit à l'ouvrage, on recueillit les précieux débris 
échappés an pillage, et, quatre ou cinq ans après, une pros- 
périté relative brillait déjà sur la Prysse; taut est grande et 
efficace la volonté d'un peuple énergique, soutenu par un 
gouvernement fort et respecté! 

Mais un nouvel échec attendait encore la régénération de 
l'espèce chevaline en Prusse ; les événements de 1812 ap- 
prodiaient, lexpédition de RuSsie> qui rappelait, par ses 
gigantesques {uoporttons, ces torrents humains qu'entraî- 
nait au moyen âge, vers FOrienl, la voix de Pierre l'ermite, 
vini briser une seconde fois Tespoir de Tavenir. le passage 
des armées, la mobilisation intérieure, les bataillés et la mi* 
sère, dévorèrent en peu de temps plus de cent raille che- 
vaux:, pris parmi les plus vigoureux et les plus nobles. Le 



Digitized by Google 



I 



— 175 — 

paysan, comme en France à cet(e époque, en était venu à 
eovier le mauvais cheval, sans taille ei sans %ure, per- 
suadé qu'au moins il pourrait garder celui-îà. 

Enfin l'Europe respira ; 1815 ouvrit une ère de paix qui, 
depuis, n'a été troublée que par des chocs intérieurs. La 
Prusse s'occupa de nouveau de l'amélioration de ses races 
èlie?alines; non-seulement les établissements furent res- 
taurés et rétablis dans leur prospérité première, mais en- 
core la consommation intérieure fut assurée. Le produc- 
teur, certain d'un débouché facile, se livra avec ardeur k 
rélève du cheval, et la l'russe doit mainlenaiit compter 
parmi les nations les plus avancées sous ce rapport; elle 
seule suffit k la remonte de sa cavalerie, aux exigences du 
commerce et du luxe, et livre encore à l'exportation un 
nombre considérable de chevaux supérieurs. 

L exportation étrangère est le sceau de la prospérité, 
comme l'importation est celui de la ruine des nations. L'a- 
mélioration primitive en Prusse eut lieu par le sang arabe; 
maintenant le sang anglais y est employé avec faveur. Nous 
n'entrerons pas dans les détails de la polémique qui s'est 
élevée à ce sujet, nous l'indiquerons seulement. 

Le vieux défeuseur du cheval arabe, M. de Burgsdorf, 
appelle au secours de son protégé les plus nobles souve- 
nirs. 

« J'ai vu, dit-il, en 1775, les superbes chevaux limou- 
c sius et normands, lils d'étalons arabes, amenés sur le 
« Rhin par les princes émigrés français ; j'en ai monté plu- 
« sieurs, entre autres ceux du brave et mallieureux Som- 
« breuil; en d'autres temps, j'ai vu les chevaux les plus 
« distingués de Deux-Ponts et d'Anspach, chez lesquels le 
<c sang arahe prédominait. 



Digitized by Google 



« Gettx tout i fidft orienUnn; da comte autficliieo War* 

« leosleben. 

« J'ai franchi, avec un. cheval du baras de Csartorwiskii 
« une palissade en piauches de six pieds de haut» en pré- 

«sence du véiit i îdile comte Linderiau, auquel je doiià iiies 
c faibles comiaissauces en science hippique. 

« J'ai moaté le superbe Uniffou; j'ai obassé le ceif à 
« Belsarr, le r^ard ^ Rveuach; chasses si importantes et 
n célèbres pour tout noble ëpoitsman. J 'ai monté les m* 
€ eomparabies chevaux de par sang du prioco Louis-Fer* 
« dinand, du comte de Lindenaa, du comte Ârnin Boite* 
« zemburg, de M. Marschal ei de beaucoup d'autres ama- 
« teurs» et je dois dire qu'ils ressemblaieni beaucoup plus 
« aux orientaux pour la forme, le sang, le» allures» la 
« sûreté et la durée, que les chevaux d'aujouid liui. J'ai 
c< monté aussi plusieurs chevaux de selle distingués de 
« S. M.t élèves du haras de Frédério-GuiUauiiie ou de 
u celui de Trakclmeu, tels que Rodric, Festin, BeUarine, 
a Narine et Marte, descendant tous de Ture^Mam-Aiti/» » 

M. de Buigsdorf se compare au vieui: lion, qui ne cède 
pas, même après la blessure ; il tombe de la colline sur 1» 
quelle il coiubaitait, mais, reprenant ses forces, il s'efforce 
de regagner la position qu'il ne veut perdre qu'avec la vie« 

On répondait à cela : 
' « Toutes les qualités qui forment le ineilleui cheva de 
« guerre se trouvent dans le cheval anglais^ pour lequel au* 
« cun fossé n'est trop largOi aucune haie trop haute» et qii^ 
« pendant des jours entiers, se tient aux côtés des chiens, 
« sur un terrain mou et difiicile, se lire du marais le plus 
« profinadt et dont les courses dans la plaine ne scuit pas 



Digitized by Google 



- 175 - 

« surpassées par les voilures à vapeur, mais seulement par 
a les aérostats et les pigeons courriers. » 

Ces qualités précieuses se trouvent réunies, non-seule- 
ment dans les chevaux du icgimciit MeUon-Mowhray, pres- 
que tout Ihorouyh-brecU ou à peu près, dans ceux des 
Oxford-bleus et des Seotck-greiiSf dont chacun présente l'i* 
d4al du cheval mililaire; mais aussi, dans les chevaux de la 
cavalerie légère et surtout a dans les chevaux du Yorks- 
■ 4t hire, de Tartillerie et des batteries de fusées. Dans la 
c même catégorie, il feut placer presque tous les chevaux 
« de carrosse, qu'on voit à Londres en si grand nombre 
« dans la Êisbionable saison. » 

Pour nous, nous Tavons dëjh dit, qu'Importe la main 
qui tient le flambeau, pourvu que ce soit la luiuière? 

Or, l'état de la question chevaline en Prusse peut se ré- 
sumer ainsi, d'après l'un de ses auteurs : 

« Le luxe, qui se remontait autrefois à l'étranger, se re- 
monte njaintenant dans le pa>&l 

a L'étranger même se fournit, chaque année, d'un grand 
pombre de chevaux prussiens ! 

a Donc la Prusse est dans la bonne voie l » 
On retrouve encore en Prusse rancienne race noli6 du 
Nord, dont nous avons dûju parlé plusieurs fois. Le haras 
de Trakcbnen, eu particulier, en possède des types remar- 
fuaUe8« 

En Prusse, comme dms le Medklembouig, et générale- 

nieul lia^is toute l'Allemagne, le soin des chevaux est porlé 
à un si haut point, que le premier domestique de la maison, 
auquel obéissent tous les autres, est celui qui a la charge 

des chevaux. 11 remplace, dil M. Marmier, dans la demeure 

4lu paysan, cet important fonctionnaire des anciennes mai- 



Digitized by Google 



I 



— 170 

8ons princières du Nord, ce mare-sckalidCf d'où nous est 
venii notre grand titre de maréclial. 

La Prusse a tout ce qu'il faut pour coiiipier dans les pre- 
miers rangs des nations cavalières du monde : sol fécond et 
climat tempéré, patriotisme éclairé, gouvernement progres- 
sif et ferme h la lois Les hommes de cheval de ce pays 
sont célèbres par leurs lumières et leur pratique savante. 
Les rois, à Texemple de Frédéric-Guillaume, accordent 
tonte leur prédilection au nohic animal qui fait «ne des 
principales forces de leur empire. La direction des liai as, 
confiée au grand écuyer du roî« forme une administration 
indépendante, et n'a pas a craindre les brusques change* 
ments de systèmes, ou les capricieux erremenls d'imbé- 
ciles théoriciens. Eniin, les bnllaots officiers de la land- 
wehr, toute cette jeunesse ardente, riche et intelligente» 
soit qu'elle se montre en habits somptueux sur la prome- 
nade de Berlin, soit qu'elle se livre au plaisir belliqueux 
de la chasse, dans les vieilles forêts où leurs pères chas- 
saient Turus et le bison, met son orgueil h faire briller le 
cheval national, coianie, en d'autres pays, on se met a pa- 
rader sur un cheval étranger. 

L'Autriche, proprement dite, n'a qu'une réputation se- 
condaire comme nation équestre ; c'est aux nations unies 
et surtout à la Hongrie, sa compagne chevalière, qu'elle 
doit ses coursiers les plus estimés, et ces établissemenlB 
gigantesques, soit publics, soit particuliers, qui font l'admi- 
ration de l'Europe. Le cheval autrichien n'était autre, an 
moyen âge, que le roussin allemand, cheval de bagage et 
de suite. Cependant, dès cette époque, de fréquents croise- 
ments avec rélalon oriental avaient modifié, dans les écu- 
ries des nobles et des grands, cette race grossière» et soih 



Digitized by Google 



4 



- 177 — 

vent ces destriers indigènes rivalisèrent, dans les batailles 
et les passes-d'armes, avec ceux, plus céiebres alors, de 
France, d'ËsfiagQe et d'Italie. 

Tourefoîs, ce fut vers la fin du siècle dernier, comme 
dans tout le nord de l'Europe, que des encouragements pu- 
blics furent donnés à l'élève du çbeval, et que des établis- 
sements furent fondés par le gouvernement. Uadministra- 
lion des haras se divise, en Autriche, en deux branches 
principales : les haras et les dépôts d'étalons. Les premiers, 
régis militairement, se trouvent sous les ordres directs 
du conseil aulique, et appartiennent spécialement aux 
contrées peu populeuses de Tempire. Les seconds se di - 
visent en plusieurs circonscriptions et sont destinés k secon- 
der Tadministration dans les pays les plus privilégiés par la 
fécondité du sol et Taisance de leurs habitaiiis. 

Les principaux haras de TAutriche sont : Mezocbegyès 
et Baboina, en Hongrie; Badaotz, dans la Bukovine; Ne- 
moschitz, en Bohème; Ossiak, en Carinlhie, et Biber, en 
Styrie. Ces établissements contiennent environ deux mille 
juments. C'est Ik que s'élèvent les étalons destinés à la ré- 
génération des races et k la remonte des écuries jiarlicu- 
lières de l'empereur. Le haras de Mezochegyès est le plus 
important de tous. Son ésistence remonte au moyen âge. 
n fut destiné primitivement à fournir l'armée d'un certain 
nombre de chevaux d'élite. 

Vers la fin du dernier siècle, l'empereur Joseph lui donna 
)e titre de baras impérial pour la cavalerie légère. Il était 
alors composé exclusiveinenl de juments et étalons hon- 
grois; plus tard, on leur adjoignit des chevaux de bicben- 
bourg et de Circassie; des juments du Mecklembourg, et 
dès étalons de races et d'espèces diverses, pris dans diifé- 
II. 12 



Digitized by Google 



rentes eoBtrée» de TËtirope; maintenant, enfin» [e sang 
arabe domine dans les repredncteurs de ce ham* 

I/établissement contient quinze mille hectares ; il possède 
environ trois mille chevaux, dont mille poulinières. 

Les elfiôers des haras soilt tirés des différents régiments 
de cavalerie; les borames de service sont ordinairement 
d'anciens cavaliers ; on choisit de préférence, pour soigner 
les efaevaux, les habitants de la Bohème ; pour gardiens de 
troopeam, les Hongrois, et pour eondocteors de bœnft, 
les Ë&clavuûs. 

Ce haras est situé sur le flanc d'nne vaste colline, dans 
un pays agréable et dené d^mte merveilleuse fertilité. L'a* 
gricidtnre y est bien entendue, aucune entrave administra- 
tive et tracassière ne vient déranger les plans d'améliora- 
tion et de perfectionnement que l'expérience et la marche 
des idées viennent y apporter. 

Le haras de Babolna est regardé comme le second de 
l'empire ; il est situé sur la rive droite du Danube, dans une 
▼aste plaine qui s'étend prèfs de Komorsa ; il contient dix 
mille arpents et renferme environ mille têtes d'animaux. 

C'est à Babohia ^e sont placés les étalons arabes les 
plus précieux. Cet établissement possède éncore des éta* 
Ions de race kladiup, remarquables par leur taille et leur 
conformation. Les poulinières sont de race hongroise et 
lipstzane. 11 y a aussi plusieurs juments arabes* 

Le haras de HadantK date de 17^ : il est Mtué dans le 
eercle de Bukowine ; il comprend une contrée tout entière, 
qui touche à la fois au Siebenbaryen, à la Hongrie, à la 
Qallicie, k la Moldavie et k la Yalachie. Sort territoire oc-' 
cupe dix-sept villages : il est arrosé par la Stuschavf^a, qé 
prend sa source dans les montagnes de Seletin. Le nombfc 



Digitized by Google 



des chevaux entretenus dans ce vaste haras ne Int, d'abord, 
que de qaatre cent cinquante, mais bientôt il fut porté à 
quinze cents. Go nombre serait, d'ailleurs, beaucoup plus 
considérable, si l'on y comprenait le dépôt de remontes 
qui y est joint et qui est sans cesse alimenté par des che- 
vaux de rUkraine, de te Benarabie, de la Moldavie et de la 
Valachie. 

Le sang arabe est encore la base de l'amélioration du 
haras de Radantz, comme de tons les antres ëtaUissemenIs 

publics de rÂntriche. 

Les chevaux des haras impériaux sont marqués de la 
lettre initiale de rétablissement où ils scmt nés; nous avons 
vu cet usage ancien répandu partout, et tenir lieu des gé- 
néalogies écrites (|ui sont d'invention moderne. 

Les dépôts d'étalons desservent sept contrées princi- 
pales; ils sont situés dans les localités suivantes : 

Vienne, pour la partie de TAulriche située au delà ei eu 
deçà de Lems; Hatschem, pour la Moravie et laSilésie; 
Nmlmrg^ pour la Bohème; GratSt pour riUyrie et TAih 
triche inférieure; Drahmme, pour la Gallicie; MedêdiêHf 
pour le Suebenbourg; Crems, pour la Lombaidie et Venise. 

Les établissements hippiques particuliers sont en trèa« 
grand nombre et fort considérables; dans Tempire d'Au- 
triche, le plus remarquable est celui du comic 11 iinpdy. Ce 
haras est situé à Keffel, dans le district de Neutra. Le type 
améliorateur et propagateur du haras de KelTet est le che^ 
val arabe, et plusieurs chevaux de cette race, aussi précieux 
par leurs qualités que par leur conformation, y sont em- 
ployés; mais, il faut le dire, Ih ne se borne pas la mardie 
suivie dans ce haras. Si le type est arabe, les soins et Tîn- 
telligence sont anglais : les chevaux sont élevés avec dou- 



Digitized by Google 



- iM- 
cear, laamés chaque jour, roiteuient nourris, dressés h tous 
les services et exercés de roanière k développer chez eux 
les qualités qui doivent assigner leur mérite comme reprc 
docteurs ou comme travailieure. 

Les courses* la chasse, les voj^es longs et pénibles, sont 
les é| H cuves par où passent les élèves du haras. Oa les voit 
parcourir d'énormes distances avec une vitesse prodigieuse. 
Us franchisseutordinairemeut les cent soixante kilomètres 
qui séparent Urmany de Pesth en treize heures, et, en onze 
heures, les cent quarante kilomètres qui séparent Urmany 
de VïcHttne* 

Un des étalons les plus remarquables du haras de 
Hunyady a été le célèbre Tajar. L'histoire de ce cheval est 
assez remarquable pour prendre place daiis ces pages, 

Ti^ar était né sur les bords du NU, dans le haras év 
pacha ; Mourad-Bey le mpnlait h l'époque où le sultan Bo- 
naparte conduisait les chrétiens 'a la conquête de l'Egypte. 
Ce fut ce noble coursier qu'il lança contre les escadrons 
français k la bataille des Pyramides. Jo/ar assisU à plus de 
vingt combats, et les cicatrices nombreuses qui brillaient 
sur sa robe d'argent attestaient la part qu'y avaient prise 
le cheval et le cavalier. Plus tard, Tajar devint la propriété 
du scheik Émir-bey, un des restes de ces brillants marne, 
lucks, qui n'avaient échappé aux halles des vainqueurs de 
Lodi que pour tomber sous les balles albanaises. Q^àuà 
le farouche Méhémet fit massacrer sous ses yeux celle cé- 
lèbre milice, Tajar devint le prix du sang; il fut donné i 
run des sbires du sultan, comme ces dépouilles des morts, 
d'où Voeil se détourne avec frayeur. Ce lut cette circon- 
slance qui facilita Facquisition qu'en fit le baron Feclitig. 
Tajar l'ut embarqué au Caire pour le compte du baron. 



Digitized by Google 



— 484 — 

mais sa traversée fut rude et périlleuse, il eut k supporter 
une violente tempête; embarqué avec d'autres chevaux, la 
place qui lui était destinée se trouva trop étroite; forcé de 
rester couché sur le tilJac» le tangage et le roulis ajoutèrent 
de cruelles meurtrissures aux cicatrices des batailles. 

En arrivant k Trieste, Tajar n'offirait qu'un bideux el 
sanglant squelette. Cependant les hommes de cheval recon- 
nureot en lui le noble descendant du pur sang d'Orient. 
MM. Heiss et de Yeltbeim le regardèrent comme un des 
types les plus parfaits de la création. Acheté par M. Appel, 
sa descendance a couiirmé le jugement qu ils eu avaient 
porté. Son nom est inscrit parmi les plus précieux r^éné* 
rateurs des baras de l'Europe. L'intelligmiee et la douceur 
accompagnent ordinairement, chez le cheval, les grandes 
qualités de race et d'organisation; Tajar en était une 
preuve : son palefrenier coucbait souvent près de lui sons 
les mêmes couvertures. Pendant la nuit, un cheval se déta- 
cbait-ii dans les écuries voisines, Tajar réveillait le dor- 
meur en le poussant doucement» comme Ba^d frappait 
récu de Renaud pour annoncer l'ennemi. Lorsqu'il se le- 
vait le matin, c'était avec si peu de bmît et tant de précaur 
lions, que le sommeil de wn camarade de lit n'en était pas 
Interrompu. 

Le haras de Ziokendorff appartient au comte Szechengi; 
il est situé dans le district d Œdenbourg, k quatre-vingts 
kilomètres de Vienne. CSet établissement date de 1815 seu- 
lement ; il est monté en dievaux et juments de pur sang an- 
glais. L'art el la nature se réunissent a ZinkendoriT pour 
en faire un des plus remarquables établissements de l'£u- 
rope. C'est Ik que s'élève la plupart des jeunes athlètes 

<9 



Digitized by Google 



— 183 - 

qui prennent part aux course^i miiilaire» en Hongrie depui» 
quel(pies années. 

Le liarat 4a prince fiiteriiasy M m des plus célèbres 
de ta Hongrie; il est situé a Ozora, sur la rive gauche (ie 
la Sio, dans le district de Tolna. Sa foodatiou remoote au 
cemioenoeineat du siècle deroiar. Des Utiûieiito coosidé- 
lables et bieik disposés, ^es coteaux couveris d une herbe 
hne et succulente , de magailiques prairies arrosées par 
des sources d eau vive, eu font un berceau privilégié pour 
rélève du cfaevaL Le type arabe se mêle au type anglais 
dans le haras d'Ozora ; on y élève toutes sortes de chevaux, 
depuis le fort carrossier jusqu'au cbeval de guerre, de 
cbftsse et de course. 

Non loin du haras principal existe un autre haras demi- 
sauvage, où s'élève encore le ci^cvai koogroiSi Âls dégésiéié 
du cheval d'Orient* 

Le haras de Déregigyhaza appartient au comte Coraly; 
son ten iioire occupe «n espace de quarante milles. 11 s'é- 
lève en pente douce depuis Féléyghola jusqu'à Messo-è- 
Hegyès, et renferme plusieurs bourgs et villages, peuplés 
dé plus de vingt mille habitants. 

Ce vaste domaine est presque uniquement consacré à l'é* 
lève du cheval. On peut se faire une idée du nombre de ces 
animaui, en pensant que la seule commune de Vasathely 
entretient, non-seulLuieni un haras sauvage de juments 
d'ancienne race hongroise, mais eneora seiié autrts établi»' 
semants, de deux œnts tétisebaoun, dont les produits pa^ 
sent généralémeilf à la remonte deî> dragons et des hussards 
de l'aimée. 

Le bar» de Bilwr Mt litué en «ytié. tes ou magoi- 
fiqne poâtkm, et possède de beaux pâturages dans ua jnys 



Digitized by Google 



à la (m iiMMita|Dm^ féc<>od. Le mmine des juneiiu 
«'élève eotiron k qaatfe-iriogts; le type arabe -y domine. 

Le haras d'Ossiak était autrefois un couvent de Bénédic- 
Uus, supprimé par l'empereur Joseph II. La nature avait 
Kefiifté eei Irésoi» à eette localilé ; il a fallu de grands eflorU 
et des défiricheiDeiiU conaidéiabies pour ramener h aa 
nouvelle destination. Ce baras est principalement destiné 
à iomàt de types leprodacteurs leedépéta d'étalena et lea 
eoBtiéM ireiaîiMw, 

L'ancien haras de Koiloitz a été fondu dans celui d'O»^ 
fiiak. 

Le èaraa de NamacUli M Amêm Babène les 

bords de l'Elbe et fait partie de la seip^neurie de Pardubitz, 
11 s'est formé des débris du baras de iiawxansloà ; le iiemhAa 
des {MMdûûkea eat dft eent ent iiiaii ; las ^élakms ppemment 
des grands km» de la fiongrie et de la BokoiwÉie^ 

Le haras de Lengyellotby a été fondé par un ^des liommes 
éa ciieinl les plus inleâligeals de TEuasi^ M. le bafen 4e 
Eeetatig. il «st MMé «laaS k diâtnot ée Samo^s, fcès du las 
Balaton, a une journée de VieHiie. €et établi sseiueut est 
eonacré fresque uni^ment à Télève du cheval araJbe et à 
aen erafecttieot 4ivec les liftes mas du Nord. Le mode 

d cdueation suivi chez M. le baron de Fcoktig icpoud à 
tous les besoins du seriiiee actuel; ses cbevaux sontiem- 
ployés de |eune àgeiit tiofaii de* lftnaws> let vm ttoanEteie 
succulente et af>pr<fipriée développe leur organisation <ft 
les prépare aux labeurs qui leur seroot imposés. Aussi, les 
dMftvami «éle^ far 'M. le èam 4a ^leohl^ mft*ite en 
grande répotalioA «n Antitelie. L'aiieUéoe ÉtUmne, IVmi 
des (râces les plus innommés par ses connaissances hâs^ 
ffa|nes,4esch» feifleai t4eyéi6^^ 



écaries. Ces chevaux sont, en gënëraiK de grande taille; 

ils ont du fond, de belles allures, beaucoup de liant et de 
bon vouloir; très-bons pour la chasse .et le manège, ils n'ool 
pas leurs pareils pour l'attelage des voitures légères. Le ha- 
ras de Lipitza, dans le Frival, possède une excellente es- 
pèce de ctievaux; leur origine esl espagnole; ce sont eux 
qui alimentent' le manège de Vienne, de l'École espagnole, 
qni porte encore ce nom, k cause du travail qui s'y exécute 
et de l'origine des chevaux qui y sont employés : die spa* 
tmche Schule, 

Les chevaux de Lipitza ont conservé le tride ét Télé- 
gance des anciens genêts d'Espagne, mais ils ont pins d'é- 
nergie que les chevaux espagnols actuels, un lond luepui- 
aable et une grande longévité. 

Ils se font remarquer par la force de leurs hanches et la 
puissance de leurs jarrets; les carrossiers de cette espèces'é- 
lèvent à la taille des plus forts carrossiers anglais, lis sont 
réservés spécialement pour la remonte des écuries de l'em- 
pereur, tant a TaUelaiie qu h la selle, et pour celle des ma- 
nèges de haute école et de campagne. 

On «ait que la Hongrie fut« dès les temps les plus reçu- 
lés, fameuse par ses races chevalines, et par le goftt de ses 
habitants pour les exercices équestres. Le proverbe dit : 
Lora termeU a eseogyar. Le Hongrois est né à cheval. La 
Hongrie tient plus aux habitudes de TOrient qu'à celles do 
Nord , quoiqu'un reflet de chevalerie brillât sous l'aigrette 
orientale des vieux Magyare^. 

Le cheval était un besoin pour ce peuple belliqueux, qui, 
conservant les traditions des Huns et d'Attila, ne combat- 
tait jamais qu'à cheval; aussi, les seigneurs hongrois 
«vaiealvils soin d'entretepîr un grand nombre de chevaux 



Digitized by Google 



185 — 

dans leurs vasles domaines, et Thistoire nous apprend quet 
lorsque les magnats s'écrièrent à la lace du ciel : « Mou- 
rons pour notre roi^ Marie-Thérèse!.. » quarante mille 
chevaux de guerre sortirent des haras à demi sauvages de 
cette héroïque nation. 

Les courses anglaises ont été introduites depuis peu 
d'années en Hongrie. Cette instituliou a trouvé un peuple 
touir préparé à la recevoir. 

Le Hongrois comprend que les épreuves de force el de 
vitesse sont les bases de toute amélioration raisonnée. Les 
courses, fondées d'abord par des souscriptions particu- 
lières» reçoivent maintenant une allocation spéciale de 
10,000 ducats. 

Elles progressent chaque jour, et il faut espérer que \a 
Hongrie, obéissant à l'impérieuse loi.de la marche des 
temps, ne laissera pas déchoir la gloire chevaluie» qui élève 
si haut sou noiu panai les nations. 

Ou lira avec intérêt la description suivante des chevaux 
hongrois et des habitudes équestres de ce peuple, due à la 
plume d'un voyageur français : 

« La population de la Hongrie oMre un mélange sii^u- 
, lier de Slaves, de Valaques, de Transylvaniens, d'Allemands, 
de Juifs et de Français même; car, par une de ces bizar- 
reries que la guerre explique cependant, il existe au centre 
de la Hongrie un village, un seul, peuplé de Français; son 
nom est allemand: il s'appelle Fûnf-Kirchen, c'est-k-dire 
cinq églises. Ses habilanls ont gardé notre costume el noti e 
langage, le lait est authentique ; quant aux chevaux, nous 
ne voulons pas affirmer qu'un sang français coule encore 
dans leurs veines. 

« Le Juii', comme parti^ut, n'est qu'un vil paria rejeté 



Digitized by Google 



— 486 — 

d*titte ^mHHée diilB i'mte^ et n'ettpMaol des pijB qa'S 
imterse «tué 8dD <yr et sâ haine pour les ehféliens qu'il at* 
irape de son mieux. Tous ces usurpateurs du soi hongrois, 
plus ou moias eùaiskm à ses lois, n'ayant en dans lears di^ 
férentes migrations aticone infloenœ sar la race chetaline, 
iiouh iie nous en occuperons pas. Les invasions turques 
sont les seules qui aient pu amener quelques ciiangements; 
mais nos eonnaissances k cet ^aid sont trop bornées pour 
que nous puissions en parler, quoique nous soyons en droit 
de supposer que ces invasions aient laissé du sang oriental 
dans le pays. La nation hongroise, proprement dite, est di* 
fisée en trois classes : celle des magnats on seigneurs, 
grands propriétaires, souverains de leurs domaines, rois de 
leurs vassaux; edie des edeUmte on noUes, et celle des 
paysans. 

<r Voyons maintenant qnelle place occupe le cheval au 
milieu de ces trois grandes castes : 

ec II y a en Hongrie quatre espèces de che^raux bien dis- 
tinctes : la race priuiUive dégénérée; la race conservée et 
améliorée dans les haras du pays par d'heureux, croise- 
ments avec des cbetanx venus des provinces septentrio- 
nales, et la plupart régénérés par les étalons royaux des 
haras de Mezochegyès et de Babolna; les YoukerSf et les 
chevani de demi-sang; enfin, les chevaux de pur sang. 

et La race primitive dégénérée appartient exclusivement )i 
la classe pauvre du pays. Ses chevaux sont faciles à recon- 
naître. D'une taille excessivement petite, ils rappellent un 
peu nos poneys bretons ; ils ont, en général, la tête forte, 
les yeux beaux, les oreilles mal attachées, la queue peu 
fournie, la crinière longue, les reins bons, les pieds bien 
bits, la croupe avalée, les jarr^ larges et poissants, lepoîl 



Digitized by Google 



fmaque toujours btti4NniB, quelquefois aiezao, mreiiieiii 
gris; beanooup pkis do sooliOB dmo k» allures que de n> 

tesse. 

« Leuis jeux vife et inteUigeots» leurs extrémités sèches 
et iierveiiBee, et tour ineonifiuaMo éûeigie qui réiiBie à 

une faiigiie constante, su manque absolu des soins, k Tin- 
tempérie des saisons qu'ils bravent eu tout teai|>s, jour et 
nuit ; telft sont les cmetèiee qui truhiMnt euoofe okeu 
cette race une noble ori^e. Le férîiible connaisseur ne 
peut s'y méprendre. A Texamen seui des membres exempts 
de taies» k l'âge même de vingt ans, il faut bien reoon- 
naltie un sang généreux. 

« Oaaïïtau voyageur ignorant et liHlifférent qaiuaversela 
Hongrie, il yous dira, comme cet auteur anglais dont j'ai 
oublié le nom : « 11 exisie dans la terre dee magnats un 

« petit animal qui ressemble un peu au chev:il. mais qui 
« n'est pas plus gros qu uu chien ; on l'appelle vorspann^ et 
€ les pajrsanus'en servent pour les travaux de Tagrienlture.» 
Ces petits animaux, qu'on désigne en Hongrie sous le 
nom de chevaux, n'en déplaise à Tauieur anglais, font le 
service de voispann, et nous allons expliquer la véritable 
signification de ce mot : 

« La poste, en Hongrie, n'est autre chose qu'une espèce 
de service organisé par les paysans ou par les edellente, - 
propriétaires de cbevuux; ily en adeux sortes : la poste rë* 
servée aux gens riches ou pressés, établie sur les grandes 
lignes seulement, est servie par des chevaux de chois de 
la race améliofée» mais commune, généralement petits de 
taille; ils se rapproehent aussi de tm chevaux brétons t ce 
n'est d'ailleurs pas la seule analogie que nous trouvions 
entre ces deux pays. Cette poste est fort cbère, mais d'une 



Digitized by Google 



— i88 — 

granée vites^^e; dous avons vu faire ea vingt beureft le trajet 
de Pesthk Vienne, c'est-k-dire soixante lienes allemandeSt 

et par un lem[)s de neige. Malheureusement, nous le disons» 
c'est seulenieiii pour les grandes communications qu'on 
pettt recourir à ce service. Les diligences, et il y en a peu, 
ont des relais particuliers qui vont assez mal. Dans l'inté- 
rieur du pays, il n'existe véritablement que le vorspann. Ce 
mot, formé de deux moUs allemands» spmnen atteler, et 
vor devant, signifie attelage proprement dit; il désigne une 
paire de chevaux, quelquefois deux, et même la voiture par 
extension. Dans chaque village, on trouve un homme pré- 
posé à la distribution des chevaux aux voyageurs ; ii cmpule 
avec cette fonction celle de rendre la justice, en distribuant 
à propos des coups de bàion ; aussi TappeUe-t-on juge. Lors- 
qu'on voyage, pour être sùr de ne pas coucher sur la route» 
il feut faire prévenir de village en village; car ce service, 
comme tous ceux qui sont imposés, se lait avec une grande 
négligence. Les chevaux de paysan n'entrent jamais dans 
une écurie : ils sont passablement nourris, mais d'une so- 
briété remarquable; ils sont réunis en troupeaux très-nom- 
breux, nuit et jour, dans des pâturages, k la garde d'un seul 
homme. C'est là qu'on vient les prendre pour s'en servir au 
champ et sur les routes. Cette race s'élève à la grâce de 
Dieu. Les juments travaillent jusqu'au dernier moment; 
aussitôt que le poulain peut se tenir sur ses jambes, il suit 
sa mère dans des courses souvent tort longues; aussi son 
dressage est l'acile, et, lorsqu'on veut le soumellre au joiig, 
la lutte entre l'homme et le cheval ne laisse pas longtemps 
la victoire indécise. C'est dans le pâturage même que le 
jeune Hongrois s'essaye à une équitation improvisée qui 
manque rarement son but. 



Digitized by Google 



« Le petit cheval du paysan sert aux travaux de l*agricul- 
ture daos une graiule partie de la Hongrie ; les terres sont 
légères, et deax petite ehevaox soflisent k traîner la char^ 
rne : ailleurs, oo se sert de bœofs et de buffles. Rien de pins 
curieux qu'un vorspann hongrois : nous convenons de dési- 
gner ainsi ebevai et voiture, si tant est qu'un long panier 
d'osier fiiit en forme dé Y posé sur deux fourches de bois, 
adaptées h quatre roues, mérite le nom de voiluie. (l'est 
cependant là le véhicule de tou& les paysans; c'est celui de 
la bonne ménagère qui se transporte au marché, de l'offi- 
cier que le devoir ou le plaisir appelle d'une station à une 
autre; et nous avons entendu dire à plus d'un que, couché 
sur une ^isse botte de paille, la pipe k la bouche, bercé 
par Tentretien monotone du cocher avec ses chevanx, sous 
un ciel étoile, et pourvu que le theruionuHre ne marque pas 
diX'huit degrés de froid, on peut encore faire de beaux rêves. 
Le service des troupes se /ait entièrement par vorspann : 
les régiments u ont pas de fourgons comme en 1 r^mce; à 
cha(}ue changement de garnison, on impose aux villages 
qu'il faut traverser le nombre voulu de vorspann pour les 
bagages des officiers et des soldats. Dans les stations, ce 
sont encore les vorspann qui amènent les iourrages, les 
munitions et tran^ortent les malades : tout cela à la charge 
du paysan. Les paysans montent presque toujours un de 
leurs quatre chevaux, iudilïéremment celui de devant ou 
celui de derrière ; ils ont une selle en bois, recouverte d'une 
peau de mouton; le harnais se compose débouta de corde 
et de cuir; les chevaux n'ont, à vrai dire,, que des traits et 
une têtière de bridon. Quand le charretier mène sa voiture, 
ce qoi arrive assez fréquemment, c'est au moyen d'une seule 
corde qu'il dirige les chevaux ^ droite, à gauche» ou les ex* 



490 ^ 

cite suivant l'impalsion donnée ; nous n'avons jamais pu 
camprendre ce geiure de manège. Maigre le peu de soin 
qu'il doDiid ^ son dimU le Hoafproit l'aiTeolioiiBe singuliè- 
rement ; 8^1 néglige de lui donner une eouverturo quand il 
a chaud, de le panser quand il est sale, et même de lui don- 
ner de l'avoine, e'eel qu'il est parfaitement oonvainou qu'il 
n'en a nul beaofa ; en revandie, U lui prodigue les tennM 
les plus lendres; il ne le rudoie jamais : an léger coup de 
fouet donné à regret vient à l'appui ik& soliicitaiious i^s plus 
donoea* G'eal toujours en rappelant par son nom que le 
Hongrois sollicite son cheval d'aller plus vite, et ces noms 
sont tous d'une poésie qui ierait bien rire nos charretiers, 
si on les engageait à suivre un si bon exemple. Après avok 
monté une céte, le Hongrois deseend gravement de son 
cheval, lui lire le toupet, passe sa main sur le rein, et finit 
en tirant la queue. Jamais vous ne lui lenes& négli^ celle 
opération, qu'il renou?élle souvent pour tom son attelage; 
il prétend ainsi rétablir une circulation plus énergique. 
I^ous laissons k d'autres le soin d'expliquer l'origine d'une 
coutume dont nous n'avons jamais bien compris Tefficaeilé. 

m En voilà bien long sur ces petits chevaux, pour les- 
quels vous auriez un profond mépris, si nous pouvions vous 
les montrer, à vous surtout, mesdames, habituées à voir la 
poussière des Ghamps-Élysées se soulever sons les fers de 
vos superbes purs sang, qui, tout tiers qu'ils sont, sem- 
blent Picore empnuiter un nouvel oigueil à la conscience 
de leur noUe fardeau. Tous ne voudriez pas nous croire^ 
si, vous (lésignaiit un pelit auiiual maiiire, sale, ubaltu, 
nous voufi disions : Voilà un descendant de cette race arabOi 
dont le sang coule dans les veines de ces chevaux» si beaux 
et si ardents, qui vous font voler au gré de vos désirs, lié- 



Digitized by Google 



— 191 - 

las ! n'en est-il pas ainsi de nous» mesdames? et pourrions- 
nom recoimaitre dans ces homme» d'aujourd'hui» ai ehélife 
d'appareoee, ai petita même dana leurs excèa, si faihlea 
dans leurs élans, ces géants d'autrefois, qui portaient en se 
jouant ka pesantes armures et les lourdes épées que noua 
poDiODS h peioe aonleTer ? Je ne aaia ai, entre ces denx coih 
trastes, l'avantage ne resterait pas eneore an d^^U iuais 
nous ne voulons pas pousser plus loin une comparaison qui 
deviendrait trop philosophique ^ propos dn quadrupède qui 
nous occupe. Gonaolons^ona de toutes ces grandea déca- 
dences liumaiiies, en vous parlant du cheval liuiigrois, que 
de sages croisements ont su en préserver. 

a La raee consenrée et arodlîojnée s'élève» partie dans left 
haras pai lie uliers, partie chez les edeileute aisés. Presque 
dans tous les haras et chez les éleveurs les chevaux restent 
lwi)ouis débets et ne sont nonms k Vavoine qu'k Tâge de 
deux ans. Les c\\e\'àux é\eyés chez les particuliers sont 
aussi hons» mais offrent beaucoup moins de distinction, tout 
en étant aasea beaux cependant pour faire honte à plus d'un 
attelage des Gbamps-Élysées. Les enltivateurs, les proprié- 
taires les aitellent par quatre. On croirait, k les voir traîner 
les légers chariots hongrois, que c'est pour eux nn plaisir 
et non un travail ; ils ont Fair aussi fiers que leur ma!ti«, 
sous un harnais dont la simplicité fait encore ressortir la 
beauté de leurs formes, leur bonne coudition et le brillant 
de leur pdl; car le harnais hongrois, même le mieux con- 
ditionné et le plus élégant, ne couvre jamais le corps du 
cheval; il n'y a ni reculement, ni croupières, ni sellette^ 
mais un collier et deux tnJts en cuir double, et, pour rêner 
le cheval, une simple sangle aussi de cuir, quelquefois en 
tresse rosige, avec un crochet. Tout le luxe du harnache- 



Digitized by Google 



ment se concentre sur la (été, où de longues lanières de 
cuir, plus larges à leur exUeniilô» el lixées h la tôlière de 
la bride, pendent sur le nez du cheval et descendent quel- 
quefois pins bas que le poitrail. Ces ornements sont d'un 
effet assez gracieux, ei nous les préférons de beaucoup à 
ces petits lambeaux de drap rouge et aux clochettes des at- 
telages polonais. C'est Thiver, attelés à des traîneaux ra- 
pides, qu'il l uu voir les chevaux liougrois dans leur plus 
belle parure ; mais l'on sait assez que les chevaux do traî- 
neaux portent pompons et grelots, pour 4}u'il ne soit pas 
nécessaire de le redire ici. Les chevaux hongrois sont, je 
crois, habitués à fouler aux pieds la neige et la glace sans 
danger ; peut-être le doivent-ils aux crampons vissés que, 
par parenthèse, nous ferions bien d'emprunter k ces peu- 
ples qu'on regarde presque comme demi-barbares; il est 
certain que les chevaux hongrois affrontent neige et glace 
sans se ralentir, et que leurs pieds sont aussi fermes sur le 
sol glissaut que sur l'hippodrome le mieux sablé. 

a Rien de plus joii a voir que le cheval hongrois aux 
courses du pays» courses sans af^jsurat et dont le costume et 
la bonne tenue du cavalier font tons les frais; un ducat, . 
une timbale, souvent uu objet de moindre valeur, sont les 
prix que se disputent vingt ou trente jeunes HongKois, tous 
fils d'éleveurs. À peine âgés de quatorze à quinze ans, ils 
commencent a lutter sur le champ de bataiile, où les obs- 
tacles ne manquent pas ; un terrain presque toujours rabo- 
teux ne ralentit pas leur ardeur. Sans autre ornement 
qu'une bride avec ses longues lanières flottantes, que le 
vent et la rapidité de la course font voler autour de lui, le 
die val, fier et impatient comme s'il pressentait le triomphe, 
laisse h peine modérer ses élans vigoureux [tar son cavalier; 



Digitized by Google 



— 493 - 

eelai-cit fixé sur le poil luisant de son coursier, n'a pour 
appui que la force des genoux et conserve presque toujours 
une pose académique; les chutes sont assez rares et la vie- 
toîre est chaudement disputée. Ces courses ont lieu an trot 
et au galop, deux fois par an, dans toutes les provinces où 
on âëve des chevaux. Le costume hongrois contribué beau- * 
coup & donner de la grâce et de rorigînalitë à ces réunions 
d liomnies et de chevaux. Ce cosiume se rapproche un peu 
de celui de nos paysans hielons : le chapeau, rond comme le 
leur» est cependant relevé tout autour en forme de gouttière ; 
au lieu de guélres, ils oni la belle ou le brodequin, la cu- 
lotte de toile ou de drap excessivement étroite, serrée au 
porps par une étroite ceinture de cuir, la pelisse jetée sur 
Tépaule à la manière des hussards; leur veste longue, pres- 
que toujours ornée de brandebourgs, est ouverte sur la 
poitrine ou boutonnée à volonté. C'est seulement les jouri 
de féte et de cérémonie qu'ils portent la pelissè ; ces jours- 
là, ils ornent leurs chapeaux d'une plume de coq ou d*aigle» 
lorsqu'ils peuvent s'en procurer; à défaut de l'une et de 
l'autre, ils se contentent d'une branche Verte. Les cocherà 
iKjDgrois portent le même costume, de plus uu immense 
tablier de toile blanche. 

« Si le Hongrois est habile cavalier, il n'est pas moins 
excellent cocher ; rien n'égale la hardiesse de ces auioraé- 
dons à peme sortis de l'eniance; ils conduisent avec une 
rare adresse quatre chevaux vigoureux dans des chemins 
bordés de précipices, sur un terrain accidenté et souvent 
dangereux ; ils ont uu sang-froid dont on s'élunne, et se 
servent d'une manièrej merveilleuse de leurs immenses 
fouets à longues mèches tout en cuir; ils ont une manière 
de retourner celte mèche autour du manche qui ne la laisse 
11. 15 



Digitized by ^ 



^ 494 

jamais exposée à se mêler ; le coup de fouei est rare, mais 
toujours k propos et bien dirigé. L'amour du cbeval est 
inné chez le Hongrois ; il eu est de même, du reste, chez pre^ 
que tous les peuples voisins : nous avons parcouru la Po- 
logne, la Prusse. 1* Autriche, la Styrie, la Bavière; partout» 
Bon-seulemeut ou s^occupe sérieusement de l'amélioration 
ou de la conservation des races chevalines, on attache un 
grand prix k l'art de Técuyer, mais encore on aime vérita- 
blement le cbeval pour lui-même. En Hongrie, les hommes 
(le toutes classes se font une gluire d'exceller dans l'exer- 
cice du cheval» ^it eu ^uidaul eux-mènjes leurs quatre you- 
kers, soit çn montant leurs pur sang. La hardiesse à cheval 
est portée chez eux k un degré où nous ne l'avons vu dans 
nui autre p^js, (uême en Angleterre. Un Anglais s'expose 
i^m 4^9 cour^ on de^ chasses périlleuses ; il risque sa 
YÎe dans un steeple- chase, mais il n'est pas seul, il lutte de- 
vant un puhlic qui lanime et Tencourage. Le Hongrois fait 
seller i^oa gheyal fi^YOri» c'est ordinairement le plus difficile, 
il sort sèql et dang l'endroit le plus écarté de son parc; il 
va lutter contre les troncs d'ari)re, les haies et les fossés 
qu'il a fait placer k dessein. S'exposer ainsi pour l'amour 
du danger en lui-même est, h notre avis, le sublime du 
genre. Les jockeys hongrois peuvent rivaliser avec les joc- 
keys anglais» et, quant aux coc)iers» uousdoimerions la pré- 
férence auY premiers. Nous avons vu des jeunes gens con- 
duire quatre yaukers dans un parc à allées tortueuses» tou^ 
ner les massifs et les troncs d'arhre, toujours au grand ga- 
lop» avec un succès et une audace qui nous rappelaient l'ha- 
bileté des anciens Grecs toumiaint les fameuses bornes de 
leurs hippodromes. Tout le monde connaît en Autriche ce 
Hon{;rois intrépide» dont le nom se mêle à tous les paris, 



Digitized by Goo^^Ic 



- m- 

k tons 1^ «arronsds ; nul n'a pu encore m disputer le prU 

en fait d'audace el de courage; b cheval, il n'est pas d'ob- 
stacle qui prisse l'eiïrayer; on \u traverser, au fjrand 
galop de son cheva), le Hanube glacé, et on Ta vu atteler 
qualie chevaux, à peine dressés, saps autre harnais que 
l^prs traita ilUf^Pb^^ ^^V le mQrs, On ço}pyrend <^ue Hon- 
grois m p^Qt ^TfKT ^ de puj§;siiicei qu'ep «'en çcca- 

panl beaucoup. 

a l^Q de» ç)^Y91i^ e^t ppuss^ très-loiq §n Bongrle 
dans touten |^ niai^99$ cop^dénibl^; i\ ^ ^ grand 
i^pipbre d'attelages et de qhevaux de selle, Les femmes 
n^ontçflt. pçH à cbey^l ÇA général ; C§peQ4îtf»A le goût dç Té- 
qnitaUçv emmm^ k su répandre p^i ell^» et «0i|3 se- 
rions étonnés gq'îl ne devint pas bientôt une passion, car 
elles ont T^pergj^ et 1^ grâce qui tant le^ bi lUaMles ama?Qne$. 
I^ie dQ U HoQgri^ est teUepii^t fa^Qf^lç ^ X^^ye dqi ebe- 
Yfit et la m^m est si natnrellen^ent portée h s'qçcQ^r de 

chevaux, qu'il n'est pas étouiiaiit de voir élever de Tnagui- 

fwa 1^^ ej^clu^U çmm mm j^^x W 

dienl anglais ; mis h Hongrois comprend trop ramélio- 

ration des races, pour ne pas aller cherçhei à sa source ce 

SjU)g Isimm gui i^ v^pqaeurs de presque tous iç& bip* 
podromes^ 1^ ymAim et^^v^ux d^ demi-sang, dont nous 

avons a peine parlé, sont des chevaux de laligue ; on les at- 
t^t^ pour deu^ e^ursions (oiqtdin^^ ; ^ Pest ^t ^ Vienpe, 
iam las $aer^ lont trsNs piir dei yaiiter^; ceci» nitps es- 
pérons, ne vous donnera pas une trop mauvaise idée d eux, 
ear Vi^naç est trop prè» de nous» maiotepant, pçMc que 
tQpt te iponde nç saebe pae qu^ m Ancres fm\ d*él^ants 
coupés bien menés, qui brûlent le pavé. Les youkers sont 
Udi9ttig^t)les et montrent beaucoup de sang oriental ; iU ont 



Digitized by Goc^^Ic 



« 



— m - 

l'encolure reaversée» les protubérances osseuses saillantes; 
leur œil est morne au repos, mais ils retrouvent leur ardeur 

à raclion: on dirait, à les voir pensifs et iiiélancoliques, 
qu'Us se souvieimeût des triomphes de leurs ancêtres, de 
leur liberté perdue» de leurs pâturages sans limites, de leurs 
courses à la i)oursuite des cavales hennissantes, qu'ils 
portent à regret le joug de l'homme, et que c'est seulement 
k la vue de l'espace que revient leur énergie; bien différents 
en cela do cheval anglais qui porte ses fers avec orgueil» et 
dont la soumission seiijblc être volontaire et libre. 

(( Cheval hongrois, youker, demi-sang ou pur sang. Tout 
cheval né en Hongrie est en quelque sorte naturalisé; on 
le croirait, du moins, à le voir figurer dans les brillantes cé- 
rémonies dont il lait Tornement : rien n égale sa fierté lors- 
qu'il porte son maître an milieu d'un cortège. Nons avons 
assisté h quelques-unes de ces fêtes qui excitent encore 
radmiralioû de tous les étrangers dans un siècle où i on 
n'admire plus guère» tant on est blasé» même sur le beau. 
Nous voudrions pouvoir vous donner une idée du coupd'œil 
offert par ces magnats dans leurs magnifiques costumes, 
avec leurs sabres» leurs ceintures émaillées de pierres pré- 
cieuses» leurs toques de fourrures, où une aigrette de dia- 
mant fixe une plume d'aigle, leurs longues chéropées, es- 
pèce de pelisses eu velours et fourrure jetées sur leurs 
épaules; ces fiers et nobles coursiers dont la selle, la bride 
el la chabraque étincellent d'or et de rubis ; ces évéques, 
chargés de leurs lourds ornements, sous le poids desquels 
leurs chevaux se relèvent avec orgueil, confiants qu'ils sont 
dans la solidité de l'éeuyer h soutane, qui se souvient en- 
tore du temps où le prêtre quittait l'autel pour revêtir l'ar- 
li.nre et combattre riufidèlel Mais il faudrait vous dire aussi 



Digitized by Goo^^Ic 



~ 197 — 

les costumes des dames, dont les robes h queue, brodées 
d'or, soût gracieusemeot portées par quatre jeunes |^e». 
La réunion de ions les corps de l'Ëlat, cbacun dans son 
costume, et, au milieu de tout cela, cette milice admirable- 
ment montée, caracolant sous d'élégants unilormes, etc.; 
et qoand nous nous serions épuisés à chercher des mots 
pour vous peindre ensemble, tous n'en auriez encore 
qu'une idée bien imparfaite : toute description est sem-> 
hlable à une traduction; quelque exacte qu'elle soit, elle ne 
rend jamais roriginal; car, tmte traduction est une tra* 
hison. » 

Parmi les peuplades mixtes, fleurons détachés du vaste 
empire d'Orient, que refoulèrent les principes du Coran, et 

que la croix rattacha au faisceau des peuples du Nord , on 
distingua longtemps une nation puissante, maintenant com- 
prise dans d'autres États : ce tut la nation servienne.. Les 
Serviens étaient d'intrépides cavaliers ; ils vivaient, pour 
ainsi dire, à cheval, et les bardes de ce p^y s nous ont laissé, 
dans de nombreuses poésies, les nobles souvenirs de leur 
gloire hippique. 

A défaut d'histoire contemporaine, nous citerons les frag- 
ments épars de leurs chants populaires, échos lointains 
d'un passé belliqueux. Ce sont, m général, des histoires 
d amour on de guerre, empreintes de ce cachet mystérieux 
qui caractérise les légendes du moyen âge. On retrouve dans 
ces fragments des détails curieux sur les mœurs» ^ habi- 
tudes de ce peuple et ses rapports avec les autres nations. 

Le héros fabuleux Marko rappelle le Renaud des lé- 
gendes françaises. Son chey^X Seharatft est calqué sur 
Bayard. La tradition raconte que nul autre que Marko ne 
pouvait le monter. Ce guerrier l'avait acheté d'un marchand 



Digitized by Goo^^Ic 



— 198 — 

âmbiilànt. C'était àlôM ofi^Ottltiii.filibie 'ôtmàlade» mâll, 
k ded titg)m eemliiè, te lïèm monmi Ibm «t ton Ui- 

têHigèûce. Il le pi'it avec lui, le soigna, le guérit, l6 dressa 
k m& les éxerdeéâ, et lui apprit, entré aiitrea chôséè, k 

« Quand Marko, disent-ils, eut vu le premièi' mousquet 
« et ^û'il ^ fiit assuré de soâ eflM, il se retira dàiis tinè 

« gfotiê prôfottde : e'eàt là qu'ésl âttdpèndtté &oû ë|>éé, 

« s'est ètidoi ini, étquê iSôn coUi^îef feé iiourril dô iftousse; 
« qu'il se réveillera pour réveiiir lorsque Téj^éê tôûibera à 
c terre» et que le cheval ne trouvera plus de . ^ûlbï Û 
nourrir. » ' t '-nui. 



liiéâlit, lift» é'i^Niélui «a idÉittëli; 
ii Miiai Ml éè Ma Aet«l tiélielé, 
Binm lei nnglM dà tetfe SdiMi 

. Et, careoint et flattant le cowiier: 
, écriants, dit-H, Aïoii aile rapide t. 

A id Ht'ktlhi^k aAk RtnUjolill 

Je te ferrerai de pur argent, 

Pepwafsentetd'or brani; .fv} > 

le te counini de eoie jusqu'aux genoux» 
' Ct dâ iNnges depnlà lei gMuiiit juii^'aiii ^ilds ; 

l'eMNfenêlMtkiHittledSfilld'e^, \. - il xi 

Et ie roitoerai de perles fined. 

Hais, si tu n'atteints pas la vnla, 

Je t'arracherai les deux yeux du front, 

Jfe briserai tès qoat^e pieds, 

Et jet'abandennarn seel ici, 

Mourant et chancelant d'arbre en arbre, 

Parce que Marko n'aura plus de frère. 

MarlM était assis, et se. dolectait à boire son tin noir; 
Mais le Scliaratz remarqua l'appr^chô des cavaliers, 
Et, frappant du pied U terre, 



Digitized by Goo^^Ic 



- - 

-Çi^'?^ 

* ^'^^^WTM^ 

Voyez comme i\ écame de rage, » ...^^^jg ^n-r^v r*^ 

Il tourne \a bride de son j^^*^ ^kJjm ro. ■ 'T 

n lai déchire les flancs à fW^J^ oë* nsr ^ 
Il veut écraser sous ses pie^ i t w > i| if^i||»; 
Mais c'est ce que ne souffre pjinl leMggi ^lW^ • 
Il se dresse sur ses deux pièda *'»^î^f™}j ,r 
Et, avec ceux de devailt, il ^^^"i^^^^^*.. 



Et, la saisissant violemmenl avec piwMf ^^^^ 
Il lui arrache de la tête ù l il 

Do telle sorte qu'eUe nage ^^^^^^^^ ; . r 

^ 

Des Turcs aucun n'échappa au m^g^ ^^^^ , , 

Excepté le seul Méhémed, le gouvBfiaWfj . . y., . 

Monté sur son coursier, P^'^^P^^œf^l^S^ ^ 
Tscbupitseb le poursuit, monté soflSn ^î^^fT* • 
Ils se poursuivent à travers la plaine, to«lWtîJ^^ ^ , j 
Ils se poursuivent pendant deux pleines beoMt* ^^^^^..^ .. ^ 
Méhémed ne peut plus fuir son ennemi, .^^ ; , , . .-^1 
Et Tschupitsch ne peut encore le saisir i 

Car le coursier du Servien est fatigué,^ ^ .• rii^i oi» ' • 

D a reçu des blessures, le noble coursièr! , ^ . 

sept cruelles blessures, le brave animal, ^^^^ y,^ 

Et pourtant il ne veut pas se laissèr valhcre t , ; a 



Le premier des cavaliers qui entend cet »^»;fî^. 
Il atUche à son côté le sabre étincelanli , , ^ 
D court à son beau coursier blanc, '^^.^ .^^^ ,j 
Son coursier blanc aux yeux ardents ; ^ ^ . 
Il lui resserre ses quatre sangles, , • - r 

Ainsi que la cinquième, une ceinture de soi^, _ , , .^^^ 
Qoaadil passe la bride au bon coursier, 
11 hennit de joie, le brave coursier de bataiUo ;^ . ^ , . ^ 
B creuse la terre du pied de devant; ^ ^ , ^ ^ 

Ilcreuseta terre, il redresse l'oreille, , j 

Que le cœur de Milosch s'en réjouit ! 

n semble annoncer à Milosch, le iidèle animal, 

Qu'aujourd'hui la bataille 

Lui laitaect do ^rieux souvenirs. 



— 200 — 

U seeood ctnlier qid ênteiid Tordre» 
Cmf^ Tfdnpilsdi S^jan, da n%e de Sj^jai : 
iMtement SUq» «'élance de sa tente ; 
Il ceint son sabre d'acier étineelant ; 
n court tefs son clieval, le l»ai«-ceriie, 
Qni tant un plan eainon d'or; 
Et pourtant U n*a pas eoOté au héros vn dinar. 
Car Tachupitsch Ta gagné sur le champ de bstailb; 
n Ta pria aiiTarc Peiso» aga de Méhémed, 
Et il le monte, à la honte des Tkircs. 
n hii resserre solidement les quatre sangles» 
Ainsi qoe la cbquîàme» une ceinture de «oie. 

Le troisième* enfin, c^cst Bogi^ewits Antoine, 
Le chef de Lonitai la blanche forteresse; 
n entend Tordre, et s*élanee de sa tente, 
Geint i ses flancs l'acier éblouissant, 
Court \ son coursier noir, ' ^ ^ 

Lui resserré fortement les quatre sangles, 
Et la cinquième, une cemture de aoie. 
Les coursiers sont sellés et let cavaliers rassemblés 
Car le More a'arma un jour en guerre, 
n se titit de ridies habits, 
Geignit son cimeterre damasquiné. 
Et sella lui-même sa grise jument arabe; 
Il la sangb de sept courroies; 
U la brida d'une bride tressée d'or ; 
' Il attacha eur ses flancs une blanche tentO) • 
Et, de l'autre cMé, sa forte msssue. 
n monta sur le dos de U cavale. 
Et, tenant en main sa lance de bataille. 
Il prit le chemin de la blanche Stamboul t 
Quand il arrire devant les portes, 
Il plante en terre aa forte lance, 
Attache i h hampe k jument arabe, 
Dresse devant les nmrs aa blanche tente. 
Et impoae un tribut à la ^nlle. 

c Angélina, na fidèle épouse, 
Mon brive alemn vitnl eneoret» 
Et l'épouse Angélina M iépon£t! 



— m - 

n ett «neutre en vie, ton M iknn; 

le l'ai nonni el toigné qfioi->intai«, » 

Et le héfM reprenant : 

« Angélina, ma idfile épouse, 

Tt, it amène dehors mon ben oonrner 

Gondoia-le à mon fr&M^edoptioii, 

A mon Probatim le forgeron Péro. 

Ka-lui de me ferrer mon aleian, 

Car je «eux nioi-n^boM aller an eomlMtt : 

Qu'il me le ferre de confiance et ^amitil; 

A. mon retour, je lui payerai ce aerrice.» 

L'un des frères ofl're en don 
Un coursier sans la moindre tache: 
11 tiC courbe jusqu'à leffc, le loa;_fueLn éLalûû, 

Tant il est cbai gé d'or et d'argent ! 

Ferrés d'or sont les pieds du coursier; 

Des ti èsses d'or et de soie bdlLcat sts lianes. 

Et utic at:raie étiucel uite décore son poitrail; 

Il porte la Vénitienne, la iiellc vierge, 

Qui, silencieuse, assise, lient sur le pomg uu faucoa« 

Et le Irère s .1 dresse ainsi ;iu fiancé: 

« Retjois pour présent le courtier et la vierge, 

Et la parure du coursier, soit d'or, soit d'argent; 

Reçois aussi pour présent ce noble faucon, 

Car Lu es le plus beeiu parmi tes frères.... . 't> 

Milosch s'incline profonde m eut sur son courtier. 

Et accepte avec politesse les pré&eata. 

liais ce que je ne pourrai jamais te pardonner, 
C'est tou penchant el ta prédilection 
Pour le waiwode servien Milosch, 
Parce qu'il est vigoureux et de bonne mino ! 
N'as-tu pas entendu raconter 
Qu une cavale l'a enfanté; 
Une cavale arabe de couleur pâle. 
Et qui est également la mère de son Kranich? 
Un jour, on le trouva sur l i litière, 
Suçant les mamelles de la cavale 



De là Tient qu'il est si prartd et fI fort. 
Mais, quand je pourrais lô parduiiiier ceeii 
Ce que je ne puis, ô frèrê ! le plsserj 
C'est ce que tu dis du jovial Relja ! 
Avec chaque chef boivent «leui cents SenieA*. 
Nul des Servieus n'est sans coursier ; 
De braves Servions, de bràves coursiera» 
Et ceux-ci de vraie race arabe. 
ÎIiUo s'occupe à ferrer son coursier. ' ' ' 

11 ne le ferre point commr on fi^n e Un c&ètld î 
Non, il le ferre de pliunli et d'iir^'ent. '' " • 

Le coursier trappe du [ned el se cabre, ^ 
Et Alillo dit tout bas au coursier : 
a Demeure, ami, oh! demeura», mon hrâTe coutâer 1 
. Si nous ramenons quelque, clio^c de bon» r>[<m«> 
Le bien sera pour toi comme pour mo4« ' ; o<i uio*' 
Je te tresserai une crèche d'aubépine ; ^: i'ill >> : it 

J'y mettrai des lis et des iœmortolles, " 7 ■ '•. .'.'i 

Afin lue tour à tour tu manges, tu t'amuses. ''i^>.i! 
M u?, si nous amenons quelque chose de maUvaift|v 
La mort sera pour toi comme pour moi. ' . si : 

Je te trelBet«i une crèebe de saules pleureuiii ' ' 
Je n'y mettrai que d'amères ellébores, 
Qui, loin de te lumiri le forent meimr*» 

U OOURSIEik 

a 0 jeune fille, ma douce émel 

N'as-tn pa^ vu mon coursier? 

— Je ne i'ai ni fu m aperçu; 

Mais, hier, je l'ai entendu, 

Comme attaché au tronc de k'énJUle} 

lî ntritait son mors bruyant. 

Et frappait du pied le pavé de marbre. 

Même ton coursier est irrité 

De ce que tu nimes deux belles à la fois, 

Aliwera et Tadora ; 

Celle-ci vient de donner le jour à un enfant; 
GeUe-là pleure, abimée de douleur I » 



Digitized by Goo^^lc 



LA JEUNE FILLE AiOUREUSE. 

Hier au soir, dans l'hôtellerie, 
Nous fîmes un somptueux repas, 
£t nous vîmes là une belle jeune fiUe, 
Dont la tête portait une couronne de flenn. 
Je lui donnai mon coursier à conduire : 
«I Bis-moi, bel alezan à la crinière d'or» 

Dis-moi, ton maître cst-il marié? » 

Et le coursiek- Idi répondit éà keÈùàtmi 

c mon, par le ciel, belle fille, pas encore. 

MoB maître n'aslpoinl marié; miis i l'automne, 

An prochain autonme, il peme i f ép<Nuer.....9 

El la jeane fille, joyeuae, dit au coursier : 

i je savais que cela fût vérité, bel alezan, 

lé prendrais mes àteiurs d'o# el d'Ai^ei^ 

J'ed gamiiail Un poitrail 

Oui, de pur argent je r e tner à i ei 

fit j'entottienia ton front de mon collier d'or t > 



CHAPITRE VIIL 



Le cfaertl en Amérique et dans les colonies. — L'Amérique du 8od. — Les 
eberanx saamg». — Les GaiidiM. — L'Amérique dtlIord.mç litfllifiiiwiM 
•--Lespnirût.--Seintp>DoaiûigQeetCakMi. ■ ruO 



Lorsque Christophe Colomb aborda aux rives incoDoaes 
qui devaient devenir la jeune Amérique, ii trouva un peuple 
sauvage, mais chez lequel avait brillé une certaine civilisa- 
tion. Gomment le premier homme avait-il pénétré dans cette 
immense péninsule? Quel peuple j avait apporté ces rudi- 
ments des arts que le voyageur, étonné, rencontra dans ses 
déserts et ses gigantesques forêts? Pdr qui furent bâtis ces 
palais détruils, ces obélisques renversés? et quels ossements 
renferment ces tombeaux muets, qui gardent le profond si- 
lence d'un passé mystérieux? Rien, jusqu'k présent, n'est 
¥enu éclaircir ces questions; seulement, tout prouve que 
l'homme et les animaux domestiques n'y sont point abori- 



Digitized by Goc 



— 205 — 

gènes, et qoe dé^ la dvilisatioD da rieox monde avail fiût 
de grands progrès, brsqn'nn hasard, «n naufrage on quel- 
que teotaiive iucouaue, peupla l'Âmérique pour la première 
fois. 

Qnei qa'il en soit, le vaisseau qui porta le premier homme 

sur cette terre féconde n^y porta pomi le cheval. C'est alors 
qu'il se passa un £iit auquel nous avons déjà fait allusion, 
et qui était marqué dans l'histoire de la eivilisation da 
monde, à savoir, la décadence de l'esprit humain, de Tin- 
leiligence, de la pensée ei des arts, sur uoe terre neuve et 
fertile, et au milieu do plus bean et dn pins riche climat. 
Lliomme civilisé, Thomme capable de b&tir des palais, de 
polir la pierre, d'édi/ier des villes» redevint sauvage ; il ou- 
blia sa patrie, ses dieux, sa langue et son génie, et se con- 
tenta de vivre de la vie fiicile que lui offrit un pays neuf et 
d'une fertilité merveilleuse. 

Ce fait, unique dans l'histoire, ne vient-il pas de l^absence 
dn noble animal, premier élément des rapports que l'homme 
est forcé d'établir avec ses semblables, pour entretenir le 
flambeau sacré des sciences el des arts? Nous avons vu le 
dieval présider h toutes les sociétés naissantes; nous le re- 
trouvons au seuit de toutes les nationalités, près de la tente 
des premiers patriarches, autour des obélisques égyptiens, 
surgissant de terre, en Grèce, sous le trident de Neptune, 
accompagnant la fugitive Didon sur le sol où devait naître 
Cartilage : une organisation nationale, sans le secours d'un 
cheval ni d un vaisseau, est sans précédent dans les annales 
du monde. Quand les vieilles nationalités semblent périr, il 
y a seulement déplacement du foyer qni les vivifie, il y a 
usure des ressorts qui les font mouvoir; mais l'activité, le 
mouvement, la vie, qu'entretiennent les communicatlotis 



Digitized by Goo^^Ic 



f^çiltjç, pe $OQt point éteints; ilg se ralluraeut ailleurs, 

aolu l'^idd d'in^iiUiùoQ;^ appropriées ^ l'épaqv^ m* 
lien qui leqr est pio^re. Aprte l'Égypla* la Grèoç; ^pr^ 

celle-ci, Rome; a[)rès Rome, l Europe moderne. 

Si quelques parias déshérité ont œeué I4 viei içauYflge 
dims les de l'Aflique, ç'eal qni^ te chauvi ne 
geait point avec eux dans le$ déserts de sable où ils s'égsrè* 
reui, sQmi>Ut>lçs, eq çel^, premi^ir l^l)it|iot d'^érique, 
dopt nous povs OQOupooB an ca momant. 

On peut dire que le cheval contribua puissaipnittiit % h 
conquête de TAmérique. Les cavaliers esp^^DQls, montés 
sur leurs belliqueux coursiers* parurent k cas paopiaa 
fants, qu'ils allaient soumettra, aqtant de f^ts h quatre 
jaaibes, de monstres étranges, mi pai iiu lioaime et cheval. 
Ils résistèrant à i*épée terrible d^ $yiU(|aUi d^ Uorl^ ; ils 
soutinrent avec intrépidité le feu du lnan^aat a^ Téolal du 
canon i mais les armes tomb^reni de l^qrs mains, à Tap* 
proche de ces nouveaux centaures ; ils sajai^rent à genoux, 

ati adorirant cat étra extraordinatrat qai aan^Pdait tmt^ 

notions de lanr in^HîgaïQe. 

{^ongtemps encore, après qu'ils furent désabusés sur ce 

P9int ; longtemps après ^'its eurent reconnu qua la aM^^i 
n'était qn'oo animal distinct du caYalier, ils penaaiani qu'il 

se nourrissait des ciKlavres des vaincus tués dans les ba- 
tailles, et que, quand uo cheval henqiisiût, p'i^tait pQur (^t 
mandêr é$ to iMr \iwmm^ «Ceua iniprai«ion« dit m voya- 
geur, ne s'est pas encore entièrement eOacée, car on ^ oil 
trèa-faremenl des Indiens de raaa tant k f^it pure se servir 
volpntaifanent du o^val 1 ils voiafaot généralamaat k pied, 
courant an petit trot, comme au temps de Montézuma. Une 
aversion pareille, et quelqueiois même un peu enfantine, 



Digitized by Goo^^Ic 



-Ml- 

«e maniânl» more ehti au h h vue d*un grand c^bi^n 4^ 
race çui'opéenne; et, en retour, ceii^Ltci se montrent Ha- 
gulièrement hargneux ï la vue d'up ipctigàOô : U lembkirii^ 
que, de pari et d'avtre, et par no ioetioel reepeclîf el tfftr 

(Jitionnel, ils ont conservé le souvenir de 1 époque épou- 
vantable où l'Espagnol faisais écraser soua les pieds de sos 
eheval la mellieaffei» lodien^ et lançait contre lui dea abieiie 
furieux qui le déchiraient.» 

. Bientôt, cependant, les chevaux devinrent familiers aux 
peuplas d'Amérique I non-seulement les vainqueur» las niiilr 
liplièrent dans leurs peaseaaioiii, nais encope ils établirait 
un grand nombre de haras deoi-sauvages, et laissèrent» 
dans las forets et les savanes» dea étalons et des oavalea* 
Fernand Cortez prie no soin partîenlier de propager la Ae- 
val dans ce nouveau mande. On le voit se plaindre, près de 
rempareur» de ce qiL'im gouverneur» jaloux, et envieiat 
défendit VeYpoTt&don des juments ponliniires dea antres 
provinces de l'Amérique j^our le Mexique; «car, disait-il, 
le voyage de la mère pairie est trop long, et le transport 
trop difficile et trop eoftlaux. n Plus tard, on fit venir dirao* 
lemenl des chevaux harbes et orientaux, parliculièreiiient 
pour la ISouveUe-Gallicie, et ou retrouve encore des traças 
d'un sang plus pur et plus généreux. 

Un siècle après la conquête, rAmérique possédait, rela- 
tivement, autant de clievaux que i Europe; et, depuis çç^Uj 
époque» d'innombrables troupeaux de chevaux parcouru^ 
rent ces vastes déserts dee deux Amériques. 

Nous II aileroiiâ d'abord de l'Amcrique méridionale. C'est 
principalement au sud du coulment aiïtéricain, sur les bord^ 
de la Plata, que les chevaux sauvages ont multiplié d'uoe 
manière remarquable. Il n'est pas rare d'eu rçocpntrer d^$ 



Digitized by Goo^^Ic 



0 



at- 
troupes de plus de dix mille, habitant chacune un canton sé- 
paré. Ces chevaux ont beaucoup déchu de la race espagnole; 
iU soDt, ea général, de petite Uiiie; ils ont la téte forte» le 
jarret bas, les haneliessaiilaiiteB^et Teiieolure épaisse; leur 
poil est oïdinairement bai-brun. Le cheval sauvage obéit au 
chef du troupeau ; il semble, que cet animai suit né pour la 
soumission : au henoiasement du maître, comme au son de 

la trompetle, il se répand dans ia plaine, s'anèle, tourne, 
se masse eu escadrons, s allonge en ûle, s avance. en corps 
snf l'ennemi, soit qu il conserve» dans la vie sauvage» le 
èouvenir de son ancienne domestication, soit que l'instinct 
qpe Dieu lui a donné ie porte à cette noble obéissance qui 
le rapprodie de rhomme, dont la destinée est d'obéir. 

L'instinet qui porte ces chevaux li se réunir ainsi en im* 
menses troupeaux rend leur voisiuage très-daugereux pour 
les voyageurs, en exposant eeuxHsi à perdre leur propre 
monture. Dès qu'une de ces hordes aperçoit des chevaux 
apprivoisés, elle les appelle avec empressement, s'en ap- 
proche autant que la prudence le permet, et, si Ton ne 
prend pas toutes les précautions nécessaires pour les empé* 
cher de s'échapper, ils auront bientôt rejoint la troupe iu- 
dépendanle, sans que neu puisse les engager à s'ai'rêter 
dans leur course vagabonde. Les Américains du Sud sont 
extrêmement adroits dans Vart de saisir et dompter les 
chevaux sauvages; ils emploient, pour cela, une longue 
corde* nommée UtssOf qu'ils jettent avee une étonnante pré* 
eision sur l'animal qu'ils veulent s'approprier. Dans chaque 
dislricl, il y a des hommes qui n'ont point d autre occupa- 
tion que celle de veiller k la marche des troupes de chevaux 
qui les habitent. Ces hommes, montés sur des chevaux au- 
trefois sauvages eux-mêmes, s'en serveut pour appeler ceux 



Digitized by Goo^^Ic 



I 



209 

q«i s'éloignent des Umîles du distnct. Ce sonl eux sussi qui 
sont chargés de saisir et d'apprivoiser les chevaux que f(m 

veut soutiieUre au service domeslique. Pour arriver k ce 
butt ils attirent la troupe dans un lieu dont elle ne peut 
s'échapper, se mêlent parmi elle, choisissent l'animal qui 
leur convient, et lui jettent le lasso aiUour du cou. Le che- 
val, qui se seul retenu, cherche à se dégager, et ne lail, en 
se débattant, que rendre plus étroit le noeud dont il est en- 
touré : la respiration lui manque, il tombe ; deux hommes 
se jetteul sur lui. et s'en rendeuL maîtres. 

Chacune de ces familles sauvages a un chef» auquel ap- 
partiennent des privilèges particuliers. Il est le sultan de la 
troupe, et son hareui est très-nombreux. Si quelqu'un ose 
empiéter sur ses droits, sa colère ne connaît point de bor- 
nes; il attaque k Tinstant son malheureux rival, le force k 
fuir, et souvent même lui arrache la vie. Le harem, qui doit 
être le pi ix de la victoire» regarde le combat avec anxiété* 
Quelquefois le vainqueur, tel qu'un glorieux conquérant, 
daigne admettre le vaincu au spectacle de ses plaisirs, ce 
qu'il ne ferait pas. sans doute, s'il songeait à rincoostance 
du sort, et s'il calculait que l'esclave aujourd'hui, devenu 
maître k son tour, retirera une ample vengeance des affronts 
qu'il a reçus. 

L'amour du cheval, le besoin d'une locomotion rapide 
que lui seul peut procurer, sont tellement innés dans le 

cœur de l'homme, que les peuplades les plus arriérées ap- 
prirent promptemenl à user du cheval. Dès la ûn du sei* 
sîème siècle, les sauvages des environs de Buénos-Âyres 
avaient de nombreuîiL troupeaux de chevaux. En 1680, les 
Indiens des Missions levèrent six mille chevaux pour com- 
battre les Portugais de la colonie du Saint-Sacrement. 
11. 1i 



Digitized by Goo^^Ic 



— 210 

Les plus célèbres cavaliers de TAmérique sont les 6an* 
cbos» peuplades vagabondes qui habitent les savanes, entre 

Buénos-Ayres et la Patagonie : Espasjnols d'origine, leur vie, 
presque sauvage, se passe pour ainsi dire à cheval ; ils voya- 
gent et chassent h cheval; ils dorment à cbeval ; ils pren- 
nent leurs repas h cheval. Ils se servent de ces hautes selles 
du temps de la chevalerie, qu'ont adoptées les peuples 
d'Orient^ et dont le modèle est connu, dans nos manèges, 
sous le nom ée selle à piquer» L'élrierse compose d'une 
petite pièce de bois ou lie corne tnanguiaire, étroite et 
creusée comme un saboL Le mors est pesant et semblable 
à ceux dont on se servait dans les anciennes écoles. Les 
bottes des Gauchos sont iaiies avec la peau d'un poulain 
naissant, qu'on tue à cet eflet. Ce tissu est ras et moelleux: 
la peau de la jambe forme le haut de la botte; celle du 
jarret, le cou-de-picd ; et celle du paturon est disposée de 
façon \k ce que le gros orteil puisse s'y emboîter. C'est, en 
effet, la seule partie du pied que les Gauchos posent sur Té- 
trier, usage qui leur est commun avec la plupart des tribus 
nomades de l'Asie, lis portent des eperous longs et poin- 
tus. Les Gauchos passent pour être les plus hardis cavaliers 
du monde ; ils montent, à la première vue, les chevaux sau> . 
vages qu'ils prennent au lasso, quand ceux qu'ils montent 
sont fatigués. Le lasso, semblable à l'arcau des Tailares, 
est, dans leurs mains, une arme redoutable; ils s'en servent 
pour prendre les chevaux et les bœufs sauvages, dont les 
peaux sout pour eux l'objet d'un commerce considérable. 
Us chassent aussi le chevreuil et le léopard, et même la 
perdrix, qu'ils forcent facilement k la course, et qu'ils pren- 
ueni au moyen d'un nœud coulant placé au bout d'une ba- 
guette. 



Digitized by Goo^^Ic 



De toutes les contrées de FÂmérique du Nord, la plus cé- 
lèbre, pour sa race chevaline et ses babiiudes équestres» 
est le Mexique. C'est Ih que les coutumes espagnoles ont 
imprimé» sous ce rapport, un sceau puissant et ineffaçable 
qui même a survécu ii celles de la mère patrie. Un voya^eoir 
a fait une comparaison très-in génieuse des Arabes de TÂt- 
gérie et des Mexicains qui doit trouver place ici. 

a Cavalier comme l'Arabe, le Èan^ro met son bonheur, 
sa vie tout entière dans son cheval ; c'est son premier bien 
et sa diviiio ressource, il ne s'en sépare qu'avec la vie. 

ce Comme i'Àrabe au cercle du foyer domestique, la con- 
versation qu'il affectionne est celle qui roule sur le cômpa- 
gnon de ses fatigues, sur le mobile de ses joies, sur son 
cheval; il s'anime en parlant de lui, ses yeux brillent, ses 
dieveux se dressent, 0 tressaille d'enthousiasme en éhu- 
mérant les tmllantes qualités de son alezan^ ou les grâces 
iiiiinics de son Tordillo aux crins noirs. ' 

« Sa femme peut être malade à la maison/ses enfants 
courir tous nus h l'ardeur dà soleil, pourvu que son chevâ 
ait au râtelier une bonne provende de flèclies de maïs et 
une mesure pleine de grain ; quand vient le soir» il dort 
sans souci l'intrépide centaure, tout lui sourit dans ses 
songes. 

a Les jours de fête, lorsque la criarde cornemuse dé- 
chire au loin les échos des montagnes pour annoncer la 

fête du village ou les enivrantes émotions de la place des 
taureaux, T Arabe d'Amérique prend sa plus riche selle» il 
suspend an pommeau le sac de cuir brodé de soie» d'or on 
d^argent qui rappelle le djébira des Arabes d'Afrique ; il 
met k son cheval sa belle bride enrichie d'étoiies et de crois- • 
sants d'argent» chausse son éperon k large molette» el' part 



Digitized by Goo^^Ic 



— ai2 — 

au grand galop, en soolevaiit d'épais nuages de poussière. 
De même que TArabe, il oe marche jamais gans armes, 
mais son anne, k lui, c'est l'épée ; la carabine se ^brique 
trop loin et coûte trop cher, la pondre est rare ; aussi n'est- 
ce pas de la carabine que se sert le paysan du Mexique pour 
exécuter sa fantasiat mais de lance et de sabre. 

a Du pins loin qu'il aperçoit un ami, il porte la main k la 
poignée de sa laite de fer qui ne raban donne jamais, lire 
cette lame quehjue peu rouiiiée, la brandit iièremeot au 
devant de lui, la fait tourner en cercle autour de sa téte; 
puis, poussant tout k coup ce cri de Saint-Jacques, auquel 
son cheval obéit comme le coursier de TArabe obéit au cri 
de guerre» il se lance au galop, les jambes tendues» le corps 
penché, Tépée flamboyante dans la main droite. Le voya- 
geur qui vient au-devant de lui en fait tout autant, les deux 
chevaux s'entrechoquent en s'arrétant court sur leurs jam- 
bes de derrière et labourent le sol de leurs sabots, les épées 
se croisent, les cris se mêlent. Après le simulacre de com- 
bat qui rappelle la rencontre de deux cheicks de l'Algérie, 
les deux cavaliers calment leurs dociles montures et, lais- 
sant pendre Tépée h la dragonne de cuu, échangent une 
cordiale poignée de main. 

« Les compliments d'usage sont aussi longs, aussi ex^ 
gérés, aussi emphatiques que ceux que se font en pareil cas 
les Arabes, etc. 

a Dans les fêtes locales, -pendant rintervalle qu'on laisse 
entre les différents combats de taureaux, les paysans mexl- 
cnins se plaisent a nnîsuiei laniôt leurs forces, tantôt leur 
adresse de cavaliers, tantôt la rapidité de leurs chevaux. 

« Un grand cercle se forme dans un champ ou sur la 
i)lace d'un village ; chevaux et cavaliers, serrés côte à côte. 



Digitized by Goc 



laissent au milieu ud grand espace libre, où les jeuoea 
gens, le htfut du corps na, la ceintnre serrée par une étroite 
bande de soie» vont se livrer k la lutte. 

« Les cavaliers qui arrivenl trop tard au rendez-vous, 
plutôt que de former une seconde ligne derrière la première, 
lancent leurs chevauic sur le cercle et s'ouvrent de fbree 
une place entre deux compagnons, comme le lion s'ouvre 
un passage à travers les lils du chêne le plus compacte. 

« La lutte commence, un silence profond règne dans l'as- 
semblée. Tant que la force des champions se balance, tant 
que leurs efforts, détruits par des efforts égaux, restent 
sans résultats, chacun retient son baleine, chacun attend; 
mais, lorsque l'un des dent athlètes, fatigué, semble laisser 
l'avantage a son rival, mille cris divers partent des coins 
opposés, encouragent le vainqueur, réveillent Ténergie de 
celui qui fléchit, modèrent l'un autant que l'antre, etc. 

c( Au printemps de chaque année, les Arabes d'Afrique 
se livrent aussi à de semblables exercices. Que de fois n'a- 
vons^nous pas vu, dans les plaines qui s'étendent auprès 
des grandes villes du littoral, cinq à six cents cavaliers ré- 
unis en cercle assister, sous la présidence d'un vieux cheuk, 
à des jeux athlétiques, où la jeunesse du pays déploie son 
adresse et exerce ses forces! 

« Les courses des deux pays offrent les mêmes rapports : 
deux cavaliers partent au galop sur un terrain uni, prenant 
la bride de leurs chevaux entre leurs dents, ou la laissant 
flotter suivant le degré de confiance qu'ils ont dans les 
jambes de leurs montures; puis ils se saisissent l'un l'autre 
et cherdient k s'enlever mutuellement de k selle. Us sont 
presque entièrement jetés hors de ligne verticale* leurs 
corps ne tiennent plus au cheval que par ia pression éiier- 



gique ddi» geiM>ux ; cet(e prÊftsion âutlil à la fois pour acti- 
-wr la course des deux quadrupèdes» le» tenir presqoe coUéft 
l'un k Tautre, et donner aux ri^raux on point d'appui solide» 
quoique mouvant. 

c( h&è deux hommeai les deux cbevaux, ne forment qu'un 
eorps porté sur huit jambes, dont les mouvements échap- 
pent à l'œil Uiu ils soal violents et rapides; les bras se 
nouent autour des corps» les têtes se redressent et s'incli- 
nent, ebaeun s'efforçant de dominer la téte rivale et l'obli- 
geant k se eourber sous la pression du menton. Les muscles 
sont tendus comme des cordes, ils dessinent leurs arêtes 
vigoureuass sous la chair ruisselante des bras ; les chevaux 
se méleht et jettent à chaque instant une rosée de sueur 
sur les brunes épaules des athlètes. 

a Tout à coup» Tun des deux aventuriers roidit les jam- 
bes,. écarte violemment son cheval en apport Téperon 
pour le porter en avant; en même temps il imprime au 
corps de son adversaire une terrible secousse» Tébranle» 
l'ttdèf e> la soutient un instant dans l'air en témoignage de 
sa victoire, et le dépose mollement sur le sol en arrêtant sa 
monture. 9 

Le cheval mexicain ast» €» général* de taille peu élevée, 

il est bien proportionné, plein de feu et d*ardeur ; ses mem- 
bres sont admirablemeiu dessinés et musculeux dans les ré- 
gions supérieures ; ses canons sent courts et tendineux; ai 
queue est iMote. et gracieuaaMent portée; en ne la eoupe 
jamais, mais, suivaiula mode bizarre du pays, on l'abaisse 
aatant que possible an moyen de caparaçons d'un cuir lourd 
etépais, Hamis de tenges et de moieeaux de métal» qui 
couvrent jusqu'au tronçon. Ces caparaçons, reste de l'an- 
cien harnais de bataille, se nomment encore : haucUers à k 



Digitized by Goo^^Ic 



- 9i5 — . . 

Cortès. Les ciievaux ne sont presque jamais ferrés au 
Mexiqae» excepté, seuiement, peodant les courses, les 
chasses ou les voyages dans les pays niuiuagiieux. Les robes 
les plus communes aux chevaux de ce pays sont le soupe 
de lait et toutes les variétés de gris. 

L*a11are la plus habituelle, ou du moins celte qu'on peut 
donner aisément aux chevaux mexicains, est l'amble : sohre- ^ 
paso. Cette allure» si douce et si commode pour les voyages» 
est connue» comme nous l'avons vu, dans le monde entier; 
usitée surtout an moyen âi^e, elle dispaiult b mesure que 
l^usage des voitures se répand de plus en plus dans les na- 
tions civilisées. 

Au Mexique, tous les chevaux naissent et sont élevés 
dans de vastes forêts ou pâturages, où ils viveut dans l'état 
sauvage jusqu'à Tâge de quatre à cinq ans. On les prend au 
lasso comme dans TÂmérique du Sud. La plupart des che- 
vaux s^habitueut promptement à leur maître; leur naturel 
est doux mais ardent; leur défaut est d'étrè souvent om- 
]l^rageux. 

Un dtabîissement avait été formé par le coTîite de Régla, 
d'après les principes de l'£urope : il était composé d'éta- 
lons et de juments de pur sang anglais; mais on dit (ju^ii 
n'a pas eu de succès. 

£n général, le Mexicain ne se sert de ses ciievaux que 
pour les monter, et n'emploie, k ce service, que les che- 
vaux entiers et hongres. Quant atix juments, elles sont 
exclusivement destinées h la reproducLiuu. On n'attelle que 
les mulets et les bœufs. Cet ancien usage a cependant 
éprouvé quelques exceptions, depuis que des étrangers et 
des entrepreneurs de diligence des Etals-Unis ont adopté 



Digitized by Goo^^Ic 



— 216 - 

l'emploi des chevaux pour rattelage, exemple qui sera 
promptomeat suivi. 

Les chevaux sont durement traités au Mexique, ils n'ont 
pas de litière, et ue mangeot que pendant la nuit; on les 
lait sortir de Técurie à la pointe du jour, on les panse, on 
les baigne, et, lorsque la toilette est terminée, on les attache 
à des piijuels placés sous les portiques qui entourent lès 
eoars ; souvent on les selle dès le matin, comme chez les 
Arabes. Âu coucher du soleil, on les ramène h l'écurie, où 
ils trouvent le râtelier et la mangeoire garnis, après avoir 
subi un jeûne absolu de douze heures. Leur nourriture con- 
siste, dans les plaiues élevées, en oi^^e pur, et, dans les val- 
lées, en maïs; point de foin; quelquefois, seulement, on 
les laisse brouter les extrémités des ièuilles de maïs. Au 
printemps, on leur donne, pendant quelque temps, des her* 
bes firaiches on on les envoie au pâturage. En voyage, tant 
que dure la marche journalière, on ne leur doiine pas la 
moindre chose k manger; à peine si on les laisse boire, 
quand, vers midi, on trouve de Fean dans le voisinage. Ar- 
rivé à la couchée, on les promène au pas jusqu'à ce qu'ils 
soient rehroidis; on leur ôte alors la selle et on les lâche 
dans la eour ouverte de l'auberge oik, pendant la nuit, ils 
' vont alternativement manger dans des crèches fixées sous 
des hangars ou se rouler par terre. 

Aucun cheval européen n'égaie en qualité, pour le 
voyage, le cheval mexicain, dont les allures agréables, le 
fonds, la sobriété, l'adresse et la sûreté sur les routes les 
plus dangereuses et au passage des torrents ou des préci- 
pices, ne peuvent être assez admirés. 

Les courses de chevaux au Mexique sont, quant aux 
formes actuelles, exclusivement d'origine anglaise. Les An- 



Digitized by Goo^^Ic 



- 217 -» 

glais établis dans ce pays ont, comme partout aîlleurs, in- 
troduit les usages, les modes et les distractions de leur pa- 
trie. Le mérite des chevaux mexicains, rhabileté des cava- 
liers, la passion des habitants pour les jeux de hasard, ont 
favorisé Tinslilulion naissante. Les courses les plus bril- 
lantes sont dirigées par des Anglais. Cependant il s'est 
formé déjà des sociétés d'indigènes dans le même but, qui, 
chaque jour, leiident h s'accroître. 

Nous doDDous ici le récii d'une course, due à la plume 
d'un témoin oculaire, qui olfre d'intéressants détails : 

« Je commencerai par parler d'une fort belle course k la- 
quelle j assistai et qui eut lieu dans une plaine aux environs 
de Mexico. Neuf Anglais, quatre Mexicains et un Colom- 
bien, avaient amené sur l'hippodrome vingt-cinq chevaux, 
tous de races indigènes, et dont chacun avait un nom espa- 
gnol. Ces animaux étaient vigoureux, agiles, et la plupart 
d'une grande beauté. La longueur de l'arène variait, sui- 
vant le genre des courses, entre deux cents a qinnte cents 
mètres, et je n'en vis jamais au delà de cinq cents. Cette 
distance paraîtra sans doute bien minime, comparative- 
ment k celles qui sont adoptées et parcourues en Europe. 
Mais bien peu de chevaux soutiendraient, par suite de la 
raréfaction de Tair sur le plateau si élevé du Mexique, une 
course plus longue en développant toute leur vitesse, tandis 
que les chevaux les plus ordinaires de ce pays parcourent, 
sans beaucoup d'efforts, une distance de cent à cent vingt 
kilomètres par jour, soit au trot, soit an petit galop. 

« Les courses avaient lieu sur un hippodrome, préparé 
avec soin et entouré de barrières. Quelques chevaux étaient 
montes par les propriétaires, d'autres par des jockeys. Ceux- 
ci avaieut d'élégants vêtements à la mode anglaise. 



Digitized by Goo^^Ic 



— 218 - 

«c Les poids étaient réglés comme dans les eoimes d'Ëu* 

rope; le plus léger était de 65 kilos 1/2, le plus fort de 73 
kilos i/2. Des tribunes couvertes étaieot préparées pour 
les dames et les spectateurs privil^iés; un grand nombre 
restaient k cheval on dans leurs voitures. 

a Uiie foule coQsidérable, tant a pied qu'à cheval, se 
pressait aux kmrrières; parmi les cinq cents cavaliers, tous 
en costume national, qui entouraient la lice, plusieurs mon- 
taient des chevaux magnifiques et de la pins noble origine. 
L'un des vainqueurs était un beau cheval gris» appelé Cavû' 
boht appartenant à un jeune Colombien. » 

Le même auteur assiste encuie a une léuuion plus im- 
portante qui avait attiré un immense concours de spécula- 
teurs* « Plus de deux cents équipages, dit-il, remplis <!e 
dames ; au delà de mille cavaliers et des milliers de pié- 
tons ^'étaient donné rendez-vous autour de Tiiippodrome; 
des paTillons, des tentes élégantes, des tribunes réservées 
et ornées avec luxe et élégance, entouraient l'arène. 

« Vingt-deux chevaux concoururent poui* différents prix, 
dont la valeur s'élevait à 800 piastres chacun. La distance 
à parcourir avait été augmentée jus(|u'k cinq cents mètres.» 

L'Amérique du Sud et TAmérique centrale ne sont pas 
les seules .portions du nouveau coulinent où Ton trouve des 
dievaux sauvages. Transportés au Mexique par les Ëspa* 
gndls, les chevaux se sont eux-mêmes répandus dans les 
contrées qui sont au nord. 

Les immenses prairies situées à Touest du Mississîpi 
renferment encore quelques-unes des nombreuses troupes 
de chevaux sauvages qui couvraient jadis le territon e des ' 
Indiens Koutonnis» à l'ouest des montagnes rocheuses, 
près des sources de la Colombie ; mais elles deviennent 



Digitized by Goo^^Ic 



— MO — 

chaque jour plus rares» et ce n'est plus que vers le mrd, 
entre le 4âr M 1^.45^ii^gré.4^ latitude» qu'oii en reoconCra 
des banileft considérables. Les jeunes étalons marefaent en 
troupes séparées, et Ton s '«a empare iacilement eu se ser- 
vant «de JoinenU, autrefoid sauvages» pour les attirer. Les 
Koulonnis montrent une adresse et une précision ëton- 
uantes dans la uiaoièie doiil ils leur jettent le lasso, dout 
l'usage s'est répandu sur les ri¥es du Mississipiy cooiine sur 
celles de la Plata. Selon le major Long, les Osages attachent 
la plus haute importance à se procurer cette espèce de che- 
vaux, qui est douée d'une légèreté sans égale. Pour s'eu 
rendre maîtres, ils entreprennent des diasses, qui les con- 
duisent quelquefois jusqu'aux bords de 1| rivière Rouge, 
dans le Canada. Lorsque les chasseurs ont découvert quel- 
ques-uns de ces animau:^, ils se divisent en trois bandes, 
dont donx se placent sur la route que les Chevaux doivent 
traverser, la troisième se mei k leur poursuite, el les pousse 
vers le lieu ou l'on a dressé l'embuscade. 

Les chevaux ont un grand prix et sont, pour ainsi dire^ 
nn objet de première néceitoîté parmi les tribus nomades 
qui fréquentent les vastes plames du Sarkatehwan el du 
Missouri; elles s'en servent pour transporter leurs tentes^, 
leurs familles d'un endroit à pn autre, et le plus vif désir, 
ruDique ambition d'uu jeune Indien, se hoïne à posséder 
un beau cbeval propre à la cba&se« exercice qu'il aime avec 
passion. 

Enlever les chevaux d'une iribu ennemie est considéré 
comme un exploit aussii glorieux que celui de tuer son ad- 
versaire sor le champ de bataille. La distance qii'un Indien 
parcourt, les privations qu'il supporte dans ses excursions, 
sont incroyables. L'homme qui a dérobé un cheval n'os^ 



Digitized by Goo^^Ic 



— MO - 

selÎTrer aa sommeil; il s'assied k la pofte de sa cabane» h 

bride dans une main, son fasil dans l'autre, tandis que son 
cheval est |>lacë derrière lui, les jambes iiées avec de ibrtes 
cotirroîes. Malgré toutes ces préeaulioDs, il arri?e souvent 
que le chasseur, accablé de fatigue, s'endort malgré lui; 
au bout de quelques minutes, il est réveillé en sursaut par 
le galop de son cheval» qui vient de lui être enlevé. Les 
Spokans, dont le territoire est situé dans le voisinage de la 
Colombie, et plusieurs antres iribus d'Indiens, ont un goût 
prononcé pour la chair de cheval» qui iorme une partie de 
leur nourriture. > ^ 

M. de Chàteaubriand n*a pas oublié la peinture du che- 
val à demi sauvage de l'Amérique ; il y mêle le poétique 
souvenir de deux Floridiennes qu'il a rencontrées an désert. 

a Les étalons de tons les âges et de tbus les poils, les 
« poulains et les juments avec les taureaux, des vaches et 
a des génisses» commencèrent k fuir et à galoper autour de 
« nous; dans cette confusion, je fus séparé des Greeks; un 
« groupe épais de chevaux et d'hommes s'agi^lommèrent à 
a Torée d'un bois. Tout a coup j'aperçois de loin mes deux 
«Floridiennes; des mains vigoureuses les asseyaient sur 
« les croupes de deux barbes, que montaient a cru un bois 
a brûlé et un Simmole. 0 Cid ! que u'avais-je ta rapiile 
«t Rabièra pour les rejoindre? Les cavales prennent lenir 
<t course, l'immense escadron les suit, les chevaux ruent, 
a sautent, bondissent, hennissent au milieu des cornes de 
« buffles et des taureaux ; leurs sabots se choquent en Tair» 
a leurs queues et leurs crinières volent sanglantes, un tour- 
ce billon d'insectes dévorants enveloppe Torbe de cette ca- 
« Valérie sauvage ; mes Floridiennes disparaissent comme 
« la fille de Gérés, enlevée par le dieu des enfers. » 



Digitized by Goo^^Ic 



— 221 — 

Les prairies sont habitées par des celons d^origîiie es- 
pagnole et par des indigènes rédoits li un petit nombre, 

tant à cause de la destruction qui en a été faite à diverses 
époques» qu'à cause de leur fusion avec les conquérants. 

Les cavaliers (caballeros) ont conservé les anciens coa- 
lumes CL les anciennes habitudes es[»agnoles. Ils portent le 
sombrero aux larges ailes» orné d'une bande de clinquant, 
la jaquette couverte de nattes, parsemée de boutons bril- 
lants; les calzoneros, singulier pantalon ouvert sur le cdtét 
depuis la hanche jusqu'au taion^ brodée bariole de toutes 
sortes de couleurs et chargé de boutons de métal. Une riche 
ceinture, de longues bottes en cuir, également couvertes de 
broderies, des étriers en bois ciselé, une selle gcume de 
plaques en argent, complètent le pittoresque eilet de cet 
équipement. 

Les Indiens indigènes, qui prétendent tous descendre de 
Montézuma et qu'on désigne sous le nom de pueblos, sont 
très-bons agriculteurs; les meilleurs chevaux sortent de 
leurs écuries. 

La principale des tribus iiidieunes est celle des Som- 
manches ; on lui a donné le nom de reine des prairies* Nulle 
autre tribu ne peut lui être comparée pour le mérite de ses 
clievaux, par les soins dont ils sont entourés et par l'habi- 
leté de ses habitants dans les exercices équestres. 

Le cheval est en grande estime chez ce peuple ; son in- 
fluence se manifeste même dans les relations de la famille^ 
et les plus douces jouissances de la vie. 

Lorsqu'un Sommanche a jeté les yeux sur une jeune iille 
et qu'il a cru voir qu'elle ne lui serait pas refusée, il tue 
un de ses chevaux, lui arrache le cœur et va clouer ce cœur 
sanglant à la porte de sa bien-aimée. La jeune Me le fait 



Digitized by Goo^^Ic 



pdtir, leeoupe en deax fNirties» en donne iiiie k son amant» 

mange Tautre, et le repas est la sanction du lien conjugal. 

Nous devons à M. Duflot de Mofiras une description 
pittoresque de la cérémonie fbnèbre d'un chef indien, em- 
porté par son cheval dans un aliîme. 

« Pour se faire une idée du lieu de la scène, il faut se â« 
gurer, sur le dernier plan, des montagnes de quatre k cinq 
mille mètres de haut, couronoées de neige a leurs sommets, 
et chargées, sur leurs filaocs, d'arhres magmiiques; au pied 
de ces montagnes, un torrent impétueux et d'une eUGrayante 
profondeur; en deçà, le plateau d'une prairie; derrière le 
plateau, de petits hois de chêne et de pins, entre lesquels 
s'élevaient les loges des Indiens, formées de pieux recou* 
verts de peaux de buffles, représentant diverses figures dV 
nimaux. 

a Sous la plus belle de ces tentes, entouré des femm^ 
de la tribu, reposa^it le cadavre du chef, peint de couleurs 
éclatantes, revêtu d'une rohe de hisou, et ses longs cheveux 
relevés en panache, indice de sa dignité. Âprès que le ca- 
cique, appelé k lui succéder, eut débité, .en accompagnant 
ses paroles de gestes expressifs, une sorte d'oraison fa- 
uèb(e, où il appelait le déiuut Taigle de la tribu, et compa- 
rait sa valeur à celle de Tours et sa prudence à celle du eas> 
tor, le cadavre fut solidement attaché sur son plus beau 
cheval, h Taide de lanières de peau de cerf. On plaça sa 
lance dans une main, son arc dans Tautre, les chevelures 
de ses ennemis k Tarçon de sa selle, h son cou et sur ses 
bras ses colliers de verre et ses ornements de cuivre ; puis 
on le conduisit, au milieu des gémissements des femmes, 
sur le plateau où les guerriers à cheval formaient un demi* 
cercle, dont les deux extrémités aboutissaient au torrent. 



Digitized by Goo^^Ic 



Le cheval prit place au cealre de ce demi-cercle, et les ca- 
valiers» agitant leurs armes, entonoèrent leur chant de 
guerre, dont rien ne saurait rendre Fexpressîon sauvage. 
Le cheval, épouvaulé, bondit sur le plateau, emportant le 
cadavre auquel chacun de ses mouvements imprimait une 
oseillation en avant et en arrière. 

« Arrivé au bord du précipice, il recula, les naseaux en 
feu; puis, revenant brusquement sur ses pas, il essaya de 
rompre le rempart vivant qui renfermait et qui toujours se 
rétrécissait derrière lui. Plusieurs fois Tanimal renouvela le 
même trajet et les mêmes ei forts ; mais enfm, frap{»é de 
terreur, poursuivi par les hurlements des Indiens et percé 
par leurs armes, il se précipita avec son fardeau dans le 
gouffre. Les cavaliers, arrêtés sur le bord, le virent se bri- 
ser sur les pointes des rochers, disparaître dans les flots 
d'écume du torrent; puis ils regagnèrent leurs loges en 

silence. » 

Les États-UniSt colonie détachée de la vieille Angle* 
terre, n'ont rien conservé des habitudes espagnoles qui ca- 

' raclérisent si puibsammentles autres parties de I Amérique. 
Là, le cheval est adapté aux besoins de ce peuple, né d'hier 
et vieux déjk piir Tintelligence ; ce n'est plus le poétique 
habitant des savanes, le père des barbes d'Abdéranie, c'est 
une machine intelligente et docile, façonnée de main 
d'homme à même une matière divine. Le cheval anglais a 
été porté aux États-Unis, et chaque jour des convois des 
types les plus précieux viennent retremper et accroître les 
générations qui s'élèvent et se multiplient sous un climat b- 
vorable et entouré des mêmes soins. 

L'espèce cultivée avec le plus de soin aux États-Unis est 
le cheval trotteur; le besoin d'une locomotive rapide» à 



Digitized by Goo^^Ic 



w 

travers d'énormes dislances, développe chez les habitants 
de celle coatrée le goùl de Tallure la plus favorable à une 
vitesse souleDae. De rapides trotteurs ont été importés k 
grands frais; un judicieux mélange du cheval de sang et de 
la jument indigène, et principalement Texercice habilement 
dirigé de génératiou en génération, a donné au cheval 
trotteur américain un mérite particulier dans sa spécialité. 

La vitesse de ces chevaux passe pour être maiiueiiani su- 
périeure à celle de tous les trotteurs connus. Les Améri- 
cains mettent un soin infini k perpétuer et k améliorer cette 
race précieuse. Des courses au trot, organisées par des so- 
ciétés, des paris considérables, et, plus encore, la vente à 
un prisL élevé des chevaux supérieurs, entretiennent, chez 
TéleVeur, une émulation constante. Une chose k remarquer, 
c'est que le gouvernement des États-Unis, sciujnt toute 
rimportance du trotteur» a favorisé, par tous les moyens 
possibles, les luttes faites k cette allure; mais en même 
temps il a prohibé les courses de vitesse, soit qu'il les re- 
garde comme inutiles, soit qu'il veuille éviter les inconvé- 
nients qui se sont attachés dans la mère patrie k cette in- 
stitution. 

Tout en applaudissant à Tesprit national et judicieux qui 
a donné aux courses au trot un grand développement en 
Amérique, on doit regretter que les courses de vitesse aient 
subi cette injuste défavour. Les unes et les autres sont 
Utiles; Tune est le but, l'autre le moyen; le cheval de sang 
ne peut s'élever qu'au moyen de courses de vitesse, et, tant 
que les Américains n'adopteront pas les courses de vitesse, 
ils continueront k être tributaires de l'étranger, pour tous 
les types supérieurs de leurs chevaux de sang. 
De même que sur le vaste continent américain, le cheval 



Digitized by Goo^^Ic 



^«9 — 

étak iiioo«itt4aiift leg Hes qui rarattaiDenl; SuiiH-Doiiiiagur 
spédalemeiit ne dut cet utile serinteiir qn*h la coinpagDie 

des jésuites qui Vy porta vers la lin du seizième sièeie. Les 
chevavi se mulUpUèrent rapidement k Sainl-Domtiigiie, le 
sol ei le eliaiat leur Ikient favofablet, et ils trouvèrent dans 
les savanes une abondante et succulente liourriiure. On 
les prend avec des nœuds coulants» formés par des cordes 
de lianes ; Jes vieux ehevanz se brisent souvent en tombant 
ou se tuent en se débattant quand ils sont pris ; les jeunes 
se laissent facilement dompter, ils (inisseut même par de- 
venir fort doux, mais ils restent quelquefois ombrageux. 

On dit que les chevaux de Saint-Domingue ne s'appro» 
client des rivières qu'avec de grandes précautions; ils dres- 
sent les oreilles, heornssent» regardent autour d'eux avec ' 
une sorte d'effroi, avertis par un instinct merveilleux du 
danger que peut leur l'aire courir la rencontre des caï- 
mans. L'intelligence du cheval à cet égard est si pro* 
digieose, qu'il préserve son cavalier des périkaaiis cesse 
renaissants dont le menacent ces redoutables amphibies, 
et les diverses espèces de reptiles malfaisaols qui peu- 
plent cette colonie. Non-seulement il sait fuir leur présence 
en emportant son maître, souvent malgré lui, à travers 
les rochers et les bois, en franchissant collines et val- 
lons; mais encore il se refuse k continuer sa route» il bon- 
dit, il se cabre; averti par ces signes certains* le voyageur 
s'arrête et bénit son sauveur et son tidèle conipai^uoii. 

Le pauvre nègre surtout, plus exposé, par la nature de 
ses habitudes, k tous ces dangers« sait mieu& qu'un autre 
apprécier Tulilité de cette heureuse prévoyance ; aussi, lors- 
qu'il rentre à sa case après le péril évité, il accable sou che- 
val de caresses, U. l'embrasse, il partage avec lui son mats 



Digitized by Goo^^Ic 



— — 

et set douées fiatatM; il élève, {nr la pensée, mi Aeval 

jusqu a lui, et s'écrie, dans son enlhousiasuie : « Si le che- 
val ae parie pae, e'eet qu'il m le ^ul pas. {Ça di mmdtfià 
n'ûpêiparié, pÊnequek u'apoi mM.) il ne dilpas, cet 
animal 1 il dit, ce monde ! au besoin il dirait, eel iMmine !.. 

L'ik de Uuba, la reine des Antilles, possède, depuis son 
oecnpation par les Espagnefe en 1511, ane mce de ehevani 
indigènes, emnte dans les fmréts el les savanes, senibia- 
ble à ceUe du continent américain ; mais, en outre, on y 
rencontre deux espèees principales, Tnne anoienne, que 
l'on distingue, dans le pays, sens le nom de morduidor ; 
Tautre, plus moderne, appelée race IroUeuse. 

Le mardmdûr a pqur aUure le pas r^leyé, ses battues 
sont k quatre temps; c'est l^ancien cheval du eolon avec 
lequel il parcourait d'énormes dislances sans fatigue ; aussi 
cette espèce, toute disgcacieuse de forme qu'elle était, ar 
t-elb été longtemps en honneur dansée, psjfs; encore main- 
tenant, beauceop de personnes y demeurent attaehées, et, 
contondant ses qualités morales et l'énergie qu'elle doit k 
une hérédité laborieuse avec une conformation irrégulière, 
tiennent h consemr ees déftiats et rejettent toute améKera- 
tion qui, sans altérer le fond, augmenterait les spécialités 
de celte race précieuse. 

L'espèce des trotteurs s'est formée du besoin d'une leeo* 
motion rapide à l'attelage qu'a fait naître là, comme par- 
tout, les moditications vicinales et l'adoption des voitures 
légères. 

Les planteurs, qui, généralement, sont tous ^veurs, pe^ 
fecticmoent cette espèce ()ar des croisements arabes ou an- 
glaisr et cherchent à. la faire rivaliser avec les trotteom 
américains. 



Digitized by Goo^^Ic 



<'«t ? ' ■■■■ -IT^ r»W}^ ij'^ffj;: --.tfo/ atrp iri'Hr 

CHAPITKE IXr' ■ '"''«^ * 

■>,■■■ ■<', :■■■ : ' , ^ .1 ' « : 

' ■ • • ■ ''P -st • 

Histoire des perfedionnemeote de U race chevaline. — llaces anglâises. -i- 
Us sportsmen. — Les jocHcyg. — Glitfipx célèbres. ^ HU^oire de 
Bcss, — Çoarses. duMea, fttoepie-dMUs. — Gloire hippique de Vf^n^ 
terre. 



AitiKBM MliilMiant II ftÊÊii» mÊdé^ iqmime éB 
nèiii»^%lil«m hax ¥MM «^llM^ e^ aux btenches fa- 
laises, h la poétique Albion, qui est ileveouei la fH|gi4ive 

Angleterf^ •• -.-v-.i] ^j.^- . - 

iuMpe vaillant ennemi, qui, a l'aide d'un pauiolisme eclaifé, 
d'iQâlituiions ibrtes, d'une patieaee séculaira^d'apeffloni^ 
«ihée$sii6 des obetaol^s, avei arnieM le rapim hippique 
a«x iiatîof}8 indolentes du eontînent. plus généralemenl 
favonsécb que vouâ cependant pai- le sol et par le climai, 
QmI ^ vaos avez Mt depsie les petits obevaai a»» mh 



Digitized by Goo^^Ic 



— 228 - 

dentés crinières qai repoussaient dans leurs navires les lé- 
gionnaires de César, jusqif à ces gracieux et rapides eoar- 

siers que vous laites voler sur les hippodromes tracés par 
vos mains, dans les tor& verdoyants dn Nord, les steppes 
desséchés de l'Ukraine, les sables de rAfriqoe, les pampas 
et les savanes du nouveau monde ! 

Les Anglais comprireot les premiei's, entre tous les autres 
peuples, la possibilité de remanier pour ainsi dire l'œuvre 
du Créateur, de façonner a leur ^pc chez les animaux do- 
mestiques rindividu et même l'espèce, de modilier la char- 
pente, de développer les muscles ou le système graisseui, 
de restreindre ou d'augmenter les (acuités locomotives ! H 
est facile de comprendre la nécessite où fut le peuple an- 
glais d'en agir ainsi. Resserré dans son ile peu fertile en 
général, pressé de tontes parts par les mers, regorgeant 
d'intelligence et d'or, ces deux grands leviers de toute 
chose humaine, accoutumé aux voyages qui lui faisaient 
connaître les merveilles que prodiguait la nature aux autres 
contrées, l'Anglais dut chercher les moyens de faire naître 
chez lui tout ce qui peut augmenter le bien-être et l'agré- 
ment de la vie. Som nn ciel lourd et dans un elîmnt froid, 
il eut le cheval du désert sablonneux de l'Asie; dans ses 
montagnes arides, le bœuf cotentin et la vache suisse ; il 
adapta k ses zones agricoles le cochon de la Chine et le 
mouton dTspagne, tout edb à forée de persévéranee, de 
constance, et, il laul le dire aussi, à l'aide d'une organisation 
politiqiie qmTéunit à la fois l'ordre et la liberté. Cette idée 
n'est pas veuve aux anciens, sous les pieds desquels s'ou* 
vraient sans cess(i des mondes nouveaux. Elle ne fût pas 
venue aux possesseurs des vastes déserts de Syrie ou des 
grandes steppes de Rnssidt ni aux penpIesaMJbeawHwaneat 



Digitized by Goo^^Ic 



- S99 *- 

favorisés par un sol trop fertile et un climat trop doux. Il 
faut que lé cerveau de rhomiDe soit frappé par le marteau 
dn besoin, pour qu'il puisse en jaillir une pensée féconde. 
C'est aiusi que la fable a peiut la reine des arts sortant un - 
jour» sous les coups de Vuleain, du front du maître du 
monde. 

En remonlanl aussi haut que possible dans les annales 
de la Grande-Bretagne, nous trouvons d'abord les Celtes, 
dont nous avons décrit ailleurs les habitudes équestres, 
puis l'époque saxonne, empreinte de cette mystérieuse in- 
llueuce que là chevalerie du Nord commençait à répandre 
sûr TËurope. Celle-ci nous a légué ses souvenirs de guerre 
et d^amour, où se confondent ia gloire du cbeval et celle 
du cavalier. Ici, c'est Alfred, élève de Charlemagne, por- 
tant line civilisation trop avancée à des peuples encore 
barbares, et se trouvant dépaysé parmi eun comme un 
cheval de sang parmi les épais i oussins des campagnes. 
Plus loin, Athelstan, suivant les usages polis de la cour de 
France, exerçant à la grande chasse ses chevaux et ses 
cliiens, visitant lui-même les coursiers de ses haras, et re- 
cevant en présent de Hugues-Capet quelques-wis de ces 
destriers français dont ia renommée commençait alors. 

On connaît les règlements que vit natti*e le dixième 
siècle en taveur des chevaux, les lois d'exportation et d'im- 
portation» les avantages offerts à rintroduction des étalons 
étrangers, destinés k Tamélioration, et les cas de rédhi- 
bition prévus par les lois d'Iiowel-Dhu, sur lesquels ont été 
calqués ceux des codes modernes. 

On sait aussi que c'est k cette époque que Ton doit ces 
sages règlements qui défendent les animaux contre la bru- 
talité de l'homme» et qui, quoique existant depuis mille 



Digitized by Goo^^Ic 



* 



ans en Angleterre, n'ont été adoptés en France que de nos 
jours sealemént. 

Cependant lliistoire in cheval aitglaié, eomme celle de 
rAngleterre elle-même, ne cummeuce véritablement qu'au 
règne de Gnillaume V\ Chaque natiod a ainsi un héros 
cmlisateur, dont le génie reste empreint dans ses lois, dans 
ses coutumes, dans ses préjugés même. Quand les derniers 
rayons en sont éteints, les nations s'écroulent pour Tordi- 
naire, comme ces bergers qui s'égaraient au désert quand 
l'étoile de Bethléem cessait de les ^^uider. 

Gnillaume et ses soldats portèrent en Angleterre toutes 
les habitudes équestres qu'une civilisation plus avancée avait 
déjli développées dans le royaume de France. Chacun des 
héros d'fiastings y consacra un souvenir de son pays. Avec 
les Bretons d'Alain Fergent, les courses druidiques, dé- 
crites dans les vieux chants populaires que nous avous 
cités; avec les Français, les ( basses et les fêles équestres; 
avec les Normands, enfin, les chevaux espagnols et les croi- 
sements orientaux, qui devaient Opérer plus tard une si 
prodigieuse niéuiuorphose dans la race anglaise. 

On sait que Guillaume montait un cheval espagnol k ta 
bataille où. il vainquit Harold. Déjà, du temps de Richard V\ 
le cheval espagnol était un des plus beaux présents que pût 
faire un cliel à ses hommes d'armes. Les barons normands 
introduisirent dans leurs nouvelles possessions les rejetons 
de leurs belles races équestres, depuis cette puissante &- 
mille d'Armorique h h haute encolure, dont noii^ avuuà 
déjà parié» jusqu'aux chevaux améliorés de leurs haras. 

Parmi tes monuments tes plus curieut qui nous restent 
de l'épopée normande, il en est un qui mérite toute Tat- 
lention de Thistoire, c'est cette suite de tableaux Insto- 



Digitized by Goo^^Ic 



riqttcs» appelée tapisserie de la leine Mathilde. Sdit que 
travail ait été fait parles ordres de cette pHùct^, i^ii (|Uë, 

riouvellé Périélope, sa main royale ait consacré les jotïrs de 
l'àbséUcê k de^ ouvrages de laine» qui devàient à tt'âTers lès 
igU Hj^pdet h gloire de sén épëtii, toi^ôiii^ éh^l ([ue 
cette légende brodée ne peut appartenir à une antre époque 
que la sienue, et qiie le soin minutieux donné aux plus 
simplé^ détails aci^nse la fidélité dé i'eitsemble et la éînéd- 
rité èn cai^ctère dénué ï chaque itidividuatlté. Lés ehevaux 
y jouent un grand rôle : c'ést d'abord lê toyage du dUc 
HardM M là codr du dae tUMtand, l'expéditidii de fifetàgiie, 
puis l'embarquemeot datlS leé Vaiësieaiix ; endn^ Vktàiêe 
sur la terre anglaise et la gràude bataille qui décida du sort 
de ce rojfkumé. Tods ces ehevaui offrent le même aspect; 
ils sont de là inéme eépëèé èt poèsèdêiit leisi earaetèi^ de la 
racef cafrossière noî'tnande : formes rondes et brillantes, 
encolure fort rouée, léte légèreiUent busquée, membres 
forl^ éi distingués, Mos l^tidëhià, eiebù})e piUlsSâtate, 
queue attachée géiiél-aîetnéht utl peu bas; mÉisi feoiflme la 
crOupe est dans Une belle direction, et qup le rein est boti 
t}tlé(qué ull peu lotlg, (1 «st à croitë qUè ë esl'dnë tiégl^ 
gen<^ âe iWstë. Cë qui frappe ttmt d'aBt^hS; e*ë8t lé fi^ 
et l'énergie des allures, le port de léte, ramené à la pëft)en- 
dietilalre, et la ikdlité avee laquelle Sétobtent âe lÉatiîer 
M fétÀ eiVItrsIei^S. Lfl éoiïipantIM dê lé ïâflte Aek hmibés 
à celle des ( lievaux annonce ch6« ceux-ci la plus forte 
ture; il est impossible entiu a l'obser valeur atteutil dene 
pas reconnaître là le cachet de cette race iMurmandé qui, 
sous lés noms divèrt de déstfîèir otl dé CaffOsSler, à ton- 
setvé» malgré les dégradations, les modilications ou les per- 

feetiooMQletts, dàflè lés vtfléeÉâtt GMirdàiM <MbiM âaas 



Digitized by Goo^^Ic 



— des- 
celles de la Nonuaodiey le type iobéreot au Hiitieu dans le- 
quel elle se propage. 

Un détail caractéristique qui prouve jusqu'à quel poiul le 
dessinateur a mis de conscience et de vérité dans son tra- 
vail, c'est ce petit bidet qa'im messager, vétn k la légère, 
tient par la bride» et qui seul coiiUaste de toui poiuL avec 
les destriers des hommes d'armes qui renvironneat.Il est à 
croire qall représente le petit cheval de Calédonie on le 
poney gallois, dont la vitesse et l'énergie devaient eiïecti- 
vement mieux convenir pour les courses rapides que ces 
puissants chevaux de bataille qui portaient des guerriers 
maillés de fer de la téte aux pieds. 

Ce n'est qu'en 1121, sous le règue d Henri I", que 
Too a la c^tude de l'introduction du cheval arabe propre- 
ment dit en Angleterre. Alexandre F*, roi d'Écosse, joi- 
^uitaux rictit s présents qu'il fit à Féglise Saint- André un 
cheval arabe et des armes turques. 

Avant le douaème siède» les femmes montaient à cheval 
comme les hommes , usage qui s'est conservé dans plu- 
sieurs contrées de l'Europe jusqu'à nos jours; c'est à la 
reine d'Angleterre , fille du roi de Bohême» que Ton attri- 
bue rintroduetîon des selles à fmnme en Angleterre vers 
1140. 

Cependant lea courses se perfectionnaient comme insti- 
tution. L'historien Fiti-Ste|Aen , qui écrivait au milieu dn 

douzième siècle , rend compte de celles qui avaient lieu à 
Smithôeld , déjà célèbre comme mardié aux chevaux dès 
cette époque. 

c( Lorsqu'un e^^sai de chevaux de prix devait avoir lieu, 
a dit-il , certains cris qu'on iaisait entendre obligeaient tous 
f ceux qui «e paMédaieiilqae des chevaux communs^ vi- 



Digitized by Goo^^Ic 



- S5S — 

« der le lenraîn. ûliabiies joekeys partaieDl aa signal donné* 
m dévoraient l'espace et fendaient Pair comme la foudre. 

« L'espoir des applaudissenients et des récompenses enflam- 
<x mail leur cœur* ils se disputaient avec acharnemait la 
« victoire * excitant lenr monture du fouet et de Féperon et 
« rencourageant de la voix. » 

Les croisades , qui firent entrer l'Europe moderne dans 
la grande voie de la civilisation , donnèrent une immense 
.impulsion à l'amélioration anglaise; les rois et les barons 
d*Ang1eterre ramenèrent dans leurs possessions continen- 
tales et insulaires un nombre considérable de chevaux 
d'Orient* Les clironi4|ues nous ont laissé le souvenir de deux 
chevanx achetés dans i ile de Chypre par Richard Cœur*de- 
Lion. 

Id tiib worlde ihey hadde nopera 
Dromedary nor destrere, 
Stede, Babyteno cammde, 
Goeth nonc so swiftewilhout fayle. 
For a tliousand pown of golde 
He «hooid ihû one be aolde. 

Aticiin ne peut les égaler, 
Soit dromadaire ou desirier, 
Chameaux courants, chevaux du More^ 
Sont loin d'aller si vile encore; 
Aussi, pour nidle bons ducats 
Oa ne Les aurait certes pas. 

Le règne du roi Jean Sans-Terre est célèbre dans les an- 
nales d'Angleterre par deux, faits éclatants : la concession 
de la grande ehartre et l'encouragement qu'il donna à la 
race équestre. Les tyrans et les usurpateurs ont souvent une 
belle page au verso de leur histoire. Le génie du mal est 



Digitized by Goo^^Ic 



— 254 — 

iM^oiifa un féoie» voilh poirfvoi les kommet s'y laîssmtt 
preadm^ Jitn it vanir de Flsodre cent élslolia des plasfo^ 
tes raceSi aaxqnels ou altribue Vorï^me de ces cbevauk de 
Irait , utm des spëoiaUtés hippiques de TAngieieM. 

Ott êhaorè h m pnm la laadttîeft d'im vasie haras, 
oh ses soins empressés et vigilants avaient su léiiuir les 
plus préeMMti ijfpes de soo rojFSiiue^ Le piéseBl le plus 
eeosîiMl'aUe qu'en p«llui foire était eh hea« ehetal, et le 
moyen le plus iiildiHihli» de lui plaire était d'élever et de 
propager ks pka belles espèces de chevaux. 

Cent afts plus lard nous yoyoas Edouard U acheter ee 
Lombardie treoie étalons de selle et douze de trait. Ce 
prince fut lu de ces rois cavalieiâ qùi fatorisèrent si puis» 
samment raméJioration chevaline dans la Grande-Bretagne; 
il consacra mille marcs sterling k l'achat de dnqnante éta- 
lons espagnols , et a cet effet il demanda uu sauf-conduit 
aux rois de France et d'Espagne. 

L'histoire parle des rapides ehevant de course qu*Êdouard 
entretenait dans ses haras, et, quoiqu'il soit difticile de sa- 
voir à quel genre de cheval cette dénomination s'appliquait 
positivement, il est certain que ces chevaux avaient un de- 
gré de sang très-avancé , par suite des importations nom- 
breuses qui avaient eu lieu k celte époque el antérieure- 
ment. 

Une des preuves du soin que l'Angleterre mettait alors k 

former une espèce spéciale et à laquelle elle attachait le 
plus grand prix , c'est Tordonnance promulguée par Édouaië 
pour défendre l'etportatldn k fétrangef. On a U&mé eette 
mesure sans la comprendre , iiiaib il est certain qu'autant il 
importe à uu peuple de favoriser le débouché de ses produit 
améRorës » quand il y a abondance ou sentemeni suffiâsnce 



Digitized by Goo^^Ic 



~ 255 — 

ét què Itô [ietiples voislia^ pén^eûi ritaliser avec lai , aata/ff 
n serait dangereux dàn$ afie indflstriè tisfissante de laisser 
se ditiuser ces élètnenCs de régénération k peine Ibrmés et 
pea nombreui que peuvent eiilever, li prîxd'df, des nations 
avides et moins avancées dans la voie du progrès. 

Cependant, a mesure que rattiélioialion se (léveloj)pait , 
le prix des chevaux augmentait k proportion. Il devint tel, 
qn'Édonard U, éft 1360, eiHt devoir intervenir contre les 
exigences des marchands; il fixa le prix des chevaux cl dé- 
signa .dans son ordonnance , les provinces qui s'occupaient 
alors le plus spécialement deTélevage dn cheval. Ces près-- 
eriptions nous semblent peu utiles, adssi fttrënt-elles 
pronjplenicnt abolies/ 

Jusqu'à la fin du quinzième siècle on ne cite rien de re- 
marquable touéhant le cheval anglais. A eètte époque , Is^ 
guerre des deux lose» porta un coup funeste a l'industrie 
chevaline, et ce ne fut qbe sous Henri YIU que des mesures 
furent prises pour y remédier. 

C'est alors que [inrurent des règlements qui fixèrent la 
taille et Tage des étalons , et détendirent de les laisser va- 
guer dans les herbages et les forêts. On annonçait en même 
temps rintentîon de prohiber d'une manière abéolue l'em- 
ploi d'étalons défectueux et même celui des juments tarées. 

Les auteurs anglais ne sont pas d'accord sur l'effet que^ 
produisirent les Ordonnances de^t^otiqnes dUenri fUl. 
Quoi qu'il en soit, ce prince apostat mit dans la question du 
cheval la violence et l'emportement dont il fit preuve en 
tontes diodes et qui i)lâeèrent son nom parmi cent déa pins 

fameux tyrans. Il fut défendu de posséder des chevaux au- 
dessous d'une taille déterminée; les archevêques et les ducs 
devaient avoir sept chévani de selle d^au moms quatorze 



Digitized by Goo^^Ic 



— 236 — 

paumes. Toat eeclëaîastîqae dont le menu s'élevait k cent 

livres slerliog , tout particulier dont h femme portait un 
eapuckan à la française ou un mantelet de velours, était le- 
nu, sons peine de vingt livres d'amende» d'avoir an moins 
un bon haek. 

Malgré ces règlements , il parait que le règne d'Élisabetb 
ne fut pas favorable à Tamélioration chevaline , soit k cause 
des troubl€% de Tépoque , soit par le peu d'enoouragemenl 
que lui duaiia celle avare princesse ; on va jusqu'à dire 
qu'elle ne put opposer que trois mille cavaliers k la descente 
dont la menaçait la gigantesque Armada. Henri lY fit pré- 
sent k Élisabeth de plusieurs chevaux français , qui lireiU 
Tadmiration de la cour; la France, k cette époque, n'a\ait 
rien k envier k l'Angleterre. 

L'usage des carrosses fut introduit en Angleterre par le 
couiled' Aruitdel ; jusqu'alors la relue ue voyageait qu'à che- 
val ou en litière , elle se rendait k l'église en trousse sur on 
cheval monté par son premier écuyer. 

Jacques V organisa en ADgleterre les courses , qui u'a- 
vaieot pas eu encore d'bippodiomes spéciaux. 

On dioisissait même de préférence des terrains acciden- 
tés et semés d'obstacles de tous genres , comme on le l'ait 
encore pour lessUeple-cImes d'aiyourd'iiui, reste barbare 
des vieilles courses saxonnes. 

Avant celte époque, les vainqueurs se contentaient de prix 
bonoriiiques , qui consistaient ordinairement en une clo- 
chette de bois ou d'argent; de Ik l'expression qui survécut 
même h cette coutume : Bear away the bell , remporter la 
cloetieite , pour exprimer la victoire remportée par un che- 
val. Mois avons vu que» dès l'époque romaine» la clochette 
suspendue à la téle do cheval était on signe d'honneur elde 



Digitized by Goo^^Ic 



— «T - 

distinction, et que cet usage* s'est encore conservé dans 
ceriaiDs pays, où l'on voit les postillons cutourer le cou de 
leors chewix de eolliers garais de ek)chette8, oo les siis> 
peadre aa frontail de la bride. 

Les premières courses régulières eurent lieu k Ghester, k 
Stadfora » à Eofieftd el à Cilrojfdon» près de Londres. Le roi 
se rendait souveDt k Nèwmarket po«r chasser à eoorre et an 
faucon dans les belles plaines de celle conuée, mais on ne 
voit pas qu'il y ait organisé de courses. 

Jacques fit acheter, d'un marchand nommé Harkham « un 
cheval arabe dont le prix (ai lixé h 500 litres sterling, 
somme énorme pour le temps. Ce cheval a peu marqué 
dans les généalogies chefalines de T Angleterre. On prétend 
que Ja défiiveiir dont il fat l'objet tenait k la mauvaise 
opiiiioii qu'émit sur sou compte le fameux duc de Newcastle 
dans ses ouvrages. Newcastle compte à bon droit parmi les 
hommes de cheval les plus célèbres du monde. Élève de 
récole italit nue, il sut iiéanmoiiis .se dépouiller de celte 
roideur prétentieuse qui en fuiTécueil; il prépara la transi- 
tion entre Tancienne éqnitation des tournois et des carron*. 
sels et celle [ilus large de la chasse et de Fhippodrome. Son 
traité d'équitalioa , dont bolieysel a donné une excellente 
traduction i est un curieux monument dé sciences et d'études 
séi ieuses , mêlées k «ne vanité persoimelle souvent poérile. 
Le frontispice représente Guillaume Cavendish, iord Ogie, 
comte , mardis et due de Newcastle t s^r un cheval bondi»' 
sant, entouré d'un cercle de chevaux qui lui rendent hom- 
mage à genoux. On lit au bas : 

Et le diable le plas robvsto, 
S'il le tjiuiiluil, ù luusairs irailju5tiv 



Digitized by Goo^^Ic 



M — 

Un Csû^ QIÛ % m ï^miii V'mùmnc^ 

les courses et les cha^, mv ramélipratipQ 4u lAd^* 
L'équipage de fflauége prête peu mpuYemenls rapides, 

de vitesse, Eu débarnssaol le df» m ftUimOt en 

substituant à la lourde selle earrée ce petit siège ovale, k 
li bride ii mumnie une bnde lé|iarp et leème ua siwple 
filet, les Anglais ont dansé as eheYa) et ui cavalier tpnte 
facilité pour se livrer sans laiigue à ce laisseï aller instinctif 
qiii leur perjuet* k l'un el k l'autre, d'accomplir k ¥ie sauve 
les pina terribles épreavea, L'Eure du trot aorteat raçnt, 
par suite de la moditicalion du harnachement, une plus iin^ 
porUiUis destiuatiûQ. ïou| s'enchaine tci-has;riiabitudâ des 
eomaee obligea les eemeuria h simplibei leuf équipage, et ce 
simple équipage |>ermit par floîle an cavalier de aeatir 
de plus priis les lUùuveuuîuU du cheval, d'y obéir, de 
* a'ideetifier peur «linaî dire aveeiiii, daoa cette oMiobe aac» 
oadée et iteointttede jusqae-lk que les RoMâna appekéent, 
comme nous 1 avons vu, supplice et tourment, et qui est 
maifiteMOtt graee aux Anglais, dans le mopde entier, 
rallore la pins habituelle et la plus ntilede tentes. L'espras* 
sion : trotter à r anglaise, doit rrsier tians le vocaliiilaire 
hippique, car ce sont les Anglais qui sont bien les inventeurs 
de ee mode d'éqnitation» qui ne poavaU paitre que chez 
eux. et qui n'a d analogue nulle part. 
• Charles l" établit les courses de Uyde-Park et de iSew- 
marker; il fit acheter plusieurs ebevani: etpluaieura jamepts 
de sang oriental, et accorda de magnifiques enconragemenis 
aux hommes qui se distiuguèrept daus |a quhle industrie 
chevaline. 



Digitized by Goo^^Ic 



Les guerres civiles de cette époque arrêtèrent Vélan iia- 
ûomk vers rélève du obeval qai se mani^tait de toutes 
pftftfiL dépendant, le |H>oieetear CSranwell y donna lee eeûia 

les plus assidus et les plus éclairés; il posséda lui même 
plusieurs chevaux iameux, et, tandis que leurmailregagoait 
des batailles» ses eovrsiers remportaient des pHs saf les 
hippodromes. €e ht son éeii3^r Mr. Place qui fattrodoisit 
en Angleterre ie célèbre étalon White-Turk, 

Charles II se livra avec zèle à l'amélioration du cheval, et, 
k son eiemple, la noMesse des trois rodâmes en fit sou 
' oecupalioii lavorite. Un palais fut élevé |)Oiir le roi, à 
Newmarket, et des prix considérables turent accordés par 
lui à eet hippodrome. Ge M par Perdre de ce prince que 
deux sporlsmen célèbres, sir Christoph Wyvill et sir Geor£j;e 
Fenwiek, parcoururent l'Arabie et en ramenèrent plusieurs 
étalons et un assez grand nombre de Juments qui, eonnnes 
dans le langage du turf sous 'le nom de Rùyat-Màre, se 
reti'ouvent dans les généalogies de toutes les iàmiiles de pur 
sang anglais. Charles 11 ftiile premier roi d'Angleterre qni 
fit eonrir des chevaux en son nom. 

Malgré les troubles qui signalèrent le règne de Jacques II, 
Tamélioration du cheval continua. Ge prince était excellent 
éenyer, mais son règne fut trop court pour lui permettre de 
réaliser ses projets. On dit que, dans sa retraite de Saint- 
Germain, il adoucissait les chagrins de l'exil en élevant lui- 
même les cbevanx dont il se servait pour la chasse. 

C'est a cette époque que le duc de Berwick ramena du 
siège de Bade, eu Hongrie, rétalon Lister-Turk et d'au- 
tres chevaux célèbres, tels que BarIhChillaby Taffolet- 
Barb, etc. 

Guillaume III fonda une école d'équitation que l'on ap- 



— 340 — 

pelait atos Àcadéiaie, il éamà k direction k on 
écyyer fimçM de beaiieoup de talent, le asajor Fosbert. 

Les courses furent augmentées, et un grand nombre de 
prix royaiUy coaiHis sous le nom de Jùng's plaies, iurejoti 
aeeordéa aux divan hippodiomea. 

Vera le même temps, Selahy- Turk^ Ikarle^ WhUe-TiÊirk et 
YeUow-Turky iureiil importes dans la Grande-Bretagne; 
Uarleif'Arabum et CmvwrBwrh apparleaaieat a«x éeacies 
royales. 

Le règne de la reine Anne se distingua par h^s ( iicoura- 
gemeiita qu'elle accorda à Téiève du cheval et priocipale- 
menl aux oour8ea;e'e8tde cette époque que date leur exlm- 
sion dans toutes les partie» du royaume. La reine elle-même 
y prit partielle eut son haras, ses entraîneurs, ses jockey&^et 
forma une précieuse réunkrn des éièvea les plus remar^ 
quablea que s'empresaairat de lui effirir les noUes lords et 
les riches éleveui's. 

La mort de ce^te princesse se ût remarquer par uu iu- 
cideut qui rattache rhistoiire du cheval, ahisi que naos 
l'avons vu tant de fois, a l'histoire de la destinée des nations. 

C'était le 12 août 1714, ou allait disputer sur l'hippo- 
drome d'York la coupe d'or offerte par le comté. Toute la 
hante et petite noblesse du [)ays s'y était donné rendez-vous. 
L'histoire dit qu'il s'y trouvait cinquante'Six carroue^, ce 
qui, pour l'époque, était très-considérable. Au montent où 
les courses excitaient au plus haut degré Tenthousiasme, le 
bruit se répand que la boniu' li ine vient de mourir. Aussi- 
tôt un Iremissement élecuique parcourt l'immense as- 
semblée ; la politique remplace dans les esprits rîntérét 
qu*inspire les courses, et, semblable k cet hippodrome du 
has-empire où se discutaient les plus grandes questions de 



Digitized by Goo^^Ic 



— ut — 

rÉtat, à l'aide des factions ronges et vertes, le turf devient 
oa ei«b nipmnsé. U a'^VRunt «Ion do la rooMration dos 
Slntrts, on do la eontÎDaitkMi de h ^biôiNdMH MhrM^. 

William Bcdriian et Tarchevêquc Daves saiî^iî^sent Toecasion ; 
la noblesse du comté était dévouée k la.noMo»de^MMiovro 
iÎMÎ qœ la majoncé de la |Mi|iolatÛNi, <oo>«rii«èaé M^MMil 
à York et on proclame le roi Georçfe ; les chefs du p.u ii 
lory sont arrélés, Loiidi es est investi, et les Stuafts soiki (hhu^ 
jamais ddehns du tr^ne dola Gfande-firetagtt^ti ''tii j in 
9mm George 1**, le goàl des eoiiTse^îs'éteiyd et se maté- 
rialise, les prix royaux, Men éioigoés déjà de la simple elo- 
eiiitte des aneiens 4eafe » se tkku§ém'm^mÊm'iMèiÊë 
tu^Mn piàUi aoBtvenifleeés par des pm fixes de iOO 
gninées. 

Gooige II s'occupa fort des choses chevaHoes, c'est 
pent4lraleaedialenègiieqgeleefaeval pdiiaeooiDptereii 

Aiigletcn e, car c'est vraiment lui qui est le chef suprême de 
cefonveruement hippocralique. Cependant, c'est à ce prince 
ip» Ton doit divers fègleMils pour éviter les Imdes qvi 
comnen^îenl alm li s'introduire dans les affidres du turf. 

C'e^t sous le r^ne de George II que parut Tarabe Godol- 

George m, danssa jeunesse sortent, s'oeenpa beanconp 

de relever le goût du cheval ; il encouragea les courses et 
l'équitaiion. Un parc royal int consacré spécialement par 
ass ordres anx divertissements équestres, auxquels il se li- 
vrait en compagnie des jeunes seigneurs de la cour. On doit 
à ce prince la fomiaiion ci une école vétérinaire, doui .it 
doma la direetion à Wial de Saint-Bel. Éclipse naquit sous 
ce règne. 

Mais le roi sport&man de T Angleterre fut George lY, 

u. ia 



Digitized by Goo^^Ic 



Êfioyer accompli par iBi4iiéaie, coanai&seiir jniieimiXyél^ 
yfr.iiiitiigrt. Am&m inlMipMi^ H léîMMMl Mt Im 

goûls qui pouvaient flatter la natioD la plus hippique d« 
Blonde, r^'étaai encore que prineo do Gaiios, il lurail ùmdé 
m Imm lowirni, ei m tbaim «vwni'fsgaé, -Aum 

Tegpaco ^ ktiit ans, cent quatre-vmgt-einq prix, montant k 
d'oa ouiUou. iut alors qu'arriva 1 avealure malheu* 
iwe fw iwot CB prisée à mdfe ton Immi et k s'ibMnir 
pendant quelque len^^ de pieniie p«t ti» coarM. 

On sait qu'un de ses chevaux nommé Escape, engagé 
dafMdoii& prîxÀ ji«w«aiJLetles ^etâi nofevitoeif^, 
helta honlemMit h idHe» fat «Muqneinr te leeémtte : 

les propos las plus outrageants coururent à cette occasion 
sur le jockey de George et sur lui-même. Les pertes ^eor* 
ipes Cfl e njé N p er ieefénenerie'jelolifleies «ni, peel4tie 
un peu les passions politiques qui fermentaie&t à ce moment, 
firent donner une gnuute importaoce à eette affaire, que le 
tenips.a fait veîr eeae touieitte jefr. Bn iitt^ Qeojps 
Mntift 4eMre swvÉnAe dhi dib ét Kemmmkm. t 

« jouisse ce qui suit être agréable h Voi re A!(psse Royale. 
« iiesitiÊmbresduJockey-CluI)» regrettant proiondément sou 
« absence de Newmarket, la supplient instauMBeni ë'èi^ 
« bUer le passé et d'honoi-er , à l'avenir , les dilierents 
n meetings de sa présence. » 

Celte joeble et siaiple teHre foi reçue fraeieuseouert. Le 
prince, qui avait déjà repris sur dîem hippcdreoMs see 
rang de spoi tsman, revint à Newin^rket, et y envoya même 
plu% tard courir ses clteveux, 

€'esta lui qu'en doit laMafttteidnbaaaAmtt d'BÊHtf^ 
ton-Couii, dispersé sous le dernier roi. 

ipip^itiroi du turl yiiU le foi de ia tuer, à itêo^Vf 



Digitized by Goo^^Ic 



— 245 * 

sèéëéilâ Gîttllmnie t^, le e^èbié marin, dont la gloire hip- 
pique se borna aux laveurs qu'il accorda i rkippodrome 
d'Âscot et an magnifique dtner qu'il donnait tous les ans 
àttt biembresduJoeke^Club^ < c ^ 
^ Aujourd'hui , sous le gracieux sceptre de sa reine bien- 
aimée» la Grande-Bretagne jouit d une prospérité chevaline 
sans rivale dans l'onivers. La reine Victoria se plait aux 
lield-sports; charmante amazone, ollo s^iiiTart de conduire un 
coursier rapide et plein de leu ; souvent sa main royale, 
guida dans les allées de ses parcs un attelage de vigoureux 
poneys, sa présence embellît les meetings et les courses 
fameuses, et dans ses visites à ses nobles vassaux, aux des-;, 
cendants des vieux compagnons de Guillaume, elle assiste 
aVec empressement k ces brillantes cavalcades, h ces chas- 
ses fougueuses, (]ui font les délices de la nation vX dans 1^- 
queties le prince Albert^ son royal époux, s'est fait une v4t^ 
ritable renommée. Ce règne, qui n'est encore qu'à son av«^ 
rore , espérons-le , brillera dans les fastes d'Angleterre 
parmi les plus éclatants, et, au milieu de tous les glorieuse 
fleiirons qui formeront la couronne immortelle de Victoria, 
la palme d'Olymple ne sera pomt oubliée. 

Nous veuous de voir par quelles phases générales a , 
l'amélioration chevaline dans la Grande*Bretagne ; ropia^ 
il fendrait des volumes pour donner une idée des rafC^ . 
et des espèces diverses que la nature et l'art onl créées dans 
ce pays ; des éleveurs distingués qui ^ sont lait un nom par 

cités; des jockeys famenx par leur adresse, leur loyauté 
ou leur friponnerie; des chevaux ceicijres qui out^lirilié 
sur leurs hippodromes ; enfin des anecdotes curieuses ^ue 
racontent les chroniques anglaises, sur l'élevage , les cour- 



* 



— 244 — 

ses, les ehasses» et dont le héros est toiyoura le <%snU 
Noas ne pouvons qa'efileurer ici ces iotéress^^l^fiô^Uipji 

abondent claos les ouvrages ^^éQVànx ei]es sporting^reviewsj 
Les races anglaises sont d'abord cette, race puret ^^v^ 
exotique qui , à force de patience et d*or . semble avoir 
acquis le droit d'indigénat, bouture enlevée a la filarite 
mère et destinée k briller presque son égaie* autant toute- 
fois que le permet la différence des climats, autant que b| 
volonté et la puissance de Thomme peuvent égaler la créar 
tion divine, lorsque, surtout, celle-ci n'a point été entourée 
de soins aussi assidus et aussi intelligenis. C'est ensuite 
cette race du Gleveland h la haute et fière encolure qui p|dt 
lesvertesvallées du Yorkshire, sœur de notre race normande. 
C'est le cheval trapu du Sutfolk, si semblable au cheval de 
la Bretagne française, et qui, comme lui ne connaît pas de. 
vainqueur au tirage ; car c'est un dicton favori que le che- 
val du Sutîolk meurt sur le trait. C'est 1 ^nciei^^^^'^^tjp^j, 
d'Angleterre, frère de notre cheval bQiilonoai^i|^^^||]y[»e^a^i . 
cien de ces races du Nord que nous avons retrouvées m ^ 
toutes les côtes de l Euiope centrale. Ce cheval, que des 
croisements et des soins Judicieux ont amené k}^ |)^u§^^, 
taille et aux plus fortes proportions auxquelles la race che- 
valine puisse atteindre, tend a d i s^iai aiire, par suite d'un état 
de civilisation qui rend moins nécessaire la force matérielle 
du cheval quand la vitesse n'^ est pas jointe. Puis , c'ee^ je 
petit poney du pays de Galles, connu sous le nom de gai- 
lowayt qui n'a guère change depuis le temps où il serva^ 
de monture aux damoisellesde la table ronde ^t« jiu|L)^i)itlA^ i 
qui chantaient le retour d'Arthur. G'estle poney des mooUSH 
gnes d'Ecosse, àTocil bagard, à la crinière épaisse, quisemblç, 
encore porter, sur son tlanc agité, la clayinore^ vieux 



Digitized by Goo^^Ic 



— 245 — 

, Highlanders. C'est, enfin, le bon hunier des pauvres Jiab^ 

tants (le la verte Erin, qui santé comme le daim en mine- 
nant sous lui ses jambes de derrière, et pour lequel aucun 
fossé n'est trop large, aucune palissade trop haute. 

Toutefois, la science et les progrès agricoles ont singu- 
lièrement modifié le cachet caractéristique de chaque con- 
trée. Un mélange savant et approprié aux besoins de la eivî- 
llsation règne maintenant parmi toutes ces variétés. Ce n*esl 
plus par races créées par la nature, par le sol et le climat, 
mais bieu par espèces façonnées de main d'hommes, que se 
divisent'généralement maintenant les chevaux de la Grande- 
Bretagne. 

Nous citerons les principales dénominations sous les- 
quelles sont connues, en Angleterre,, les différente» e8{jè- 
ces de chevaux. Le Thoroughbred ou Blood-Harse^ cheval 

de pur sang; Half-Bred, cheval de (lemi-san(» ; TheRacer^ 
cheval de course ; The Hack, cheval de promenade ; Tke 
Hmter^ cheval de chasse; Tke CoaéhrBorsef cheval de cai^ 
rosse; The Charger^ cheval de troupe ; The Cart-Horse^ 
cheval de gros trait; Tke Coh, petit cheval bien corsé et 
fortement établi ; The Poney ^ très^petit cheval; etc« 

Parions maintenant des sportsmen célèbres de l'Angle- 
terre. Si, connue nous Pavons vu, les rois qui se sont suc- 
cédé sur le trône de cette nation ont compris l'utilité pra^ 
tique de l'amélioration chevahne, il faut dire que le goût du 
cheval se trouvait aussi lépandu parmi l'aristocralie et 
toutes les classes de la nation. Chacun y coopemit par sa 
fortune» par son intelligence, par ses soins. Ou voit des 
knrds consacrer aux chevaux la plus grande partie de leurs 
immenses revenus. Lord Grosveuor dépensait, dit-on, pour 
sa seule écurie, trois millious par an. Si, par hasard, il se 



Digitized by Goo^^Ic 



trouvait un grand tenancier anglais indiflërent par lui-ménie 
à la noble indostrie cbevaliiie, ou qui eu soit détourné pair 
son âge, ses inftnnitës ou ses fonctions^ il n'en aurait pas 
moins son écurie montée, son haras et souvent sa meule, 
pour la jouissance de ses fermiers et du. public 1 s^nsi 
qne raristocratie anglaise a conservé s^i .j^aissaDce : «i^jf 
compris que ses droits n'existaient qu'à la condition de se 
soumettre aux devoirs. Aussi, les exercices 
ils restés {Populaires èn Angleterre et àusn cheb.ii!! 8W* 
vre qui n'a pas lin schelling dans sa poche, qu'a^ lord le 
plus riche du royaume. !.jM«ivil 

Parmi les hommes ëminents qui se sont lait 
dans les annales du turf, nous citerons lessQiyant$j^|f|ds 
temps anciens : 

Le premier duc de Buckinghamt ^"^"f f ^ ÎBTîTltl^^ 
Ee\m\e^TuTk%Vi. Fairfax, possessenc de«Jtfaf)9m 
lord Harleigh, qui soutint vaillamment le cheval indigène 
contre les importations orientales; Christophe Wyvili %\ 
George Pei^wick» qui, comme nous Tavons dit, rameni* 
rent d'Arabie les chevaux de Charles I*'; Lord Darcv, 
qui fut un des premiers a posséder des Royal-Mare; 
Robert Sulton , qui raihena de Copsitp^inople Tétalon 
Éôldwesê^Turk; Thomas Oglethorpe , qui donna son wmk 
un cheval fameux venu de Géorgie; le duc de Berwick; le 
capitaine Byerley; M. Jdarshall , chef des écuries dn roi 
Guillaume ; H. Curven , qoi acheta h Pans^ ^, an C9mte de 
Toulouse , deux étalons précieux , que la France négligea 
comme tant d'autres; M. Huiton, possesseur^ de.. 
Gallaway; les ducs de Devonshire • de Soip/ip<9|^ç;|l.,eli^ 
Rutland, qui les premiers se laiicèrent dans la voie des par 
ris considérables; le comte Godolphio , qui donna son nom 



Digitized by Google 



— 247 — 

m tÊomm elwval aiabo ésa^ mm païmtm ptaë Mh; 
M. Frsimplon , dont la répatation eal entàcMé de diverses 
fraudes et d'incroyables barbaries» C'est a lai <jue 1 on rap- 
pom Vaaecém ai ootuiue de k course de Mtrlm. On sait 
que ce cheval , eogagé dans un pari entre les ehevatix dn' 
Nord et cettx du Midi , fut essayé contre son adversaire 
portai) i secrètement sept livres de surcharge, ta)adia%ufr,d^«ii 
aiMie 0M4 aoA coteconteAt les portait sétt èteÉei i l l d to 

résultat ftit la victoire âeMerlin dansTessai et dans la course 
qui suivit. Mais Frampton, qui, dans un iiut fraudu* 
leox» avait préparé ditHm, cette machination, en porta font 
Méietti. C'est éneore k Itrî qu'on attt4l^ la mnlilation du 
célèbre Dragon; mais heureusement cette histoire est très- 
douteuse. ..i' 1 ^.M 

M. GUMerè qaî éleva Btying^Mderi ^ lé due deGnAber- 
. land, dans le haras duquel naquit Éclipse; et le colonel 
O'Kelly, qui fut son iieureux possesseur. 

Pl«a tifd>le» tnyftiien: hrettt if! nMbrenx, qfu'ilèst fanpos- 
sible de les citer. Nous distinguerons parmi eux : Dick- 
Yernofi» propriétaire de Wood-Pecker et le parieur le plus 
héwiix d0 son teiftfH; Mm habileté pour éehelotikierléii* 
pipI» n*a poinl'élé «urpaasée. Oft e9n$ nitii ecciaskm 6ù, pa- 
riant à la lois pour et contre plusieurs chevaui , il devait 
g a yi É f iO,000 Ihm sierlinf #11 ne rien peftfre. Lord 
Gaadereagh, qui diri^aîl luMnélne f^stMAeiaetit deise» 
dimfex; lord Clermont, qui- éleva Tmmpator; Gliaiies 
Ûuttbury, dont ies^ éouriei teent longtemps fameuses} 
dne de Queanrtmy, eouMMa le Mttde OM Q, dont le» 
exploits hippiqiea ont un cachet si bizarre et si spirituel. 
C'est a Ini que Vm rapporte TalMtore auivMta : 



Digitized by Goo^^Ic 



— 248 — 

. Dick Goodiëon, jockey dii 4ttc» vint ua jour tionver 
celm-ei et lui dit : 

— Notre adversaire pour la grande course d'après-demain 
est venu m'offnr six cents guinées si je voulais vous laire 
perdre. 

Prenez les six eents goinéee , répondit Qoeembnry , et 

laissez-moi faire. 

Quand les chevaux fur^t prêts à partir» le eomte s'ap- 
procha du sien» comme poor renminer et le caresser. 

—Ce cheval doit être agiéable à monter, dit-il , j'ai envie 
de courir moi-même. 

Puis, étant saiedingete, il parut sous le costume des 
jockeys de profession , s'élança sur le cheval, et gagna la 
course. 

Une des figures les plus bnUantes du tnif «nK^^i^ ^t 
celle du colonel Blelliflli » surnommé TEloile deNewmarket 

Possesseur d'une immense fortune, et doué par la naiure 
des phis heureuses dispositions physiques et mondes, il 
semblait réunir à lui seul toutes spéeialilés : peintre, 

sculpteur, homme du monde, savant éclairé, poète, soldat 

intrépide» cuiuvateur intelligent, p^urkit écny^r» edmi- 
rahle automédon et surtout turfiste oonsemmé. Il y a«sii 

foule quand UAlcibiade moderne entrait à Newmai ket dans 
sa barouche , attelée de quatre chevaux, bldacs* Le colonel 
Melliià avait tcenle^huit dbemoi da pa^aang daiA mm é». 
rie, dix-sept chevaux de tirage, douze chevaux de chasse 
dans le comté de Leicester, quatre chevaux de eavalane à 
Bfighton et une vingtaine do càevnnxerdiaaim^ 

Geox qui soutâettnent de noise temps la gloire hippique 
de la Grande-Bretagne sont, parmi les principaux : les 
ducs 4e f ofliand » de Autknd » de Dorset » de Richemond» 



Digitized by Goo^^Ic 



- «w — 

Cievelaud» de Hamiltou et de Graftoa ; les lords Grosvenor, 
Exeter, Egremont , Oxfords Ghesterfield, Sowtber, Tavistok, 
Fiiz William, Jersey, Boiingbroke, Cavendi8h,LondondeiTy, 
Durliam , Sligo ; les comtes de Lichtield , de Veralam, de 
Warwiekt de Qarendon, Egremont» Sefton, marquis de 
Westminster, comte de Militown; lord Suftield, comte de 
EgUnlon, lord Stanley, marquis de Normanby, comte de 
ZeCiand ; lord George Bentinck» sir GiUiert Heathcote , sir 
Tbomas I^Dley, sîr losepb Haivley, cdlonel Crawfbfd, ma* 
jor Jarborgh , colonel Peel , sir Frank Staodish, Captain 
Rous , colonel Auson , sir Charles Monck , général Jates , 
sirHiomas Mostjfii, sir Riehard Bulkeley, sir Jobo Gérard , 
str Fatton Sykes, sir Bobert Pigot; MM. Yanslttart» 
Christophe Wilson, Gratwieke, Thornhill, Briggs, Payne, 
ÂsbaldestOD, Delmé Radetifie, Greville, Fvlwar Grsnreii* 
Gully, F. R. Prieot Ramsay, Orde, Tbéobald, Watt , Drde 
Porolelt , Foljambe , Thompson , Balson , Combe , Sloane 
Staoley, Tempest, Bowes» Gopelaod, Meikiam» Jobosiooe, 
CrocM>Nl, Ridadale. 

Nous devons rendre ici un dernier tribut d'hommages à 
ce regrettable lord George Beatiock, qui, avant de devenir 
mi des plus grands ministres de son pays^ an anil été wi 
des plus intelligents et un des plus benrenii turfistes. 

L art du jockey est poussé en Angleterre aussi lom qu'il 
plisse l'étne. Gea liomnes sont d'une naisre k pan ; ils eoQ- 
tmtSBtt par leur petite lailleet leurs aHms mies, wm la 
grande race normande, type général des familles anglaises ; 
élevés près des chevaux, et pour ainsi dire avec eux , ils les 
ca m iaisewt et les aiment « ils sauvent étndier leur earaelère, 
leurs moeurs , leurs habitudes : l'un est froid et veut être 
> excité» cet autre veut être retenu, tel a besoin qu'où i>oulage 



Digitized by Goo^^Ic 



- 25a - 

val (luit être poussé dans ses épreuves jusqu'à telle limite, 
uu de plus seiaû trop* Que dire mamteuaat. ces 
SQÎDS coolionoU» de cm ^te«tioiia 4^ toutes te toeares i d« 
UNites leg nimites i de eelta imrrU«re ehtiw , de e^te 
h^gièoa appiropriée ^ cloaque circoiisuiiee , qui varie selou 
les temi^» les smsm^ Us lieax, les beimiift du mommkt 11 
fitfHfKwrentniiier wi dieval , pour le dresser ta eonne, 

pour le monlei dans les épreuves , plus de combiuaisons 
qu'il a'SQ isiU pour gottveraer une proviik^e; A Ukui vm 
této fidoide^ un ciBiir hMiiéls et iiii eouit^s I tovte épreive* 
« La vie du jockey, a dit un auteur anglais, est uac vic de 
ddéTOiiâuieut, de péiiia« daidstineuce, de coatsaifitett 
(Kd'Mpir* mt sdi'irtm^ Une diils loraés» lifc owreiwe et 
c( plus sévère que celle du trappiste liii est imposée. Le IH 
« lance i& plus absolu est une de ses qualités les plus né- 
ci eessaires. Si k jMtM.ne Fa poiot ccéé pour àOa éM, il 
ce Mt peirdii. Qu'il sdH pslk «l vigoiuewt » -lattu de adHs, 
« maigre et musculeux; que ses genoux cagiïeux se dessi- 
c( nent en^fetiefsiirees janibes torses; qu'ils so*i intràpidè, 
«. uMMÛUs à lootes les {irovoestioiiêf mnrd k lOos tas o»- 
« irages , infatigable, maître do lui-même , rompu à la dou- 
ce leur; voUà i'iiomme qui risque sa vie iiùib lois par auuée, 
<iqm, ta eoiptlirité» TeMMC vide* a^[>pOfie llesoercice le 
oc plus pénible; le tout pour la misérable eoflHiie- de 5 
ccgtiinées, 125 franes, s'il remporte le jN^ix» et de 5 gui* 

« aées, 75 firanesi s'ilpecda » 

▲Mi,ee«iUsblesloM}oelM9«'de8rîeM olympe ant- 
quels ou élevait des statues et que les poètes chantaient dans 
leaitt ms, tas îocfcegps aogtais portageit^ta avec tas ctv* 
fltan et leam iwiM ta ||on *fa titampin» tai Mas des 



Digitized by Goo^^Ic 



— IM — 

fookeys célèbres passent k la postérité environnés d'uné 
auréold pariûuiiière qui les ckuwe, aux ^ux des tnrfiiieii, 
!■»» léft tftitlit «I Ifli boniDêft <to mmM. Ùb été pn^ 

miers jockeys dont se soient occupées les annales du Un I , est 
SUphcn Jeffetiony inséparable de sa bonne jument Mm 

Mmium CD nieM» é% looi le» dm r«feiiiitre siif^ 

Wite : 

Un paysat), lourd et grossief, 8e présente un jour au\ 
WQXtm élYofk pour di^mter prâf son che?al temblÉit 
miigiecttoaftnMSt luieildit» k ioiip^il loagmeovwl de 
poussière, que le pansage lui était inconnu ; le cavalier en 
outre paraissait en état d'imsfte, aussi l'uo et l'autre exci* 
talent \m rites de l'aeaiatattee. A la première épreuve, ils 
firent triste fi^re et peu %*m fallat qif ito ee ftufleDt distan- 
oéfi. A la Becoodc» le résultat fqt à peu près le même ; mais, 
ae moineni de dtapater la iroiiième, un grifld diaogeifleÉt 
avait eu U»i : à le plaee de payM tfie peret en brillant 
jockey, leste et dispos, la rosse efflanquée et sale s'était 
oiatamorphosée ea éléguHe eoiueière au peii kiisaAt et poli 
et à celte, ildmeifhn itère ^eî wéùëU mm 4émê. Gette 

épreuve et les suivantes furent gagnées facilement par le 
pa>ieu et. aa roaie» ou plutôt» car c'était lui, par Stepbeu 
et sa beeee jameaf 

Le même auteur déjii cité peile de Fnmçois Baekie 
comme de Tune des célébrités du turf. 

BueUe était file d w selftîèr de NewMtketi Gfftée ii 
l'eiégiâté de aa nature, fl podvatt aeprrtaeeteKIint eaeieee 
sans s'astreindre à l'obligation pénible de ces iranspiratiehs 
forcées que ses e^ufrères s'imposent pour dùuiuttex leur 
peide. Qurçoit d'dewie eher Bietwid VeMen» il f^iiàyliÉeM. 
jeaee ^lucore, sept (oie h d^y, trois oaks et depx fois le 



Digitized by Goo^^Ic 



SmatrLé§df.MÊmmi les dievâiizqi'ià monlttt ébntm fm 
debonae <|iialilé et inspimeot pee deounittaee. Son IhiU- 

leté suppléait à tout. Monté sur The Tyran, cheval du duc 
éà Gratloo, et Tud des plus mauvais qui eussent ceoeoura 
po«r le ilerby»BiieUe vit ùrlando et YmiM§^S€lif$e» eheiol 
de sir Charles Bumburv, le dépasser de dix toises ; mais 
son admirable coup d'œil lui fil prévoir que les deux com- 
pétiteurs ndeiitiraieiit Uemài leur eoone. U les «nvii da 
regard, les TltldUir, s'arrêter, piqua des deax,les devança 
et gagoa le prix. L'année suivante, The Tyran, monté par 
un autre jockey. Ait battu par le mène ¥4nm§^M€lip$e^siat^ 
chargé d'un poids de qastra liMes. 

Ace beau talent, Buckle joignait une admirable probilé. 
A Lewes,M^Dursod faisait courir m fort besui cheval; 
Qoekie paria pour M vue siipiiiie esses forte, puis il monta 
un autre coureur qui disputa ie prix au cheval de M. Du- 
isAd; ce dernier remporta. Buckle gagoa le prix et perdit 
sonarneBit. 

Samuel Chifney hépîtà de la gloire de dwUe, IHs lui- 
même de joci&e^s célèbres» nul ne le surpassa eu élégance et 
eiiliirf>ilaté. 

Parari las uonsteKHrés par le eassetèie et fw le taleat 

de ceux qui les portent , on aime à citer encore les R(h 
biaaan, les GeadisÉo» les Edeuards, dont ou a- dit qu'il 
y avait plus d'Edoisirds jeidMifs k NewAsgriDst, qu'il s'y 
avait eu de Ciîsars à Rome. Les plus fameux de notre épo- 
que sont : William ClifT, William, Sam et Ricb^rd AriHill, 
Mn et Saas Day, Sam Wbeatley, €eorge Dackeray , Franeis 
Buyce, Arthur Pavis, Sam Dartiug, San Mam, Maedmiald, 
James Hobinson, Sam Rogers» Frank Butler, Nat Flalman, 
Sân Teuplensatt, Geeige White^House, l^MaMeu, WH- 



Digitized by Goo^^Ic 



liam ScoU, Mangle. John Jaekson, Charles Mariow» James 
Gàvp^f JolmHoftmir Patrik Gom^, ete., ele. 

L'imineiMe meimmeiit îndastrîei et intellectuel que h\i 
naiire ea Angleterre le goût da cheval, produit une Ibule 
d'individiiatttéB iMNiDiM dans les antres pays. Outre les 
jockeys» les entraîneors, les éleveiira de la grande et de h pe- 
tite propriété, les marchands, les turfistes de tous les degrés, 
il y a des hommes qui se consacrent oniqttement k la science 
da efaenil» des courses, des paris* et qui acquièrent ainsi 
une position honorable et lioiiorée. Nous citerons, parmi 
eux, M. Christophe Wilscm, intendant perpétuel des courses 
de Newmarket dont toute TAngleterre reconnaît la haute 
supéiiorité; M. liaison, le doyen du club des jockeys; 
M. Tattersal, entin, dont la spécialité hippique est si vaste 
qn'il manque une expression pour la dépeindre, M. Tattersat 
est rbomme essentiel des trois royaumes, en fait de che- 
vaux, il en sait les noms et les généalogies, il en conuaii les 
mériieset eniixe leprix, il est peu de dievaux remarquables 
qui ne lui passent au moins une fois par les mains. H vend 
tout, il achète tout, toutes les ventes publiques se font par 
lui, le marché aux chevaux se tient chez lui, c'est lui qui 
déline les pedegréa, sa maison de ville est un ministère des 
haras, sa maison de campagne est un ferme d'élevage. 
M. Tatlersal est d'ailleurs un homme de mérite, d'une pro- 
digiewe activité, d'une loyauté reconnue, d'une grande 
complaisance et d'une convenance parfaite de manières. 

Les chevaux célèbres d'Angleterre sont trop connus pour 
qu'il soit nécessaire d'entrer dans de longs détails à leur 
ég»rd, il suffira seulement da rappder en peu de mots lenr 
souvenir. 

il cstgénéraleaMPt reconnu que les généalogies des che- 

r 

Digitized by Goo^^Ic 



vâttK de |Mir ttikg femonteot aux types toto» et arabes im- 
portés en gtmi DtmliÉtek^diraiMtépafM duM h Qméb 

Bretâ4,'iic. Mais deux étalons surtout se font remarquer dans 
oiUe brilla Q te séiic, et leur nom pasasm à la postérité en* 
vkwMié d'un étemel «yM da gloies; m wuA Mrimf-àfa^ 
hk» st Gêdê^^hi^hÀfÊèkm. 

Le premier fui amené d'Alep en Angleterre en 1707, a 
la fin du règne dek reine Anne, et Mê^fhm^àimkkm était, 
ditHHi, barbe el noa eiiabe« il (uld'aberd oondul en Franee, 

où il ne fut pas .ipj^écié. On conuail la jolie hisloriette de 
M. Kugène bue à ce au^t. Ce célèbre cheval, attelé à un 
ignoble tombereau» fut «clieléimrM, Coke qui lo ooKloiait 
en Angleterre ei en fit présent au café Saint-James, qui l'of- 
frit au comte Godoipbin. Arabian, d'abord ittéprîsé» devint 
père de lalà, un des meillawrs ebeviiut de Êonéfmfm; sa 
renommée, comme prodoetear, ne lavdapes è s^teerellre» 
et û uioui ui eu 1 75Ô, à l'âge de ireuic ans, avec la réputation 
d'oo des t]rpas les plus pvéoieia qof ait jemsis possédé TAih 
gleterre. On connaît TsUsiAeMMiil siagiittsr que éMb^pkm- 

Arabian avait jiour uii chat qui partageait sa boxe. Ce trait 
n*a point été oublié paf le célèbre romaiiciof, q«i du resie a 
dépiayé sa brilknite iouiginatîeii 4ls«a une Me de détails 
ignores (Je la sévère histoire. 

Parmi les cbavsux anglais psettim édiappés du sang 
d'Orient, nonsciteiwiseeiix dem les noms aimtdiNreMsIes 
plus populaires. 

ffying-Childm , ou Deifonêhire, son père était Der- 
ley-ÀroUtm cl sa mère M9lÈ^l$êdêi. U lil éleié psr 
MtChilders et vendu jeaeeaaduode UaMHfaiie« €^ diml 
ne fut livré aux courses qu'a Tâge de si.\ ans, selon l'habi- 
tude do cette épO^US ; les offininns sont ttsttegéee smrsos 



Digitized by Goo^^Ic 



pfM^tàmm <to bai< mais ee qu'il y a deeMam, e*est (fu'îl 
était fortement marqué en téte et qu'il avait quatre balza- 
im&IM40féti^iAû'mB liatte liilkb d'une adminble cmh 
fofniltoii'Ntt^uiftiiplide'fi^ du mmbre». Lt» 60«mi 

decechevai luieut si brillantes ë ses débuts, que sa carrière 
fut bieo. vitaiibfirû4e»«âiiun0« aooiMiit «ar persttuae A'cMUà 
plm 86 mesiiitir contre lui, B vétiike d»dooiimAntt cedoM 
que Çhilders pouvait parcourir 4 milles, 6,4oG mètres, k 
raison de 1,000 yards» dlû mètres, à la «mata, vitesse 
n'a été égalée |«r anenii obaval de aos époque aide la odtM. 

sParîner, par Jigg et une sœur du poney Minbury. 0 lei» 
que deM;eodant, pac sa mètôf de peùtâ race, Partner était 
graod, fort et d'une msgnifiq«e eoiiiE»riiialiûQ } a«a fdop. 
embreasait une étendueeonsîdérable. Après de novalMMaea 
victoires, il laissa une postérité nombreuse et digne de ,lui, 
et Jttouruteo 1747, -.î.,, iur- ju:... /i^-yi - .. vtîiii'iL » 
Cràb^ cheval urie, par Ak0o]h-AraUm H mà ttto i&> 
BastOy naquit en 1731 . Il était neveu de Childers et fut 
grand-|)ère iV^cli^s^' Ou dit qu'après ses CQtMieet épavié- 
de fatigae, il ùit oondamiié k la voirie. UagrooanJntaaBVtt. 
la vie après de longues et vives sollicitations. Depuis, ce 
clievÂl dédaigné et méprisé devint étalon célèbre* fit eut 
eptreautt«a pour fils Jla}»l(tf».pèi;ed'iMi|M^»: . i^^n '}r 
Hfaleto?» naqidt ea 1748; il fat AsTé par M Helnes, de 
, Garlisle, et vendu à M. W lUiain l envvick ; il était iiis de Cade 
et d'une iille de Partner, Le sang de ce cheval est conaidéré 
cotaMtie^tiaifdea plue noMea d'Angletem. Sa taïUe et sa 

coijibi iiiation ne laissaient rien a désirer, il lut vainqueur 
àsim uitgGandinombr^ de courses. On cite princtpalevient 
sa lutte eoDtre Tri^dti, qui» aeul de tons lea chevaiHi quii 

parlii*ent, ne fut pas dislancé. « : ? ^ . 



Digitized by Goo^^Ic 



Eclipse, ce cheval célèbre entre tous, vit le jour eu 1764, 
le i"' avril, jour d'uoe éoHpse famem à laquelle il dut aon 
nom. n était fils de Jfenifce et de SpikUa ; il était alesao, 

mai(jué en têle avec de hautes balzanes. Élevé dans les 
haras du duc de Cuaiberlaud, il lui vendu à la mort de ce 
seignear à MM. Wildenum ^ CKelly peur la modique 
somme de 75 guinées. Eclipse était d'une taille moyenne, 
mais trè&-fortemeut niembré, et d'une robuste conforma- 
tioB. Il it soft apparkioD air l'hippodrome, h Fâge de cinq 
ans, aux courses d'Epsom le 3 mai 4769, et gagna le pm 
des nobles et des gentlemeu de 50 livres, quatre milles eo 
partie liée, battant quatre dietani. A la seconde manche, 
le eapitalne O'Kelly fit le pari qu'il plaeerait les ciievaiix* 
c*est-k-ilii e qu'il indiquerait d'avance l'ordre de leur arrivée. 
Le pari fut tenu, ic Ediipêe premiert dit^il, loua les auUres 
« distancés. » O^Kelly gagna son pari I Dès lors la réputation 
à* Ecluse fut établie et ne lit plus que s'accroître. 

EûUpse gagna onze prix royaux ; il ne reçut jamais un 
coup de eravadie ni un coup d'éperon, et vainquit faeile- 
ment tous les chevaux qui lui furent opposés. Il rapporta 
dit-on, à son maître, comme cheval de course ei comme 
étalon, la somme 0^5,000 livres sterling, plus de iô milUoss 
de francs. Cet illustre cheval produisit pies de quatre eenis 
vainqueurs. Il mourut le 20 iévner 1789, à l'âge de vingt- 
six ans. Il lut reconnu k sa mort que son cseur pesait treize 
livres. 

Kiny-Herod naquit en 1758, chez le duc de Cumberlaod; 
il était hls de Tartar et de C^priau, Ses courses eurent lieu 
de 1765 h i767, temps pendant lequel il battit tons les 

nieilleurs chevaux de son temps. Il se fit remarquer par sa 
vitesse, sa force, sa taille et sa belle conformation; i»es 



Digitized by Goo^^Ic 



- 257 — . 

produits, au nombre de six cents, gagnèrent plus de 
20,000 guinées, c'est-k-dire [»lus de 500,000 francs. 
^ High'Fhjer naquit en 1774 chez Charles Rnmbur}', qui le 
vendit k lord Bolingbroke ; il était lîls de King -Herod et de 
Rachel par Blank, Ce cheval ne fut jamais battu, el les 
hauts faits de ses descendants l'ont classé parmi les gloires 
des généalogies équestres. Un de ses lils, S\r Peler-Teazle, 
produisit deux cent quatre-vingt-sept coureurs qui rempor- 
tèrent mille quatre-vingt-quatre prix. 
I. Nous nous arrêterons ici dans nos citations. Nous ren- 
voyons nos lecteurs aux ouvrages spéciaux qui ont traité 
l'histoire des héros du turf anglais. C'est une question fort 
débattue de savoir si ceux de nos jours sont inférieurs ou 
supérieurs a leurs pères. Ce n'est pas ici le lieu de traiter 
k fond cette atïaire de science; nous dirons néanmoins que 
si, parmi les chevaux de notre époque, il se rencontre sou- 
vent de brillantes individualités capables des plus nobles 
hauts faits, on doit avouer que les Childers et les Eclipse 
sont fort rares. . ' , * 

Les personnes étrangères k la noble science chevaline 
s'imaginent quelquefois que le cheval d'hippodrome est 
une spécialité superflue ; que le mérite d'un cheval ne con- 
siste pas k faire quelques milles plus vite que le vent, mais 
bien k résister k de dures et longues fatigues. L'étude 
approfondie du cheval en Angleterre doit les tirer d'erreur; 
car ces mêmes chevaux, qui semblent élevés avec tant de 
mollesse et dont l'ongle aristocratique n'est capable, pense- 
t-on, que d'ellïeurer un gazon moelleux, accomplissent tous 
les jours dans la chasse et dans les voyages, dans toutes les 
occasions de plaisir ou d'affaires, les plus incroyables mi- 
racles de force et de résistance. Les ouvrages anglais abon- 
II. 17. 



Digitized by Google 



nergie à tous les services de cette race merveilleuse. Nous 
«Q ifouvmiis uû exemple remarquabio 4^» PiVMiijtt de 

cun peuple, aocieu ou moderne, ait jamais pu conslatèr 
des hauts faits hippiques supérieim à celui-ei.^ 

Diek Tttffiiii étakaDdeMTolemémëritflidMirfipMil 
86 perd , depan qoe ïm dheniM dd fer et len tdHm 

Mac-Atiaui permettent de voyager autrement qu'à franc 
éiÊn%KM^étmtsu Méû»Ùkô»8Agiw U poiaédait 

lue laMât nmaaéê MÊtMtig, neirt tMme l'aile dÉ 

corbeau : elle avait pour père un etuloii arabe, et pour mère 
mue jument de pur saog. Biack-Bess joignait à tme grande 

Tarpin, poarsoiti pipar ^1, pPMurftH oti alibi I une époque 
si rapprochée, que l ou ne pouvait croire à la possibilité de 
sa ptésmse aar le lieu du eriaie. GepeiMtai la prisd dé 
Torpiià fat mue à pdt4 ane foite aaniaie fat oflMe pMil 

cette importante capture. Un soir qu'il einii h [.ondres, il 
fia trahi, et un officier de police accompagné de deux 
ag^y toaa ni(mtés aar d'exerileata okevaaa, arrivent aa 
liea iadiqné. Tnrpia eort paf «ne porte dérobée et «aata 
sur sa jument, qui l'attendait dans la cour. Un s élan^ a sa 
poursuite eroyant le prendre «tdeatdl» cir en eatait ^a'it 
avait fiiit flnre la veille aae teaglie aoMe II la m^mtare. U 

chasse se lit pendant douze kilomètres sans que Turpin ait 
semblé prendre un parti; Tout à Coup il s'arrête nn instant 
et a'éerîe i « Par Oient oui, je le ftaiiiv.u. » Il avait 
aolvi de ce rendre k York, dîaïaat de cent Boixante-huit kilo* 
mètres de Londres, quatre-vingt-deux lieues. 11 était alors 
sept iieuf ea du soir. Turpin paearit podr l'éettyer le piaâ 



Digitized by Google 



^ S59 — 

haidi de aon tenfM ; te danger unit pour hiî un si grand 

itttrait, que souvent on l'avait vu se faire poursuivre exprès 
pour se singulariser, Maintenant, mes amis» dit Tagent, 
c du eouiÉge, noire homm n'est pes à émt portées de 
« pMflt de mm, il fuet lemliirisietit qe'H ait po i^esqui^ 

« ver par un chemin détourné? » On approchait alors delà 
bruyère d'Uamps» grande el magnifique plaine où se perd 
l'iMdaoïi, auaaî It course prit^lle en iirtéfèt des plus dre^ 
maliques. Turpin, sans éperons^ encourageait de la voix sa 
bonne jument, qui semblait avoir des ailes et apprécier le 
danger de boa msllre.. An be«t de la plaine se troim one 
barrière de péage qui trararse la grande rOdie, élle était 
garnie de pointes de fer et haute de six pieds î averti par les 
eris des agents» le portier voyant arriver des chevaux au 
galopt terne k barrière» Tnrpin lance sa Jinent el la fn^ 
ehit sans la toecheir. Pies loin^ en p as s ant par «n tillsge, 
tout le monde se mit aux fenêtres aux cris répète des 
agentSt meis Turpin eontinnninuiqniUenMtti ea csonraesans 
s'émonveir. Wjjk une distince de ItenteHisnz iâloinèl^es 
était f)arcourUe, les chevaux des agents était ni (mi iiage, ils 
sentaient qu ilys ne pou^eiit pins iiiiter contre Black-Bmêf 
fni était dans lui étal dWcitiMnipnb|iBlfiitJ'il|idéciièin^ 
de s'arrêter k la première poste et de demander des chevaux 
firais. On envoya uju postiiiou en avant sur le meilleur clie« 
val de réenrie pour eonunsnder des rslais sttr lonis le 
route. Turpin , pendant) ce «tMnps , iaîsail raspirer m bêle; 
huit heures sonnaient. 11 rencontre un charretier . — « Si 
<( vous voyee de mes amis qm-me^suivent^ lui dit*él et 
« qu'ils vous de«)lndetft aî vOus nl'aves vu, dites^leur qu^ilS' 
« me tiuuveront k York. » ^ La coiiiiiiissiuii iiiL laite, et 
les egeois se r^ardani l'un l'autre ne savaient ce que cela 



Digitized by Google 



- 360 — 

vottlait dire. «c A York « à York ! — rëpëtneot-ilg ^ 

« Dé|k}choûs-uous, iious savons toujours qu'il n'est pas 
« loin. — Le voÂià 1 ie voià 1 » s'écrieot-ils tous à la loifi, 
et ils {MMisaèroot lem nmImm. En eifet, ils venaient 
d eiurevoir Turpin, qui continuait sa eoarse et ne paraissait 
(MA a'ÛMjuiéter de leur présence. La nuit commençait à 
tomber et Toa ne diatiagaait qo'à peine le cavalier et 
sa monUire. — « leeroisy Diemne pwdomie, qu'A alterne 
« shi pipe, s écrie un des agents, je vois les étincelies 
« tombeot de son briquet ; il se moque de nous, mais 
« DOW lelêBOM* la corde awra^beaitjeii^ ceki nons coiiso- 
« Ici a du train dont il nous mène. » Turpin passa la vilie 
au grand galop. A une lieue de l'autre côté, les agents 
raiMffçwreiit à la porte d'me auberge qui buvait de la 
bière. Ou denanda k Fhôie pourquoi il ne l'avait pas arrêté. 
« — Je ne le connaissais pas, dit-il ; il aï a demandé de la 
k bière» je lui eu ai servi , il en a donné la plus grande par- 
€ tie k sa junent el m'a jeté ime gmée au lien d'un sehel» 
a liiig. — Partons, mes amis, dit l'agent, je souproune cet 
« bonnéte bomme-là d'être un compère, mais je le signalerai 
« k mon ratoar k LoMires. » A rentrée d'un village, an 
travers duquel il fallait passer, un âne conduisait un petit 
tombereau» les agents crièrent d'arrêter, et l'homme barra 
k route avee son équipage* Turpin, d'un bond, franchit la 
eharvette et coiitkraa son ehemin. Cent quarante kilomè* 
Ires, trente-cinq lieues venaient d'être faites, et Turpin, 
qui avait Tintention de s'arrêter au dernier relais» avait pris 
les devants ; H frappe k une petite auberge, on le reconnatt, 
on lui ouvre : — « Vite, deux bouteilles d'eau-de-vie et un 
« beafUe^ cru. — Diable ! dit le garçon» s'il y a peu k 
« usager, il j-aura beaucoup k boire ! » Tnrpnil>ouchonne 



Digitized by Googte 



■ 



— 261 — 

sa jnmeDlt iride les ém iwateilles dans on seau d'eaii, et 

lui lave le corps et les jambes. Cela fait, il enveloppe le 
mors de la bride avec le bœuf cru et se prépare à partir. Les 
agents se présententt le groom rentre la jument dans l'écu- 
rie, et montrant li Turpiir une autre issue.--€ Ihur lli l » dit- 
il, et Turpiri se irouve eu face d'un ravin presque infranchis- 
saMe. On enfonce la porte, Técurie était vide, on ne voyait 
plus que les traces d'un cheval qui avait glissé sur les bords 
du ravin. Les agents n'osant affronter ce dangereux pas- 
sage, revinrent sur la route et virent Turpin, au clair de 
lune, qui galopait dans les prairies, sautant barrières et 
haies. Ils ne doutèrent plus alors qu'il n'eût réellement 
l'inlenlion de se rendre à York el résolurent de Ty suivre. 
Cej^eoésM Blaek^B€88 trébuche el tombe, Turpin la croit 
morte, mais elle se relève et reprend son vol. Néanmoins 
ses flancs ugilés annonçaient sa prochaine détresse, Déjh les 
clochers d'York appaiaissaient à peu de distance, Black- 
Bess depuis quelques instants soufflait horriblement, ses 
yens étaient injectés de sang, sa respiration forte et iné- 
gale ; tout à coup elle s'arrête, tremble un instant el tombe 
moite. Tnrpîn voit avec douleur le résultai de sa bra- 
vade ; frappé de stupeur, il restait penché sur sa jument ; 
(juelqu'un de sa connaissance vint h passer : — « Turpin, 
« luLdil-il, qu' attendez-vous donc? enlrez dans la ville, ou 
m VOUS êtes prist — Ecoutez, dit Turpin, n'entendez-vous 
« pas la cloche? J'attendais cela ! » En effet, six heures son- 
naient. A ces mots, il bondit par-dessus la haie et disparut. 
Les agi^ arrivent* ils trouvent le corps delà pauvre 
BkKk-Ben, Tnlirpm n'éfait pins Ih. Epuisés eux-mêmes de 
fatigue, ils entrent dans la première auberge qu'ils rencon- 
trent, ils se plaignent de la fatigue, ils se plaignent surtout 



Digitized by Google 



- 26a ^ . 

d'avoir manqué Turplu. — « Tiirpi», dit iw fiayaaa en 

« blouae qui déjeunait Uaiiquillcimeut, est-il donc dans le 

<( pa>â ? c'eftt, aâiittf^t-oii, m x^outable tmt^i j> Les po- 
lieemen nM^tent leor aventursu « Voua am dA csfaaii* 
« ger sept ou liuit fois de chevaux» dit le paysau, pour une 
« aus$i longue loui^, — ou huit fois! Nous avons 
« changé viogt foia noa chaYavxl ^ £t moi l'ai ùiia 
« avec un aeul. » reprit Torpin» car c'était lui, waia il était 
si bien déguisé, qu'il leur échappa encore une fois. 

Bliwk'Bm moft^f Turpin ae (MTocuia nn anU» cheval; 
maia on no trouve pas toujours des BUu^Mês^t aiian fat>il 
pris deux ans plqs tard et pendu à York. 

Yoilk donc cent aoixante-quat^ kilomètre», qnatre-vingt* 
d0ui; lionea, faita ^ onae beorea de temps, pav ma homme 
qui devait peser an moins soixantOHidnze kilogrammes, 
car Turpin était d une ibrte corpulence et d'une grande 
taille, et ceb daqa m temfia oA il^ fûntoa étaient mon« 
tueuses et défonoéea, et bien hm de la peiieetion qn'ellas 

ont atteint. Black-Bess n'avait rien mangé pendant le trajet, 

et, quoique cette bonn^ jument soit morte an bont de la 
tftche, ce fait est regardé en Ang^eten^ oanmo le plus 
extraordinaire qui ait jamais été tenté. On jugera de la vi' 
tesse de cette course en la comj^juU au pari l^t en 
par M. Oab^desian* Qn qne ce céiàbce lomtevtr pana 
de faire cette même distance, cent atixanto^uatre kilomè- 
tres, en huit heures seulement, en changfsant de cheyaui à 
volonté. Il gag;na de vingt minutes avec huit (ihAvaux diO^ 

Parmi les spectacles équestres, il en est deux qui se sont 
élevés en Angleterre à la itaui^ d'inatiuiti^^s snciales« et 
qui tendent ï remplacer ebez les peuples modenm to 



Digitized by Google 



datf faiMMiet dÊamm àdiMil.Lfl» «ranM «te elMMit 

sunl tout à la fois te but et la cause de raméHoi aiiou du ehe- 
vttl ^ Auglaien». Mus ne traitaiDiM pa» loi la quettioii de 

Les chasses 9e 8ont imprégnées du goôt des courses, «t- 
ne ressemblent pas plus aux ebasses des anciens barons que 

obunpgeAtenlêeatoHe, Mmaeiflilam aaeicnaftiifilm, 

qui franchissaient les haliiefS toufAis des landes incuUts de 
la ^i&X^ Ai^tenre. Moue en parlerons pins loin, ainsi 
que ëea ateapl^oliaM, ^fiii aeuililefit lenîr tmit à la fois 
des courses anciennes avant Tinvention des hippodromes 
et des ebasaea modernes , dont elles sont maintenant 
ewme le plpAnée et rapfpreBtisaage péar les hommes ét les 
chevanx. Nous donrmrfms ici, d'après l'auteur des Esquisses, 
la description d'une course qui résume les principales péri- 
pélîea de ces drames émonvanis. 

« Ott'<Mi s'imagine «n hippodrome siir lequel se trouvent 
placés, sur la même ligne , une masse de vingt-quatre che- 
vaux, tous âgés de trois ans, quoiqu'^s paraissent souvent 
m avefar eiiiq ou six . sveltes, d^gés de foute fçraisse, de 
toute chair superflue, ayant Pair très-maigres, et inonuant 
un poil lisse et brillant, des yeux pleins de teu, et une ar- 
iletir qu^w trépignement if impatience décèle iHinstamment, 
autant ifuH annoneetine ssnté parAnté. Ceseeutsiers vigou- 
reux SOUL montés par des hommes petits, grêles et maigres, 
dont les vêtements sont île toutes les couleurs et d'une 
fiMrme légèire ^ gfacleuae. '^'fout cfaélfft, tout fiOMes' et 
blêmes ipie paraissent la phipart de ces jockeys, ils n'en 
sont pas moins actifs et intelligents; ils ont Fœil attentif, 



Digitized by Google 



Imr eoDliMMM «st téaut €l v mét quelqveMt m pm 

sombre : ce sout des hommes importants. Quel sera le plus 
bai>Ua2.Quel sevra le ^Am lieuceax? Voilà la quealioii ^ 
dM» 10 Mt ; qsailKMi 4i«i iaténMe^nittien de spec- 
tateurs, problème doot la résolution détermine souvent la 
possessioû de souuues immftiwes et décide de la forUifie 
d'une I6«fe d» joiieiin, 

« Gù mt^mt la purao—o ehargée.dn Min de^kneer lea 
coursiers. Toal s ébranle, tout part. Cejiendaja quelquefois 
le dmrdre se met parmi lea chevaux, au momaiit 4u sigoal ; 
il ; a de riodécîaioii pamii k» nia» de la jjftMfàlMkm 
pacvii les autres ; certains dérivent de la ligne droite, ils 
entravent la course des autres. Àlors des cris s'élèvent de 
toutes parla : le d^pari eat jaalt difwl lea naa; il est bon» 
répliquent lea aatiea; en ne s'enteod plna. Bnio* an milîen 
d'uu tumulte sans ex( mple, d'un orage effroyable, s'élève 
la voix puissante de celui qui coounande. Il a jugé le départ 
faux et nul : il rappelle les cavaliena et lea loroe, an grand 
regret de qnelquea-una, à reveoir au poteau et à recom- 
mencer. Obligés de respecter et d'exécuter cet ordre, les 
jockeys reviennent aiir leqrs paa avec kiiteur; plusieurs 
avaient déjà parcouru cent, deux cents et même trois cents 
toises. Regardez ce beau cheval bai, monté par un jockey en 
veste blanche et toq^ noire; son cavalier iàit des ell^ts 
inouïs pour Tarr^» ce eDonier ai vile et ai fongueni. 
Béjk il avait parooqru près de deux cents toises presque 
d*uD seul bond, et il faut qu'il rebrous^ cliaipin! Quel cha- 
grio ! quel désappoin^ment pouf ceux qvi ont parié f/m 
lui. qui, espérant en sa vitesse, en sa vigneurvont rteqoé 
1,000 livres sterling peut-être m sa faveur! Mais aussi 
quelle jo«e pour Cjsux qui pariaieat contiie î Qea incidente 



Digitized by Google 



» 



fréqvents sont Jineo fuit» poar esdiar le» pniions, pour 
causer des émotions qui Ibftt fe- cfame «t FaMnit de se 

genre de spectacle, si à la mode dans la Grande-Bietagoe. 

« Si souvent le hasard amène de pareiUes circoastanees, 
que de Ibis aoni elles ont pour motift des esMs iMlraîie- 
meiH prémédités! Qtti 8«it si te désordre, fen»ut[ué dm 
toute la troupe courante, n'a pas été causé par un jockey ha- 
biie> qui aura cra pouvoir en preiter d'une nanière avan- 
tageuse pour son cheval» ponr angmmiler ses ehanoes de 

succès, on diminuer celle de ses adversaires? 

« Les chevaux replacés dans l'ordre indiqué, on repari 
an signal donné. Remarqnes le pradeni John Day> joelMy 
d« doc de Grafton : il dierebe h pfamrson cheval au centre 
de la piste. Arthur Pàvis, le plus élégant de ses camarades, 
flaue son comier en caressant sa crinière avec vn air ëe 
salhiwlion personnelle. Samuel Ghifiaey, le plus haluile, le 

plus expérinieiilé de tous les jockeys anglais, dit-on, mérite 
une mention lonie particulière. Peut-être esiril intéressé 
dans les par» po«r me somme conadérabie; il ne bmdoae 
point s'étonner si sa physionomie est grave; il semble Iden- 
tifié à sou coursier. Harry et Ëdwanl se suivent, ils sont 
boue h botte. Des sommes immenses se panent pour Tim 

et pour Taitte : tons deoi sont égaèsÉMOt léfsrs, ég^dement 

diaphanes. Samuel Day mérite cependant qu'on le remarque, 
et doit donner plus de chanees au succès ; car on croirait 
apefcmir ses os h tmvers sa pean trsaiipnrunia ; il sem- 
blerait un squelette qui s'exerce dans Téquitation, et les 
morts vont vue, a dit Burger. Qu'on ne s'unagine pas que 
h MtUM Ta ciééaînÉà; c'est le régime auquel il a éiésen- 
aris qui a fidC qn^ est arrivé h ce point de peftseticm, à ce 
degré de maigreur. Il était autrefois gros et dodu ; mais sa 



Digitized by Google 



gWMMe n diiptr i» éàm que powp otlt Si fi^iw Tail «butt* 

donné, aÎQsi qu oii le verra plus tard. 

iMfeB Mp ai pêaffaii pinl^U» rif «liw de 

maigreur avec Sanuiol Day, cl cauiie aulaiil d'épouvaule ou 
d'adiuifaliatt {tour aoo pariait entnuUunaeiH; car ^ cst la 
MMiiipti(Mi ptiBèMÉié».* fia» im» «mm» 41 4èebo» 
Mttne on iHnkmiii mil eeftnétal 4*m '•«^^ iFÎf. 
gagé trop tard dans cotte course, il a été fojrcé de réduue 
de quinze Uvrégttvin|t^iilffttiieiirasiQn fM^ primitif. 
Le ptnm miHKuwwi tonuMÉt wM^mém^fU eetlalnUe? 

commeot pourra-t-il iouruir sa carrière? 

£aÉia la eonrtarecoiuoieiico : c'est uu beau ^oiip é'o^ 
al toadaa les maHmtn ib raiè-en*cial aa fanilmit anaanUa 
dans l'arène, spectacle brillant pour les spectateurs et les 
parieurs qui occupent toutes les éminences envifaananlas, 
al ne paréent paa 4a me on aeni Inalant laa aa wiiif a paar 
kaquela ilaom parié on annyiiab Ha ptawMnt intéiit. La 
départ ne se fait pas celte lois avec nue giaiide vélocité? les 
ipin^-qnatra ahevann aa nwiintiaaaant plus ooaaaahie* et 
nhacan daa eombaHanla nhaem attaittifaniawi aan callaQ^ 

rent. D'abord tous se meuvent en se pressant de près; mais 
bientôt ies rangs s'édairctssentt ks plus i^ibles restent m 
onfièpe, al las fto tigomni ont ka aoudéaa ilranahaav 

« ilh! ah( ae ëlt an lai^mènie la ^len RalHMon qui a 
pris les devants, si je conserve la vie jusqu'à la fin de la 
oaime» ja panie, ma il>i» qoa la pna na m'éoliappera pas; 
j^ai l'avantaga aor laua matfcaaaaradaa^IleamBdoMHpUa- 

meul de cette colline dans la gra ride plaine deNewmarket ;lc 
obevai de Fàvjs se maiQtienibien ; celui dapiiûiey, d'abœd 
ménagé , aa développe al nanaca èé dépaaMr ailni ito Htfqr- 



Digitized by Google 



— 267 - 

course terrible! erïenl mille voix ensemble. 

« Sept chevaux seuiemeal ae tidimeati^wr la méai^ ligne, 
et m laissent pliu» dticupe chance aux Veilk le uo^ 
ment décisif ; les iH»i|rsieFS rasent presque la terre uvec 
leur ventre; les jockeys emploient la cravaclie et les 
rons; de tous les cotés^ ^'élèveut des cris^ tovs les ccsius 
battent; les clames tombent luresqua en fiâblesse, de epaitte 
ou d'espérance, et les parieurs se pencheul en avant, h 
cœur serré, vers le coté d'où viennent las iQQursiers. Enfin, 
un cri de joie frappe l'oreille» le ebeval bai-cerise, monl4 
par le jockey en veste blanche* touche au but. Bobinson est 

vainqueur. 

a Un nombre immense de cavaliers se pi^pite en bas 
de la colline : tous ces grands personnages, qui ont été lé~ 
moins delà lutte, galopent ensemble vers le but de l'arène, 
et se pressent en groupe épais et compacte. 

« — Qui a gagné? qui a gagné?— ilrow/ fila de Fmey^ 

polisl^ Bravo! je suis sauvé! crie l'un. — Comment? de 

par tous les diables, serait-il possible? hurle un autre gent-, 

ieman dont le cheval se cabre sous lui,— Oui, c'est bien hii| 

répond un troisième en manifestant sa joie.-r Alors je suie 

perdu 0 ma femme ! mes enfants ! j'ai été joué, je n'en 

saurais douter ; comment ai-j^ jpu être asse^ iou, a&seï in» 

sensé pour risquer uqe telle sonune? Que ine ineste^t-Umain- 
tenant? Je n'ai plus qu*a mourir. . 

« On veut aussi savoii (jucl est le possesseur du cbe^ 
qui a remporté le prix. C'est un noble duc /^i , ièrbaa» se 
carre sur le sié|^. de sa bejrline. 

« On lui crie : «t Araxes a gagné ! » 

« Il a peine à le croire ; une bobémiennet au teint basané. 



% 



i^ve leebapean que, dansFexeès de sa joie, le dac a jelé 

en l'air. De tous côtés ou vient coiitirmei cette nouvelle, et 
pour la aeeoBde foia la boliémieDne rapporte le chapeau, qui 
a fait un saut plus étevé eneore, et a'adiressaat à Sa Sei- 
gneurie : « J'avais prédit cela à Votre Excellence lors- 
qu elle nie consulta, j'espère qu'elle ne m'oubliera pas. i 
Q«elqoea pièees d'or aoDt la récompense de la devineresse. » 

Parmi les vldllefl iostitatîons qoe les Anglais ont su con- 
server, eo les rattachant a Tépoque moderne, par uoe suite 
de iraositioiis appropriées aa mouvement qui emporte le 
monde, ht chasse vient briller en première ligne. Ge n*est 
plus la chasse h Tépieu des vieux Saxons, ni celle a 1 arc 
normand, pour lequel Guillaume, refoulant d'une maiu la 
civBisation qo'il apportait de Taulre, brûlait des villes po- 
puleuses pour édifier new^forestf ni la grande chasse à car 
et à cri des clans écossais, ni celle des lourds molosses 
aux voix retentissantes, que Ton suivait avec le puissant 
kmtery type perfectionné du destrier de nos pères. Mainte- 
nant lâchasse en Angleterre est une course déguisée, l'ani- 
mal n'est pas le but, mais le prétexte. La chasse par excel- 
lence est celle du renard, c'est Ik que se déploie tout le 
luxe, tout le merveilleux de la fsishion anglaise. Tout y est 
combiné pour la vitesse; les chiens, sans voix, partent 
comme le vent» suivis d*une foule de chasseurs en habits 
rouges, montés sur des chevaux de pur sang. Le rendez- 
vous le plus fameux des chasses anglaises est Mellon- 
Mawhray; Taristocratie anglaise s'est bâtie une ville pour 
ses plaisirs, comme autrefois les rois se bâtissaient un pa- 
villon de plaisance au coin des sombres forêts. 

« Melton 1 quel charme dans ce nom magique ; comme il 
« raisonne déhcieusement k mon oreille, même en le dé- 



Digitized by Google 



— 269 — 

c( pouillant dans ma pensée du ^re^tàgb des iearsetde h 
« dûsse ! ce mot-puitsant surgit dans m mémoire comme 
« la rosée qui couvre la terre dans les matinées brùlaotes 
a des journées d'été. Une fois dans tses lieox où retentissent 
a les mille voix harmonieitses des meutes ardentes et 
« (lisiiplinées, et les bniyanis hennissements des rapides 
a coursiers, tout souvenir du passé s' évanouitlc Un cheval! 
« Mon royanmeponr un cbeval ! s'écriait le roi hii«inèi»e, 
« et vivre an milieu de ces meutes rapides qui laissent sans 
<c haleine ranimai des bois et l'oiseau dans les airs ! » 

Nous citerons ici* d'après un auteur allemand, quelques 
souvenirs de Melton-Mowbray, qui feront connaître les 
chasses anglaises. 

« Ce terrain si éminemment propre k la chasse au renard 
commence aux environsde Northampton.G'est un payssemë . 
de collines, presque exclusivement couvert d'un gazon court 
et épais et coupé de nombreuses haies. 

« Je dois avouer que la première vue de ce pays fit naître 
en moi des réflexions assez sombres. Ces fâcheuses impres- 
sions devinrent encore plus fortes lorsqnen sortant de 
X^orthampton, où lord Chesterileld tient une meute extrê- 
mement fashionable, je rencontrai une charrette ii deux 
roues sur laquelle étaient couchés deux individus en habik 
rouges, dont ta mine trahissait une grande souffrance. Peu 
après, je vis un grand nombre de chasseurs qui s^en retour* 
naient chez eux dans toutes les directions. Je sus bicuiùt 
que le run du jour avait été un des meilleurs de toute la sai- 
son, et que, des deux messieurs que je venais de rencontrer» 
Tun s'était cassé la clavicule et l'autre avait &tHi se noyer 
dans le brook, 

c( Dans un rayon de trois milles autour de Meltou, ily a trois 



Digitized by Google 



meules ; celle de lord Suffîeld, à Billesden ; celle de lonl 
Lonsdate, à Ck^ttesitiore ; et celle du duc de KuUaad, k 

« Dcpttrt TOoo arrivée J'fliehdftsé tous les jours, à 

rexœptioii d ua seul, où un froid excessif ne pouvait per- 
mettra éô songer un seai iostaot k la eha^i^. La mente de 
iord Snffièld a été tendue an prît inotiî de 3,0Ck> livres 

sterling. Les chiens de lord Sufîield sont extraordinaireinenl 
(letita et ûns, tandis que ceux du duc de Rutland et de lord 
Lonadale mt trèa^nde et trèe^orts. La mente dn duc 
compte parmi les meilleures d'Angleterre. Sun veueur, 
vieillard de soixante-dix ans, a depuis longtemps la répu* 
talion d'être un des plus habiles de son métier. 

« Chacune des tr^is meutes dont je viens de parler 
chasse cinq fois par semaine ; on choisit celle qu'on préfère. 
ToMS k» samedis ou désigne» dans les fenilies publiques, les 
rendez-vous de chasse pour ta semaine suivante. 

* Chaque meule forme deux divisions, qui allernenl a l.j 
chasse» et dont chacune se compose d'environ quarante 
chiem. 

« Le terrain est, comme je Taî dit, le plus Anrorable qu'on 
puisse imaginer ; les enclos y sont d'une grande étendue, et 
il n'y a que fort peu de champs laboaréa. 

« Les prîttcipant obstaeles qu'on teneontfe sônvent sooi 
des haies flanquées d'un côté, et souvent même des deux cô- 
tés, d'un fossé de deux à trois mètres de large. Ces obstacles 
sont les plus nombreuse, mais pas les plus difficiles pour 
celui qui en a l'habitude. D'ailleurs les premiers cha.sseurs 
font toujours» des brèches dans les iiaies» et frayent ainsi \é 
passage à ceux qni les suivent. 

<i Quand la chasse va trop vile pour qti'on ptiisae se di- 



Digitized by Google 



-tri- 

MMtar de la ttgde mMè (Mdr Mveratr )m farèbbes, oo 

peut d'en remettre à la vigueur et k la sagacité des chevaux» 
^IlalBaI^(leDljialaislefthaiiet li8|^«ftépiî^^ lei.fo% 
léb 1m plus krg€»4 et^let finaidii88intaTe6 iterépidi^^ 

« Des obstacles beaucoup plus dilliciles que ceux dont je 
yiens de parler» sont les dôiures qu'on appelle oxfsn&eài 
fiUes ie cOMpoieiit d'nâ toaé de deux mèttee de kiye^ 
d'uie eetMede trèinfofte de dii mètre vingt centimèlm dé 
hauteur, d'une petite digne en terre, d'une seconde estacade 
et d'uD second fossé. On friiiclik oediBenremeai ie$ «lâturei 
de biab el eo deux tempef en eioteil d^ièoed sur te pêtHe 
iligue en terre, puis de rauUe côté du siecoud fossé; mais 
SenTenton les franchit en une seule fois» 

« Lee obstoolee ke pies dllMlee eout les pfctitée ri^ièm 
(brooks), qui, en général, ont les bords très-escarpés et une 
profondeur telle, qu'il n'est pas aisé d'en sortir une lois 
qli'en y est tombé. Du reeie, il pane pour certain que, sur 
ttenle chevinx qui e a ute d t lee baies auBe le pies grande fié* 
cilité, il s'en trouve à peine un seul qui ârancbisse bien les 
bnM^. 

a Meltoneiliiiie petite ville tièMW|eeltet dans laipelle 

se réunissent* pendant la saison de chabsf, environ quarante 
geatlemeo, dont quelques-uns y oui des étabUssenoeiUs 
dte plue briUeote* D'autres «BHleem de ebane idsident 
dans les villes voitfînes et dans lee eombreosee maisons lie 
campagne des environs. 

« Ce ne sont pas* oomne on pewrceît le penser, des 
bemmes oislfe et ieeeeepAi il s'en fiiul, ear il se trouve 
parmi eux des membres du parlement» des officiers, desar- 
. listes et même des savautsi Mais, quelle que soit iaposiliou 
eo te prefesaioD des tnembieedè eetie léuDioft pendeolte» 



- 37i — 

séjour dinft «6 pays« ils n'ont d'Mire Init que de nhiMHr 

six fois par senKiinc. L<^s |)liis acharnés choisissent tel- 
jou», saas avoir égaixL au\ distances, les reodez-vou8 dans 
le rayoD daquel il y a le plus dé pelooses. 0» eOTOÎe ki 
chevaux de chasse au lieu désigné et on les suit monté sqf 
un hack ; comme les rendez-vous sont souvent éloignés de 
douse à viogt-cioq mille», on peut juger k qmeUts fetigoes 
les eheraox sont éxposés. El encore ne se coiiteote4-oD 
pas d'un seul renard, oq en cherche souv^ un second, 
iùi-cd h quatre heures de TapièsHuidi l 

« La plupart des ekaamrs se font aeeompagner d'un 
cheval de reclian^e, d'où il devient nécessaire, pour ceux 
qui veulent chasser tous les jours, d'avoir un grand 
aombre de clieftai» c'est-à-dire au meiiie dix chefaaiL de 
ehtsie et danx hadis; il y a des anMlenis qat eû possèdeai 
le double. 

«( Po«r un amateur de chevaux, il B*y a pas au monda 

de eoap d'mil pli» agréable que eefaii offert par un rendei- 

vous (le chasse, surioul par un beau temps. On y voit les 
grooms promenant les chevaux, tandis que les chasseurs, 
en hahk rouge, arrivait ah gabp de toua eôtéa. 

« Un rendez-vous bien situé attire souvent quelques cen- 
taines d'habits rouges, sans compter les autres chasseurs. 
, c Ce qne lea trois royamnes eontîennent de plus distia* 
gné en ehevaux de ehaiee est eoneenlré dans ee pays. 

« Le trop grand nombre de chasseurs a pourtant des iu- 
eonvénients; noumment celui de vous fiiire fouler aux pieds 
des- chevaux m vous avez le malfaenr de tomber» surloat 

dans les prenijcis rangs. 

« il va sans dire qu'il arrive de fréquents et graves aœi- 
denta, et qu'il y a taoe lee joara quelques bina, jambes ou 



Digitized by Googl( 



clavicules fracturés, sans compter les lèles ieiées> les con- 
tnaicms, foulures» entorses» etc., etc. Heureux quand cela 
ne va pas jusqu^k la perte de là vie. 

« Tout cheval de chasse, pour peu qu'il ne soit pas trop 
mauvais, soutient un galop de deux heures, bien qu'il ait k 
franchir de nombreux obstacles; mais il n'y a que très^pea 
de hunters qui soient capables de suivre les chiens pendant 
une course d'une demi-heure faite k travers champs. 

c Les farmers se présentent toujours en grand nombre 
aux chasses, et, bien que montés souvent sur des chevaux 
jeunes, peu dressés ou de qualité inférieure, ils abordent 
avec une hardiesse incroyable tous les obstacles et prennent 
souvent la tête. 

« L'intérêt que tout le monde prend aux chasses étonne 
letranger. Autour des caver^ toutes les hauteurs et tous les 
arbres sont couverts de spectateurs, et, dès que la chasse 
commence, la foule se précipite à sa suite et raccompagne 
jusquà perdre haleine. 

it Parmi les cavaliers on voit souvent des hommes ap* 
parténant aux basses classes, montés sur des chevaux mi- 
sérables, quelquefois iiièiiie sur des àiies, suivant la chasse 
avec la plus grande ardeur, autant que les forces de leur 
monture le leur permettent. 

« Quand vous retournez chez vous, les gens du peuple 
vous saluent poliment et vous demandent avec empresse- 
ment : € Good day, sirt good sport, sir? » Gela prouve que 
la chasse, comme tous les spectacles équestres, est un plai- 
sir vraiment national en Angleterre, ei qu on en a une idée 
tout à fait différente de celle qu'on y attache sur le conti- 
nent. » 

Les tiuple''ChaseSf ou chasses au clocher, devraient être 
ti. 18 



Digitized by Google 



^ 874 — 

on dérivé des chasôes, le prélude, le portail qui mèûe à 
rédificct c'est là leur unique raison d'être; maismalheureu- 
«ement il n'en est pas ainsi, pratiqués comme ils le sont et 
entourés des difficultés qui les rendent si périlleux pom les 
hommes çt pour les chevaux. C'est un reste de barbarie 
sans but et sans utilité pratique» quelque chose comme les 
combats de taureaux ou les jeux des anciens cirques 
païens. Nous ne voyons pas que la cause chevaline ait rien 
^ 'gagner li ces luttes terribles» auxquelles succombe sou* 
vent le meilleur coursier. Il y a des bornes ii lôut« la force 
animale a ses limites; autant il est beau, grand, utile d'user 
des dons de la Providence, autant il est regrettable d'en 
abuser, quand on porte devant soi Tun des premiers flam- 
beaux de rîFiu lli^ence du monde. Aussi, tout admirateur 
passionné que iious sonimes du sport anglais, nous n'ap- 
prouverons jamais les courses de chevaux de deux ans et 
ces steeple-ehases excentriques, oii des obstacles factices et 
presque insurmontables viennent à chaque pas compro- 
niettre la vie du cheval et celle du cavalier. 

Malg[ré cette réprobation, il faut avouer pourtant qu'au 
point de vue du spectacle et des émotions dramatiques un 
steeple-chase nombreux et ijien couru est une de ces poéti- 
ques réalités qui réveillent dans l'homme Torgueil de sa 
pittssânce. Que l'homme, en effet, eûiasse'Ossa snrPélion, 
que ses steamers fumaiiU parcourent les océans inconiius, 
que ses lignes de 1er aillent porter en Chine un v^agon pari- 
siefi, tout cela est affaire au tanps, c^est l^empire de 
l^homme sur la matière, c'est le génie aux prises avec la 
nature inerte, avec un caillou, du bois ou de l'eau qui 
bout... Mais ici ce sont deux êtres vivants, unis ensémbie 
pour accomplir, h force d'éneigie» de courage» d'adresse et 



Digitized by Google 



1 . 

» 

— 275 — 

f aitA de pevfoip. C'est un noble aaimal qui vient courber 
sous rhomme son fironi soaioki et qui loi dit : Je suis ta 
jHBbel pense eettleniesfc el j'tiâcMraii ^ flmm de lu 
omUi^M, oôoi mneleeMinir smu dënw de notra rosle. 

Nous tianehirons le ravin, nous sauterons la haie^ nous 
(laaeerae laus imprimer aoe pa» eur la touribiàse où imiub 
ttleid un eemeil béest* noue «N^menii» le granit; das 
edlKoeé et se posera sur les galets roulants des pentes, 
aussi calme que sur les verts tapis des prés... £t l'homme 

dk aa olieYil : Je ami la peoateUk ie tarrest sera u^op 
large, je te détoameiti; Ôi eA la fosgue est kwtile, je la 

modérerai : la où il faut voler, je l'exciterai... Et tous deux, 
mguilionnés par rémulatiooyparla seif de t'inoâanu» par 
ce feu intérieur qui brÉis m eœur des bmveSf réaliseiil, 

dans tonte leur poétique aeeeptioa, U labié de;^ centaures 
thessaliens. 

Le plus fameux des steeple-chases aog^s a lien à 
Liverpool ; il léami ehaqua aimée ui oomlire censidérable 

de souscripieui-s, et le vainqueur jette un rellet sur sa 
propre famiUe presque égal \ celui qui briUe au liront de 
eellb des vakqiieiirs du Derby. ' 

Hmini soit qui mal y pense! — Terminons maintenant 
par un réâumé rapide ce que nous avons vu dans la vieille 
Aagletem» dans eepajs des chevaux» oA T<^ea GnUiver, 
•A il Tit rhomme esclave et le die? al commander en maître 
superbe. On s'est demandé par quelle bizarre idée ces 
homaiesdeaier, resserrés dans leur UecoMesur un vasAe 
ladeaii, s'étaient fiiit un Oiea di» symbole de la vitesse el de 
Tespace? Qu'avail besoin de chevaux l'Angleierre? Celait 
bon pour las peuplesanU^HKis qiû voyageaient d'un m^aàé^k 



Digitized by Google 



l'autre k trayers les dëMis ; e'est bon powr les petpks ce»- 

«îneiitaniit, qui franchissent leurs barrières en un s»ui vif ei 
parfait, comme disent les légendes. Mais l' Anglais, séparé 
da reste du meiide par l'abîme des meis, ne devait mettre 
son toie qaedam ses légers vanaenii. — A loiJea doocss 
carènes, les blnoches voiles, les poupes dorées! A lui les 
longs voyages et les courses périlleuses! Aux peuples du 
eontinenl les bons dietani anx vastes poitrines et à l'cnl de 
feu, aux pieds rapides comme la pensée, au cœur brave et 
' généreux. — A lui les vaisseaux qui bondissent sur les 
mers ! — A eux les ehevanx qui bondissent sur la poassière! 
— Mais non» TAnglais a tont pris à la fois» il a pris les 
vaisseaux, il a pris les chevaux, et cela sous jiiétexte d un 
vieux conte mythologique, d'où il appert que NeptunOt diea 
de la mer» était anssi le patron d« ehevaL 

On connaît le fameux vers de Lemierre , qui , selon lui, 
eût dû hii ouvrir les portes de TAcadémie : 

Le trident de Neptune ert le «çeptre do noiidel 

£h bien ï il Êiudra y ajouter maintenant le fomt âu spmrt- 
mm, quoiqnecette seconde attribotion soH moins brillante 

que la preuiièi e. Oui, voilà quelques siècles déjà, ainsi que 
nous l'avons vu» que T Angleterre se vante avec raison 
d'être la nàtlon écuyère par excéllenee. Depuis nn sîède 
surtout le cheval est devenu, pour les Anglais, quelque 
chose comme le dieu Apis et l'éléphant blanc des Sia- 
ni<Ms, et vraknent ils ont raison de Ini consacrer leor 
culte et leurs hommages; il y a ponr eni, dans les exei^ 
cices équestres, une question d'hygiène physique et mo- 
rale • l'activité» le courage, l'actioa que le soin des chevaax 



Digitized by Googl( 



- 277 — 

61 l'étiiittim némiitnt, cofltlnttMil les piélKi^Mtmi 

lymphatiquesqM le peuple anglais eût pniséesdaBSSonelÎBnt 
brumeux. Sans le chevaU un Anglais serait uu gros homme 
goaÛé de stwU et de pudding j propre tout au plus à jeter 
aox aonm de pAîsiUes filets; miiis rbiUtiide do eheYsl 
et des exercices équestres a entretenu et développé chez lui 
raraour des grandes choses des entr^ises aveotiireuses. 
Si l'Angletene «les Indes et on |ried sur tous le^rhages da 
monde, e'est au dbefal qu'elle le doit. Aussi n'est-elle pas 
ingrate, elle lui laii un ciel d*azur, un lit de duvet et une 
couronne d'or. Le ebeval anglais est deveua m être 4 p^urt, 
•ne'erétfien neirveUe^ un i^enite particulier imMMiin deso»- 
turalistes : un Cuvier futur lui trouvera un squelette diffé- 
rent de celui du solipède classé parmi les vertébrés pachyder- 
Steel GlKidieas bien lit doit avoir qvelqae chose de plus, 
quelque os rodlmentaire qui le rapproche d'un d^gré du 
mammifère i>ijiiane, vulgairement appelé homme. 

Aossi f oomne ui benme pob doii peder à obMu lu 
langue qu'il conpvend, ^ons paiteei k on Amérieain de 
Washington et du Niagara, h un Chinois de sa muiaille, à 
on Russe» de Pierre le Grand et de BuUava, à un llalteo 
de mwlqiie» à an Antricbien de blaaeii ; m oreilks d^on 
Français vous ferez rimer gloire et victoire, guerriers et 
hnriers ; à un Anglais vous parierez du ckeml , et ce quit 
▼ons ouvrira toutes les portes de sesb6tels» tontes lesherses 
de ses manoirs, plus sûrement qne le fameux Sétame des 
MUle et une nuits. 

A harsel a kone 1 my ktngdom for a horse ! « Tout mon 
royaume pour un cheval ! disait un roi d'Anglelanre poQ^ 
suivi par un montagnard d'Ecosse. Eh bien ! il y a mainte- 
nant des chevaux qui paieraient des royaumes, des cho- 



Digitized by Google 



— 278 — 

vaux qui soulèvent sous leurs pas une poussière d'or, des 
chevaux dont un galop, quedis-jeîune promenade au pas, 
' fait crouler de vieilles baronnies et élever des châteaux nou- 
veaux. Les courses ! mot magique qui agite jusqu'en ses 
fondements cette vieille terre saxonne; les courses, qui re- 
muent le cœur, Tesprit, la pensée de tout un peuple, bien 
plus qu'aux jours d'Olympieoù une couronne d'ac/ie faisait 
tous les frais de la victoire, alors que tout un peuple neuf et 
poétique, sous le plus beau ciel du monde, partageait ses 
plaisirs entre les nobles coursiers d'Elis et les chants d'Ho- 
mère et d'Orphée. Les courses anglaises ont le privilège de 
faire palpiter jusque dans leurs plus secrets replis les ûbres 
desséchées d'un vieux peuple boréal usé par quinze siècles 
de gloire. Aussi, voyez comme chaque année elles gagnent 
en importance ! Cette soif de Tinconnu qui dévore le civilisé 
D'à jamais été mieux désaltérée que dans les chances éven- 
tuelles du turf; cette étude mathématique du destin n'a ja- 
mais été mieux analysée que dans un stud-book ou un racing 
ealendar; les combinaisons de sang, de soins, de sols, d'ali- 
ments, sont autant d'observations qui plaisent a l'oisive acti- 
irité de ces vieux adolescents de nos âges. 

Grand peuple anglais, vous avez bien des gloires k léguer 
k l'avenir, mais votre gloire hippique comptera parmi les 
plus brillantes de celles qui illustreront k jamais votre nom. 



Google 



1 



w 



CHAPITRE X. 



h6 cheril en France. — Légendes. — Chevaux lameux. — Races françaises, 
cheval boulonoau, normaiid, breton, poitevin, limousin et navarin. — Le 

• < ■ ■ • 

Reine des arts^ A France I 6 ma patrie ! 

Heîève enfia 16» front dcatrisé; 

Sans <ju à mea yeux ta gloire soit flétrie 

Pe enfants Je s'est brisé. ,% 

Oui» le sceptre hippique de la Frauce est brisë, nous 
TavoueroDS sans bonté el sans foiblesse ; mais » ainsi que 
nous Favuiis dit ailleurs, si nous trouvons que l'avantage 
n'est plus en notre faveur, à Dieu ne plaise que cè soit de 
notre part l'effet de ce dénigrement honteux qui met sa 
gloire à s'âi)âisser devant ^étranger ; k Wen ne plaise qu*OB 



Digitized by Google 



veaille y voir l'effet de cette anglomanie qui a subjugué 
notre époque, qui adopte sans raisonnemeiit et sans bai les 
modes denos^ouins. Mais aussi arrite de nous ce patrii»- 
tisme étioii qui consiste k ne voir de bien que ce qui se 
fsài chez soi, k suivre pa& à pas ie sentier battu d'une rou- 
tine aveugle ; anièie de nous cet esprit chinois qui ctmn^ 
sent sa pensée anx limites d'un territoire et se refuse ï 
cueillir ime étincelle au loyer de son Toisin pour allumer 
son propre feu. La^sciençe hippique est^ une grave af^ure, 
eHe influe sur la prospérité k'àne nation, 4ur sa gloire, sir 
sou avenir, et tieut aux plus hautes questions de l'ordre 
social. Si TAngieterre nous a dépassés, ce n'est pas que son 
dimat (àt plus, âivorable que le nôtré ; ce n'est pas que les 
races de chevaux que les Anglais ont importées dMIMMii 
remportassent sur celles que pouvaient se procurer les au- 
tres nations ; ce n'est pas qu'ils «issént plus que nons l'in- 
stinct belliqueux et plein de charmes qui porte tout homme 
de cœur k l'amour d nn noble coursier, mais c'est que l'é- 
lève du cheval , comme l'agriculture et ie commerce, de- 
mande deux dioM : une patkn^e êéaMre et des institii- 
tioiis solides; voilà pourquoi l'Angleterre réussit en ce» 
sortes d'aiTaires ; voilà pourquoi la France y est inhabile. 

Nous avons vu mitre le glorieux royaume éB^FimMi di 
dernier soupir des civilisations dé Tanclen nl<»^. Les^^M- 
ples nouveaux qui frappaient de leurs haches les portes 
ébranlées des oppida gaulois y conduisirent les chevaux de 
toutes les nations : la haquenée de Germanie h répaiw 
crinière, le coursier Numide des fils d'Abderam, le destrier 
des paladins de la Table ronde, et la cavale sauvage des 
fils d Attila. , . , .^^ , 

Après quelques siècles de laborieux enfimtement; im 



Digitized by Googl 



homme sort de la foule, il prend d'une main le globe sur- 
monté d'une croix, de l'autre une épée. Type mystérieux 
des hém légendaires, il s'assied an seuil du monde mo- 
dèrne, et, de son sonfHe eivUlsatenr» fiiit sortir du ebaos 
dix tiatioos puissantes, k la téle desquelles il plaça U Fiauce 
comme un pkire. Ce dieu terrestre s'appela Gharle- 
magne. 

Nous ne leroiis pas remonter au delà de cette époque les 
chroniques équestres de la France. Nous avons d'ailleurs 
esquissé , dans an autre diapître , tout ce qui précéda l'ère 
earlovingienne. 

Charlemagne, comme tous les hommes vraiment grands, 
savait que la nature est aussi bien dans les plus petites que 
dans les plus grandes choses : celui qui Tendait les légumes 
de ses jardins composait les capitulaires , recueillait les 
poésies des vieux fabliaux, et passait de l'adminisiraiion 
d'une ferme à celle de l'empire d'Occident. I^e soin des ehe- 
faox An «ne des prineipoles occupations du grand easpe- 
reur. On sait qu'il visitait lui-même chaque année tous les 
chevaux de ses domaines. On Ht dans les capitulaires : 

« Lès intendants du domaine sont tenus d'amener mi pt* 
« lais où Charleinague se trouvera, le jour de la Saint -Mar- 
« tin d'hiver» tous les poulains, de quelque âge qu'ils soient» 
« afin que rempereor, après avoir entendu ht mesae, les 
« passe en revue. » ' 

L'histoire nous apprend que Gharlemagœ était parfait 
écuyer, et qu'il dressait lui-même ses chevaux de chasse et 
de lurtattle. Ge forent de ses haras qne sortirent ces cour- 
siers dont il lit présent au roi Alfred d'Angleterre, au pape 
Adrien et même au roi de Perse. ' 

A l'époque dont nous parions» tes cfaevanx étaient élevés 



Digitized by Google 



k Yém iemHmxm^^ on Uchail, dans les. tastes fiwta et 

les landes incultes, des étalons et des cavales, comme cela se 
fait encore aju^onrd'hui c)^ quelques peuples 4ll çpulineaU 

Cb^ae gmà, fonihtaire aTai^ pm d^s Jn^m ctmHàar 
bles, dont il donnail le soin, aoiYant la coutume germaine, 
à uii mare-shalL Nous eu voyons Texemple dans l'histoire 
de Corbécénua et dana celles des haras despremiei:^ ducç 
de Normandie et dos banma njuro^a dont noos av/m 

Nous avons vu aussi , par ÏMtêtoire de Bayard et par le 
&bliau breton de Merlin Bars» que les coorsea de cbevaux 
étaient usitées k cette ét)oque, soit qu'elles rappelassent h 
pen^e des courses grecques et romaines, de celles des peu- 
ples du Nord ou des exercices. éqiiestrc»s fie» Zégjn& et des 
AboDCorages. C'est une cufieose étude que de reebercher 
les origines des courses de chevaux dans la France ti'auire- 
fois^ il est probable qu'el)es rmontent & Tépoque celtique, 
et que les GauloiSf dont on connaît les, habitudes cavar 
lières, en faisaient non-seulen>ent un amusement, n^ais en* 
core Qo^bntd'amélioraiioa^ 

. jUa^ Hoimandie Mil m courses do bwio. si fiiuieiiçes, 
que, dans plusieurs Chartres, des terrains sont eoncédés 

par les seigneurs pour cet usage ; elle avait aussi ses chasses 
k travers les Mli/^^ et les humons .jmBIf»^ 9pi# pln^ tar(l 
introduites dans la nouvelle conquête, ont donné naissance 
aux sieeple-chases d'Angleterre. La iiouigogne avait des 
<;ionrses.iqiH c^m^tfit^ai ^u;^ tomp^ las^lns anciens, dont 
i) reste eipgii^ .fluielques ve^tig^ (fm les euwous ^e.b 
petite ville de Smm. Au moyen âge» les propriétaire de 
vignobles des environs de Montibant devaient se refidre au 



Digitized by Google 



llMIVî «pi^ftW éi^^u&f qfikà bimi servir le seigoeur, 
«ne ooam aviôt lieu. Le premier qui arrivait au but rece-< 
vait une paire de ganU ; le second, un chapel de roses, les 
ai!fkitm$ 4^9 ruliums. courses ont reçu quelques qkhUU- 
Mtioss ai <Blwiitent encore aqowiâ'hm* 

Ou trouve aussi» dans les Pyrénées el dans certaines con- 
trées du Midi, des courses locales dont Torigine se perd 
dans h nuit dee tempe- Gesceuraes fiigent céléJacées tier iesi 
ifoeliedeimet les jongleaca ; 

Hais nulle part les courses. u'oDt si profondément nm- 
fné.daeeles Miitudes et les mam i'w |iejf» et ne pronp, 
vent une origine plus anoienne que dans la petite Bretagne. 
' YoieileûQinie* après mille ans, le pauvre Breton des mon- 

Inpifl, 4ui Mge 4» pain neir.ei n> pas de quoi paafor du 
iil pmf k soupe de aea enfante, e fardé eét usage, sonfe* 

Il il du temps où il balançait les destins de l 'Europe aux ap* 
piaudissements des Oriane el des Yseuit de CîornouaiUes* 
Le llte du «iliafe» on perdeo» aura lien-dimanobe; ke 
jeunes gens Ont (ait une collecte entre eui ; me psurUe seia 
employée à payer la musique, cban^étre qui fera danser les 
îenieefliee« Teetre k denner une eonnf de eheyaui. Ko^ 
œs, LapiiMcej réjouissmeest leni ae.<!élèbie, m Bralegnei 
avec des danses et des courses de chevaux. Une jeune gé- 
«îasOf m menton* uaebapeau et des rutens, voilà les prix 
lértn ré i m mUfÊfm t fnriqnee frenss en ont lût lee 

frais, mais l'honneur n'est pas 1^ : il est dans la bWHdohe de 
lancier qne le veinfueer eura droit d'allaeber à la iètede 



Digitized by Google 



— m — 

son cheval, dans les applaudissements de la foule, dans 
rhoiueur de ia victoire achetée par des périls , il n'en est 
point de noble sang cela. La nouvelle se léfisfeM^MIi^IWitt 
au loin, on la publie a l'issue de la messe. Les c'hemeners, 
ou tailleurs, la portent de chaumière en chaumière, et, le 
jour dit, les concorrenls arrivent de tomes jî^^ %û i JÊ(k 
fois de trente à quarante kilomètlres^. ht eOttre^Ktl^Éi llH^' 
val des montagnes, plus laid que beau, plus petit que grand ; 
sa téte est toujours belle et expressive, ses jamboo agat ■or ' 
veuses et sèdies, ses sabots dors et parfaitement conformés, 
tout annonce ia vigueur et 1 énergie dans ce petit être dé- 
généré, orgueil et trésor de son pauvre maître. Sa selle est 
un sac garni de paille attaché avec une corde; le plus sou- 
vent, il n'en a pas. Sa bride est ime longe ndii^W><iHufl 
de sa léte; quelquefois un mors y est attaché, quelquefois 
la corde seule en tient lien. Le jockey est m pelit homme 
de dh k qninze ans ; sa cbemise et sa culots de^loik^iMiln- 
posent tout son ajustement. Un mouchoir relève la longue 
ciievelure noire qui Uoitait sur ses épaules; ses jambes^out 
noes; il porte un éperon, mais la boucle^ de fM^épInmi 
blesse ses pieds, et souTent son sang se méte'ly uti î k iyi 
jaillit de la veine de son coursier. Cependant la iouie se 
presse autour des concurrents. Ils sont k cbevaL. Le^dé- 
part s'apprête, un fouei léger siffle dans teofS DMniirfç ks 
parents, les amis les entourent; on leur fait les dernières 
recommandations, on leur donne les dernières instructions» 
Leur- milJMnUe de joie et d'espérum, et ri^ n'oit fÉMâeuit 
comme leurs poses nobles et assurées sur €«s petîts^teli»- 
vaux fringants et impatients qui se cai>reiil et mordiUeiii 
leur fMtt rustique, ils parteBt fiouvent au Mnbie de dii k 
douze, quelquefois plus» Mais quel wniu oii(*ii» dmî? 



Digitized by Google 



C'est Uutôt de& marais faogeax, tantôt des fieniiers serpeo- 
uot tes des rodim. Qoaiidoii n'a pu vq ees tattes 

rilleuses, on ne peut s'en fiAre l'idée. Lk est un torrent k 
franchir, Ik une descente k pic suivie d'une montée aussi 
rade* là on bourbier épais. Rienae leaarrèlel lis iM>leDt ii 
travers les bniTèies» parai les roes et les rafiiis, comme 
un groupe de sylphes aériens suspendus aux crinières des 
cbevaux errants dans les bois. Us font ainsi des courses de 
quatre à cinq IdkNiiètfes. les accidenls sont rares; le pied 
êkt des diemii, la mno feme et l^œO vigilaiit da oafa- 
lier sont leur sauvegarde. Us arrivent ! La foule se par- 
1^; des cm d'entfaowasme s'élèfest de toutes paru; 
ohaem s'iménassean vietorieiix; rbommeet kcbevalsont 
Tobjet des empressements de l'assistance; le laurier et les 
rubans brillent k leur tête. On veut savoir le^om du che- 
yAf son kge, sa tace; c'est le héros de la fête, on ne s'en- 
tretient que de lu). B a quatre ans, et a déjk gagné deux 
moutons au pardon de Scaër, une géhisse a celui de Ros- 
|penaii« L'année demièie» il avait gagné dix montons en 
divers lieux ; il a battn nn Als de Bijou k la course de Lan- 
gonnet. Pour hu, il est tils de Bédouin; sa mère n'avait 
jamais été battue. On dirait uue scène de Newmarket; 
nais ce n^est pas ponr â5»ÛÛO livres sterbug (|ae le Breton 
a couru» c'est ponr nn mouton de 5 francs. 

Partout, dans la France ancienne , le goût du cheval et 
les habitudes éqoestres se trouvent liés aux usages de la 
vie. Pouvait^il en être autrement chea une nation batailleuse, 
sans cesse aux prises avec les invasions et les conquêtes? 
Aussi, tandis que, dans les campagnes, k Tabri des tours 
féodales, nous trouvons les jeux de bagne, les grandes 
chasses» les courses à travers les champs, — dans les villes 



Digitized by Google 



1 



• — 286 — 

s'mtgnittiiM im Uom^ ée la cht? akrie. Les champs 
dp» t'Mvnmt de immb pins li l'ardeaie jamiMef qil fîeat 

y chercher l'imaj^e des combats et préloder à ces grands 
coups de lance et d'épée, qui ktoui k jamatt» k trn^n ies 
-àgea» ràyoDncr lé nom ée la Fraaoa vi picndOT mng àm 
nations belliqueuses. La plupart de nos anciennes cités ont 
gardé jusqu'à nos jours le souvenir de ces jeux. Sous les 
mws de la till^ «rdiiiamiiieBt aa «oleU IraM, aar dnai&e 
fèveaMi eneom «ne aimie fiMéè èt iki» «Am : «e 
sont les liées, nom mystérieux qu'entoure une auréole 
gloire et d'aooour. Là combattaient les héros dea aftdêOB 
joiira, 1b> am lea da la baamé^ aa déplajiMBl lea te* 
uières de^ chevaKers ; Ik les ménestrels oélébraieni les hauts 
fidts des guerriers, là s'échappa d'iiae lyre ce yeis si Draii- 

taki: 

0« ai vwt Itfeat fMià ia Ml ittinié. 

Ma r<if%kie de k aodélé AMçaiae» BdclM «mM I M 

mystique et guerrière, te^ ehetau* et ceux (\yn s'en occtï- 
paient furent placés sous l'invocation de deux îilustrea pa- 
trons, saint Éloi et saint Marliii. 

L'orfèvre âM atait été ehargë par Glotaipe de M (Mre 
uue selle pour son cheval de bataille; le roi en avait lui- 
même dessiné lé modèle; il avait féarai Ter et les ^ui 
qui devaient en fhire rornément. Mais lliabtle é«vrier 
trouva moyen, non-seulement de fliire une selle, mais en- 
core d'en faire, une seconde. Le roi dès lors mit en lui sa 
confiance et plus fard en it ion minlstire. Sïfnt Ëiot est 
resté le patron des forgerons et des maréchaux. Dans cer- 
taines contrées» on promène les cfaevàox malades autour 



Digitized by Google 



^ S87 — 

des chapelles dédiées à ce bienheureux saint, et sa fête était 
oagui TG célébrée avec pompe par les corporations cavaliè- 
res. En Bourgogne, il y avait toujoùrs sur la table des dncs 
un plat d'élite qui n'était présenté qu'au duc senlenfent^ 
Le jour des grandes tètes, il était ensuite remis k certains 
dignitaires de fÉtat; mais, Iq jour de la Saint-Éloi, le plat 
Aait remis an marécbal qui feriait les chevaux dii prince.* 
Saint >îartin partageait avec saint Éloi la protection des 
cavaliers; on sait que Clovis avait donné son cheval de ba- 
taille k rëglise de ce saint, honoré spécialement dans la ville 
de Tours; ôn avait soin de conduire un destrier bardé de 
ffer aux processions qui avaient lieu en son honneur. Dans 
plusieurs lieux où s'élevaient des chapelles en Thon^ 
neur de saint Martin, les voyageurs et les bohimes d'ar- 
mes faisaient rougir la clef de la porte et en marquaient 
leur cheval à h cuisse aûn de les préserver de tout mal- 
heur- 

Nous Favons vu dans un autre chapitre, les chevaux 
français se divisaient, au moyen âge, en plusieurs catégo- 
ries; quelques espèces, comme les lymsstos destinés aux li- 
tières, aux bastemes et li (Porter lei gens de basse condi- 
tion, et les sommiers qui transportaient les bagages du 
commerce et de l'armée, se trouvaient dans tous les pays, 
et s'élevaient sans aoîfis fit «ans intoHigancft. D'autres, 
comme les palefrois et les destriers, étaient pris parmi les 
races les plus précieuses, ou les entourait de tous les soins, 
et chacun rivalisait à qui aurait les plus beaux et lesmeit» 
leur». ' * 

On s'étonne de ne pas rencontrer dans Thistolre de 
Fi^ncCt comme dansceHe de certains pays, et spéciale^ 
ment de PAngleterre, la preuve dea amâiorations apportées 



k la me éqttefttre par des iattîtalioiia pubU^iies propres k 
développer le goût du cbeval el k fitvorîser aon élenge; 

' mais on doit concevoir que la France était de toos les 
pays dtt monde celui qui pouvait le plus ae passer de ces 
âémeDta arlificiela et mYent fiictieea de prospérité. Ea 
effet, la France possédait dans son vaste territoire tous les 
élémeats favorables à la production : le Midi lui fournis- 
sait le cheval congéaèra de Tarabe, et le Nord poss édait Ict 
magDÎfiqaes types de oeite race annoricaine que quelques 
auteurs ont regardée comme une création particulière. 

Aussi la grande cause de TaïuéiiûraUoa du cheval iiraa- 
çaia> de sa eonstaote sopériorité s«r tous les ekevasx ds 
monde pendant de longs siècles, vient, d'une part, de cette 
constante introduction des régénérateurs orientaux, qui 
date des premiers temps de son histoire et qui coBtinos 
sans intmnption jusqu'à nos jours, et, de* l'antre, de Is 
consomuiatiou qui se faisait du cheval français, tant k Tin- 
téneur qo'à rextérie«r. 

Nous avons va qiie les RomaÎDS avaient j^aeé dans leois 
campements un grand nombre de légions africaines. La no- 
tice des dignités de Tempire renferme plusieurs indicatioBS 
ainsi conçues.: 

PnBltetQt Ifivwnm FnMm anUton ntaforam, 

m 

auxquelles viennent se joindre le nom des localités où sta- 
tionnaient ces troupes moresques. • 

PJos tard* les soldats d'A|Mieiame inoodèrent le midi de 
la France de leurs coursiers Numides; après la célèbre ha- 
tailla de Poitiers, un nombre considérable de ces chevaux 



Digitized by Google 



t 



ratèiMi i mm MÉIm ei répaidiMni IcHr sMg daM Iss 

jraeeft da ceDire de la Fiance. 

Bientôt vinrent les croisades, et, comme nous l'avons 
ééjk vu, il faudrait des volumes pour énumérer les baras 
IMà par les craiféa, oà ilspbGèreDtleaGlMfvaiiEmieaéB 
par eux. Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit M 
^jet des baraa arabes de Normandie et de Bretagne, il 
s'eai pat «ne proviaee dont les archives ne coMienneBi la 
fmm <|«6 ces ^aUîtaMients pullulaieiit dans la Fiance 
aucienue; le Limousin, la Navarre, la Fraiiclie-Conité, la 
Pioardie» la Lonaine» l'Aaveiipie, le Poitou, ont tous dans 
leurs sam»irs mainte blsicére d'outre-mer qui fiie ë nne 
époque déterminée l'origine de la race écjuestre. Il y a dn 
vrai et du faui dans celle appi'éciation. G est moins a une 
importation déterminée que nons reporterons TamélioFa- 
lion des nées firançaises qu'à une suite non interrompue 
d'importations. ' 
- Ordénc Vital nous apprend qneJe roi de Tripoli» dont les 
diefaoK élûent legaidés eomrae appartenant am races les 
phfs pures de rOrient, en iîL lai^gesse aux croisés français. 
Une ibis» entre antres» il leur envoya di» me§mfiqueê oNir- 
aters» qmtre mukti et nue smnme d'ûr. Voie antre Ibis 
qtdnze mille besants et quinte ehewmx d'un grand pris. 

Le cheval français conserva sa prééminence sur ceux de 
PEnrope pendant lont le moyen âge, Tosage du cheval était 
nn hesem pour les hommes de cette époque; le don d'un 
cheval français était regardé comme un des plus beaux pré- 
seiàis que l'on pût faire» nous avons vu ceux de Ghailema- 
gne anxsenwiins de son temps; osi exetople M snivi par 
aes successeurs; Hugues le Grand envoya dix cLevaux nor- 

li. 49 



Digitized by Google 



nmèi\ AlMMM avec Pép^ di C wiH wt iitM la taMM* 

CharlernaL^iie. 

D après les lois de la chevalerie, les charR, ks basieiiics, 
iaa lîtièiea néme étaieot déièwfaia am chavaliÉra ; ila ne 
pou vaîenl voyager qu'k^elietaU p«iir amMir qo'Ua mtté- 
gpaAeut point les fatigues et qu'ils éiaient mujonrs prêts k 
.reaBfUr k^iir gtorieuse missioo. Nous avons vu que les rois 
liiaéaitla flmiil dMm da liéM le jein^ 
leur indolence daus un char traîné par des bœufs; on nit 
que iisaoeiot* errant à k recherche de Genièze, eut le roal^ 
henr de monter silr anc duurralte» coadaite pat lui nain ét 
traînée par des vaebea; son anoiir lui fit ouMiop qif il diri- 
geait ainsi aux règles de sou ordre, mais il en fut puni par 
lea combats que ce méftit lui attira, et par le mépiis BMBie 
de œlle pour laquelle il avait tout bravé. D'àflleura les che- 
mins et les routes de cette époque étaient impraticables aux 
voiturea» il n'existait que des routes laissée» par lea Ao- 
Mlnia* mti» qui, fawie d'eBtretiin» ae mipaietit da taates 
parts : puis la nature montagneuse du pays, lea tomiaadé» 
bordés et les vastes marais ne permettaient aucun perSee- 
ttauueff i^ W vilttQoiaa eonma juiqu'aftora. Lea nobles, 
non-seulemem ne vuyafaaiaiitqu'à ehml, anaia enaoïe e*é- 
tait a cheval qu'ils se faisaient visite dans les villes ou se 
l^i^iaieiit k l'Burs affaires; lea dassea voyageaient à cbeval, 
asfiîaes, aelou )a mode woi n i i n e» nii aiiniralràea« afskm 
1 usage des femmes du Nord; dans lea vittea eHea aé M* 
aaieat porter dana les litières, la reme Berthe iiiait eu che- 
imimU on voit aiicaieliBqFiiii6i.^aÉ traite wm ^oêt 
beau, la selle de eette bélla Ékadîtoe; m y itanarque le 
Ixou où elle mettait sa quenouille. Les magistrats se ren- 
daient au palais montés sur des mules; les marchands, as- 



I 



Digitized by Google 



lift fiiir dtftliMt ainii ^ie W» likiiMilb«iio»f qui,. |Niiir 
iMtte fUMD^ élaieot ftpp^ frèivs m inet. Ln bour- 
geoises se servaient quelquefois de cliais découverts, c'est 
oe qui détermina Tordoiiiiaiioe ùù Philippe ï% Beà, portant: 
Am. i"» MU bcmrgême n'aura ekar* 

Let feuM idlaient encore en croupe derrière ks etira* 
liers, même dans les cérémonies publique^; lorsque Char- 
ImVII fittt de Monunbaii à To«k>Bfle» k rfliDeit-son en- 
Ifféé dm cette vîUe, portée ea croupe pttr kl dMphio^ m 
hd cheval blanc. J^es eapilouis mirent la reine, ledaupbiu el 
le cbevai biajic &aua un daia aiu armes de France, porté 
. pur ebacui de ces magîstftts en grand eoeUime. 

Dans les villes, et principalement ^ Paris, il y avait de 
place en place des nwntoirs ou pierres équcêtres^ ainsi appe- 
lé» parée que ces pierres, taiUéea en degrés» servaient à 
monter k dieval. CSet usage venait des Romains, ainsi que 
nous l'avons dit. On voit encore près d'antiques demeures, 
ou dans les rues isolées des vieilles villes, des imitations de 
ces anciens montoirs. Ces monuments, qui deviennent plus 
rares de joui' en jour, sont du nombre de ces vieux déi>ris 
dont Tusage est presque ignoré maintenant. 

JNkms avons donné ailleurs Torigine du nom de baiUet, 
qoe porlent un grand nombre de chevaux dans tes campa- 
gnes; le nom de Moreau n est pas moins usité : il sert à dé* 
ligner un ebeval noir; au moyen âge on disait Moreau ou 
Moral; on lit dans une vkiMe ballade : 

l'attelle Itorel 

Lorsqu'un gPifctilhomme avait oommis quelque cnme, 



Digitized by Google 



folilit è ses devoirs ou eocouru le â^ilaîtîr du soifveraii, 
UD des plus rades châtiments éltit la confiacalieB des die- 

vaux. Nous en trouvons l'exemple dans pltisfeiirs Chartres 
et ordonnances; mais Tune des plus curieusés ^st une pièce 
signée de la main de Charles VI, portant « confificati^m ée 
« ehevaux sar le sir N... par soke de la mort perpétrée en 
« la personne de Jean Raoul. » 

Une coaUime touebanle, et qii procve jusqa'h qad point 
le soin dn cheval était poussé dans la vieille France, c^était 
l usage de donner les invalides aux vieux chevaux, appelés 
dievaox vétérans ou cbevaux de quittance. On nomomt 
ainsi les coursiers, qnit parleur vigueur ou leur légèreté, 
avaient sauvé leur noattre de quelque» pjrand péril dans les 
batailles, ou qui leur servirent à gagner le prix des tournois 
00 des passes d'armes. Ën reconnaissance de ces nobles 
services, oh faisait vœu de ne pins lés monter et de les 
nourrir convenablement dans la rclcnue du manoir, portant 
au cou une billette où leurs services étaient mentionnés. 

Le prix des chevaux a toujours été en proportion de leur 
mérite. Dans les pays et dans les temps oii ce pii v, non- 
seuiemeut dédommage l'éleveur de ses avances, mais en- 
core vient lui offrir un bénéfice assnrét l'espèce s'améliore 
et prospère, tandis qu'an contraire elle dégénère et s'épuise 
là où les prix ue sont point en proportion avec les débour- 
sés. Ge serait un travail utile et curieux d'établir Fécheile 
des valeurs commerciales des chevaux dans la France d*au< 
Irefois et dans la Fiance moderne, on trouverait en regard 
les phases diverses de ses progrès ou de sa décadence 
équestre. Parmi les documents épars qui se pressent sous 
notre [»lume, nous citerons le fait suivant, qui prouve l'im- 
portance que l'on attachait au moyen âge à la possession d'un 



Digitized by Googl 



iy)ble coursier. En 1155, Tévêque de Soissons cherchait un 
beau cbevai pour faire son entrée soleaoelle 4laas sa ville 
épiac^\û : oo loi en pré^nta do superbe pour lequel il 
' donna emq serfs de m terres, deux femmes et trm hommes. 
Mais si le soin des chevaux était poussé tort loin, il n'en 
éiait pas de mène de la science vétérinaire» cette science 
était plus instinctive et préventive que raisonnée. 

La plupart des maladies claient attribuées aux enchante- 
ments. «.Çi.le cheval est enchanté, soit pour avoir passé 
« 80118 la croix de Fétu ou sur U^bâcbette charmée» il suf- 
« fira je loi faire aspirer do bhome jndaîqoe, do soufre et 
« de la graine de laurier.» Tel était au quatorzième siècle 
Tétjit.de la médecine équestre. 

. Lepkn.de cet oovni^ ne.nous permet pas d'entrer iw» 

des considérations étendues sur Télat de Féquilation mili- 
Uire da^ les diverses conditions f^iitiques de la France, 
nous noierons seulement que. le quatorzième siècle, vit 
poindre les premièrfi» lueurs de rin^nterie r^uiière ou 
chevalerie à pied. 

On lit dans les Mémoires de Philippe de Gommines ; 
. <i Le dit comte de Sam^Paul, k toute diligence, signiHa 
« cette venue au comte de Charolovs, lui requérant qu'il le . 
« vint secourir en toute diligence, car s'étaient ;nis k 
« pied bommes d'armes ^t arehiera.... 

« Le dit comte de Charoloys trouve le comte de Saint- 
« Paul à pied, et tous les autres se mettaient à la liie comme 
<( Hb venaiiyit».. ]>e prime £»ce» lut advisé que se mettrait à 
«.pied sans .nul excepter, et depuis meurent propos, car 
« presque tous les hommes d'armes montèrent k cheval. 
4 Plusieurs Jinms cbevaliers et écuyers furent ordonnés kde> 



Digitized by Google 



a plus honorés ceux qui desceudaieut avec les archers, et 
« toujours en mettait grande quantité de 'gens de Men, 
« ^fln que le peuple en fût plus asseoré et combattit nrieuXt 
« et tenaient cela des Anglais avec lesquels le duc Philippe 
a avait fait la guerre en sa jeunesse. » 

Pendant de longs siècles, le nombre des domestiques, et 
sortent des cbe^nx, réglait ponr ahisi dire la considératîoa 
et le rang des individus. Princes et gentilshommes ne mar- 
chuent Jamais qu'entourés d'une suite nombrensiSf selon 
leur puissance et leur fortune. Les juges et les ecclésiasti- 
ques avaient aussi leur coniingent déterminé par des règle- 
ments spéciaux. Il en était de même des avocats, qui, 
comme on le sait, formaient au quatorzième siècle une des 
principales corporations de l'État. Leur maison était te- 
nue noblement , comme on disait alors ; on lit dans le • 
Traité de Beaumanoir : « qu'il n'est pas raison que nng ad- 
« vocat, qui ^ Il un dieial, doit vwit aussi grant journée, 
« comme chil qui va k deux chevaux, ou k trois ou k 
« plus. » 

Foumel ajoute que ia eoutinne d'alérs était qu'un avocat 

se fît suivre d'un ou de plusieurs domestiques h cheval ei 
qu'un avocat de quelque célébrité avait toujours une suite de 
quatre chevaux et plus. 

La cérémonie du cheval MëiUet a excité les savanles re- 
cherches des antiquaires; on a pensé qu'elle avait une ori- 
gine très-ancienne qui même pouvait remonter k l'époque 
druidique. Noua ne savons jusqu'à quel pomi la singdièfe 
coutume dont il était Tobjet peut se rattacher k Thistoiredu 
cheval; quoi qu'il en soit, cette fôte avait lieu tous les ans k 
la Penteoôte, k Saint-Luaine» anden ftijB de bals, près de 
Vmami iê principal personnage Mtm cktval de bois. 1 



Digitized by Google 



mk an mdifitt 4a a>r|» use oaTortaB j|Murltq«eB«t%it(H- 

dnlsait Tactear chaîné de kâ donner le mouvement. BmH 
jours avaol la Pentecôte, les nouveaux marguilliers se ren- 
dais dto iea anciens, qui gardaient k cheval de boia mie 
pefftaielU ete Vun d'eaou Nenf pnceoia on inrii deeao»* 
vaauL isargaHlierafommal le mMnêi €humà &eux avut 
pour coitume des habits de toile peinte, en forme de dai* 
matiiitte» ieméi d'herminaa el de âents de lia* armât dt 
Bi^agneel de Fraobe. 

Deux sergents de Ja juridiction précédaient le cheval et 
tenaient chaicim k la main une lif^guette ornée de^ flaUrs, 
eoimme la veife flaciée dea dmidea. 

Le cheval était suivi de deux autres per8onnag;ies qui 
avaient chacun a la mam une longue épée avec laquelle ils 
fenraiUaieni pendanl toiile k mai^ 
«ÔtOt les margnUliera, aaaMa de ae^ienta m- oaatane et 
accompagnés d'une foule de peuple se iciidàieiu dans quel- 
iyêù bois voisin où Ton ariachait un chêne, qui était porté 
i|tt Êm de la mnaiiiiie sm k pkea ^liqae de l'éfiliie. 

Le Jour arrivé, les marguilliers, accompagnés de km* 
cortège, faisaient apporter le cheval dans l'église et le pla- 
Orient dans k banc du seigneur. On procédait ensuite, au 
son de k omsiqiie. Il k pkntatkA dtt chêne. Âwtodiapr^ 
la grand messe, tous les personnages de la cérémonie ap- 
l^taieut le cheval sur la place, et fa^aieuti^n dansant et en 
earacpknl» an aon de k moaiiiiief trok fm k tow.de 
Tarbre. ' 

Après les vêpres, on reportait le cheval sur la place, et, 
coQ^ne k mfitiA, on ^naifc mie dapae a«UNtf du chêne. 
Cktia daua était oomnoiée de neuf touna, amàakBmk on 



Digitized by Google 



I 



approchait le dieral de Tariure, qii'oK tti Msait baim Ii6ii 

fois. 

Cette dernière cérémopie acbevée» les sergeots criaieDt 
trois fois aflenee, et le bâtonmer enloniiait «ne dieneoD dé 

quatre-vingt-dix-neuf couplets. Cette chanson nouvelle, tons 
les ans, cooteiiait toutes les anecdotes da pays, les évéoe- 
naents reanrqiutbtes arrivés pendant l'annéé dans la pa- 
roisse. Un double de cette chanson était déposé k la cham- 
bre des comptes de Nantes, et 1 original restait aui aretHY6S 
du lien» avecle pfooès^eiiial de b cérémonie. • 

La chanson finie, on fiorlaît le eheval MaUêt dans la mai- 
son d'un des marguilliers, qui en restait dépositaire jusqu'à 
Tannée snivante. . 

An ndiieu des brillmtas dynasties de ces rais de France, 
ornement de Thistoire du monde, la race des Valois se dis- 
tinfna par son élégance, sa galanterie et son goût pour les 
èsaui^^arlB. La France sinspirait alors da génie italien, qni 
éeUarait de ses fen la dvittsa^on de cette époque, consa- 
crée sous le nom de Renaissance. Tandis que la poésie se 
féveiilait à la im dn Dante, la peinture à ceUe de Peragin 
et de son élève Raphaël* d'habiles éenyers fommlalmit en 
préceptes savanis les méthodes d'équitation et en formaient 
un art spécial, que les écoles de Pignatelli devaient pro- 
pager rapidement parmi les nations civilisées. 

Ce fut Henri II, ce roi vaillant et cavalier, qui, défiait 
Charles-Quint à la journée de Renti, le chercha pendant deux 
heures au fort de la mêlée, où TËspagnol ne se tronva pas; 
ee An lui qui fonda lès premières écoles d^équitation. 

Les tournois avaient déjà passé de mode; chassés par 
l'invention de la poudre, comme nous Tavons dit, quand la 
mori de ce roi les fit enfin abandonner ; mais ils furent 



Digitized by Google 



— m — 

remplàeés par \m énmatmhf ok Part do Jtmége put^dé* 

ployer ses plus rninntieuses délicatesses. La cour .icciieillit 
avéc empressement ces perfectioaneiueiils, et ineolût, à côté 
de$ éeoles italienneB, espagnote el allemùiclest qui tf 'm^ « 
prégnèrent peu k peu du génie de chaque nstion, s^éieva 
Técole fi^çaise» destinée à briller la première entre toutes. 
Les princes se firent un devoir d'étadier»piÉiciidéineÉl«n 
art si bien Ikil pour la puiMsnce; To«s s*y readirait plus 
00 moiûs célèbres. « Car, dit Montaigne en citant le philo- 
« sophe Carnéades, les enfants des princes n'apprennent 
« mù k droiet qt^k uMUiîer des dievàoxv d'iMst ^a'en tout 
<c autre exercice chascun fléchit soubs eni et leur donne 
« gaigner ; mais un cheval, qui n est ni flatteur ni cortisan» 
' « verse le fils da rojr parlenre» eomne il ferait le fils d'an 
« eroeiielieiir.^41'' ' ; « 

Le prince qui se distingua particulièrement k celte époque 
par ses talents en équitation fut le duc.de rienaours, sous 
Ghsries EL. Parmi les feils merveiUettx qn'oo lut attriboet 
on prétend qu'il descendait et montait au galop les degrés 
de la Sainte-Chapelle sur un cheval «yressé par iui» qui s'ap- 
pelait MM. : 

Noos tronyons dans Montaigne de eurienx détails anr les 

écuyers les plus fameux de son lenips, sur le dressage des 
chevaux et rari.de la voHife* « ie n^estime. peint, dit^îK 
« qu'en sofflsBHiee et en gràee h cfaenoU mdle nfttioa nioiis 
« emporte. Bon homme de cheval, à l' usage de noslre 
c< parler, semble plus regarder au courage qu'à Tadresse. 
« Le ptns scftf ant^ le plus senr, le nicrix adraunn h mener 
fr un cheval k raison que j'aie congnn, feut» à mon gré, le 
« sieur de Carnavalet» qui enservoit notre roy Henri second. 
« i'ai Te« hoi»iiie^deniii|f^«JMvnèra à éen fMs'^lr «a 



Digitized by Google 



« mSêt dèiMÉer la «0lle^ €t,Mi mlmr, k relevor, itoo^ 

et moder et s'y rasseoir; fuyant toujours à bride avalée; 

« qpuit paMé par^dftuyj m kwm^ y ùtu piur derrière dfi» 
€ bîm ODiqMi d0 soq «ci iMMMr ee ftt'fl T^iiUoitt «i 
d jettaiit d un pied k terre, tenant l'autre en V^fWtt et 
a antres pafeik aingerie^t de quoi il vivoit. » 

«ÛB a w de inoa tanpa^ h Conalaiâiiii^la» dit mcm 
a MoUttlgiMi, ikùtt iMinm awr nu éheval» laaqueU» ea aa 
« plus roide cour&c, &e rejeloîent tour a tour à terre et puis 
a aiir la aeUe» et iiog qtti aenleaimt dm deate bridoit et 
a baroaolMît aaadmal; vttg autre qui ettlie dei» cbeyaax, 

«r un pied sur une selle, l'autre sur l'autre, portant un se» 
« cond sur sea bras» pi^ooiLà toute bride, ce aecofid^ tout 
m debotttaorlnUtifaaÉisaacaiiraedeaooiipsUeBeartaiDi 
« de son are. Plusieurs qui, les jambes contremeut, don* 
« noient carrière, la teste plantée sur leur seUei entre les 
« peintaa^ eûaaelèius attaehëa aui taaraaîa* 
. « Eu inott 6oftam« la priaee de Maïaii^t à Napleai utt^ 
u nioit un rude cheval de toutes sortes de maniemens, le- 

noit «ouaaaagenauiia et sousaea oiteila dea réals, comme 
« ai ellea y euaaeol esté clouées, pour moulrer lafemetéde 
« son assiète. )i 

Lea ebevaui laa pftua estiméa à cette époque étaient les 
dhaifaux liariiaaf taroa ét espaguok : ou mettait un aoin iu^ 
Ikiili laa dmaeret ou les tnénageait heauaovp eu leur jeu- 
nesse; aussi servaient-ils dans uu âge très^avancé. (i'est ce 
que aaus afpreuMut eueoie lea auteurs du temps. « Le 
a tenvéAmatUttl Mi oautaier ipe H» la oaoaéliU&airait 
• ¥ donné au roi Henri, et l' appelait-on le Compère. Tout 
. « vieux qulLé^t» n'en fut vu.ttn.meilleur« et sou maître le 
M ftfc in i aay a»4e t»o«a wmliaiaaè il aarvH^ ti\ia4>iaai U 



Digitized by Google 



« capitaine Bourdet eut le turc, sur lequel le feu roi Henri 
« fat blessé et tué (tienri li)^ que teu M* de Savoie lui a voit 

4 domé, 0t r^ppeloitHMi U MMmfmuh ùa i's^pttkiH niist 
« quand il fikt éowmé moL lii Eefxn, ùtqmHànn uèiHmm^ 
€ tais présage. Jamais il ne hi si bon en sa jeunesse, 
« Damoiêii fui e» aa viciMnoo; aiBssiafiiiiBiitre^ipiélâit 
« «H èes milantSt le ftàêmt hm vÉWr. J'a tu m thmû 

u eu l'écurie de nos rois, qu'on appeloit le Qi(adra<iani, 
« dneaaé du temps du roi Henri. Il avoit piua de viuguieiu 
« ini$mii,liml tieiixqa41éloii,il£ii«ôiÉtfifèMiialaV 
a toit rien oubliée si bien qn^il donnait encore k son roi et 
« à tous ceux qui le voy oient manier un plaisir bien grand. 

« l^ettii f« fiiim dé méne^ aDfMdoèaialÉ» qn'oti «p^ 
« ipéxM le êmzague, du Imw dêrJiÉnlode i il dtoU^nliw 
« porain de Quadragant. J'ai vu le More au -Superbe, qui 
« avoit été mis pour étalon. Le seigneur Maalnrinoi ciiaifé 
ic do iwras dn foi, me lo nontn, on jonr qm Jè paanoie» 
« allant a deux pas et au saut et à tolte, aussi bien que 
« lorsque M. de Garaatalet Teut dressé » car il étoit k lui, et 
ic taM. del^qgntvMInlttinatoiditldfmnertmBiiMllB 
« dorentat iinislemGhnrlee«etoahi|piaq«'il)epflf poiir 
m lui, et le récompensa d'ailleurs. Une iiifinité d'autres, en 
lit nonmocola^ei nnia ja v*anrois jinaii Init, m'm temt*- 
« tant aux braves écuyere qui enaattiaé. La §m raî Henri 
« au camp d'Amieni, avoit choisi pour son jour de bataille 
« le Bay-de-la-Paiw^ un très-beau et fort eontenr et vieux, 
« «iprèa la cdioiiiasant au comp d'Amiana» aê qa'iMt tmm 
« étrange. . ,« > < 

« Feu M. de Guise envoya b son haras d'Ëadairon le B^- 
k SanÊfiUf qni aamit#étaliMi, pa«r i« aairvîr en labalaitte 
4x de Drenx, où illeaertiltièe4Matt. Aux premières guerres. 



Digitized by Google 



« feu M. le prince prit dans son haras vingt^deux chevaux, 
fc qd servaient d'élalouSt pour s'eo servir en ses guerres. » 

A répoque doDt'noiMi parkmsj chftqiie proprîélaiie avait 
son haras el entretenait un grand iiombie de chevaux dans 
sa maison. Les guerres, les chasser, les cavalcades, les 
eérémoiiies piibliq«es eatrainaieni i'^li^aiioQ des faaiii- 
tlides équestres; lai mîbiesse se servait de chevaux appar* 
teoaut au& races les plus distinguées du midi de la Fcaoce; 
les vassau montaient de bons et pnlnaDts ronssiiiSi pro* 
dvits de jnments indigènes et des étalons barbes et espagnols 
qui peuplaient les haras dans tontes les parties du royaume. 
Sully fut un des plus poissants motenrs de l'améliûration ; 
eieeUeiit écnyer loi«mtee, il s'ooenpa spéèlalenoni de Té- 
levage du cheval. Son haras fournissait aux besoins de sa 
maison, une des plus brillances du royaume. C'est à lui 
qii'<MÉ pevt reporter .ridée* première de h londation des 
haras en France et snrlont da choix qui fnt hit plus tard* 
des environs d'Exmes au pays normand, pour y établir le 
baras du Pin. Dès cette époque» les bettes prairies qui avoi- 
sinem la petite viMe dn Blérleraolt étaientxeeoiihwes comme 
très-tavorables à la production chevaline, et ce futàTinsti- 
gation de Sully que plusieurs étalons furent placés dans 
eeae localité, , qui a mérité de donn» m nom b une des 
raoes les plus importantes de France. 

Henri ÏV, élevé dans les forets du Béarn, y prit le goût 
des plaisirs équestres, qu'il poussa an pins baut degsé. Dès 
râge le plus tendre» il jetait son eheiral anvann,.b travers 
les précipices et les halliers touffus, a la poursuite du loup 
des montagnes. U iégoa à la famille des Bourbons cet 
- imonr de la cbnsse qui ,1a distèogue enoote, et qui s'est 



Digitized by Googl 



— mi ^ 

perpéeoé ehez elle jusqu'à nos jours aveeMiii des boas et 
vigoureux coursiere. 

U .sdmnir ëu m po|Miliire s'allie toojom m idées 
glorMms et natioBSles et joyeusetés de ta vieille glilelé 

française. On raconte qu'il donna une récom|>ense k rauteiir 
de es4|aatraiB swm petildiefil^ti'il moatsitd-ofdinaife. 

i 

JflK» g«is« pdiidbml» 

PNIire i BMvIer, propre i dnceiidie, 
Tu n'e» pas tant qae Bucéphai, 
El tu porMt phtt qo'Alexnidre. 

Henri IV possédait un haras dans le ikny, dont les pro- 
-éttks avaient alors une eer(aine reoottmée; ce fut là qu'il 
fit choisir les eomiers dont ii fit lwsm|i k la reine Éli- 
sabelh, et qui surpassaient tout ce que l'Angleterre possé- 
dait alors en cbevaux in «lige nés. D'autres disent que ces 
ehemn provenaient de la J^iormsndîer et qn'ils étaient ab 
Bonfore de qnsrante. Quoi qu'il en soit, ee présent fiit fait 
en retour d'une compagnie d'Écossais que ia reine d'An- 
glelerre offrait au roi 4s France. 

Ls conmeneement do règne de Lonis XIII. fiil peiiC-èIre 
la belle époque du cheval en France; au moins on peut 
dire avec vérité qu'aucun peuple de l'Europe n'était ^o^s 
ce rapport k la haulenr de la natm française* Un grand 
fait s'aoeomplissait alors: c'était répsnonisssment de la 
puissance féodale, que devait bientôt suivre sa chute. Jus- 
qu'alors cette puisianee, sans cesse- en guerre* soit entre 
<dle, sait avec l'étranger^ n'avait pu faire éclaler ce lœ In- * 
térieur que donne seule une opulence tranquille: niais, de- 
puis que i'avénement de Henri de Bourbon avait réum tous 
les parUs, les seignenit avaient lonroé vers les arts de la 



Digitized by Google 



I^A léun faoriléiJtogile» ei œa^témUes. Oublie proviiws, 
diaque baronnie, chaque fief même, Mi ui pclil ocHlie 
d'activilé ei d'ambiticm, irèft*favorable aux amélioradoDs 
fHiaiù^es. Aussi e&t-<^ ré|koij|ue où Tagriculture a le pins 
faipé» 04 ht eij ^ t a l MM ae feml—i de teitt» part», et 
e* d'Umneflaee naim 4e dotaiehemat A d'irrigati^o 
lurent eiiirepris. La branche commerciale que cet état de 
choses devait le plus favoriser tut celle du dbeval. Les races 
se tixèreot et se ttôdlfièfédt dans te 9éM i& nouveaux be- 
soins de l'époque : le destrier devim cheval de carrosse; 
les races armoricaines du Poitou* de la Bretagne, de la 
Normànèe el âm Beiito—Mi ae ipdciiiiaèwnt p«r le ti- 
rage, seît an pas, SMlan tioi^el^ee ratoadu Midi, paita- 
lièremeut la race limousine, qui était alors dans toute la 
§leife»ifeni iMouneneeaa hariie et à l'esiNigaol pour le 
maaégo ei les eufalcadei. 

Un des devoirs qui entretenaient au plus haut degré, chez 
' la noblesse, le désir et le besoin de posséder de boM et 
britoli ebMran» élaii les mmtm des gaBtilahooaseB, qai 
se tenaient par ordre du roi dai^s chaque élection, et où les 
possesseurs de befs étaient tenus d'assister* eux et leurs 
bmnnetf affwannflaiichevauK kmm el pmÊifUêélâ té- 
gligenètf b l'endroit d'ino de oea flarmalitèi, poiraît en- 
traîner la privation du iief; car, à cette époque, le métier 
de gentilbotame n'était pas une sinécure, comme on Je 
pense génénlerncBl. Lee drote ■'ésistaieBt qtt'b In condi- 
tion des devoirs : celui qui possédait un tief devait en 
échange être prêt, à toute heure, à verser fum sang poar 
ion pnya» elr panrpmM» M dniaîtè tonte léfiisilifln pa- 
nitMi b cliofid 01 f épéo h la nmia. 
£n pareouiant les campagnee dee diverses provinces de 



Digitized by Googl( 



Wnaetf pariiettlièreiiieiii dt oetlei que Poo cwM ié ir g oÉiime 
léi bmem principaux éê ta raee dlimliiio^vi piiÉ je 

convaincre de l'importance qu'acquit le cheval II î'époqae 
dont nous parloos. Ces vastes écuries, qui noai élonaent 
par kur dimensuM ei le laie dent elles étutat eiteméee, 
datent presque toutes de Louis XUI« Pas on château, [)as 
un manoir, pas une villa isolée» qui ne soient accompagnés 
de quelque magatflqae dépendiMe à rw^ge de U iumlle 
éqaettie» fonvent pkit eonfortakie qmt le ohàteM W- 
méme. Celte modeste ferme, jadis humble i^entilhoramfère, 
estatlaciiée à une écurie de eent clieyaia; aussi, binne 
eeÉsA|«eiice des fctoafs de ee noÉde^ on teil mtèDi ees 
somptueux bâtiments servir à notre époque de logement 
principal. 

il n'était pas nure de des âevenrs posséda dis 
emlaines de ehevaezt et souvent des eenpegnies de 

gens d'armes se remontaient dans deux ou trois maisons. 

MaiSt si le cheval régnait en provinee, il titeit ensove 
snree pins d'éclat k Is ville, et surtout I h eoni'. 

Alors les jiliis grands seigneurs du royaume tenaient a 
honneur d'avoir une {^ce^ « petite qu'elle fût, dans les 
dsnrîes du rei, La change de gfsnd étwft» éisit la pins en- 
viée de l'État, et Cinq-Mars était écnyer de la petite écurie. 

Alors le duc de Chevreuse disait faire qainze carrosses à 
Is fois pour essayer le pins donx* 

Alors tes dîMsjil aignmin de Fnnee dtslent prAs k son- 
tcnlr, contre tout venant, qu'ils étaient les plus nobles, les 
plus riches et les meilleurs cavaliers dn mond#. Les plos 
parfints écoyeis s'appebisiil La l^e, BeaodlRefS, dots- 
lin, Craour Sainl^Aiguao, La Ferlé, d'Hareourt, prince de 
Nassau de Saarbruck* * 



Digitized by Google 



Alors les'Mipienn aogkk venaiieiii ap|Hhéfidre en Franet, 
Don-seutemeDt les belles manières, mm eneore Feiérdee 

des armes et Fart de Téquilatiou. Ob sait que le brillant 
duc de BHcbîDglmm dvt à son éducation française et aux le- 
çons des académie» de Paris, les sueoès qu'il obtint à la coor 
d'Angleterre et à la cour de France. 

Alors Pluvînel, qui avait eu Thomieur de mettre 
Louis XIII k cheval, appofftall de grands perfectioiinmeÉte 
a i cquitatioû, et inventait Tusage du sauteur dans les piliers. 

Alors le roi lui-même, aussi bon émyer que bardi chas- 
mr, retmvait dans ces fongueux exerdces une activité, 
nne énefgie et une adresse qui contrastaient avec la froi- 
deur de son caractère. 

Alors enfin, les grands et les ricbes n'allaient pas se re- 
monter Il rétruDgèr t non^enlement tous les chevaux de la 
cour élaienl achetés en France, mais d'intelligeiiii, encou- 
ra§emeols venaient récompenser Téleveur de ses soins. 
Nous lisoflis 4lans M. d'Aure : 

« Sons lionis XIH, tout le monde dèvàlt savoir nàonter à 
« dievai. On taisait d'énormes achals pour les maisons 
€ royales. Les achats se disaient par un éenyer coortier su 
. f( permanence dans les pays d'élève. Loriqûe ces chevàox 
« an ivaieol aux écuries, on les classait selon leur mérite : 
« ceux chez lesquels le dressage développait d'heureuses 
c qualités étaient mis au rang des chevaux de téte, ou Mr 
' € des d'argent ; s'ils répondaient dans la suite aux exigences 
a des écuyers, ils passaient au rang des chevaux du roi, on 
« brides d'ot\ Une prime de 500 livres pour chaque cheval 
c bride d'acgeat; et une prime de 1 ,000 livres pour chaque 
« cheval biide d ur, était accordée à Téleveur, k titre de 
€ gratification. 



Digitized by Google 



« Après le servi^ des «fiuries du roi , venaient la imonte 
€ éw éevries des furinees, eelle d«s giides du eorps, celle 
< des misons rouges, enfin celle des réglmenU de rtnnée. 
« Chaque service avait son manège, commaodé par des 
« éo!mefS«ipériiii^tés> tous sortis de k méoie sooree. Le 
€ waâoé^' da loi était le type wr leqnel on devait se mo- 
« deler. m 

Parvenu au sonmet de la montagne, un pas de plus» et 
le voyifgeiir descend* La a»er n'a |ias idntôt noaîllé de son 

•flot ascendant sa dernière lunite sur la grève, que déjà elle 
retourne à ses abîmes. 

itiehelièu parut, il subjugua la puissance des grands te- 
nanders au profit de l'absoloUsnie du trône, et fonda sur 

Féchalaud des Glialais et des MoiiUiioiency la centralisa- 
tion forte et sans bornes que devait plus lard iiaposer 
LonîB XiV. An lien de diriger rarîsAocratie et de faire lowr- 
ner se force a la grande àe la nation, le cardinal aina 
mieux la décimer, la ruiner et Tavilir. 

lA-noblease, déshéritée de ses droits, s'aflirancliit de ses 
ëewiiirsi les gentilshommes quittèrent les cham;^ pour la 
ville, de laboureurs ils se firent coinlisaus el valets. Aussi 
le poète favori de la cour put dire un jour à la lace de tons : 

Qu'est-ce qu'un genliliiomme... un pilier d antichambre : 
Combien on as-lu tu, je dis <les plus huppés, ^ 
A souffler dans leurs doigts dans ma cour occupés. 

Les chevaux tombèrent des écuries de mai bie des chà- 
. teaux dans les crèches humides des chaumières; la misère 
distribua les aliments, l'ignorance disposa des cioisements. 
Ce fut alors que commencèrent, ponr la France, des jours 

n. 20 



Digitized b: 



de honte qui rnalheureusement ne sont pas tinis. Alors, m 
ditisa m deux fotaulle é^estre : teàMi dMivri et leéMU 
chenal. Lé éonmnmâtenr neM pins prttêmmtt le pnésê- 
teur ne tut plus consommateur. De Ik deux ordres d'idëês : 
Vim de fiiire im clmal iHiUant k i'cBÉi, fancre ë'aec^ier ce 
dieval ftintede mieux, et tel quel, en s'ea i«pporttMil k me 
coiiloraiaiioii trompeuse. Le gouvenienieiit même encoura- 
gea cet état déposes; il recommanda da&aies rétamante 
« de ne ee donner mm mouvemeiit poot aagafger les fei- 
ct tilshommes k prendre des étalons du toi, de endma i|ae 
« ces chevaux ne soient employés à un service qnelconque. » 
Il fallait one permission expresse pour leur Êûre £aire même 
nne promenade d'une on denxlîeses, aooapeîBededûdM- 
Tres d'amende. Bientôt la mode, qui se mêle de tout en 
France, corrompit le jugement; on rechercha les cbeiaiii 
knqoés» les elmitt dé tel on tel poâ. Ici ciievanx tratait 
on Irânslamt. Les ebevanx k liste ou à étoile» et, par-des- 
sus tout, ia graisse et la corpolence. La heaoté, une beauté 
toujours Idéale et variable» lut comptée oomme seul dia- 
gnostic 4è f achat» la Mude et le maquignoiiMige marne 
seul élément de la vente. La bonté fut réléguée dans le che- 
val de mince valeur; elle fut réservée au roossin, au cheval 
d'amble ou d'allure, au bidet de route et au cheval de gros 
trait. Un mot cynique se forma dans la laufsue française, 
celui de cheval yras, comme si jamais ces deux mots pou- 
val^t se trouver réunis ensemble chez une nation un peu 
civilisée. On eut des foires de chevaux gras^ et un proverbe 
courut : « Que la graisse la plus chère était celle du che- 
val, p Tout cela se fit peu à peu» comme toutes choses. 11 1 
eut bien de vîenx sâgnenrs campagnards tpn contimièrent à 
Aûro courù' dans les forêts leurs vigoureux coursiers élevés 



Digitized by Google 




dans ces tonet idées ime ligue si f9ft#dl si tmcat qii'dl^ 

a subsisté jusqu'à aujourd'hui , et qu'au milieu de notre 

Fjraoce JMugsûise ia perfectidA idéale du obérai esH m 
pm Mioc iM il dwUflt, poMé ei luisît» nmd ^ 
ebanin, exempt de toute tare, quelles qu'elles soient, du 
teste, sans éascfii» vigueur, et surtout sans fîipîilité. 

Mâliàn BÉM tii>Miiid AUfils étaiiint les ukàtÛtÈ mot les 
■Élits >«»ii* dn diif>8iBtièM tnlMi atrhfiiThiifinf àamt 
leurs chevaux : 

Mou chef id aimui i'as-Ui ra? 

Ha 

feiiiÉiiÉ<r^itÉiÉiiiii miwtia jrfimrtnajq ait \i 

Il Tonontl mo tromper, lui qui me Mamlen ; 
àam je m'en eoolnte, et jamais, en effet, ^'fl ' 

VjMfiolQK d'un cygne, efBlfie el biea diôile ; ^ 
I^dTpM^ij non plus qiikii^ 

. ftea pieds, iiioir^lew,d# pieds, |f;f#|»4f^ 

iTri^qup^uW jeJ?^ • 



El j'en ai teM cuii piitoles,, crw - iS Q i , 



C'est âous Tempire de eette décadeuce qu'^dviof^^ 



Digitized by Google 



remontes h rétmgâr éa 1688 el ilûfk Ftmàess el bh 
nestes înéife» d'an ml q«i devifil, plw Ufd, Bmdie<aii 

cœui r industrie chevaline. 

Jusqu'alors, la France avait non-seulement fourni k ses 
propres besoins, mais encore die penplaH de chevaux de 
l>aia(le el de luxe les manèges d'Allemagne, d'Espagoe, 
d'Angleterre el dllalie. Or, toute industrie est en progrès 
quand elle ex(»orte! Elle est en décadeoee tant qu'elle im- 
porte 1 Une fois la frontière onvMê aux ebevanm étrangers, 
ils ne quittèrent plus nos marchés, cl un cercle vicieux s'é- 
tendit autour du commerce du cheval. 

L'introduction étrangère sera d'autant plus active, que 
ramélioration fera moins de progrès, et l'améhoration fera 
d'autant moins de progrès que cette introduction sera plus 
active. • . 

Ce fut pour remédier k ces importations que Louis XIV 
fit établir une administration des haras, qui eut chaîne et 
mission de former aux éleveurs un choix approprié d'éta- 
lons. 

On recueillit avec soin les meilleures espèces et les meil- 
leures races françaises, et on fit venir à grands frais de l'é- 
tranger une Immense quantité de chevaux régiénérateuis. 
La Barbarie, FEspagne, furent mises ë contribution pour le 
cheval de selle; la Flandre, la Frise et le Danemark pour 
le cheval de carrosse. On faisait venir aussi quelques che- 
vaux anglais , que l'on appelait turcs d'Angleterre , dont la 
renommée commençait 'a poindre, et qui, connus mainte- 
nant sous le nom de chevaux de pur sang, ont conquis la 
première place parmi les chevaux du monde* 

L'importation des chevaux orientaux , et principalement 
des barbes, était si considéraye ^ qu'elle lormait. un com- 



Digitized by Google 



~ 309 - 

mense r^Uèimeot élldili; c^éteiit ofdÎMwenieiit'les'ooii- 

shIs qui étaient chargés de ce soin; loulefois. la missioii 
ces agents se bornait aux chevaux de service ordinaire». 
€ fimmm^ diluA vieil aiiteiir, s'en trovwi^il d'eiceUenu 
dm kl ^fùitHres t\fn arrivaient par leur entremise. Aussi 
les barbes, destinés aux baras ou aux écuries du roi, étaiestr 
û» Tobjet d'uD^isflion spéciale donnée k quelque émjet 
dete OMir. » Le prix de ces ehefanx était peli élevé : «ne 
imporlalion de vingt-deux chevaux, faite en 1690, fit mon- 
ter la valeur de chaqae cbevai à 2^ livres. 

Midgiré li(i ie|im!fan.i|iil eut élé ftits ànx principes sar 
lesquels était basée l'administration des haras de cette 
époque ainsi qu'à la marche qu'elle suivit» on doit recon- 
mllré'qo'eKe iiim Imn inmensev paisqne le commense 
étranger diminua sensibleittent, et que, s'il eonttmia, ce f«it 
seulement pom- le cheval de troupe ou de peu de vaieur> et 
non pour le diennil de late, qae la France prodoisaît en^ 
eore. En eflët, d^ëmirineB déboneliéB s'oAhMit de tontes 
parts aux nobles fils de nos jnovinces chevalines; les niai- 
sons du roi f celles des princes et des seignears, les maiié* 
gas, les eorp» flûlMresitiacbéB aux penOmies prtùddreSf 
ne se remontaient qu'en chevaux français. Il en était de 
même des parlement^, des riches abbaj^es, des coipoia- 
tions. Lee cèaases empleyaieiitmi'noinbfe oonsidéralile de 
dHfvanx; ttm choisiB parmi les phn rapides et lès plus 
énergiques. Enfin, le nombre des pages, écuyers> acadé- 
misles, était immense, car chacnn alors se vantait du titre 
dceaielier. Btie tm bea« cavalier on ite beàn gientone* 

était le nec plus ultrà de la fashion, et les i)lns grands seî* 
gneurs s'occupaient ^x-«mémes du dressage de lenrs cb^ 
vanx-^-Nons Ksonsdans les MéraeireB de'fiain^âiroon r 



Digitized by Google 



— 340 — 

« Le due de Lawson, peu de MitamniM dmiMfe » 

« ladie, k Tâge de plus de quatre-vingt-dix ans, dressait en- 
« core des cheraux* Se trouvant au bois de Boulogne* il fit 
«despMÉdes devant le loi, qui aliniàiàaMMie«a«rfui 
« poulain qu'il feM^ de dMaer et q« à peine I^Mt en* 
« eore, où il surprit les spectateurs par aoa adresse» sa iet* 
« nieté el sa bonne giàce. n 

Avant de dovenif le premier §énM de ion tempe el en 
des plus gt&bds liommes de guerre du moude, TureDoe 
avait lait ses preuves comme écuyer» On connaît celte 
aneedote* qne l'on «"«et plo k i^ f fetci mi ' de llÉMiie 
d'Alexandre domptant Bucéphale. 

Turenne avait qumze ans. Le oomte de Roussi » qui dé- 
fini pioa tafd son lieaii*frèmt eendÉia^nli j/OÊÉ k Sadan* 
ètei la prineeeiie de Bonfllonv mi anpeièe è heif M l pelanan 
I peine soumis au frein et d'ua caractère intraitable et fa* 
roocbe* Le jeune prince entieprit de le monter, maigre lei 
f^ivëieflaetieM qiu M Amm fiûlae. U ftt sortir le riie?al, 
s'élança sur son dos, et le mena avec tant de Justesse et de 
liant, que ie cheval ne put se livrer k aucune défimse. Bien- 
tdl il s^diança h tome litesie el fe MMtm oonpIéMMnl 
ninod. 

Sî un cheval se trouve pour quelque chose dans les dé* 
knts de la glorieuse canriàre de ïurenne* le souvenir teu* 
etent d'un cbetwlee tranve^beorB «a âenl de eon lombeai. 

Le maréchal montait de préférence une jument appelée la 
PU, née dans les champs du Limousin; eUe soutenait di- 
gnement laf^talien ^«litvanKdeeellateeetmeases 
eHe avait podé eon mettre dans dii batailles » et c'était elle 
qu'il montait encore le jour de sa mort. L'histoire a cen- 
senré, en ettia oei^Éett, nn oiet éeinfpé dn eonr dea aal* 



Digitized by Google 



911 - 

Aite, le plus bel éloge q^x on eut jaoms praoouçé sujt im 
ih^f» V^^fMt*. sprè^ b mwi .^u vméà^ ^ r iiiMrtinide qqj 
régnait dans le eommandemeot sur la direetion k soivre : 
« Uu.ou mette la Pie k m^Q.tàt&p s'éG](ièrem'i)a> ell^ a^^us 

Le roi qui eii l'ImiiMiir 'iia àfmnef aoB nom an fiUis 

grand siècle du monde devait être aussi célèbre par l'amour 
du ckû^a « ^ tû^il^Uàl lies rois, » que par cdUu qu'il por- 
Iak à toolea les chosea fécondes et glocieuaes. Anssi bril- 
lant et ealrae dans les manèges et les revues militairest où 
il déployait cette itoune grâce et celle uiajesté qui lui eiaieui 
iwMitnni, qn'éMKgiqna et lioi4l(iDt dans cas cbasses où 
fia§t Ma il ^risqua sa vie, Lonis XIV doit compter parmi 

plus savauts écuyei& de son époque. 

Le me^ de Molière et de Coudé, de Uaciae et de Boi- 
iMt» vin latiie BobidMMi do U fioécinière» qne la Frunoe 
peut opposer avec orgueil aia plus eélèbres écuyers de tons 
les temp$ et de tous les pays. Faire connaitre les écuyers 
do laMir^ Lpnjs JUY> s^t nmnmr toni^ les princes, 
t«sa les aaigneurs, tons les genliliWamfs dm temps; on 
pouvait ne pas savoii' lire, luais on ne pouvait pas ignorer 
Tart d^ monter à dàoval. Les iemmes mêmes sfi laisaient 
honimar de eolalenL om nluaienfa iiawrmft Dotissàfiant an 
plus haut degré de perfection. Nous citerons parmi elles : 
Philis de la Tour-du-Pin, la Q)arc^« qtti lit armer, sous 
les eidsss deUaiinat» leacawwpfifsde sa jindiclion et les 
csndiîilt oHMiémo k la renciiiitre de l'enoemi; Mario- 
Aline de France, princesse de Gonti; la duchesse d'Or- 
léaiM, mademoiselle de Soubise» madame de Chabot» é|MMiae 
do Kra^ieia de IMm* yiiiiea de Soobi^ 

Un des spectacles équestres les plus fameu)^ de Tancienne 



Digitized by Google 



— — 

France, Ait le eélèlm eamosel de IMi, qui en Neu m 

la place auquel il doima sou nom, entre le Louvfe el les 
Tnileriefl. 

Louis XIV élsit don digne de 8i toperhe- étfnm : Mm 

plunbiis impar. Dans la ileur de l'âge, entouré d'iioe cour 
éclatante, déjà la terreur et Fadmiration de TKurope, il jeta, 
comme an défi aux Tanités do monde, cette Me oà s'al- 
liaient les souvenirs de ses victoires au prestige enivrant des 
merveilles et des gloires de son règne. 

La poésie, la musique, la peinture, s'unirent à Féquil%* 
tiott pour donner k celte (êle m cachet qni la place aa-des* 
sus des fêles de l'antiquité et des jeux équestres des Maures 
de Grenade et de Gordoue. Nous en devons ia description 
à Charles Perranh, un des se^enisde eetlecenr éUp Ê êi ^ 
et savante, aussi célèbre lui-même par sa bravoure que par 
ses talents. Son ouvrage est resté à tout jamais un des plus 
beaux spécimen de ht typographie française. 

Le mestre de camp (pneffcte eaHranm) étdt le due de 
Grammont, celui qui, lors du passage du Rhin, s'était jeté 
le premier dans le fleuve. Les tenanti et les OÊÊiiUltmU fo- 
rent divisés en dnq quadrilles, dent chaeon flgMdt me na> 

tien. Chaque nation avait son chef (imperator proposittis) : 
le roi commandait les Romains, Monsieur, frère du roi, les 
Persans; le prince de Gondé, les Turcs ; le due d'Eînghien, 
les Indiens ; le duc de Guise, les Américains. 

La l eine de France, la -reine veuve de Charles V, Madame 
Henriette, épouse de Monteur, les princesses de la eonr, 
prirent plaee sons un dais magnitqne, sor des camaox de 
velours. 

Le roi , à la tête de son quadrille» brillait de tout Téelat 
de sa propre majesté» rehaussé par un magnîftqne costme. 



Digitized by Google 



^ 315: — 

Âpiès 1«8 maréebaux d'Ëstré^» diu P)ewijs, de Tiileroy, 

Chaque combattant portait uo emblème airecsa devise, 
oà brillait cet esprii^galant el goemert demier reflet, «le te 
cbefalens. 

Oû sait que cette fête, dont les frais furent énormes, fut' 
une soiurce de fortune pour la commerce ,4e Paris. Golbert, 
k qui le roi cnigiudt à'm |»arier k caiâe de l'-étii.des fi- 
nances, feignit d'y eoiisefitir par obéiasanee, tandis que 
l'habile ministre avait déjà calculé tout le bien qui devait en 
fféfttte. Ànaai qnelfiiea jo«ra.apaèa* tandis qm I^Miia^Xlï 
reemii tiniéeiiiMt ém maîm de aoa miniilre la kmlk 

qui contenait les dépenses, celin-ci, aussi bon courtisan que 
grand ûnancîer, lui préadutait «elle dea recettes, ^a'ay«^ 
faites la ville de Paria, et qpk epiwMtmifnl Rour die nf 
véritable événement. 

La ûn du règne de Louis XIV fut signalée par des essais 
de toute nature pour i'amélieration du theval. Noos dterons 
priudpalemeDt les efforts tentés au baras de Saint^Léfer. 
Cet établissement fut d'abord formé de juments du plus 
haut méiite» prorauiAt d achats âiits^ Tuvqiiie, en Bar-i 
barie el eo EaiMgiie. Après m «lifoor eoBveÂable en IHw- 
vence, pour s'acclimater, elles furent placées a Samt-Léger, 
près de Versailles. Plas tard# Garsaolt iiit cha^rgé d'alier 
acheter h Naples qmlqiiee-ttiei de eee faaMvea «tndee ai 
reooniàiées alm dna les manèges de TEmpe. S m nt* 
mena quarante. Enfui , des juments de fortç^s races i>el§^ 
forent placées à RamhoaiUet» naia.le aueefts ae:iépBMlÉI 
r paa h tant de aefaia, de aollia îi M d e etde aairtieaa. La aeîai m 
de l'amélioration était alors entièrement renfermée dans 



Digitized by Google 



— 314 — 

fMlimidete iMi«ètli»épmm»ii»«oi^»fiieslp 

dans rélevage, tàiidis qne, sur csette donnée, réunie k celle 
do sang* rAni^eterre commençait sa glorieuse aseemion 
m9 fiàM &è hi pstfÊtêm. U wilKMtM élut t#iit 
chez le cheval, on négligea les typ«t \eê p\mprééÊÊti\m 
étalons turent choisis non plus d'après leurs qualités, «Mûme 
fttttrtfbift, mal» <rapièft la «ipite al la Mda. C aai tio» 
que, solfMic k MdKîaiiy FMto^ phiél la bvdia» qâ 
plus tard reiidil si fameux le nom àa lord Godolphin, son 
ttiltia. Ait acAialé k ima ignoble charrette el passa eo 
Angletam. C*eai liafa q«a ha baifaaadD oanla éa Taih 
louse snivirent le même chemin. Hélas! faat-îl rêmonter n 
loffl dans rhistoire pour voir méoamiaUre les trésors q/m 
iMÈ pattédata, ai m pamiaii m pas aiiar, damîam, 
des Gadolphin et des IMomkaïka dwiti«liàpfcir«» 
laisser trace de leur passage : 

, Urqiièi^Mittlftmj luf aif^faB. 

Uiiipia de Laiia M lîtt A d p aiiaa ia plua brîUaate de 
Féquîialio» Inwctiaa. Ob viafanlfro la Goériiiièia^ Naaliar* 

Dnpaty de Clam, Montfaucon de Rogles, enhn Bourgelat, 
taaià la iîiia savanl iuppiatre ei habile éeti|ar» jBourgelat, le 
aann la fte faMM de diMil, al rboMMa de chavaà le 

plus sa vaut que le monde aU encore produit. Ce fareotaes 
hjmmrt célèbres qui fondèrent ces pnucipes de manège 

m aaaait jiaaia dépaMéa. abaa aMWi paspla al ém 
adMiMipa. IWa» aaoMa 9 Hm «M^aaia .<pa Hawna 

gale ce qui est bien, en iroulant le mieux, on ne fut \yà^ 
■laÉÉâ AMMÀ k Ift Mirfin*tiiinii Aiifi iiiiMaat^ratiftii a'fiii mêla* 

t 



Digitized by Google 



]r4(|iii(«ii^ ratiomieibt du temps des tournoie ei 

nmimn d'JMmw à hiçam^ f^vinl mr l« suite loa^ 

«îérée et exagérée. « Ils arrivèrent, dit M. d'Aure, à ce 
« degré ^' "^'tgrtifttf^" qWiu^^ réaction ne tarda [>as k suivre. 

« de» amatettrs qo»ii4 II étnl iMif venu k inettre troîi q^arli 
« d'beure pour parcourir au galop la distaoee du manège 
< de Venaillesà la CQirdo marbra ;efllte difi(»B6eie|i4'«a- 
c ivm dmq «Mto mèlm. H iwl rMa ce singiiKer 
« problème : de faire une lieuo ea six beures au galop, e'est- 
« kém k Tidlufe le elMval mk mm .déi^yer ia |au« 
<( grande vMiHe* 

« Maintenant il faut, au contraire, faire six lieues eo nue 
ft beiuè» et c'est peu. Un pareil tour de force prouve cer- 

irineiMit l' taUisl* de,L'«i«|ir 01 i'ite^ do cte«»l » 
« mais quelle utilité pratiq«t.piiH0l timr de aemiiUdM 
« exemples? » 

Citta épo^ filterit Im »<Hiiéiniii de Paris et des 
prioelpÉiee filti de Anm* G'dltieot dee deoleft oà l'ovi 

enseignait l'escrime, la danse, la natation, et principâlement 
rdquitaiioD. Tout jeune hmrf avant de paraître dans ce 
meDde, dewMt fcit m Q mé ém e 4 Cria é^mMi à ce 
que Ton appelle maintetiant faire um droit, et ea peut dire 
qu'il s'est peuirétre fait d'aussi grands liommes par i une 

tt'dmmia la jkaamf ttl k pknM ^dpii. Nene dâlQM» «eue, 

jamais la science du cheval n'a éclipsé le génie, ni le génie • 
la science du cheval. Une reinaïque qui ne mMIue Jfm 
é^mii^ÊÊimf ewâ, ptt émoL ém phn JftMUai mures 
d'Angleterre, Pitt et Fox, sont venus faire lew académie en 
France £ ftt étudiait à Caeiif l'amre à i^Migsm* Les ,91^ 



Digitized ï^fkjiOO^t&. , 



— 316 — 

démies de ces deux vMes MlliiienI aknrs pMii les pies 

rameuses. Bongainville, ChoisenU MaupeoH, Mftlkerbes, 
Maurepas, d'AiguillcMi, la Ghalotais, Necker, Turgot, Ca-> 
lonae, Minbean..., awent fiai leur acad émio l 

Bien que dès celle époque le goOi d« die^ étfaàser^ 
fût éveillé en France, principalement pour la chasse, le 
cheval français eonservak presque partout sa pcééaiiiiefica 
sur une partie des dievam d'SufOpe. 

Lord Peni[)rock écrivait k Bourgelat : «Je ne conçois pas 
« la fureur que les Français oni pour nos chevaux, quanë 
« je v<M8 vas bette» naea ndnnnte el UinoiiiiiiËai » 
Aussi les chevaux et les jmnents de ces emutét^ Mmir 
ils iréquemment envoyés k Tétranger, où ou a surtout long- 
teittps parié en fjhmÉmàk 4tm ^nvm d-^akms de ceua 
profiBee que BoUfuelU eiGhabeit fÉMi Idnirgit d-aclÉtor 
pour le compte de rAngleterre. 

La plupart des grands seigneurs tenaient à honneur de 
n^avèir qae des elMrmnt français dans tem dames. Le 
dauphin de France, qui anmaît siiHéut la* dÉese do loup, 
dont les (uUes et la tenue sont connues de tous les chas- 
» sedrs, ce qui ttnd cette elaese tiè»-ilwigatete et p t€i ^i M im- 
possible, ne moBtiit qoe'dftoelnwaM M 

An moment de la révolution, la France était le pays le plus 
fiehe do monde» en égard à sa population , eo beik& el bonnes 
raeesefen éléviMiit rtMs et wlfcHitcli Cahayie pgovkme 
avait des haras entretenus, soit par VÉtM, sait par les étais 
des provinces» soit par les seigneurs» les abbayes ^u las 
psrtieolien. 

Le'n^nibiie ^énûm ^ p o wdi a il mi «ApvwiiiaBàBt 

radminiî^lration des haras était de plus de trois mille che- 
vattx. Outre las baia»priaeipaiix qai étaient élabba aH.>Pin 



Digitized by Google 



et à P4^B|iadour, et k A^ièrea, près Paris, il y aviùi das 
iteUinMattto.k FoiiieMy-le4joiiile» à TÉri^ k Apatb» ^ 
Rhodez, à Périgueux, à Rianfort, à Perpignan, à Rosières, 
il Jebcn, k ResançoQ, à Dieoay, k Apoo^cel, ^ Strasbourg» 
à Mi«ffi. .LMUji «rait'ëlâbli wi ham ém Plie de la Ca« 
nmrgue ; c*esl 4e là qae mpA k répvtatiea des dievaui de 
ce pays. Mais le nombre de ceux ( iiUetenus par les parti- 
«colîera étak »a mw aiisiî ceasidérable^ 

Pafnn eea.dendeis étaUteementSt on lemarqnait ceux 

des Rohan, k Guéménée; du comte Esterhazy, près Ro- 
crpy ; de JdM. d'Escars, de Jumillac^ de Gaux, Mailbard, en 
Ii«miaia4 de Rp«g^ Bovu^er-Lagetière* en Pcufou,; de 
Matignon, prince de Monaco, k thorigny. Le BMuréchal de 
Saxe avait iondé un hara^» à Chambord» qui fut vendu à la 
: mnHli. de ee jpfm» m^M^ fotrét^ p«r M* de PoUjgpac. 
,.Le8 Ghe?avx q«i y fofeot plaeés Tenaient da haita de Tbo- 
rîgny. Mais ce n'est pas tout, remploi des chevaax an^aTS 
.pour les ehassesayant tait reconnaître 1 avantage des mé- 
.tliedea de ce pays pour le eceiaenient et Pélefage des che- 
. vaux, on commençait k adopter le$ institutions qui réussis- 
saient si bien chez nos émules. 

Des courses aagtaiaes ei^iKnl lien pour.la p^remière foist 
en France, en 1776. Le comte d'Artois, le duc de Char- 
,lres. le marqiy^ dt; Çii>iilliiiis, le priuce de Nassau, le^rinee 

de ,3e 

tiiouvaienta^ora eotllcance^ârontt/q^^i^^da^^îl^l^ 

Sablons des chevaux vciius d Angleterre. 
Le U.sepleinl^ffff 1776, une ç^iw^^iauyi^u t;utre B^rbmj 

Pïhjrmy an duc de Lauzun; iVip, au marquis de ConOafls; 
VAhhé, au prince de Guéméué. Ce dej;av^r||tl,X^figU^i' 



r 

Digitized by Google 



dans nn dés eogagameHis t e'éifli mi itieiMi Sma^i )m 
%ntm AflleBl ini^ii. On ne pu I i|adfe imaedMl 

appartenait. 

1777,00 TeÊrovm esmt^i'Àbtfé, bâttaat huit chevaui 
aiigins. La mène wÉéé, oa ôigudèa 1^ FenlilnihlÉaB une 
poaleoù figurèrent et eoncounirent quarante chevaux. Cette 
eonne fut sohie d'une seeonde, où parurent quarau^ àoes. 
Le tainqaeiir obOit mi «opeHm.dMtfdMi é'^ÊlÊttmém 
^ dTargent. Oif nconte que eelle iMlMiki fifedié «tt m 
g^nd succès; les journaux et les ménMHfes du temps en 
parièrent comme d*im spedade ffoà M eeurir la eant et li 
irllle» triste effet dn caraMM trançala» 4iai Mif#i tN|i 
soineni d'un ternis dérisoire les iunovaâoos les ^im sé- 
rieuses. * 
Viéndairt Mi ann^ca ifsi anHifcnt» Éaa ^aiMlen MNÉt 

lieu, a Vinccnnes, h Fontaineblean et daus les plaines 
des Sablons» mais sans organisatiofi ni époque détermîoét. 
Cest dana ces oonraes que pâmt le taaen Êiing-f^fimit 
dîyers autres dievaut de pnt sang, qui plus taid fbrent H- 
vrés II la reproduction. Ces courses étaient seulement des 
speclacles; mais raveoir étah an itont, La févehMîeB Ma 
Interrompit, comme tant d'antres tnaStnliotta qn'41è aéda 
dans leurs germes. 

Pendant Tère républicaine, on n'osa pas eonthmer les 
eonrsês anglaises, entachées d'aristocMlè; mats, par Tea- 
prit d'imitation des républiques grecques et romaines qaî 
régnait alors, on tenta de ressusciter les courses de chars. 
Les accidents qui en résiAèrent, par suite de fimpéritie 
des cochers, firent bientôt renoncer \k cette restauration stu- 
pide, peu récréative comme spectacle et inatie pour Tamé- ' 
lioralion équestre. 



Digitized by Google 



Cependant les réqnîtillMis pestèrent un mnp fbnesie k 
V m at kmxk m àm mm fcmyiim. Qm «alnra Im Mm 
elles penlinlères: en déteit w m owitem ept le cflurrom d« 
sdgneur, mai& la charrue du laboureur. Les choses eo vin- 
V6Bt M peim l'oa mif^à'élmm m im «ImiwI 
p4l teiilif V$MBféqÊÊÛAm, et qi^'oii redwrdvôl Al iw^ 
fërence les chevaux tarés et sans valeur. 

Cependant un élément de vie restait encore k i'él^v4 du . 
eheyal : c'taH le déboieké 4fâ «Mit é'oftir ét mm 
parts. On avait conservé les plus beaux étalons de eeux qui 
exislaîeBt en si grand nombre dans ks «sdens haras; les 
pnrmBétomm le» déiokiîait caïae lia purviiniii k h 
fîirear des Yandales. Les ciiqvi iic i m tendatel bien, et il 
s'est fait k cette époque des fortunes en cheraox ; car la 
freatière était lermée aux latrednaiieaai^iliMiiitM. C'«ii là 
leaecMd^ praUtee^ qtrf^oei mÊimn m teteat 

pas expliqué. On s'est demandé comment il se faisait que 
la Frsmee» après la dispersion des haras, rahaisseaieni et 
le naÉsaere de rafiMomtie, an nâlien dea.9Mriea eaaii- 
nuellee qui la preMaleot d^Messantas réqukMws. pût en- 
core fournir des chevaux aux remontes soldats de TËm- 
fke.G'eat^,aiMi9ie a«aa l'anMa dit,li plifari 4ts pté» 
den dtalena dea hum thmot endêit eadida dna les 

écuries des éleveurs, et qu'un prix d'autant |)lus grand y 
était attaché, qu'ils étaient k rmU du uag du dienut. ^t 

poâa qu'en Tabsenee de la ooiMmtento étiangèin la tmm* 
ttence do cheval ftançals mk pris un tel ébn, que les éle- 
veurs mettaient tout eu (£uvre pour produire cie bons et 
beaux obevaux. 

La nution fr u^ é i ia est. par aa paeliM ermlMUrtÉln, 
tbrcée de s'occuper du soin de sa cavaiene, m faoe des 



Digitized by Google 



— m — 

nations vominea et principaliemenL de celles du Nord, qui 
loufiMBseiit aae immeaae quantité, de «bev^ux pr^^^neft à 
«elle mie« Lt Itiwwéwyowèfc'flagNsiaq niittiôiift, 4'Àii- 
triche six milUous et rAUemàgue de qualic à cinq millioos. 
La cavalene est esseutieUe à la France; une armée sans 
tsi^tom ne peut protiiger le pi^ Mlônr d'elle el ne* pent 
prévenir les entrepriMS de PeaMiî. *Jlii»;kii«ampagBe de 
4814, les aiiuecb alliées gagnèrent deux liiaici iete lj|r 
tnée française, ce qui oauia>sa pei^tonh ^ tyàl^fi^^/ff^ 
^^'ito'yaédn^pMiidg >qni «Viil ftilt rtnMir>éen linis par 
Louis XIV, engagea IVf^poléon a les rétablir ; il avait cooipris 
»que, dans les pays de démocratie, le gouvernement devait 
^plmidie k plaoe des grands propriétaires. 
' Les cmr i éi finent ada ptée » eoame bases d'amélioiatiop 
' et organisées sur un certain pied; des prix, donnés parle 
'fMvememeBl, fiireat disputés à époques â&es et 
iiieAiés par l'adamMlniticili. Ce DM an camp de Boulait* 

en 1805, que l'empereur décréta rétablissement d(^s courses 
dttas les départements les plus renommés par la bouté des 
ckevmz qa'dn y élève. SeraîMe qu'une inspifailoii lui fôt 

• venae'de la patriè des inslitntieBS ebevalines, sur Faile de 
' ce^ vents qui enchaînaient Taigle sur le rivage? Les pre- 

mièras couhea établies âveilt edles de Paria» de Saintr 
Bneue«t.dii faMta du Pin/D fmt le- dîna, ees enurses 
avaient peu d'importance et fiieot faire peu de progrès à 
ramélioratk»; les ebevaux qui les disputainnt, saai entrai- 

* nés elnriiiièntlai ne piravtteiitrni par eluHttéines, ai par 
leur descendance, rendre d'utiles services. 

Les règlements d'alors, imprégnés de ce patriotisme qui 
•'ngoalait Tépoque impériale* s'éloigMàant tait qu'ils pou- 
vaient des liaUcudes anflaiaea, qui cependant devaient 



■ 



Digitized by Google 



sorvir^de hue k h nonfrile imlitiiUM. Quinte années de 

troubles intérieurs, et i'anéaiuissemeai de l'arislocratie, 
nouB avaient ^ibaissés aux pieds de Aoire su^be rivale, qui 
amil an prailer babilement deaoe di«|ittles el de notre tm- 
inrévoyance. 

Napoléon n'était pas un honune de cheval; sur le soi 
aride de la Cone» il n'avait vm ^e le poney dégénéré des 
nontagnee, el Féccde de Brienne n'avait pas développé en 

lui les instincts merveilleux du sentiment équestre que les 
Alexandre et les Charlemagne puisaient dans les habitudes 
canTalièrea de l'andenne Grèo»^et dana les goûts chevale- 
resques (les Francs. Le cheval ëlail pour lui, comme toutes 
choses, un moyen 1 Cependant, comme tout ce qui était 
grand allait h «m génie» il devina le secret hippique, et 
posa dm son vaste empire les dem bases de toute amé- 
lioration, la production et la consommation. Il rétablit, 
connue nous l'avons dit, l'administration des haras, qui 
seule a conjuré la ruine de nos races chevalines, et bannit 
de nos marchés le cheval étranger, sinon de droit, au moins 
de lait. Il reconstitua l'école des pages, et Paris eut son 
manège conunandé par M. de Sourdis. U décréta la réor- 
ganisation d'un grand nombre d'éeoles d'équîtation subven» 
tionnées par TËtat. Cnfm, comme le ciil M. de Montendre : 
a Le rétablissement d'une cour brillante, la création d'une 
« nouvelle noblesse» fondée sur l'illustration militaire» l'in- 
« stitulion de majorais poi laul titres et distinctions, le luxe 
a (diligé des nouveauiL enrichis» des hauts fonctionnaires, 
(c étaient des moyens employés par le souveram pour Êdre 
« prospérer le commerce el l'industrie. » Aussi voyons- 
nous» sous le règne impérial» se reproduire le même fiut 
que pendant l'ère républicaine ; c'est que, malgré les guerres 
u, 21